‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 23 sur 365 · DISCOURS XX · texte numérisé non relu

DISCOURS XX

La seconde violaUon des Eserilores c*t la i«glt imaginaire, que les réformateurs produiseoi, pour discerner les livres sacrea d'avec les astres , et quelques menus relraneheaiens qv^ili» ea ont faits.

Or je vous prie, n'est-il pas vray que le marchand rusé tient en veuèf , et montre les moindres pièces de sa boutique, pour les ofTrir les premières aux achepteurs, et essayer s'il pourra s'en dcffaire et vendre à quelque niais? mais il n'y a que les dupes qui s'y laissent surprendre : les rai* sons que les réformateurs ont avancées au chapitre précèdent, ne sont que des ruses, comme nous avons vu , desquelles l'on se SîTt comme d'amusement, pour voir si quelque simple et foible cervelle «'en voudroit contenter ; mais après tout, quand on vient à juger de la vérité, ils confessent que ny l'authorité do l'Eglise ny de sainct Jerosme, ny la glose du caldée, ny celle do Hicbreu , ne sont pas causes suflisanle3 pour recevoir ou rejetter quelque Escriture. Voicy les protestations de vos minieCres, en la confession de foy, présentée au roy

DE S. FRANÇOIS DE SALES

tres-chrestîen, par les François prelendus reformez ; après qu'ils ont réduit en liàle, en Parlicle troisiesmo, les livres qu'ils veulent recevoir ; ils escrivent ainsi en Tartîcle quatriesnnG : ■ Nous connoîssons ces livres pour tres-canoniques,el rei^Io trèscertaine de noslre foy, non tant par lo commun accord et consentement de PEglise, qu<* par le témoignage et persuasion du Soincl-E-prit, qui les nous fait discerner d'avoc les autres livres ecclésiastiques. > Quittant donc le champ des raisons précédentes pour se mettre à couvert, ils se jettent sur I*interieure, secrelte et invisible persua'iion, qu'ils estiment parfaite en eux par le Saincl-Esprit.

A la vérité c'est bien procédé en eux , de ne voirîoîr point s'appuyer en cet article sur le commun accord et consentement de l'Eglise , puisque ce commun accord a canonisé rÊcclesiastique et les Machahées, tout autant et aussitost que FApocalypse ; Beantmoins ils veulent recevoir ceiuy-cy, et rejetter ceux-là ; Judith est aulhorisé par le grand , premier et irréprochable concile deNlcée , mais il est biffé de mesme parles reformateurs; ainsi ils prétendent avoir raison de confesser, qu'en la réception des livres canoniques , ifs ne reçoivent point raccord et consentement de FEglise universelle, qui ne fut onciques plus grand, ny plus solemnel qu'en ce premier concile gênerai.

Mais , mon Dieu ! voyez la fine ruse de ces messieurs : < Nous connoissons , » disent-ils ; » ces livres eslre canoniques, non tant par le commun accord de TEglise. » k les oliir parler, ne diriez-v'ous pas qu'au moins en quelque façon ilsse laissent guider

témoins, qu'ils ont esté receus unanimement de toute l'E;^nse catholique? les conciles do Carthage , de Tulles , de Florence nous en assurent : pourquoy disent-ils donc qu'ils ne reçoivent pas les livres sacrez, tant par le commun accord de l'Eglise , que par l'inténetire persuasion î puisqtie le commun accord de l'B.^Irse n'y tient ny rang ny lieu. C'est leur coutume , quand ils veulent produire qtielque opinion étrange de no parler pas Chiir, dfln do laisser à penser aux lecteurs quelque chose de mieux, et les embarrasser pour les surprendre.

Maintenant, s'il vonsplaîst, examinons quelle rcgfe ils ont prise , poar discerner les livres canoniques , d^srvec les autres ecctesrastiqoes : « Le témoignage, » disontrls, « et persuasion du Sainct-C-tprit. » 0 Dieu 1 quelles cachcrttcs , quels broUillars, quelles nuitsl ne nous voffâr pas bien éclairez en un si impartant et grave différent? On demande comme Ton peiit corinoistra les livres canoniques? on vooHrOit bien avoir quelque règle à Tecart pour les dis** cerner, et on nous produit ce qui se passe en l'intérieur de Tame , que personne ne void , que personne ne connoist sinon l'amd mesme , et son créateur.

4 . Montrez-moy clairement qtie ces inspirations et persiKisions que vous prétendez , sont du Sainct-Esprit et non du feint esprit? qui ne sçaîc que Tesprît dé ténèbres se travestit souvent en habit de lumière?

2. Montrez-moy nettement que lorsque vous me dites que telles et telles inspirations se passent en Vostre conscience, vous I ne mentez point, vous ne me trompez

par la doctrine de l'Eglise; leur parler ! point? Vous m'assurez que vous sentez

D*est-il pas tout franc? il semble qu'ils ne fefusenl pas entièrement de donner crédit ao commun accord des chresliens , mais que seulement ils ne lo reçoivent pas en

cette persuasion en vous ; mais pourquoy suis-jo obligé de vous croire? vostre parole est-eHe si puissante , que je sois forcé , sous son authorité , de croire que vous pensez

mesme degré, que leur persuasion inte-. et sentez ce que vous dites? Je vous veux

Heure ; et neanfmeins ils n'en tiennent aucun compte, et ne marchent ainsi retenus en feur Tangage, que pour ne paroistre pas do tout incivils et déraisonnables. Car, je vous prie , s'ils detforoient tant soit peu à Vanthorité ecdesiastkjoe , pourquoy reconoîent^ls phrtost l'Apocatypse , quer Jcrdiih et le»]iac!nrtiiées , desquels sahict AtrfslUr et i«inct leroama août scmciklbM

tenir pour gens de bien ; mais quand il s*agit des fondemens de ma foy (comme est de recevoir ou rejetter les Escritures ecclésiastiques) je ne trouve ny vos pensées , ny vos paroles assez fermes , pour me servir de baze.

