CHAPITRE XVI
M Keiemple de plusieurt tainetf, qui mri- Ment avoir exercé leur lele «veo eolere» ne fiftrien contre l'advis da ebtpitre précèdent.
Il est vray , certes , mon amv Theotime , ne Moyse, Phinées, Helie, MÎiibathlas, et lusieurs grands serviteurs de Dieu , se Tvirent de la colère pour exercer leur lie en beaucoup d'occasions signalées (4); ais notez, je vous prie , que c'estoit aussi is grands personnages, qui sçavoient bien anier leurs passions et ranger leur colère, ireiis à ce brave capitaine de PEvangile, li diêmt à ses êoldats : a jillex, et Ils ailoient; FeneXj et ils venoient(2) ». Mais Nia autres qui sommes presque tous des irtaines petites gens, nous n'avons pas nt de pouvoir sur nos mouvemens; nosa cheval n*est pas si bien dressé , que Nia le pussions pousser et faire parer à latre guise. Les chiens sages et bien apia tirent pays, ou retournent sur euxeames, selon que le piqueur leur parle; aia les jeunes chiens apprentifs s'égarent aont desobeissans. Les grands saincts , lincta, qui ont rendu sages leurs passions force de les mortifier par l'exercice des irtus , peuvent aussi tourner leur colère à ote main , la lancer et la tirer, ainsi que m leursemble. Mais nousautres qui avons » passions indomptées , toutes jeunes , 1 du moins mal apprises, nous ne pouvons BCher notre ire qu'avec péril de beaucoup ) desordre; parce qu'estant une fois en impagne , on ne la peut plus retenir ny inger, comme il seroit requis.
Sainct Denis parlant à ce Demophile , li vouloit donner le nom de zèle d sa rage furie : celuy, dit-il, qui veut corriger les lires, doit premièrement avoir soin d'em- «cher que la colore ne déboute la raison ) l'empire et domination que Dieu luy a mnés en l'ame , et qu'elle n'excite une (volte , sédition et confusion dans nouseames. De façon que nous n'approuvons 18 V06 impetuositez poussées d'un zèle iniacret , quand mille fois vous répéteriez
(1) liod. XXXII ; Mm. XXT i III. Mf. xnu ;•• IV. KW. U U.— (SJIUUfc. TIU,!.
Pbinées et Helie : car telles paroles ne plu* rent pas à Jésus-Christ, quand elles Iny furent dites par ses disciples qui n'avoient pas encore participé de ce doux et bénin esprit. Phinées, Theotime, voyant nn ceN tain malheureux Israël! te offenser Dieu n VMS une Mohabite, il les tua tous deux (4).Heli'i avoit prédit la moK d'Ochosias, lequel, în^ digne de cette prédiction , envoya deux ca • pitaines l'un après l'autre , avec chacan cinquante soldats, pour le prendre; et l'homme de Dieu fit descendre le feu da ciel qui les dévora (2). Or, un jour que Nostre*Seigneur passoit en Samarie» Il en* voya en une ville pour y faire prendre son logis, mais les habitans sçaclians que N^stre-Seigneur estoit Juif de nation , et qu'il alloit en Hierusalem , ne le voulurent pas loger. <r Ce que voyans sainct Jean et » sainct Jacques , ils dirent à Nostre-Sei*- > gneur : « Voulez-vous que nous com- 9 mandions au feu qu'il descende et qu'il 9 les brusie ?» Et Nostre-Seigneur se retournant devant eux , les tança , disant : c Vous ne savez de quel esprit vous estea. » Le Fils de l'homme n'est pas veno pour » perdre les âmes, mais pour les sau- » ver (3). » C'est cela donc» Theotime, que veut dire sainct Denis à Demophile, qui aW leguoit l'exemple de Phinées et d'Helie : carsamct Jean et sainct Jacques, qui von* loient imiter Helie à faire descendre le fea du ciel sur les hommes , furent repris par Nostre-Seigneur, qui leur fit entendre que son esprit et son zèle estoit doux, débonnaire et gracieux : qu'il n'employoit l'indi* gnation ou le courroux que iresHrarement, lorsqu'il n'y avoit plus d'espérance de pouvoir profiter autrement. Sainct Thomas d'Aquin, ce grand astre de la théologie» estant malade de la maladie de laquelle il mourut au monastère de Fosse-Neuve , ordre de Cisteaux , les religieux le prièrent de leur faire une briefve exposition du sacré Cantique des cantiques, a riniitatioa de sainct Bernard. Et il leur respondU : Mes chers pères , donnez-moy l'esprit da sainct Bernard , et j'interpreteray ce divin cantiquecommesainctBernard. IJâmesme, certes , si on nous dit à nous autres pauvres chrestiens misérables, imparfaicts ei cbetifs : Servez-vous de l'ire ei de l'iodi-
iif,a.— oi)nr.att*i«
ni,l4eiMi.
