‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 225 sur 365 · CHAPITRE XVn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVn

Gomme Mottre-deii^eur praetlqaâ Mat l«é plil ezeellfrts «elei de Timottr.

Ayant longuement parlé des actes et* crez du divin amour, afin que plue aise* ment et sainctomcnt vous en censervîet la mémoire , je vous en prosente un reoueil et abrégé. « La charité do Jesue-Cliriêl » nous presse (t) , » dit le grand aDOsir»» Ou y , certes , Tlieotime , elle nous uirce el violente par son inlinie douceur praeliqiiée en tout Touvrage de nostre redempiiou | auquel s*est apparue la bénignité et amour de Dieu (3) envers les hommefti Car qu*est-ce que ce divin amant aefit pae en matière d'amour I

4 . Ilnousaima d'amourde cemplaisanoii car t!«s délices furent é' estre awet les en* fans des hommes {i) , et d'attirer rhommn à soy, se rendant homme luy-mesmei %% ftl nous aima d'amour do bienveuillunce , Jei« tunt sa propre divinité en l'homme i èii sorte que l'homme fust DieUi 8.11 s'unit A nous par une conjonction incompreheasible , en laquelle il éditera et at aem à

(1) I. Cor. xiii. 4. t. — (1) M. Cor. ▼, S* (S) Tii. 111. k. — (4) Prororb- viii, I.

TRAITA DE VàMOUK PË DIEU-

np^tre oature si fortement , îodissoliibleifteni , et infiniment , que Jamais rien ne Ibst ai eatroictpment joint et preaaé à l'humanité, qu'est maintenant la tres-saincte divinité en la personne du Fila de Dieu. i. n a'ecoula tout en nous, et, par manière de dire , fondit sa grandeur pour la re- 'dufire à la forme et fifnire de nostre petitesse , dont il est appelle source d*eau vive, fôsée et pluye du ciel. 5. Il a esté en' extase , non-seulement en ce que , comme dit saint Denis , à cause de Tezoôs de son amoureuse bonté, il devient en certaine fiçon hors de soy-mesme, estendant sa |»rovidence sur toutes choses , et se troutnit en toutes choses; mais aussi en ce 'qve, comme dit sainct Paul , il s'est en ilttelque sorte quitté soy-mesme , il s'est Môé de soy-mesme , il s'est épuisé de sa mndeur, de sa gloire, il s'est demis du throsne de son incompréhensible majesté ; ^ s*il faut ainsi parler, il $*e$t anieahty aoy^maima (4) pour venir à nostre humanité, nous remplir de sa divinité, nous èNnbler de sa bonté , nous eslever à sa dignité, et nous donner le divin estre d'enfans de Dieu. Et celuy duquel si souvent il est escrit : Je vis moy-meime , dit le Seigneur (2), il a pu dire par après , selon le langage de son aposlre : Je vis moy-meeme , non plus moy-mesme , mais lliomme vit en moy (3). Ma vie d'est l'homme , et nwurir pour Thomme dest mon profit (4). Ma vie e4t cachée avec l'homme en Dieu (5). Celuy qui habitoit en Soy-mesme, habile maintenant en nous ; et eeluy qui estoit vivant es siècles dans le sein de son père éternel, fut par après mortel dans le giron de sa mère temporelle. Celuy qui vivoit éternellement de sa viediline, vécut temporellemen^ de la vie humaine ; et celuy qui jamais éternellement A'avoft esté que Dieu , sera éternellement à jamais encore homme , tant Tamour de l'homme a ravy Dieu et Ta tiré à Textase. 6. Il admira souvent par dilection comme il fit le centenier et la Cananée. 7. Il contempla le jeune homme qui avoit jusqu'à l'heure gardé les commandemens , et desiroit d*estre acheminé à la perfection. 8. Il prit une amoureuse quiétude en nous , et

2) fatou u. Ml .- (4) PIOIIp. 1, il.

metme avec quelque suspemioa de 1,-,»

