CHAPITRE XH
entre ces travaux intérieurs, Tame ne it pas l'amour qu'elle porte A son Dieu, 'espaa tres>aimable de la volonté.
înd sîiinct Pierre estant à la veille nartyrisé , r.mge vint en la prison Tïplit tonte de splendeur , esveilla Pierre , le fit lever , ceindre , r, vestir, luy osta les liens et s , le lira hors de la prison , et le I travers de la première et seconde squ'à la porte de fer qui menoit lie, laquelle s'ouvrit devant eux ; it passé une rue, Tange laissa là îux sainct Pierre en pleine li- ). Voilà tino grande variété d*act sensibles : et sainct Pierre néantui avoit esté esveillé avant toutes ne pensoit pas que ce qui se fairange fust vray ; ains estimoit ust une vision imaginaire. Ilestort , et ne pensoit pas Testre ; il s'esusré et vestu , et ne sçavoit pas ist fact; il marchoit , et n'estimoit larcher ; il esloit deslivré , et ne lo ras : et cela d'autant que la mere sa délivrance fut si grande )CCupoit son esprit, en telle sorte re qu'il eust assez de sentiment et )issance pour faire ce qu'il faisoit, uns il n en avoit pas assez pour re qu'il le faisoit réellement et t)on : il voyoit bien l'ange, mais il [)ercevoit pas que ce fust d'une . naturelle vision : c'est pourquoy t nulle consolation de sa delivran- [u'à ce qu'en revenant à soy :
înant, dit-il, je cognois en vérité ieu a envoyé son ange, et m'a dee la main d'ilerodcs , et de toute te du peuple juif (2). »
l en est de mesme , Theotime , me qui est grandement chargée s intérieurs : car, bien qu'elle ait ir de croire , d'espérer et d aimer l qu'en vérité elle le fasse ; toutesn'a pas la force de bien discerner roit , espère et chérit son Dieu ,
JL— (t) Aet. 11.
d'autant que la détresse l'occupe et accable si fort qu'elle ne peut faire aucun retour sur soy-mesme pour voir ce qu'elle fait ; et c'est pourquoy il luy est advis qu'elle n'a ni foy , ni espérance , ni charité, ains seulement des fantosmes et inutiles impressions de ces vertus-là , qu'elle sent presfiuc sans les sentir , et comme estrani:eres, non comme domestiques de son amo. Que si vous y prenez garde, vous trouverez que nos esprits sont tousjours en pareil estât quand ils sont puissamment occupez de quelque violente passion : cm* ils font plusieurs actions comme un songe, et desquelles ils ont si peu de sentiment , qu'il ne leur est presque pas advis que ce soit en vérité que les choses se passent. C'est pourquoy le sacré psalmiste exprime la grandeur de la consolation que les Israélites eurent au retour de la captivité de Babylone , en ces paroles :
Lorsqu'il pleat ao SelKoenr de Slon le serTac*
Eo liberté chaofcr, Vn tel ravissement surprit notre coarage .
Que nous pensions songer.
Et comme porte la saincte version latine après les Septante : Nous fiumes faicts comme consolez {h); c'est-à-dire , l'admiration de la grandeur du bien qui nous arriva estoit si excessive, qu'elle nous empeschoitde bien sentir la consolation que nous receusmes ; et nous estoit advis que nous ne fussions pas véritablement con.^olez , et que nous n'eussions pas une consolation en vérité, ains seulement en figure et en songe.
Tels doncques sont les sentimens de l'ame, laquelle est entre les angoisses spirituelles qui rendent l'amour extresmement pur et net : car estant privé de tout plaisir par lequel il puisse cstre attaché à son Dieu , il nous joint et unit à Dieu immédiatement , volonté à volonté , cœur à cœur, sans aucune entremise de contentement ou prétention, llelas 1 Theotime , que le pauvre cœur est affligé , quand , comme abandonné de l'amour, il regarde partout et ne le trouve point, ce luy semble : il ne le trouve point es sens extérieurs, car Ua n'en sont pas capables; ni en l'imagination qui est Cruellement tourmentée decîiverses impressions , ni en la raison troublée
(1) Paalas. ouv, U
TRAITK DE LUMOUR DC MW.'
«■:' iMli;.^ t.i!.sr'!îrili'7. lio ûis-'ouri; cl apprc- Ii nsioni'C'Slnînges: etbion qu'enfin ol!e 1q inuivft en la cimo ol siîpnv-mo poir.cte do i'cîrj.rit où relie divino dilcclion rc.-ide , si i^si-cc neantmoins qu'elle le inccognoist, ri luy est advis quo ce n'est pa> luy ; parco que la grandeur des cnnuys et des tene^ bres l'enipesche do sentir sa douceur. Ello le voit .^ans le voir , et le renronlre sans io rùgnoi^lre , comme si c'e.sloit en soni;e et en imiii^e. Ain>i Magdeleine ayant rencontré son cher maislro, n'en reçoit aucun alU'gemcnt, d'autant qu'elle ne pensoit pas que ce fu:il luy, ains seulement le jardinier (4).
Mais (]ue peut donc faire l'anie qui est en col estai? Tlieolime, elle ne rçail comme se maintenir entre tant d'ennuys , et n'a plus de force quo pour laisser mourir sa volonté entre les mains de la vulunté do Dieu , à l'imitation du doux Jésus , qui , estant airlvù au comble des peine:^ do la croix que le père luy a voit pren.;êos, et ne pouvant plus résister à rextrcmité de ses douleurs, fil comme le cerf, qui hors d'huleine et accablé de la meule , se rendant à riiomme, jette les derniers aboys la larme à l'aM'I. Car ainsi ce divin Sauvi'ur, prcclie ih^ >a mcrl, vi jelt:int Ip-^ dorni'.M's sOM.-^pirs avec un c:nin(| cri et f rce • jn\\v> : ndiis î dil-il , n mon prre , je recowniatulc mou rspril en vus mains:
parole, Tlieolinie, (pii fut I:î derniiMO de l'iulrs, et par la([uelle le lils I.)ien-aimé donna le souverain lesmoii;na^<' de son amour t'uvor? ^(:n pi*n^ yuwutl »lnnc tous no-, (i'v'fiiuls, (jiiaïul nos rnimy.-; sont en leurrxln'iiiilé, celle [jarolo, Cl;^}'Mlime^t, ce renoncemenl de nostre ame enlro les in:iins de noslre Sauveur, ne nous peut manquer. Le fils lecommanda son e.-prit au pcre on cette dernière et inc. inpan'.ble detress(î; etn(ius, lorscju»» les convulsions des peines spiriluellrs nous o.-fent toute autre t^orte d'allciremens el de movens de résister, recommandons nosln^ es[»rit es mains de ce Hiseteri»! (jui est no>lre vray pcie; et baissant la leste d;» no-jre acqdie.-cementà son [plaisir, consii:nuni-luy :oiile noslre volonté.
M) Jotn.xx.