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TRAHi Ml vàmn ra nu».
Helie, IbliiaUiifis i Minci Pierre et Mind
Viuli ooyfl devons reepondra : Donnei-
lÙHift l'esprit de la perfeolioQ et dv pur
' zèle avec le lumière intérieure de eee
: grande satMle^ et neusiiotiiaDiiMreni de
' colère oomme oui» Ge n'est pas le làiet de
. tout le monde de S{evoir se oourroueer
quand il faut et oonune il fout*
Ces grands saîncte estoient inepiret de Dieu immedistolnent» et partent pouvoient bien emplofer leur colère eiibs |>eril : car le OMeme esprit qui les. enimoit à ces ek» pWtSi teooit ettssî lee resnes de leHr juste oeurreui I afin qil'il n'outrCpossast les liniies qu'il leur avoit pTeOgéeêi Une ire qui est inspiréd ou efccitée per lé Ssinet» Esprit, n'est plus l'ire de l'hdfnme ( et c'ébt rtfrt derJbMUfiia qu'il faut fûirt puiMibe^ oemmedii lé giorieuk sdinot Jacques^ elle n'4f9rê f9ikt lmJuêÊi€9 de Mm (4); Bl d-e§ect| quand tes grands aerviteurs de Dieu empleyeieHt la wcléf^ i d'eétoit t>our dea eceurrencea si êolanaellee et dus cri^^ mee si «uessifs « qu'il n'y avoit nul dangel^ dteeeder la coulpé par la pëlnei
Parce qu'une fois lo grand Minet Paul appelle les Gdiatet in$ennM « représente aux GanUiois leurs tnauTsises inclineilohs, et reêiêU en fùe9 {%) au glorieux sainct Pierre t son supérieur. fauUil pi^ehdre li^ cento d'injurier les pebheurs, blasmer les notions ) conlroller et censurer nos conducteurs el preldis? Certes, chacun n*ëst pas sainct Paul pour sçavoir faire les choses à pro|K)s. Mais les esprits aigres, cl)â<> grinst presomptueut et medisans, scrvans à leurs Inclinations , humeurs « aver^^lons et outrecuidances, veulent couvrir leur injustice du manteau du xele» et chacun , sëtis le nom de ce feu sacré , se laisse bruslcr à ses propl-es passions. Le zèle du salut des amos fait désirer lo prelaiure, ft coque dit cet embitieox; fait courir çà et là le moyne destiné au chœuf , à ce que dit I cet esprit inquiet; fait faire des rUdescen- ' sures et murmurotions contre les prélats de riglise et contre les prince.^ temporels , à ce que dit cet arrogant. Il be se parie que de zèle, et on nevoitpoiht de zèle, ains seulement des ttiedisances, des colères , des iiaihes « des envies et des inquié^ tudes d*esprit et de langue.
|t) Jfto. I, !•.-(•) fiai, m ; I. TU. K mtMl^ itti Ut JÉ.
On peut praetfqner le leto eii tMifll* cens. Premieremeni , en fliisaAt iêé gftlK» des actions de justice pOuf repOliaaef M mal , et cela n'appartient qu'à ceux qui ont les offices, publics de corriger , censurer et reprendre en qualité de supérieurs, comme les pHntses , magistrat* , t>feteté , pJMitiitéurI ; faiàié parce que oet oftce est respectable, chacun l'entreprend , chacun s'en veut mesler. Secondement , on use du lele en faisant dea actions de ghinde terii pour donner bon exemple ^ auggerant Ml reskodes au mal , exhortant à tea enlployei^ opérant le bien eppoeé ad mal qu'on deeffi exterminer : ce qui appartient à un dm* cun ; et neantmoins peu de gêna le veuleni faire. Enfin en exerce le xele tre»-ekcel« lemment en soufltrentetpatissalitbeauoonf pour empesoher et destoumer le aial y ei presque nul ne veut cette aorte de ssM. Le lele spécieux est ambitieoné « c'est os» luy auquel chacun veut tmplojrer uen talent i aans prendre garde que oe nlsi pas le aele que l'on j recherehe j mais H gloire et l'asseuvissement de l'outreHiah dance» colère i chagrin el autrea pne»
eions»
Certes I le xele de Noatre^igneur pa« rut principalement à mourir sur la croit |)0ur détruire la mort et le péché des liom* knes, en quoy il fut souverainement imité par cet admirable vaisseau d'élection et de dilcclion (4)t ainsi que le représente le grand sainct Grégoire Nazianzcne en pa« rôles dorées. Car , parlant de ce saihct aposlre : a II combat pour tous , dit-il , ii respand des prières pour tous ^ il est passionné de jalousie envers tous , il esl enflammé pour tous } ains me^me il a osé plus que cela pour ses frères selon la chair ; en sorte que pour dire aussi mof^^ mesme cecy fort hardiment , il désire par charité qu'iceuz soient mis en sa place auprès de Jesus-Christ (S). 0 excellence de courage et de ferveur d'esprit incroya» blel il imite Je;*us-Clirist» qui pournouê fui faiet malediclion ^ qui prii nos tu* firmitez , et porta net maiadieê (3) { ou^ afin que je parle plus sobrement , iuy le premier , après le Sauveur , ne refuse pas de souir. ir , et d'estre réputé impie à leur oci'UbioH. » Ainsi dune , Tlicotimei
C!)itt.ik.lt. • ^ . ^ .^
(^ aom. UL - (t) GaL m. il ; latii. vm, ^
UVkiik,£)tÀ»itiift<Vit.
