‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 22 sur 365 · HUIT REGLES DE LA POY RI TOOT · texte numérisé non relu

HUIT REGLES DE LA POY RI TOOT

Voila donc , «e me semble , huit bonoss reglea de U fby : L'E$critur», la tradition ^ l'Egliie, le eonciU, lea para, l* pape, tôt miraeUi, la raUon nalurella. Lea deux premières sont la règle fi rmelle, el lea quatre snivanles ne sont que des règles d'application i la aepllesme est d'une puissance extraordinaire, el ta hultieame est négative. Au reste, qui voudroit réduire tontes ce* règles en une seule règle, diroit très-bien, que l'unfgus el cray« règle pour bien croire A talvt ut la paroU ,de Dieu, preickt» et declaria par l'EgliM de Dieu.

J'entreprenda Icy, messlmrt, de vous montrer aussi clair que te plus beau jour, que vos

DE S. FRANÇOIS DE SALES

reformateort ont violé et falslflé (oates cei règles ; il safllroil de faire voir qu'ils en ont violé ooe, puis qu'elles s'entretiennent tellement, que criuy qui en blesse une, blesse toutes les auirw; comme vous avez vu dans nostre première partie, que vos ministres vous ont levé du scio de la vraye Eglise par un schisme «vident ; vous connoistrez en cette seconde par* lie, qu'ils vous ont osté la lumière de la vraye foy par l'heresie, pour vous tirer à la suite de leurs allusions ; Je me tiens tousjours en mesme posture, car je prouve premièrement que les règles que je pr<Miuis, sont très-certaines et infaillibles; après cela je Tais toucher au doigt , que vos docteurs les ont violées; c'est icy où Je vous appelle an nom de Dieu tout-puissant» et que je vous somme de sa part de Juger Ju*- Icment

DISœURS XVL

Lss sainetes Eseritures sont la première et rialaillible règle de la foi ctiresUenne.

L*on doit tenir pour indubitable que la Iradiiion a esté devant toutes les Êsctitures, puisque mesine la plus grande partie de r£6crilure n*est rien qu'une tradition réduite par escrit , avec une infaillible aswtance du Sainct-Ësprit qui nous Ta conservée ; mais parce que rauthorité de l'Escriture est plus aisément approuvée et Bieux receiie de vos réformateurs, que Cilla de la tradition , je commence par cet eMiroit pour faire une entrée plus facile à ■M discours.

La saincle Escriture est si clairement et s absolument la règle de nostre créance dvestieone, que celuy-lâ qui ne croit point tout ce qu'elle contient, ou qui croit quelque cbose qui luy est tant soit (4) peu contraire , est inûdeile. Nostre-Seigneury a envoyé les Juifs (2), pour redresser leur foy. Les Saduceens estoient dans Terreur , pvœ qu'ils ignoroient les Eàcri tares : c'est donc ua niveau (3j assuré , c'est un flambeao iuisaot et sans obscurité, comme parle sainct Pierre, lequel ayant ouy luyiBesme la voix du père , en la transligurationdu fils, se tient neantmoins plus assuré au témoignage des prophètes, qu'en cette supérieure illustration ; mais je perds le temps de m'en expliquer , nous sommes d'accord en ce poiact ; ceux qui sont si des-

(l)JlwT.SSu — (i9Btt«,BU,S4^ I

flff«.i,ia. *

espérez que d'y contredire, ne penveni appuyer leur contradiction que sur l'Es* criture mesme; si bien que se contredis sanseux-mesmes, avant que de contredire l'Escriture , ils se servent de son crédit , en la vaine protestation qu'ils font , de ne s'en point vouloir servir.

DISCOURS XVIL

Que le chrestien doit estre Rrandement Jaloui de conserver lintegrité de l'Escriture.

