CHAPITRE VI
D« It prtcilqu
I d« l'IadilTïrcnM 4
On ne cognoist presque point le boa plaisir divin que pur les evenemuns ; et , tandis qu'il nous est incjgneu , il nous faut uitiicher le plus fort qu'il nous est possilileàlu voluntédeDieu , qui nous est manifestée ou signiliée. Mata roudain que le bon plaisir du sa divine majesté CODIparoikt, il fautaussilost se ranger amoureusement à son obeissunco.
Ha mère , ou moy-mesme(car c'est tout un) , sommée au Ilot malades : que igaH* (I) bMk. vi, 1. -(« BUtt- mM,!*.
TRAITÉ DE L'AMOUR DE DIEU
si Dieu76ut que la mort s'cnsiiivo? certes je n'en sçay rien : mais jo sçay bien pourtant qu'en attendant Tevencmentque 8on bon plaisir a ordonné , il veut , par la volonté déclarée , que j'employe les remèdes convenables à la guerison. Je le feray donc fidèlement sans rien oublier do ce que bonnement jo pourray contribuer à cette intention. Mais si c'est le bon plaisir divin que le mal , victorieux des remèdes , apporte enfin la mort , soudain que j'en seray certifié par Tcvenement , j*acquiesccray amoureusement par la poincto de mon esprit , nonobstant toute la répugnance des puissances inférieures de mon amo. Ouy, Seigneur, je le veux bien , ce diray-je , parce que tel a esté vo^tre bon plaisir (\ ) : il vous a ainsi pieu , et il me plaist ainsi à moy qui suis Ires-humble serviteur de vostro volonté.
Mais si le bon plaisir divin m'estoit déclaré avant Tevenement d'iceluy, comme au grand sainct Pierre la façon do sa mort, au grand sainct Paul ses liens et prisons , à Ilieremie la destruction do sa chère Hierusalem , à David la mort de son fils ; alors il faudroit unir à l'instant nostre volonté à celle do Dieu , à Texomplo du grand Abraham ; et comme luy, s'il nous csloit commandé , entreprendre rexocution du décret éternel en la mort mesmo de nos enfans. Admirable union de la volonté de ce patriarche avec celle de Dieu ! qui , croyant que ce fust le bon plaisir divin qu'il sacrifiast son enfant , le voulut et entreprit si fortement : admirable celle de la volonté do l'enfant qui se sousmit si doucement au i^laive paternel , pour faire vivre le bon plaisir de son Dieu au prix de sa propre mort.
Mais notez , Theotimo , un trait do la parfaicte union d'un cœur indiffèrent avec le bon plaisir divin. Voyez Abraham l'cspée au poing, le bras relevé, prest à donner le coup de mort à son cher unique enfant. 11 fait cela pour plaire à la volonté divine ; et voyez à mesme temps un ange qui , do la part de cette mesme volonté , l'arreste tout court , et soudain il retient son coup ; csgalement prest à sacrifier son fils et à ne le sacrifier pas, la vie et la mort d'iceluy lui estant indifférente en la présence do Dieu. Quand Dieu lui ordonne de sacrifier
(1) MatUL XI, te.
cet enfant , il ne s'attristo point ; quand ii l'en dispense , il ne s'en resjouit point. Tout est pareil à ce grand cœur, pourveu que la volonté de son Dieu soit servie.
Ouy, Theolime : car Dieu bien souvent, pour nous exercer en cette saincte indifférence, nous inspire des desseins fortre* levez , desquels pourtant il ne veut pas k) succès ; et lors , comme il nous faut hardiment , courageusement et constamment commencer et suivre l'ouvrage tandis qu'il se peut, aussi faut-il acquiescer doucement et tranquillement à l'événement do l'entre* prise , tel qu'il plaist à Dieu nous le donner. Sainct Louis , par inspiration , passe la mer pour conquérir la Terre-Saincte ; le succès fut contraire , et il acquiesce doucement. J'estime plus la tranquillité de cet acquiescement que la magnanimité du dessein. Sainct François va en Egypte pour y convertir les infidèles , ou mourir martyr entre les infidèles , telle fut la volonté de Dieu ; il revient neantmoins sans avoir fait ni l'un ni l'autre , et telle fut aussi la volonté de Dieu. Ce fut esgalement la volonté de Dieu quo samct Antoine de Padoue desirast le martyre , et qu'il ne l'obtinst pas. Le bienheureux Ignace de Loyola ayant, avec tant de travaux, mis sur le pied la compagnie de Jésus , de laquelle il voyoit tant de beaux fruicts, et en prevoyoit encore de plus beaux à l'avenir, eut neantmoins le courai^e de se promettre que, s'il la voyoit dissiper, qui seroit le plus a.-pre déplaisir, dans demy-heure après il en seroit re.-olu , et s'accoiseroit en la volonté de Dieu. Ce docte et sainct prédicateur d'Andalousie , Jean Avila , ayant dessein de dresser une compagnie de prostrés reformez pour le service de la gloire de Dieu , en qiioy il avoit desjà fait un grand progrez , lorsqu'il vit celle des jésuites en campagne qui luy sembla suffire pour cette saison-là , il arresta tout court son dessein avec une douceur et une humilité nompareille. Oquo bienheureuses sont telles âmes , hardies et fortes aux entreprises que Dieu leur inspire , souples et douces à les quitter, quand Dieu en dispose ainsi 1 Ce sont des traicts d'une indifférence tres-parfaicte , de cesser de faire un bien quand il plaist à Dieu , et de s'en retourner do moitié chciiiin quand la volonté de Diou , qui est nostre guide