3^. Cet esprit envoye-t-il ses persuasions fndl0iîremment à chacun de vous , ou seu"fetxmtiX âr quera\M*uiis en morCéuIierT si A

GONTROTERSES

chacun , et que veut dire que tant de millions de catholiques ne s*en soient jamais apt^rceus? ny tant de femmes, artizans, laboureurs , et autres parmi vous , ne s*en soient convaincus? si c'est à quelques-uns en parlicuiier, montrez-les-moy, je vous en prie ; et pourquoy à ceux*là plutost qu'aux autres? quelle marque me le fera connoislre , et tirer de la foule du reste des hommes ? me faudra-(-il croire au premier qui me dira d*en être cru ? ce seroit certes lions mettre à Tabandon et trop à la mcrcy des séducteurs ; monlrez-moy donc quelques règles infaillibles pour cunnoistre ces inspirez et persuadez, ou permettez-moy de n en croire pas un.

4. Mais en conscience, vous semble-t-il que rinterieure persuasion soit un moyen sunisanl pour discerner les sainctcs £scrilures, et mettre les peuples hors de doute ? que veut donc dire , que Luther racle FEpistre de sainct Jacques , laquelle Calvin reçoit? Accordez un peu , je vous prie , cet esprit si divers, et sa persuasion, qui inspire à l'un de rejetter, ce quMl persuade a Tautre de recevoir V Vous dites , peut-estre, que Luther se trompe; il en dit autant de vous , à qui croire des deux ? Luther se mocque de TEcclesiasle , et tient Job pour une fable ; luy opposerez vous vostre persuasion , il vous opposera la sienne : ainsi cet esprit se combatant soymesme , ne vous laissera aucune autre resolution , que de vous bien opiniastrer de part et d'autre.

6. De plus , quelle raison avez- vous de croire , que le Sainct-Esprit aille inspirant ce que chacun doit croire , à des je ne sçay qui ? à Luther, à Calvin ? qui ont abandonné avec cette belle inspiration , les ^ conciles et l'Eglise tout entière ? nous ne voyons pas , à parler clairement , que la connoissance des vrais livres sacrez soit un don du Sainct-Esprit , dans les hommes particuliers , comme tels ; mais nous di* sons , que le Sainct-Esprit la donne aux particuliers , par l'entremise de TE^^ise.

Certes , quand Dieu auroit révélé mille fois une chose à quelque ûdelle en particulier, nous ne serions pas obligez de le croire pour cela , sinon que Dieu le marquast tellement , que nous ne pussions plus levoquer eo doute sa fidélité : mais nous ne voyons liea tel en ^ros reformatemii

Eti un mot, cestà l'Eglise générale , à qui le Sainct-Esprit adresse immédiatement ses inspirations et persuaMoiis pour le bien commun des chrestiens , et en suite , par les prédications de l'Eglise , i' les communique aux particuliers. C'est l'espouse en laquelle le lait est engendré, puis les enfans le succent de ses mammelles ; mais vous voulez au rebours que Dieu inspire aux particuliers , et par leur moyen à TEglise ; c'est-à-djre que les enfans donnent le lait , et que la mère soit nourrie à leurs tetins , ce qui est une chose absurde.

Si TEscriture n'est pas violée , et sa majesté méprisée par l'établissement de ces intérieures et particulières inspirations , jamais elle ne fut , et ne sera jamais violée; car ainsi la porte est ouverie à un chacun , de recevoir ou rejeiler des Ecritures , ce que bon lui semblera, lié de grâce 1 pourquoy permettra-tH)n pluslost à Calvm de racler la Sapience et les Machabées , qu'à Luther de lever l'Episire de saint Jaajues et l'Apocalypse ? Ou à Caslaglio , le Cantique des Cantiques? Ou aux anabatistes, l'Evangile de sainct Marc? Ou à un autre, le Genèse et l'Exode ? Si tous protestent de rinierieure révélation , pourquoy croira > t'en plutost l'un que l'autre ? Amsi celte règle secrette , sous prétexte du Saint-Esprit , demeure déréglée par la témérité de chaque séducteur.

Connoissez, je vous prie, le stratagesme : on a levé toute l'autorité à la traduction , aux conciles et à l'Eglise ; que demeure-t-ii plus? l'Escriture. L'ennemy est bien fin : s'il la vouloit arracher toulràcoup , il donnerai t l'alarme ; mais il établit un moyen certain et infaillible pour la lever pièce après pièce, tout bellement ; car par cette opinion de Tinlerieure inspiration , par laquelle chacun peut recevoir ou rejetter ce que bon lui semble, on ose tout ; et de fait, voyez un peu le progrez de ce dessein.

Calvin oste et racle du canon Maruch^ Tobie , Judith , la Sapience , V£cclésiaeie et les Machabées. Luther levé l'Ji' piëtre de sainct Jacques , de saint Jude y la 2e de hainct Pierre , la 2e et 3e de sainct Jean , lEpistre aux Hébreux : il u mocquô de V£cdesiasU , il timU Joè paw Ml emUe. En Daniel , Calvin a biBè

DE S. FRANÇOIS DE SALES

U Cantique an troii enfann , Vhiitoire deStuanne , et celle du dragon de Beel; de plus, une grande partie d^Esther; en TExode on a levé à Genève el ailleurs parmi ces reformeurs le 22* verset du ^ chapitre , lequel esl de telle substance, que ny les septante interprètes , ny les autres traducteurs ne Tauroient jamais escrit,8'il n'eust esté dans les originaux. Beze met en doute l'histoire de radul^ tere f en V Evangile de sainct Jean.

