‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 197 sur 365 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Qoe la saincte indiiïerence s'estend à toutes

choses.

L'indifférence se doit practiquer es cho- : ses qui rei:ardenl la vie naturelle, comme la santé , lu maladie, la beauté, la laideur, la foihlesse, la force; es choses do la vie civile, pour les honneurs, rani;s, richesses; es varietez de la vie sp. rituelle , comme sécheresses, consolations, gouls , ariditez; es actions , es souffrances , et en somme toutes sortes d'eveiieniens. Job, quanta la vie naturelle , fut ulcéré d'une playe la [)lus horrible qu'où eust veue. Quant à la vie civile, il fut moqué, bafoué, vilipendé et par ses plus proches: en la vie >piriluelle, il fut accablé de langiieurs, pres-^ures, convuK-^ions, angoisses, ténèbres, et de toutes sortes d'intolérables douleurs intérieures, ainsi que ses plaintes et lamentations font foy. Le grand apostre nous annonce une générale indifférence, pour « nous mons- " Irer vrays serviteurs de Dieu , en fort )» grande patience es tribulations, es ne-

(1) Caot. Ctnu ui, 1.

LITRe IX, CBAPITBE TI.

> CMîJtei , es «if^îsses , es blessures , es

> prisons, èsaeditians, es travaiii, es veil- » les , es ieuïtiM ; en chasteté ,en science ,

■ en longanimité et suavité bu Sainct-Es- I prit, en charité non feinte, en parole de

> Tenté, en la vertu de Dieu, par les armes

> de justice à droite et (i gaurhe, par la » gloire et par l'abjection , par l'inramie et

• bonne renommée; comme séducteurs,

> et neantmojns veritiiblcs; comme incok gneiw, et toutesToisr^cogncus; comme

■ mourans, et toutesfois vivons; cimme

• chastiez et loulesfois non tuez; comme » tristes, et uiuiesfois toiisj'iurs joveuï;

• comme pauvres, et loutesfois onricliis- 1 sans plusieurs ; comme n'ayans rien . et » toiile^rois posâediins tontes choses (< )'. »

ToyoE, je vous prie, Thcoiime, comme la vie des apostres estoit aflligée ; selon le corps, par les bicsseures; selon leciuur, par les angoisses; selon le monde, par l'infamie et les prisons: et parmy loiHcela, 4 Dieu! quelle indîtTerence ! leur tristesse CM joyeuse , leur pauvreté est riche , leurs nortssont vitales, et leurs deshonneurs honorables : c'est-à-dire , ils sont joyeux d'esire tristes, conlens d'e.-tre piiuvre^, revigorez de vivre entre les pcrild de la mort, et glorieux dVsire avilis; parce que telle estoit la volonté do Dieu.

Et parce qu'elle esLuil plus recogncue es tonffraiicesqu'èsactionsdcs autres vertus, ilmelTeiercicede la patience le premier, dirent : ■ Paroissuns en toutes chusc-i

■ comme serviteurs de Dieu , de beaucoup

■ de palienceës tribulations, es nece^siltïE,

> es angoi:^Ec3, et puis enlin en chasteté, 1 en prudence , en longanimité (3).

Ainsi no^tre divin Siiuveur fut udligé incomparablement en sa vie civile, condamné comme criminel de leze-mujoalé divine et humaine, battu, fouetté . et tourmenté avec ano ignominie extraurdinuire, en sa vie naturelle , mourant entre les plus cruels et ■ensibles tuurmens qu'on puisse imaginer ; ensaviespirituelle,soulTranldèstrisiC:>ses, craintes , esi>ouvantemens, angoisses , délaissemens et opiiressiona intérieures, qui D'en eurent ny n'en auront jamais de pareilles. Car encore que la supresme portion de son ame fust souverainement jouisaanie de la gloire elernelle , si est-ca que

gïïâ

l'amour empescboil cette gloire de reapan '

dre ses délices ny es sentimeos, ny en l'imagination, ny en la raison intérieure, laissant ainsi tout le cœur exposé i la mercf de la tristesse et angoisse.

E;(echiel vit le simutachra d'un» main qui le taiiit par un seul fiocguel dt$ cheveux de sa telle, Vetievant entre le eteJ ef /a f«rre(1}. Nus tre-Scigneur aussi este vé en lu croix entre lu terre et le ciel , n'esloit, ce M!mble, tenu de In main do son Père que par l'extresmo poincte de l'esprit, et, pur manière de dire, pur un seul clieveu de sa teste , qui touché de la douce main du Père éternel , recevoit une souveraine aflluuncc de fulicité, tout le reste demeurant abysmé dans la tristesse et ennuy.

C'est pourquoy il s'escrie : t Uoo Dieu , > mon DIl'u , pourquoy m'as -tu delaiS' • se (2) 7 »

On dit que le poisson qu'on appelle lanterne de mer, au plus fort des tempestes, tient sa langue hors des ondes , laquelle est si fort luisante , rayonniinte et claire , qu'elle sert de phare et dambeau aux nochers. Ainsi emmy la mer des passions dont Noslre-Seigneur fut accablé, toutes les facultez de son ame demeurèrent comme englouties et ensevelies dans la tourmente de tant de peines, hormis la poincia de l'espiit qui , exemple de tout travail , estoit toute cluire el resplendissante de gloire et félicité. 0 que bienheureux est l'umuurqui règne dans lu cime de l'esprit des Qdelies, tandis qu'ils sont entre les vagues et les Qois des tribulations iaterieuresl

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