La matière doit estre fort brevement traitée en cet endroit; on appelle le livre de la saincte Escriture , le livre du vieil et nouveau Testament. Certes quand un notaire a expédié un contrat ou une escriture authentique, personne n'y peut altérer , ester , ou ajouster , non pas mesme un seul mot , sans estre tenu pour un faussaire : or, messieurs, voicy l'Escriture des Tes tamens de Dieu , expédiez par les notaires publics à ce députez , on ne la peut altérer tant soit peu sans impieté, c Les promesses, dit (4) sainct Paul, ont esté dites à Abraham et à sa semence , il n'est pas dit en ses semences, comme en plusieurs , mais comme à une , et en sa semence qui est Christ. » Voyez , je vous prie , combien la variation du singulier au pluriel eust gaslé les sens mystérieux de cette parole sacrée I Nostre-Seigneur y met en compte (2) les iota , voire mesme les plus petits^omta ei accents de ses saintes paroles, combiea donc est-il jaloux de leur totale intégrité 1 Les Ephrateens (3) disoient Syboleth, sans oublier aucune lettre , mais parce qu'ils ne le prononçoient pas assez grassement, les Galaadiles les égorgèrent sur le bord du Jourdain , la seule différence de prenondation en parlant, la seule transpos tion sur la lettre sein en escrivant ,faisoit toute l'équivoque, car en changeant lejamtn, en semel , au lieu d'un epy de bled , il signiûoil une charge ou un fardeau ; ce qui nous apprend que celuy qui cliange tant soit peu la saincle Escriture et la saincle parole , mérite la mort , parce que c'est mesier le prophane avec le sacré.

Les arriens qui corrompoient cette sentence du sainct Evangile , c In principio erat Verbum , et Verbum erataptidDoum

(DA4«eL uitlSMiS.— <a)HftlLV,|ft (s) Judie, XII (t.

çoirrnovEBSE?

f<. D^iiserat; smettoicnt içy le point , et i retiquc, comme l'assureCOncstredocteCD

iiiiii rerommcncoieni la ppriodo , Verbiim tiuc cral in principio apii'I Deiim , > leur |«nrt)iatinn ei^toîl «près l£ral, au lien ^(!c lu melire après le f«-6um ; cfl qu'ils fuisoienl de peur d'cslre conviiineus par ce Irxie , que « le verbe est Dieu. » li faut donc pou , pour altérer celte sacri-'e parole.

Genebrard en sa Chronologie.

Ve second rang contient les livras sui* vans ; E:^iher ; &iruch ; une partie de Daniel ; Tubio ; iudilb ; ta Sapience ; l'Ecclesiastiqua; les Machabées fvemier el second. A l'égard de ceui-cy, il ya grande apparence , su rapport du mesmo docteur

Ouiind le vin est meilleur , il sent pluslosl Genebrard [3} ( qui cite icy (i] sainct Epi-

diii-ous

et la beauté d'un excci- phane , quoy que ce père ne purle que pour

lent tableau ne peuieoudiir le mélange da BiiruchJ que datis l'assemblée qui m G1

nouvelles couleur* , ainsi le sacré depost en Jeru&alem . pour envoyer leâ 71 intw^

" ■ " ^ ■' ^' prêtas à Plolomée en Egypte ( ces livra»

( qui n'estoient pas encore connus quand

Eiàm» dresse le premier Canon ) furent

9 Escritures doit estre gardé | bien soigneusement , et fidellement coo- I fervé. I

DISCOURS xvnL I

M qailiU, laqniDilii, el le nooibN de* Unst

BtTISION DIS tlVBB9 DE L'ESCnmM.

En ce lieu , quoy que nous ayons dejA ^Hédeslivreesacrex succinctement, nous te devons ftiire icy d'une manière plus ' esscte. Premièrement , les saincles EmtI- (ures sont divisées en livres du vieux Testament el du nouveau ; les uns et les autres •Mt partsgei en deux diverses classes) Car H y a des livres du Testament ancien et nouveau , dont le crédit a toujours esl4 Vl bien eslobly , qu'on n'a jamais dould qu'ils ne fussent sacrei et canoniques ; il yen» desquels i'authorilé a esté plu^douleuse pour un temps, mais enfin ils ont esté reconnus , el receus avec ceux du pre-