Sainct Augustin nous assure que déjà les ennemis du christianisme Tavoient rayé de leurs livres , mais non pas de tous , comme dit sainct Hierosme. Dans les mystérieuses paroles de TEucharistie , ne veuton pas ébranler Tauthorilé de ce mot : c Qui pro Tobis fundetur , » parce que le texte grec montre clairement , que ce qui est dans le calice n*est pas du vin , mais le sang du Sauveur; comme qui diroit en françois : *• Cecy est la coupe du nouveau Testament , en mon sang , laquelle sera répandue pour tous. » Car cette façon de parler, déclare que ce qui est dans la coQpe doit estre le vray sang , non le vin , puisque le vin n*a pas esté répandu pour nous, mais le sang, et que la coupe ne peut estre versée qu*à raison de ce qu'elle contient ; voilà le cruel couteau avec lequel OQ a lait tant de retranchemens. A dire Traf, Fopinion deces inspirations particulières , est ce qui fait si hardis vos reformeujrsà racler, Tun celte pièce , Tautre celle-là y et Tautre une autre , car c^est là le prétexte de ces intérieures persuasions de Tesprit, qui les rend souverains, cha- CQO cbezsoy, au jugement de la validité oa invalidité des Escrilures : au contraire voicf ce que sainct Augustin proteste: c Egio verè Bvangeliis non crederem , nisi mecalbolicas Ecclesiae commoveret autbofilas. » Cest-à-dire , je ne croirois pas à rEvangile, si raulhorité de TEgiise ne m emouvoit. Et ailleurs : « Novum el velus Testamenlum in illo librorum numéro redpimus 9 quem sanclœ Ecclesi® calholic»

(radit aulhoritas. » CesU-à-dire , nous recevons le vieil et le nouveau Testament au nombre des livres, que raulhorité de la saincte Eglise catholique nous propose. Le SainctrEsprit peut inspirer qui bon luy semble , mais en ce qui concerne Tetablis- «emeol de la loy pubUque et générale des

fidelles, il ne nous adresse qn'à TEglise; c*esl à elle de proposer quelles sont les vrayes Escrilures , et quelles non ; cela ne veut pas dire , qu'elle puisse donner la vérité et la certitude à TEscriture, mais seulement qu'elle peut nous faire certains et nous rendre assurez de la certitude d'i<* celle ; TEgiise ne sçauroil rendre un livre canonique, s*il ne l'est de soy-mesme, mais elle peut le faire reconnoislre pour tel , non pas changeant la substance du livre, mais en déterminant la persuasion des cbrestiens, en se rendant toute assurée de ce dont elle estoil douteuse. Que si jamais noslre Rédempteur défend son Eglise contre les portes d'enfer , si jamais le Saincl-EspriU'inspire et la conduit, c'est en celle occasion , car ce seroit la laisser du tout et l'abandonner au besoin, s1l la laissoilence cas, duquel dépend le gros de noslre religion. Pour vray , nous serions Ires-mal assurez, si nous appuyions noslre foy ^ur ces particulières inspirations intérieures , que nous ne sçavons point, ignorant mesme si elles sont , ou furent jamais, que par le témoignage de certains particuliers ; et supposé mesme qu'elles soient, ou ayent esté , nous ne connoissons point si elles sont du vray ou faux esprit, et nous ne sçavons si ceux mesme qui les recitent ( supposé qu'elles soient du vray esprit ) les recitent fidellement, ou non , puis qu'ils n'ont à noslre égard aucune marque d'infaillibilité : nous mériterions, sans doute , d'eslre abyraez , si nous nous jetlions hors le navire de l'Eglise , pour voguer dans le misérable esquif de ces persuasions particulières, nouvelles et discordantes. Nostre foy ne seroit plus catholique, mais particulière, et scbismatique.

Avant que je parte d'icy , je vous prie, messieurs les reformeurs , dites-moy où vous avez pris le canon des Escrilures que vous suivez? Vous ne l'avez pas pris des Juifs , car les livres Evangeliques n'y seroient pas ; ny du concile de Laodicée , car l'Apocalypse n'y seroit pas; ny du concile de Carthage ou de Florence , car rEccIesiastii|ue et les Machabécs y seroient : où l'avez-vous donc pris? Pour vray , jamais il ne fut parlé de semblable canon des Escrilures , avant vous , parce que l'Eglise ne vit oncques aucun canon

CSQMTROfBRSBS

des BKriiores , où il n'y eusi , ou plus , eu moins qu*au voslre; quelle apparence y a-l-il que le Sainct-Espnt se soit celé à toute Tuntiquité, et qu'après mille cens cinq ans, il ait découvert à quelque ()articulier le rosie des vraves Escritures. Pour nous, nous suivons exactement la liste du concile laodiceen , avecTaddition faite aux conciles de Carthage et de Florence ; jamais homme de jugement ne laissera ces saincts conciles , pour suivre les persua* sions des particuliers. Voilà Torigine et la source de toute la violation qu'on a fait de cette saincte règle, quand on s'est imaginé de ne la recevoir , qu'à la mesure et règle des inspirations que chacun croit et pense avoir.

OBSERVATIOIÏ DU PREMIER ÉDITEUR

Let trois diâcoars suivaes, qoi toat le tl*, le SS* et le <3't coBiirenneièi promue ia nieune matière des trois preoedeas , il y a oeantmoÀns beaucoup de cboses diiliereotes ; U semble que le saiuct evesque qui les a composez , les ait nuliipliei ou relierez par megarde , ou pour des raisons que nous oe pouvons dire : quoy fu'il en soit, doqs avons jugé à propos de les tueUre «n leur ordre; lit estoienl hors de rang dans le maouscrii» et iHjm les eacbatoeas à ceux qui ont expliiîué la mesme matière , avee d'autant plus de raison « qu'ils uiirquent plusieurs cîrconslanoes , et i^joutent des preuves qui ne sont point, dans les derniers discours ; suis! la répétition n en est pas inutile , dj mesoie sans profit.