XMHi SàUVéUk' t\A ïoMHiè . coâtfftmtlS, iftrudfié en qualité d'homme vouiS tlestlné et dcdié à porter et (supporter les 6ttprobt*6d , if^hominies et punitions deues A tous lëS pëthôUrâ du monde , et à servir de sacriflée genëral pour le pcché , ayant èst^ fait cbmmè anaihcsmc, soparo et abandonné de son père éternel ; de mesme fidftsi , selon la véritable doctrine de ce grand Nazianzene, le glorieut apostre BAInct Paul désira d*estre comblé crignotoiinle , cruéifié , séparé , abandonhé et saeriflé pour le péché des Juifs, ftAh de t)or<- Itt poUt* eut Tanathesme et la peine qu'ils toieritoient. Etcomme nostre Sauveur porta ût 80k*te les pechéz du monde, et fut faict tellement anathesme , sacriOé pour le peehé , et délaissé de son père , qu*il no laissa )Mid d'esire perpétuellement le fits bien" ûiMi auquel le père prenait son honplaitf!" (0; aussi le sainct apostre désira bien â'eatre anathesme et séparé de son maistre , pouf estre abandonné d*iceluy , et délaissé à la merey des opprobres et punitfottd deues aux Juifs; mais il ne désira pas pourtant jamais d*estre privé de ta (thArili et grâce de son Seigneur, de laquelle rien aussi né le pouvoittépar^r (2); é*est-à-dire il désira dVslre traiclé comme UW hohimé Séparé de Dieu ; mais il ne désira pas d*en estre par effet séparé hy privé ' de sa gracé, Car cela ne peut estre sainctement désiré. Ainsi Tespouse céleste connusse que t amour estant fort eomm$ la morK3) «laquelle sépare 1 amo du corps , U zèle , qui est un amour ardent , est encore bien plus fort : car il ressemble à Venfer (4) qui sépare Tame do la veu0de Nosire-Seigneur ; mais jamais il n^est dit , ny ne se peut dire , que l'amour ou le zèle soit semblable au péché , qui seul separo de la grâce de Dieu. Et comme se pourroilil faire que Tardeur de Pamour pust faire desiirer d*estfe séparé de la grâce , puisque Tamour est la grâce mesme , ou du moins no peut estre Sims la grâce? Or le zcle du grand sainct Paul fut pracliquéen quelque sorte , eu me semble , par lu petit sainct Paul, je veux dire sainct Paulin, qui, pour ester un esclave de son esclavage, se rendit esclave luy-mcsme, sacriFiant «sa liberté pour la rendre à son prochain.
(1) Hatth. zTii. I. — (t) kbn. rut, H. (t) Cani. Caat vm. t. — (4) IbM. yiii, t.
Ô ^(id MèntaèufeUk est , dit sainct Àmbrotse^ Celuy qut 6{ait fa discipline du zelc î Tfés-fncilement, dit sainct Bernard, le diable se jouera de ton zèle , si tu négliges la science. Que doncques ton zelo soit enflammé de charité , embelly de science , atfermy de constance. Le vray zMe est enfant de la charité, carc*en'est Tardeur; c*est pourquoy , comme elle , il Qéipàtieni, bénin, sans trouble , sans contention, sans haine, sans entie^ se refouissant de Us f)Brité (0- L'ardeur du vray zelo est pareille à celle du chasseur qui est diligent, soigneux, actif, laborieux et tret-aflfoctionné au pourchas ; mais sans colère, sana ire, sans trouble. Car, si le travail des chasseurs cstoit colère, ireux , chagrin , Il ne scroii pas si aimé ny affectionné. 6t de mesme le vray zèle a des ardeurs eklresmes, mais constantes, fermes, douces i laborieuses , esgalement aimables et infa* tigables. Tout au contraire i le faux lele est turbulent, brouillon, insolent, Oeri colère , passager, esgalement impétueux et inconstant.