emmy le sein de sa mare et en aon ea* CMice. 9. Il a eu des tendretei admirables envers les petits enfans qu'il preAoit entre ses bras et dorlotoit amottreusemant , envers Marthe et M agdaleiae , envers le Laxara qu'il pleura, comme sur la dté de Hienisalem. 40. Il fut animé d'un lela ttompareil , qui , comme dit sainct Deaja , se convertit en Jalousie ; détournant , ea tant qu'il fut en luy, tout mal de sa bleaaimée oature humaine , au péril, aiaa au prix de sa propre vie ; chasMat le diable prince de ce monde, qui aerobloit estre son rival et compagnon. 44 . Il eut mille et mille langueurs amoureuses. Car d'oà poovoient procéder ces divines paroles : € Je % dois estre baptisé de baptesme , et • comme suis-Je angoissé et pressé jusqu'à » ce que je l'accomplisse (4) 1 • Il voyoit l'heure d'estre baptisé en son sang , et laaguissoit Jusqu'à ce qu'il le fust ; l'amour qu'il nous portoit le pressant , afin de nous voir délivrez par sa mort de la mort éternelle. Ainsi fut-il triste , et sua le sang de détresse au Jardin des olives, non-seulement pour Pextresme douleur que son ame sentolt en la partie inférieure de sa raison , mais aussi par Textresme amonr qu'il nous portoit en la supérieure portion d'icelle ; la douleur luy donnant horreur de la mort , et Tamour luy donnant un extresme désir d*icelle : en sorte qu*un tres-aspre combat et une cruelle agonie se fit entre le désir et Thorreur de la mort, jusques à grande effusion de sang qui coula comme d'une source , ruisselant jusques à terre (2).

42. Enfin , Theotime , ce divin amoureux mourut entre les flammes et ardeurs de la dilection, à cause de l'infinie charité qu'il avoit envers nous , cl par la force et vertu dePamour; c'est-à-dire il mourut en l'amour, par l'amour, pour l'amour et d'amour. Car bien que les cruels supplices fussent tres-sulfisans pour faire mourir qui que ce fust, si est-ce que la mort ne pouvoit jamais entrer dans la vie de celuy qui tient les clefs de la vie et d« to mort (3) , si le divin amour qui manie ces clefs n'eust ouvert les portes à la mort , afin qu'elle allast saccager ce divin corps et luy ravir

(1) Lm. ui, M. - (^ Ue, un, a»i Ui

<|} AfOt. I, II.

LITRE XI, CHAPiTRB L

la Tie , Pamour ne se contentant pas de ravoir rendu mortel pour nous , s*ii ne le rendoit mort. Ce fut par élection , et non 3ar la force du mal , quMI mourut. « Nul » ne m'oste la vie , dit-il , mais je la laisse » et quitte moy-mesme. J'ay puissance de » la quitter et de la reprendre derechef » moy-mesme (4). • «Il fut offert, dit » laaïe , parce qu'il le voulut (2) : » et par^ tant, il n*est pas dit que son esprit s'en alla , le quitta et se sépara de luy ; mais au contraire , qu'il mit son esprit dehors (3) , l'expira , le rendit et le remit es mains de son Père (i) éternel ; si quo S. Athanase remarque qu'il baissa la teste (5) pour mourir, afin de consentir et pencher à la venue de la mort, laquelle autrement n'eust osé s'approcher de luy ; et criant en pleine voix (6) , il remet son esprit à son Père , pour monstrer que , «somme il avoit assez de force et d'haleine pour ne point mourir, il avoit aussi tant d*amoar qu'il ne pouvoit plus vivre sans faire revivre par sa mort ceux qui sans cela ne pouvoient jamais éviter la mort , ny prétendre à la vraye vie. C'est pourquoy la mort du Sauveur fut un vray sacrifice , et sacrifice d'holocauste que luymesme offrit à son Père pour nostre rédemption. Encore que les peines et dou-

(1) loan. s. 11. — (t) IM. uii, 7.

in Hitth. UTU. M. — (4) Loo. xxm, !•«

(ï) Jou. JUK, M, — (•) Lue, xxm, M.

leurs de sa passion fassent si grandes et si fortes , que tout autre homme en îmi mort, si est-ce que , quant à luy, il n'en fusi jamais mort s'il n'eust voulu , et que le feu do son infinie charilé n'eust consumé sa vie. Il fut donc le sacrificateur luymcsme qui s'offrit à son Pore , et s'immola en amour, à l'amour, par l'amour, pour l'amour et d'amour.

Mais , Theotime , gardez bien pourtant de dire que cette mort amoureuse du Sai>veur se soit faicte par manière de ravissement. Car l'object pour lequel sa charité le porta à la mort, n'estoit pas tant aimable qu'il pust ravir à soy cette divine ame , laquelle sortit donc de son corps par ma* niere d'extase , poussée et lancée par l'afffbence et force d'amour ; comme l'on voit la myrrhe pousser dehors sa première liqueur par sa seule abondance, sans qu'on la presse ny tire aucunement, selon ce que luy-mesme disoit, ainsi que nous avons remarqué : « Personne ne m'oste ny ravit » mon ame, mais je la donne volontaire- » ment (1). » 0 Dieu 1 Theotime , quel brasier pour nous enflammer à faire les exercices du sainct amour pour le Sauveur tout bon, voyans qu'il les a si amoureusement practiqucz pour nous qui sommes si mauvais 1 Cette charité donc de JemS' Christ nous presse (t).

(1) Jota. I, is, — (1) 11. Cor. V, tk.

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