DISCOtJRS XXI,

Qui eorrespond au 16* et iV discours , et traite la mesme matière.

Que les réformateurs ont violé la règle de la îùjf, en corrompant les livres des sainctes Escritures.

Confessant donc que la saincte Escriture est asseurement une vraye regto de ia (oy

chestienne, j'ajoute, querEscfiture saincte est toiiouu^ut une règle de la foy càrestienne , que nous sonuuee tenus et obligez par toutes sortes d'obi*g»tions , de croire tresrexactement touice qu'elk contient, et de ne croire jamais càose aucune qui luy soit tttui soU peu oontiiùre : car u

Nostre-SeigMor mena y • (1) ranvoyé les Juifs pour redresser leur foy , il faut que ce soit un (%) niveau tres-^ssuré. Les Saduceens erroient lourdement , parce qu'ils ne sçavoient pas les Escritures ; ils eus* sent mieux faitd*y eslre attentif, comme à un flambeau éclairant les obscurilez, selon l'avis de sainct (3) Pierre, lequel ayant ouy luy-mesme la voix du Père en la transûguration de son Fils, se tînt neaaiinoins plus afiermy an tcmoignaiçs des prophètes , qu'en cette supérieure ex*> perience. Quand Dieu dit à (4) Jusué,c Non recedet voiumen legts bujus ab ore tuo , s il montre clairement qu'il voujoit qu'il Teust tou:«jours présent en l'esprit et que jamais il ne iaissast entrer en sa créance aucune persuasion qui luy fust contraire. Mais je perds le temps de marquer cecy , cette dispute seroji propre contre les iuâ« délies I et non entre chresiieos , nous sonmes a mon avis, d'accord en ce poiaa; neautiDoitts il est bon d'observer , ouoi^ bien on doit estre zélateur de leur ûilegrité.

Quand un testament honorable «^ confirmé par la mort du testateur, il ae faut pas ajouter , diminuer ny changer en quoi que ce soit, car celuy qui le feroii serait sans doute tenu pour ua faussaire; les sainoCes Ecritures ne sont^Uespasle viay Testament(5)de Dieu eiemei , biea sceléM en son Fils, signées de son profM^ saog, el oonfirmées par sa mort? Que s'il esiasasî , combien se faut-il garder d'y remuer ancune chose? c Le Testament , » dit le granë Vulpien (6), « est une juste et dernière sentence de volonté, de ce que queiqu'ua veut estre fait après sa mort, s Noslre^igneuTi pur les saâuctes Escritures, nous montre oe qu'il nous faut croire, ee qu'il noas faïUes* perer, aimer et faire, et oe par uae juste sentence de sa volonté immuable ; si noas y ajoutons , si nous y levons , oucbaageoaa quelque chose, ce ne sera plus la juste sen» teiK:e de la voknité de Dieu : le l'élis du Fera éternel a Iny-mesme ajusté la saioete Es* criture à sa volonté ; si nous y ajoutons da nostre, nous ferons la sentence phis grande que la volonté du testateur i si nous ea

(t) Joao. V, SSL

{%) Mue xu,U. - (S) ILPtlc. I, iS.

(%; Joioe , 0. 1 . s.

fsi aiSiis, iSk — (•; VMp. I . Nh A Se

DE S. niATtÇOlK IIF. SaES.

cpShim, Bons la ferons plus courte ; si noua f rhnfigeons, nous la rendrons oblique et coiirbe , cl ne pourra [Aas «f joindre â la vclonif de l'autheur, ny n'en sera pins la Juste Benicnco; par quel droit l'ollerons- DoiisTNnslr^Seîs'neurOl met en compte dnnssonGscrilurejnsquesïiumoindreTofa.

Quelle punition donc ne mériteront pas ceux qui violeront son integritâf a Mes frères , > dit saincl Paul , i je parle ^eton rtiomme, mais personne ne méprise le testament confirmé d'im homme, ny n'ordonne outre cela. > Et pour montrer combien il importe de laisser l'Bscrilure en sa naîTvelé, il met un exemple. (2)<i Abrahs dietœ wmt promissiones.et semini ejus, non dicît, et seroiaibus, quasi in mullis, led quasi in uno , et semini luo , qui est Christiis.BVoyei-vous combien la variation do ^injinlier au pluriel aiiroitgasté le sens? Les Epbratcena disoient (3) ^vAofffl, et D'eublioienl pas une seule letlre, mais pirce qu'il ne le prononçoicnt jwinl assez (ressèment, lesGala.nditeslesegoi^eoient lur le bord du Jordain.