Les livres canoniques du premier rang et de l'ancien TcsUimen t , sont les cinq volumes de Uoyse ; Jo^ué ; \es Juges : Riith ; les quatre des Rois ; les deui des Paralypomenes; les deux d'E-dras; Jeremie; Job; tes *50 Psaume*; les Proverbes; l'Ere! es! a s te ; les Canliqurs; les quatre grands Prophètes ; les douze moindres : ceux-cy furent canonisez , ou approuvez, parle grnnd synode oil se trouva Esdras en qualité de scribe ; jamajs personne ne douta de leur authorilé parmy les Juifs , qui nefustUnamlasynaifoguepaur )»•

, „j moins tacitement,

puisqu'ils y (urcnt envoyezavec les autres, pour y estro traduits , hormis les Machabées , qui furent depuis reccus en une autre assemblée, en laquelle les precedena Turenl de rechel approuvai. Uais qiuy qu'il en soit, comme ce second catalogue ne fut pas fuit si authentique que le premier, celle canonisation ne put encore leur acquérir une entière, certaine et indubitable authortté psrmy les Juifs, ay tes égaler aux livres du premier rang.

Touchant les escrils , ou Isa livre* an nouveau teslameni , il y en e aussi dn premier rang, qui ont lou^ouriaité m.

connu* pour sacrez et canoniquai entra les orthodoxes : ceux-ci sont : iei quatre Evangiles selon sainct Matthieu , sainct Marc, saint Luc et seincl Jean; toutes les Epistres da seincl Paul , horroii oeUi« aux Hébreux ; une de aainct Pierre ; uh dasaincUeen.

Ceux du second rang sont : l'Epistr* I am HébreuX) celle de sainct Jacquw; la seconde de ssinct Pierre ; ia deuxiesma at la truiàiesme de sainci Jean ; oellede sainol Jude ; l'Apocalypie , et cerLiine partie de l'Evangile de sainct Marc, de sainci Luc, et une autre perde de l'Evangile, et de l'Eliiilre prcmièro de aaim'l Juan. Caux-

(«lLauiiiiri|ip<ii(iio.(r( Cmitwd.rtni «^ N

DR S. fHAXfÇCMS M SALES.

it

ci ne forMt pas d'indubitable authoiité mi commenooment de !*£ jlise primîHve, mais enfin avec le temps ils furent receus et reconnus comme des ouvrages gacrez du Saînct'Esprit, non tout à coup, mais à di- Ter>es fois.

Premièrement, outre ceux du premier el nouveau Testament, dont Pauthorité fut tousjoura incontestable, cnTÎron Tan 964 furent recens au concile (4) de Lnodicëe (qui depuis fut approuve^ {%) au sixiesme e&ncile gênerai) le livre d'Bsther; rEpi<itre de satnet Jacques , la seconde de sarnet Pierre; la deuxiesme et troisiesme de aainct Jean , celle de sainct Jode, et l*Rsptftre aux Hébreux, enfin la quatorziesme de aainot Paul. Mais quelque temps après an concile troisiesme do (9) Carthage (où M trouva sainct Au s!ustin), confirmé au lixîesme gênerai de Teulles, outre les 11net precedena, du second rang^ furent encore receus au canon comme indubitables : Tobie, Juditb , deux des Machahèe& y la Sapience , rScclesiastique et PApocalypse. Il est vray qu*avant tous erax-Ksy du second rang, le livre de Judith avoit esté receu et reconnu pour canoniqae au premier gênerai et grand concile 4e Nioée, ainsi que sainct Hierosme le teimoigne en sa préface sur ce livre. Voila comme en assembla les deux rqngi en un, et comme ils furent rendus d*egale aullorité en l'Eglise de Dieu, mais avec pro- |rei el succestion , comme une belle aube du jour, qui peu à peu éclaire nostre heflûsphere.

Ainsi fut dressé au concile (i) de Garttage cette ancienne liste des livres caaoniqiies, qui du depuis a tou!=«joura esté tenue de rÉglise catholique, après avoir esté confirmée au sixiesme concile ge* nenil ; et encore du depuis au grand concile (5) de Florence, où Ton traitta de la leanion des Arméniens. En en nostre asge •Q sacré concile de Trente, où cette liste fut approuvée de mesme qu'elle est suivie par aainct Augustin.