La seule différence de cette prononciation raisoît l'équivoque en parlant, et en esrrtt, la transposition d'un seul point sur b letlre idn, raisoît l'équivoque en chanleant le Jamin en tmel, qui au lieu d'un cpic de bled, signifie un poids ou une charge ', ainsi celuy qui change ou varie lo moindre accent du monde en l'Escriture, «t sacrilège et mérite la mort , non moins que celuy qui ose méfier le propliane au wrré. Les arriens , comme nous l'apprend niocl Augustin (i), corrompoJent celle MoteDce du premier chapitre de saincl J«9n : c In principio erat Verbum : et Vcrhom erat apud Deum , et Dcus erat : • sans jfaire autre chose que remuer un point : ar ils lisoioni ainsi; telVeibumcratapud Deom, et Deus eraL * Puis sjoutoieat:

■ Terbum, boc erat in principio apud Deum : » ce qu'ils faisoicnl do peur d'acg^er que le Verbe fust Dieu ; ce qui fait '>ir qu'il faut bien peu pour altérer celle , scrée parole; celui qui luanie des graiù. da verre , sans djacrelion , s'il en perd quelques uns, c'est peu de chose; mais ai c'esloient autant do perles orienlales, la

tn Mit. 11. — (i| u M-n , u« M.

perte seroil ■n'ande. Quant; le vin est meilleur, il se ressent plulo^t dti ^oust elran ger , et In douceur d'un excellent tableau ne peut souffrir le mélange do nouvelles couleurs. Telle esl la discrétion avec laquelle nous devons contempler et manier te sacra dcpost des Sainctes Escn'tures.

DISCODRS XXII.

UqniliU, ta quailiA, et lanombrednllimi

Tout de nouveau le concile de Trenle nous propose au regard du vieux TeMament, ces livres iry pour sacrez, divins et canoniques : La Cenrur; VRxodt; le Lerilique; let IVombret ; le Deuteronome ; Jomi : le» Jitgei ,■ flulh ,- ht quatre livres de» Hoit: le* deux livrex des parallpntufnei; deux livre» d'Etdrat, lepremier et Je leconi , gvi e»t appeUde A'ehemie ; Tobie ; Judith ; Esther; Job; t^OP»eaumes de Datid,- le» Parabole»; VEeeleliaslt; haït! Jeremie, avec Baruek; Eiechiet; Daniel: Oiée; Joël; Amot; Jbdiai; Micheat; l'VaAum; Abanc\ Sophoniat; Âggft; Zacharie; Malachie; deux iet JUaekabie ; le premier et le second. Au regard du Testament nouveau , le» quatre Evangile», selon saincl Matthieu , sainct Marc, tainct Lue, et saincl Jean ; le* jtetes des Aposirespar saincl Lm; Us quatorze Epittres de sainct Paul aux Romains, d«iu; aux C<h rinihiens; aux Gâtâtes; aux Ephesien»; aux Philippins i aux Colosliens ; deux aux 'fhessaloniciens ; deux à Timotkée; à Tile; à Phitom aux Hébreux : deux de sainct Pierre; trois de sainct Jean ,- une de sainct Jacques : une de sainct Jude, et T Apocalypse. Le concile de Florence , il y a environ cent soixante ans, proposa et rcccut tous les mesmcs , du ^:alensement unanime de iDute l'Eglise, tant grecque que lalino; mais longtemps auparavant, i! y a douze cents ans, ou environ , au troisiesme codcile de Cartbage oii sainct Augustin sa trouva, (t) tous tes meàmes livres furent receue. Avant le temps de co concile de

GORTROTEBSBS

Carthage, ils ne furent pas tous proposez pour canoniques, par aucun décret spécial (le rE<;lise ç^enerale ; mais il y en a quoiqnes-uns de raulhorité desquels les anciens pores ont douté ; à sçavoir : d'Esiher: Baruch; Tobie; Judith; la Sapitnce ; V Ecclésiastique; les Machdbées; VEpislre aux Hébreux ; celles de sainct Jacques ; la seconde de sainct Pierre ; la seconde et iroisiesme de sainct Jean ; VEpistre de sainct Jude j et V Apocalypse. Do plus, en quelques-uns des livres (mesme de l'aulhorilé desquels jamais on n'a douté en TEglise ), il y a certaines partics que les anciens n*ont pas toutes tenues pour authentiques; comme Vhistoire de Susanne en Daniel ; le Cantique des trois en fans ; et l'histoire de la mort du Dragon au quatorziesme chapitre du mesme prophète: on douta aussi pour un temps du dernier chapitre de sainct Marc , (1) comme dit sainct Jerosme, et de Vhistoire de la sueur de Nostre- Seigneur au jardin d'Olivet , qui est de sainct Luc , ehap. 22, au rapport du mesme sainct Jerosme : et au chapitre 8 de sainct Jean, on a douté de Vhistoire de Vadultere , ou DU moins quelques-uns ont soupçonné, qu'on en a douté ; comme du verset 7 du dernier chapitre de la première de sainct Jean. Voilà tout ce que nous pouvons sçavoir des livres , et des parties desquelles on a eu quelques difficultez, parmi les anciens : neantmoins après un examen tres-serieux et canonique , tous ces livres , avec toutes les parties susdites, ont esté enGn approuvez et receus en TEglise catholique.

Mais voicy ce qu'on peut opposer : Si ces livres ne furent pas dès le commencement en TEglise d'une foy indubitable, comme est-ce que le temps leur a pu acquérir cette authorité? Pour vray, l'Eglise ne sçauroit rendre un livre d'authorité divine, s'il ne l'est de soy-mcsme : mais l'Eglise peut bien déclarer, en un temps , qu'un livre est canonique, qui n'esloit pas tenu pour tel d'un chacun , en un autre temps, et ainsi le mettre en crédit dans le christianisme , non pas en changeant la substance du livre , qui de soy estoit canonique, mais en déterminant la persuasion des chrestiens, et rendant très-assuré , ce

(1) ««NW. 9â Hedlb. qMWl. m, 1. »,ooBlr« Pclif.

dont elle n'estoit entièrement certaine auparavant. Mais, dira quoiqu'un , comme se peut -il faire que l'E<;li^ déclare de nonveau qu'un livre soit canonique? car elle n'est pas conduite par de nouvelles révélations , mais par les traditions apostoliques. On repond q\}*eUe a V infaillibilité d'interprétation. On fait instance , que si les anciens n'ont pas eu cette révélation de l'authorité d'un livre, comme donc la peut* elle sçavoir de nouveau? On réplique que l'Etal ise pesé et considère le temoîenage de l'antiquité , la conformité que ce livre a avec les autres qui sont receus , et le commun goust que le peuple chresf ien y prend ; car comme on peut connoislre quelle est la viande propre et profitable aux animaux» quand on les y void prendre goust , e» s'en nourrir sainement : ainsi quand l'RsIise void que le peuple fidelle reçoit un livre pour canonique et en fait son profit, elle peut connoislre que c'est une pasture propre et saine pnur les fidelles; et de mesme que quand on veut sçavoir si un vin est de mesme crû qu'un autre vin, on les éprouva et on les examine en regardant si la couleur, l'odeur et le goust sont pareils en tous les deux : ainsi quand l'Eglise a bien examiné un livre , qu'elle en a discerné le goust, la couleur et Podeur, la sainteté du style , de la doctrine et des mystères , et que tout est semblable aux autres livres canoniques, et que d'ailleurs elle a le témoignage de plusieurs bons et irréprochables témoins de l'antiquité , elle peut déclarer le livre pour frère germain des autres canoniques, et il ne faut pas douter que le Sainct-Esprit n'assiste de son inspiration ce jugement de l'Eglise : car vos ministres mesme confessent que Dieu luy a remis en garde les sainctes Escritures ; et ilî> avouent que c'est à cette intention que sainct Paul l'appelle colomne et fermeté de vérité : Or comme les garderoit-elle , si elle ne les sçavoit connoislre et tirer du mélange des autres livres? certes il est très-important à l'Eglise, qu'elle puisse juger en temps et lieu , quelle Escriture est saincte, et quelle non ; car si elle recevoit une Escriture pour saincte , qui ne le fust pas, elle nous conduiroit à la superstition : et si elle refusoit l'honneur et la créance qui est due' à la parole de Dieu , et a une Escriture saincte, ce seroit en elle un me-

DE S. FRAIfÇOlS DR SALES.

pris et une ingratitude. Supposé donc que Nostre-Sei}rneur défend son Eglise contre îes f>ortes d'enfer, et que le Saincl-Eâprit s'eft oMieédo rassi^ler. |)onr pouvoir dire 9\ve luy : « Visum est SpirUui sancto , et nobis, B il faut fermement croire qu'il l'inspiro, principalement en ces occasions de si grande conséquence ; car ce seroit bien la laisser au besoin, 8*11 Tabandonnoit en celte rencontre ; d*où dépend non-seulemenl un article ou deux de nostre foy, mais le gros de nostre religion. Quand donc l'Eglise a déclaré qu un livre est canoni* que , nous ne devons jamais douter qu*il oe le soit, nous avons mesme en ce fait le lentinient de nos adversaires , car les bibles de Calvin , de Genève , et des Luthériens, reçoivent plusieurs livres pour saincts , sacrez et canoniques , qui n^ont pas esté avouez par tous les anciens, pour tels, et desquels Ton a esté long-temps en dgute(4}. Si Ton en a doulé cy-devant, quelle raison peuvent-ils avoir pour les rendre assurez et certains aujourd'huy?

sinon celle que produict sainct Augustin : g Ego verè Evangelio non crederem , nisi me catbolicœ Ecclesiœ commoveret authoritas. » Ou, comme il dit ailleurs : « Novum et veUis Testamentum , et illos libros nunero recipimus, quos sanclœ Ccclesiœ CitlioUca& tradit authoritas. »

DISCOURS xxm.

Gt ditcovrt est pareil ao i9' et traite la mesme maiiere, avec on ordre différent.

Ui reformaieart de l'Efflise prétendue ont fiole rintegrité des saincies Escritures.

EnGn , après les cboses cy-dessus dites , oomme pourroit une bonne ame s*empescher de donner cours à Tardeur d*un sainct leie, et d*entrer en une clireslionne colère (2) , sans pécher ? considérant avec quelle témérité, ceux qui ne font que crier, l*Escriture, l'Escriture, ont méprisé, aviily, et profané ce divin Testament du Père éternel ; comme ils ont falsifié ce sacré coDtract d'une si célèbre alliance. 0 Cilvin ! à Luther t comme osez-vous biffer, tronquer, et mutiler tant de nobles parties do atcré texte des Bibles? Vous osiez Banch, Tubie , Judith , la Sagesse, TEccleliastique , les Machabées : pourquoy déni CMtea EpM. IfeMdaa. «. ▼. » (^ Vs. iv.

membrez-vous ainsi la saincte Escriture^ qui vous a dit qu'ils no sont pas sncrez? Ton en douta en l'ancienne Eglise, mais (4) n*a-t-on pas doulé en ranciennc Egli:^e , « d'Eslher, de^PEpistre aux Hébreux, do celle de sainct Jacques , de sainct Julc . do la seconde de sainct Pierre , et des deux dernières de sainct Jean, et sur-tout de l'Apocalypse? » Que ne rayez-vous aussi bien ceux-cy , que vous avez fait ceux-là? avoUez franchement , que ce que vous en avez fait, ce n'a esté que pour conlre-dire l'Eglise. Il vous faschoit de voir dans les Mach::bées, l'intercession dessaincis, et la prière pour les trépassez : rEcclesiastique vous picquoit, en ce qu'il atlestoit du libéral arbitre , et de l'honneur des reliques des gens de bien : plnlor^t que de forc(!r vos cervelles , et les ajuster à l'Escriture, vous avez violé leur inleii^rité, pour les accommoder à vos erreurs et à vos passions : vous avez retranché la saincte parole pour ne retrancher point vos phantaisies : comme vous laverrez-vous devant Dieu do ce sacrilège? avez- vous dégradé les Machabées, l'Ecclésiastique, Tobie , et les aulres, parce que quelques-uns des anciens pères ont douté de leur authorité? Pourquoy recevez- vous donc les autres livres desquels on a douté, autant et peutêtre plus que de ceux-cy ? que leur pouvezvous opposer , sinon que leur doctrine vous est malaisée à concevoir? Ouvrez le cœur à la foy , et vous concevrez aisément ce dont vostre incrédulité vous prive; parce que vous ne voulez pas croire ce qu'ils enseignent, vous les condamnez: condamnez plutost vostre témérité, et recevez l'Escriture; je veux mettre Teponge sur les mesmes livres qui vous faschent le plus. Clément Alexandrin, Cyprien, Ambroise, Augustin, et le reste des pères, tiennent rScclesiaste pour canonique. Sainct Cyprien, sainct Ambroise, sainct Basile , honorent Tobie, et le tiennent pour Escriture saincte.