Vous ne devez point entrer en scrupule car ce que Je viens de déduire, de ce que Baruch n*est pas remarqué expressément aa oatalogoe do concile do Carthage, mais

^ Cêm. iLTii, — (*) Aet. II.

(1} Goodl. Flor. I. Il (to Dodh Ohrlit e. flu.

aeiilbment en ceuxdeFloreneeetdeTreiile :

comme le prophète Baruoh estolt le sacre* taire de Jeremie (4), on ne marquoit enoor en ce temps parmy les authenrs, le livre de Banich , que comme un accessoire ou appendice de Jeremie , en le comprenant aveo ses escrits, sans distinction : c*est la remarque de cet excellent théologien BeU larmin (9), qui le prouve très-bien en ses controverses. Mois il me suffit d*avoir dit cecy, cor ce n'est pas mon dessein ny mon but, de m'arrester à chaque particularité; c'est assez pour nostre matière, que tous les livres tant du premier que du second rang, soient esgalement certains, sacrez et canoniques.

DISCOURSXIX.

La première violation des salneles Eteiitaret (ait» par \n rcrormalavri, dant le recranebement de plusieort parties des livret Mcrei*

Dans ce catalogue des livres sacrez et canoniques, vous voyez ceux que l'EglI-^e a receus et reconnus unanimement depuis plus de douze cens ans. Or, je vous prie» messieurs , avec quelle authorité ont ozé vos nouveaux reformateurs, biCTer tout en un coup tant de nobles parties de la Bible? Ils ont raclé et une partie d'Esther» Baruch, Tobie, Judith, la Sapience, rScclesiastique, et les M achabées ; » qui leur a dit que ces livres ne sont pas légitimes et recevables? Pourquoy qemembrenlils, ainsi , ce sacré corps des sainctes Escntures?

Voicy leurs raisons prlncînales, à ce que j*ai pu recueillir de la vieille (3) pnface qu'ils ont attachée devant les livres pre<» tendus apocryphes , imprimez à Neuf*- Châtel, de la traduction de Pierre Robert, autrement nommé Olivelanus, parent et amy de Calvin ; et encor dans les observations faites sur la nouvelle édition des mesmes livres, par les professeurs et pasteurs prétendus de TEglise de Genève Pan 4588. 4 . Il ne se trouve, disent-ils, ny en hébreu, ny en caldée, ny en quelles autres langues ces livres ont jadis esté escrits (excepté peut-estre le livre de la Sapience). Ainsi ce seroit, selon leur pensée, une trop grande difficulté de les restituer. 2. Ils ne sont point receus Qomme esoritures legi-

(t) Jeren. xnvu 4. — (f> U, i, «i f ||i«. (t) Beta en la ^refac* rar Ccdr

COHHIOTEIISBS

timef par les IfebUMS. 8. Ny mesifle de toute l'Eglise. 4. Sainct Hierosme déclare franchement qu*ils no sont point assez solides pour corroborer Ta ulhori té de la doctrine ecclésiastique. 5. Le droit (4) canon en fait un pareil jugement. 6. La glose dit qu*on les lit, mais non point généralement, comme si elle vouloit entendre, que généralement partout ils ne sont point approuvez. 7. Ils ont esté corrompus et falsifiez, comme le dit (2) Eusèbe. 8. Et principalement les Machabées. 9. Plus spécialement le second livre, que saincl Hierosme assure D*avoir point trouvé en hébreu : voilà les raisons d'Olivetanus. 40. Ajoutez à cela, qu'il y a dans ces livres plusieurs choses tres-fausses, à ce que dit la nouvelle préface. Voyons maintenant ce que valent ces belles observations.