Sainct Cyprien encor , sainct Grégoire de Nazianze , sainct Ambroise, en ont autant cru des Machabées : sainct Augustin atteste , que « libros Machabaeorum non Judsei , sed Ecclesia catholica pro canonicis habet. » Que direz-vous à cela ? que les Juifs ne les avoient pas en leurs catalogues,

(1) Emtb. Ub. iT, hitt. e. uti. Ilb. iii,e. u? «l«.ttnn Bi«roB, In EpUt. t4 Dirtlanna.

GOlfTROTERSES

sninct Augustin le confesse : mais estes- '; vous Juif:; ou chrestiens? si vous voulez eslre apjHîloi chrestiens, contentez-vous que l'Ej^lise chreslienne les reçoit : la lumière (lu Sainct-Esprit s'est-elle éteinte avec Noslre-Scipneur? les apostres n'ontil» pas eu autant de pouvoir que la synagogue ?quoy que rÉglise n*ait pas pris l'aulhorilé de ces livres de la bouche des scribes et des pharisicna, ne suffira-til pas qu'elle Tait prise du témoi^^nage des aposires? Or il ne faut pas penser que Pancienno Eglise et ses très-anciens dooteurs, eussent pris la hardiesse de mettre ces livres au rang des canoniques, si elle n'eust eu quelques avis par la tradition des apostres et de leurs disciples , qui pouvoient sçavoir en quel crédit ils les tenoient, sinon que pour excuser vos phantaisies , nous accusions do prophanation et de sacrilège ces tres-saincts et graves docteurs avec toute l'Eglise ancienne ; je dis l'Eglise ancienne , parce que le concile de Carthage et le pape Pelage , m decnto de librit canonicis , qu'il fit avec le conseil de septante evesqu es, Innocent premier en l'epistre ad JS'ânipanum, et sai net (0 Augustin , ont vescu devant sainct Grégoire, devant lequel Calvin confesse que l'Eî^lise estoit encor en sa pureté , et noaotr moins ceux- là font foy que tous les livres que nous a voilons pour canoniques quand Luther commença sa reforme, estoient déjà tels en ce temps-là. Si vous vouliez lever le crédit à cessaioct» livres, que ne le leviez-vous aussi à TApocalypse, de laquelle on a tant douté, et à 1 Epislre aux Hébreux? Mais je reviens à vous, messieurs doThonon, qui avez preste l'oreille ci-devant à telles gens; je vous prie , disons en conscience, y a-t-il de l'apparence que Calvin sçache mieux quel fondement avoient ceux qui doutoient anciennement de ces livres, et quel fondement avoient ceux qui n'en doutoient point, que les evesques et les conciles de ce tempe-là? et neantmoins toutes choses bien considérées, l'antiquité les" a receus, qu'aileguerez-vous au contraire^ 0 Dieu I s'il estoit loisible aux hommes pour mettre leurs opinions a cheval , de se servir de rEs< rilure ci^mmo d'etrieux, les allonger et aicourcir chacun à sa taille, à quoy je (i) Aur- 1- s. de Doct Chriit. cap, vin.

vous prie serions-nous reduitat n« oonnoissez-vons pas le stratugeme du malîQ esprit ; on levé toute authorité à la tradition , à l'Eglise , aux conciles et aux pasteurs; que domeure-t-il plus? l'Eitcriture; l'ennemy des hommes est bien fin; s'il la vouloit arracher tout-à-coup , il donneroit l'alarme; il en levé une grande partie tout au commencement; puis une autre, enfin il vous mettra tout à nud , sans Bscriture et sans parole de Dieu. (4) Calvin levé sept livres de l'Escriture. Barueky Job, Judith, U Saffene, VEce}e$i09tiguê, et le$ Mackabéiê. (i) Luther a esté VEjnilre dt ioint Jacguê$^ eelh de $aini Judes , la ieeondê et trùisîeme de S. Pierre :i\ se mocque de VEecleeiaetiquey il tient Joh ponr une fable : accordez un peu, je vous prie , ce feint esprit, cet esprit de divorce, qui oste dans l'esprit de Luther, ce qu'il remet dans l'esprit de Calvin ; vous semble-t-il que ce soit une petite discorde entre ces nouveaux evans[eliste8? Vousdîrez que vous ne tenex pas grand compte de Tesprit de Luther; les siens ne se soucient non plus de celuy de Calvin : mais voyez le progrez de cette belle Eglise reformée? voyez comme elle avanee tousjours ses desseins 1 Calvin a voit levé sept livres, il a esté encore celuy d*A- Iherieïï />^nfW il retranche le cantique des trois Enfans, l'histoire de Susanne,et celle du dragon tué.par Daniel. En TEvan- ^ gile (3) de (4) saint Jean , ne met-on pai en doute, parmy vous, l'histoire de la femme adultère? Saint Augutin (5) a voit bien dit au! refbis, que les ennemis de la toy Tavoient bifTde de leurs livres, mais non pas de tous, comme dit sainct Jerosme:

ne veut on pas lever ces paroles de sainct Luc : qui pro vobis fundetur? parce que le texte grec montre clairement, que et qui est dans le calice n'est pas du vin , mais le vray sang de Nostre«Seigneur :

comme qui dlroit en françois : « Cecy est la coupe du nouveau Testament , en mon sang, laquelle sera répandue pour vous : » car en cette façon de parier on voit claî« rcment, que ce qui est en la coupe , doit estre du sang , non du vin , puisque le vin

(1) CalT. In proln^u BIMFoniin ft aUM.

(t) Luth. In 8«ru. convlTialibnf , m. de p«trlarfb. tl tit. de 11b. vet. «( nuvi TMiani.

(S) eete In r«p. >cin. Junv. — (4^ Et f •, de adollenDtt conjn^. cap. T. -^ (I) L. », ronira VtUf.

ii*a pas esté répandu pour nous. En TEplslre de saint Jean n*ont ils pas osté ces sainctes paroles : a Qui sol vit Jesum , ex I>eo non est.*» Que dites-vous , messieurs I si voslre Eglise poursuit en sa liberté de conscience, ne faisant point de scrupule d*oster ce que bon luy semble , bientost rSscrilure vous manquera , et il faudra mécontenter des institutions de Calvin, qui parmy vous doivent estre je ne sçay quoy ({'excellent dans vostre estime, puis qu'elles censurent les Escritures mesmes. Vous dirai-]e encore ce mot : vostre belle Eglise ne s*est pu contenter de retrancher de l'Escriture, les livres , les chapitres, les clausules et les mots entiers; mais ce quelle n'a osé lever du tout, elle Pa corrompu et violé par ses traductions. Un exemple ou deux suffiront pour le justiQer; je n*ay ny la commodité ny le loisir de poursuivre le reste : helas 1 ils vous trahissent, pauvres gens, quand ils vous font dianter au pseaume 8 :

Tl Pat Ciit tel, qve plai il b« lai reste

lut tim DiMi oui* lu Ui quaoteu reite,eto.(0

Oque vous estes glorienx de pouvoir psalmodier et chanter ces poésies françoises admirablement marrotées; il vaudroit bien mieux le faire en latin que de blasphémer enfrançois : prenez en gré cet advis que je vous donne ; quand vous chantez ce verset, dltes-moy, de qui pcnsez-vousparler I vous pirlez sans doute de Nostre-Seigneur, si- Bon que pour excuser la témérité de Marot et de vostre Eglise , vous vouliez encore biffer {"Epistre aux Hébreux do la saincte Rible, car sainct (2) Paul y expose clairement ce verset du Fils de Dieu : or si vous parlez de Nostre-Seigneur, pourquoy dites- 1006 qu'il est tel , qu'il ne luy reste plus qœd'eslre Dieu! certes, 8*il lui reste encor maintenant d*estre Dieu, il ne le sera jamais : que dites-vous , pauvres abusez Y qu*t7 reste à JesuS'ChrUt d'esire Vieut Voyez- vous comme ces gens-là vous font aviUer le poison de Tarrianisme, en cliantani celte riuiaiUerie : je ne suis plus étonné li (3) Calvin confessoil à Vuienlin Gentil , ^ le nom de Dieu par excellence, n'ap* partient qu'au Père. Voilà les belles ver-

U) Cm ?«• lOBt de le tndactiou de Marot , lor le

f| viu.

S) Ad Beb. Il . < , 7 el 8.

} Uk. «df«rt. 6«BiU. la refat. to, pareathefeoi.

DE S. FRANÇOIS PB SALES. 6t

sions do TEscriture, auxquelles vous vous plaisez tant : voilà les blasphèmes que vostre Eglise chante encor, el qu'elle vous fait repeter si souvent. Aux (4) Actes, où il y a : «Nonderelinquesanimnm meam in inferno.

Us tournent : (2) Non dcrelinques cadavcr meum in sepulchro : » qui vid jamais de semblables versions I au lieu de Tame [et c'est de Nostre Seigneur dont il est parlé] ils mettent la charogne ; au lieu de Tenfer ils mettent le sepulchre. J*ai vu en plusieurs bibles, dans ce païs, une fausseté bien subtile, dans les mystérieuses paroles du tr'es-sainct-sacremcnt : au lieu de (3) hoc est corpus meum; cecy est mon corps, on y avoit mis c'est cy mon corps : mais qui ne vold la 6nesso I Or sus , messieurs, vous avez vu quelque chose de la violence et profanation que vos ministres ont commises contre les Escritures; que vous semble maintenant de leur procédure! que deviendrons-nous, si chacun prend la licence, quand il sçaura deux mots de grec, et connoistra les lettres des Hébreux, de remuer ainsi tout sans ordre et sans raison ! Je vous ay fait voir ce que j'avols promis, que cette première règle de nostre foy a esté et est encor violée tresmalheureusement en vostre prétendue Eglise : et afin que vous sçachicz que c'est une propriété de Thcresie de démembrer les Escritures, je fermeray ce discours par ce que dit (i) Tertullien parlant des sectes de son temps, ce Ista haeresis quasdam Scripturas non recipit : et si recipit, non recipit intégras : et si atiquatenùs intégras prsBstat, nihilominùs diversas expositiones commentata j)ervertit. » Ccst-à-dire : cetto hérésie ne rcçoitpointquelques Escritures, ou si elle les reçoit, elle ne les reçoit point toutes entières : ou si elle les reçoit en quelque façon toutes entières, elle les corrompt par quantité d'expositions qu'ello accommode à sa phanlaisio.

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