4 . Pour la première. Estes-vous d'avis, messieurs, de ne recevoir pas ces livres, parce qu'ils ne se trouvent point en hébreu et en caldée? recevez au moins; Tobie, car sainct (3) Jerosme atteste qu'il l'a traduit du caldée en latin , vous l'avouez en Fepistre que vous citez vous-mesmes , ce qui me fait croire que vous n'estes pas des gens à la bonne foy. Et Judith, pourquoy non? il a esté très-bien écrit en langue caldaïque, comme dit le mesme sainct Jerosme en son prologue : si ce père confesse qu'il n'a pu trouver le 2, des Machabées en hébreu , au moins recevez le premier lousjours en bon compte, puisqu'il s*est trouvé {«r luy en hébreu, nous traiterons par apnès du second ; je vous diray le mesme de l'Ecclésiastique, que sainct Jerosme a leu et trouvé en hébreu , comme il s'en explique en sa préface sur le livre de Salomon.

Que si vous rejettex également ces livres e.^crits en hébreu et en aildée , avec les autrc^s qui ne sont pas escrits en mesme langage , il vous faut chercher un autre pretezte que ccluy que vous avez allégué pour pro&crire ces livres du ranon , puisque vous n'avez plus raison de les rejet- I er , p;tr ce simplement qu'ils ne sont point escrits en hébreu ny en caldée. Ce n'est pas ci»la , «ir vou.s ne rejetteriez pas à ee compte Tobie ny Judith , ny le pre-

(1) C^noMt ditt It. éê ;s: Euseb I IT, c. 1111.

•SUl«ro«.BpM.«i

I mfer des Macbabées, ny l'Bcdesiastiqae, ' qui sont escrits en hébreu et en caldée. Mais parlons maintenant pour les autres livres, qui sont escrits en autres langues que celles que vous voulez, pour vous ecliaper.

Où trouverez-vous que la règle pour bien recevoir les sainctes Escritures, soii qu'elles soient escrites en ces langues-là , plutost qu'en grec et en latin ? vous dites qu'il ne faut rien admettre, en matière de religion, que ce qui est escrit en ces deux langues ; et vous apportez en vostre belle préface le dire des jurisconsultes : c Erubescimus sine lege loqui. » Peut-eslre vous semble-t-il que la dispute qui se fait , sur la validité ou invalidité des Escritures, ne soit pas une des plus importantes en matière de religion ? Sus donc, ou demeurez honteux , ou produisez la mesme sainte Escriture pour conclure la négative que vous soutenez. Certes, le Sainct-Esprit se decltfre aussi bien en grec qu'en caldée. On auroit, dites-vous, une grande difficulté de les restituer, puisqu'on ne les a pas en leur langue originaire, es^> ce cela qui vous fasche?

Mais de grâce ! dites-moy qui tous a dit qu'ils se sont perdus, corrompus et altérez , pour avoir besoin de restitution? vous présupposez sans doute que ceux qui les avoient traduits sur l'original avoient mal traduit, et vous voudriez avoir l'original pour le collationner et le rapporter; faites vous donc entendre , et dites qu'ils sont apocryphes, parce que vous n'en pouvei pas estre vous-mesmes les traducteurs sur loriginal, et<|ue vous ne pouvez vous fier au jugement du traducteur : ainsi il n'y aura rien d'asseuré, que ce que vous aurez controslé vous-mesmes; montrez-moy cette régie d'asseunmce en l'Escriture : estesvous bien certains d'avoir les textes hébreux des livres du premier rang (4), aussi purs et aussi nets comme ils estoient au temps des apostres et desseptante? gardez de vous mesprendre; en vérité, vous ne les suivez pas tousjours, et vous ne sauriez le faire en conscience, si vous ne pouvez me montrer cecy en la sainte EdCriture* Voilà vostre première raison bien déraisonnable.

2. Pour la seconde , vous dites que (i) v«f «B ain. 1. u, «i sM.

DE H. FRANÇOIS DE SALES

fifrasi que vous appelez apocryphes, ne tnnt point rrcpiis par les Hébreux, voiif^ ne diles n>n de nouveau , ni d'important.

I Saincl (i) Anijuslin proteste bien haut : f Libros istos Mnchabaîorunj non JiidflBÎ, «ed Erriosia cafholica pro canonicis habel- »CVsl-à-dire, ce ne sont pas les Juifs, mais rE^iIlse catholique fient les livres des Machabées ponr canoniques : çraces à Dieu , nous ne sommes pas Juifs , nous somme-? catholiques : monlroz-moy par rE<criture que TEglise chrétienne n'aye pas autant de pouvoir,.pour aulhoriser les livres sacrez, qu'en avoit la loy mosaïque ; il n*y a en cela ny Escrilure, ny raison qui le nie.

3. Pour la troisiesme. Toute l'Eglise mesme ne les reçoit pas , dites- vous ; do quelle Eglise en tendez- vous parler? certes PEilise catholique, qui est la seule vraye Eglise, les reçoit, comme sainct Augustin {%) vient de vous l'attester tout maintenant, et le prouver encore en citant le concile ^e Carthage ; celui deTeulles, le 6* gênerai ; celuyde Florence ; cent autheurs anciens en sont témoins irréprochables, avec sainct (3) Jerosme nommément, qui déclare pour celui de Judith , qu'il fut receo au concile premier de Nicée.

Peut-estre voulez- vous nous apprendre, qu'anciennement quelques catholiques doutèrent de leur authorité? c'est selon la division que j'ay remarquée ci -dessus ; mais quoy I le doute de ceux-là pouvoit-il empescher la resolution de leurs pasteurs et supérieurs? est-ce à dire, que si l'on n'est pas tout au premier coup résolu d'une Tenté » il faille tousjours demeurer en branle, incertain et irrésolu? ne fut-on pas en doute, pour un temps, de l'Apocalypse, du livre d'Eslher, vous n'oseriez le nier, j'ay de trop bons témoins. Pour le livre d'E^ther, sainct Athanase et sainct Gre- ;;oiredeNaziunzene : pour l'Apocalypse, le ^ncile de Laodicée ; et neantmoins vous !cs recevez : recevez-les donc tous, puis qa'ils sont d'égale condition, ou n'en recoin point du tout, par la mesme raison.

Mais, au nom de Dieu ! quelle humeur vous prend-il d'alléguer icy le crédit de l'Eglise, Tautborité de laquelle vous tenez cent fois

>i''Aaf 1. li. «toCIfftDel, •. xxxrin.

d'Us. 1. et 4oelr. GferMtaBc tiu.

^i nieras . la prwfal.

plus incertaine que ces livreB mesmea, êl

que vous dites avoir esté un phanto^me inconstant, voire mesme afïocrypho, si apocryphe veut dire cachée : vous ne la prisez en ce fait, que pour la meprir^er, et la faire paroistre sans fermeté, en nvoUant, ou en desavouant ses livres : mais il v a bien de la différence entre douter d'tme chose, si elle est recevable et la rejet ter ) le doute n'empcsche pas la resolution sui > vante, c'en est un préambule ; au contraire, rejetter présuppose resolution ; os- Ire douteux, ce n'est pas changer en douta après la resolution, mais changer en resolution après le doute ; ce n'est pas instabilité de s'affermir après l'ébranlement, mais ouy bien de s'ébranler après l'affermissement. L'Eglise donc ayant pour un temps laissé ces livres en doute, enfin elle les a receus en resolution authentique, et vous voulez que do cette resolution elle retourne au doute, c'est vous mocquer de sa sagesse, car cecy est le propre de Theresic, non de l'Eglise, de profiter ainsi de mal en pis : mais de cecy ailleurs.

i. Pour la quatriesme de vos raisons»

celle que vous alléguez de saincl Jerosme n'est point à propos, puisque de son temps, l'Eglise n'avoit pas encore pris la resolution qu'elle a prise depuis, touchant la ca* nonization de ces livres, excepté celui de Judith.

5. Pour la cinquiesme, le canon Sancta romana, qui est de Gelase pape, que voua citez en preuve , ne fait point en vostre faveur ; vous l'avez rencontré à tastonSi car il est tout contre vous-mesmes, puisque censurant les livres apocryphes sur la fin du canon , il n'en obmel pas un de tous ceux que nous recevons ; au contraire , il atteste que Tobie el les Machabées esloient receus publiquement en l'Eglise chrestienne.

6. Pour la sixiesme, la pauvre (4) glose ne mérite pas que vous la glosiez ainsi» puis qu'elle dit fort clairement , que ces livres sont leus ; mais non peut-estre généralement , ce peut-estre la garde de mentir, et vous l'avez tronqué ou oublié ; que si la glose met ses livres icy » dont il est question , comme apocryphes, avec coluy des Juges, sa sentence n'est pas si authentique qu'elle passe en d^fi*

(1) CiB. T. 4bliM4. M.

GONTROVEftSES

liltîv» ; car tMn ce n'est qu'une ^lose.

7. Pour la eepliesme, ces falsifications pTi^tPhdilw que vous alteinicz, ne sont en tuctine fflçon suffisantes, pour obolîr Pauthorité de ces livres , parce qu'ils ont esté jusiitiet, et épurez de toute corruption, avant que l'Eglise les receusl ; certes, il est trop Tray, que tous les livres de la saincle Ei^iture ont esté corrompus pnr les anciens ennemis de la saincte Ê.dise, dans leurs traductions ; mais par la providence de Dren, ils Font demeurcx Francs et nets en la main de l^Ef^liT^e, comme dans un sacré deposi ; et jamais l'ennemy n'a pu gaster tant d'exemplaires, qu'il n'en soit demeuré âsse2 pour conserver la pureté des autres.

8. Pour la huîiîesme, vous voulez, surtout , que les Machabées nous échappent des mains, quand vous dites qu'ils ont esté tous corrompus ; mais parce que vous n'allegirez qu'une simple affirmation, je n'y satisferay, sans vous ofiencer, que par une simple négation.

9. Pour la neuviesme, vous alléguez que sainrt Jerosme n'a point trouvé en hébreu le second livre des Machabées ; et bien, que tirez-vous de là? le second n'est que comme une epistre, que lesonfansdlsraë'l envoyèrent aux frères Juifs, qui estoient captifs hors la Judée : or, pour estre escrile au langage le plus connu et le plus commun de ce temps-Iâ , s'ensuit-il qu'elle ne aeit pas recevablet les Egyptiens a voient en usage la langue grecque, beaucoup plus que l'hébreu, comme le montre Ploleméc, quand il procura la version des 72. Voilà pourquoy ce second livre des Machabées, qui estait comme une epistre, ou commentaire, envoyé pour la consolation des Juifs, qui habiloient en Egypte , a esté écrit en grec plutost qu'en hcbreu.

40. Pour la dixiesme. C'est à vos nouveaux prefaceurs à nous montrer ces prétendues faussctez dont ils accusent ces livres, ce qu*à la vérité ils ne feront jamais; )b irs vois venir en avant, ils nous produiront Tintercession des saincts, la prière piour tes trépassez, l'honneur des reliques, le ft'dnc arbitre, et autres points semblables, qui sont expressément confirmez dans ces livres des Machabées, en rEccfesiastiqTie,etau)res livres qu'ils prelendentcstre apocryphes. Prenez garde, messieurs, que

vostre jugement ne vous trompe ; pourquoy appeller faussetez ce que toute l'antiquité a tenu do tout temp<; pour article de foy? que ne censurez- vous plutost vos fantaisies, qui ne veulent point embrasser la doctrine de ces saincts, et qui osent censurer des articles receus depuis tant de siècles , parce qu'ils ne s'accordent pas avec vos humeurs? ainsi, comme vous ne voulez pas croire ce que ces livres enseignent, vous les condamnez ; mais condara* nez plutost vostre témérité, qui se rend incrédule à leurs enseignemens.

Voilà, ce me semble , toutes vos raisons evanoliies, et vous n'en sçauriez produire d'autres. Mais enfm, nous vous déclarons que s'il vous est ainsi loisible, indifféremment, de rejelter, ou révoquer en doute l'authorité des Escritures, desquelles on a douté pour un temps, quoyque l'Eglise du depuisenaitdetermine.il faudra rejctler, ou douter d'une grande partie du vieil et du nouveau Testament ; ce n*est donc pas un petit gain à IVnnemy du christianisme, d'avoir si indignement raclé en la saincte Escriture, tant de nobles parties. Mais passons outre.

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