‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 226 sur 365 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

CoBiMoD touiM lei vertot toDl agréables à Dieu*

La vertu est si aimable de sa nature , que Dieu la favorise par tout où il la voit. Les payens, quoyque ennemis de sa divine majesté, prdctiquoicnt par fois quelques vertus humaines et civiles, desquelles la condition n'estoit pas au-dessus des forces de i'esprit raisonnable. Op, vous

pouvex penser, Theotime , combien cela estoit peu de chose. Certes , encore que ces vertus eussent beaucoup d'apparence » si est-ce qu'en effect elles estoient de peu de valeur à cause de la bassesse de l'in^ teniion de ceux qui les practiquoient , qui no travailloient presque que pour l'honneur, ainsi que dit S. Augustin , ou pour quelque autre prétention fort légère »

comme est celle de l'entretien de la ie»

cicW civile , ou pour yuplfliie petite itirlinplion qu'ils nvoknl au tijcn ; laquelle na rt'iiC'inlNini pojnt rtftgrnnilo eotitrnrirl6 , les [lurloit S des m-'OucB iiclïons de virlus, eommo, p;ir ej;cmple , â s'enlrcatilucr, â wcourir les amis, vivre sobrcmcnl , ne fqinl di'prot>cr, servir ndclomenl 1rs maisires, nnjfer lp3 gages aux ouvriecs. Et touie»P'Ia , quoique cela fiist oinsi mince et epvironné de plusieurs impcrrections , Dteticn sçavoil gré ù ces pnovres gens, et tes en rpromuenâoit uboiidnmrnent.

les wges-feTnmes auxquelles Pharaon donna ctinrge de faire périr (dus 1ns maries deslsriiblitcs, e$luient san^ duule Esypficnncs el ppyenncR (1] ; car s'excu.ianl àf OUI)}' elles n'avoient pas exécuté ta vojpniû du roy : ■ Les Temmes hcbrieuws ,

* disuit'nt-clles , ne sont pna comme Ir's

• Cgypllennes ; car elles s{i)vcnt l'arL de f rvrevoirlesenfsns, et, devant que nous » illions A elles, elles ont enranté [S] ; ■ ffçusequjn'eusipasestéâ propos, si ces MKes- femmes eussent esié Ik-brieuses ; el

p est pas crpyahie quephrtraon eust donné qna coipmi^sion si impiteu^e conlre les flettriBueep à des remmes hebrieuses de mesme naiion et re|ii;ion : et aussi Joseph tBsmi.rgne qu'en efleci cllesesloîenlEsyptiennes. Or lout Egyptiennes et payennes qu'elles esloient , elles craignirent d'of- Tenser Dieu (3) par une cruauté si barbare el desnalurée comme eust esté celle du massacre di> tant de pclils enFants. Do quoy la divine douceur leur sçcut si bon gré qu'elle leur édifia de» maitonM (i) , G'eal-â-dire , les rendit plantureuses en enfnnsel en biens lemporolg.

Nabudiodonosor, roydeBjbylone.avoit combattu en une guorre juste contra la ville (le Tyr, que la juitico divine vouloit chantier. Et Dieu dit A EzochicI qu'en récompense il donnerofi l'Egypte on proie à î^'abuchodonoêor et à son armék' , perce, dit Dieu, V"*'' ""t tfwaiUc four moy (B). QoncquËS, adjouto S. HierQsott! au cummenliùro , nous apprenons que ai 1m (layena mesine font quelque bien, ih ne sont point lyisscz sanâ sidaire

4er *<4 pechex par avmoina (6), c'osi-à-

thaitë ttf, L'àuouh dç pKU.

dire de se rflcheterdes peines temporelle» deues ft ses nccher. , dont il estait menacé. Voye^-vous donc Tlieollino. combien il est vray que Dieu Tait esinl des yprlus, encore qu'elles soyent practiquées pur des jvrsonnes qui sont d'ailleurs mauvsi^esT S'il n'eiist a;;ri<é la miséricorde des Bnges- T'inmes çl la justice de la guerre des Bubylonien^, cu^l-il pris le soin , je vous prie, de les siilarinr? Et fi Daniel n'eusl sGcu que l'inHdelilé de Nahuchodonosor n empei<cheroit pas que Dieu n'agren^t ses aiimosnea , pourquoy les luy eusl-i) conseillées? « Certes, l'aposlre nous as-

> sure que les payensqui n'ont pas In loy

> font naturellement ce qui apfiartient â Iq luy (I). » El quand ils le font , qui peut diiuter qu'ils ne fassent bien, et que Dieu n'en fasse compteT Les payenscogneurcnt nue le mariage estoit bon et neccssairei ils virent qu'il esloitconven:>ble d'eslever les enfcing es erU, en l'amour de la patrie, en lu vie civile, el ils le Orenl. Or, je vous laisse à penser si Dieu ne Irouvoit pas bon cela, puisqu'il pvoit donné la lamière de In raison et l'instinct naturel |

vUts tnlenlioi

Lu raison naturelle eft un bon arbn que Dieu n planté en nous ; les fruiels qui on proviennent ne peuvent estreque bons: fruicisqui, en comparaison de ce uï qui procèdent de la grâce, sont â la verilé do trcs-pelit prix , mais non pas pourtant de nul prix , puisque Dieu les a prisez, et pour iceux a donné des récompenses tcmporellesj aies que, selon le grand S. Augustin , il salaria les vertus morales des Romains, de la grande étendue et magnifique réputation de leur empire.

Le peebé rend sans doute l'esprit w~ lado, qui parlant no peut pas fjire des grandes el fortes opérations, mais ouj bien des petites; car toutes les actions des malades na sont pas malades : encore paric-t-on, encore voit-on , encore ouîl-t-on , encore boit-on. L'ame qui est en péché peut faire des biens, qui estan* naturels, sont recompensez de salaires naturels ; estons civils, sont payez de monnoye civile et humiiino, c'est-à-dire, par des commodilez icmporelles. Le pechcuc n'est pas en la condition des diables, desquels la volonté est teliemonl dçircmpéo

•t incorporée au mal, qu'elle ne peut vouloir aucun bien. Non", Thcolinic, le pécheur en ce monde n'csl pas ninsi ; il est lé fTiimy le chemin entre Ifierusalem cl liierieo, bleêsé à mort, mais non p«ns enoere mort; ciir. dit l'Evangile, il est laissé â moitié vivant (^) : et comme il est à noitié vif, il peut aussi faire des actions moitié vives. Il ne ?çauroil voiremcnt marcher, ny se lever, ny crier à Taide, non pas mesme pdrler, sinon languidement , à cause de son cœur failly; mais il peut bien ouvrir les yeux, remuer les doigts, eouspirer, dire quelque parole de plainte ; actions foibles , et nonobstant lesquelles il mourroit misérablement sur son sang, si le miséricordieux Samaritain ne luy eust appliqué son huile et ê&n vin, et ne Teust emporté au logis (2) pour le faire panser et traicler à ses propres dépens.

La naturelle raison est grandement Wwsée, et comme à moitié morte par le peclié : c'est pourquoy, ainsi mal en poinet, elle ne peut observer tous les oofflmandemcns qu'elle voit bien pourtant astre convenables. Elle cognoist son dewr, mais elle ne peut le rendre; et ses yauz ont plus de clarté pour luy monsrer le chemin que ses jambes de force pour l'entreprendre.

Le pécheur peut voiremcnt bien observer quelques-uns des commandemens par-cy, par- là; ains il peut mesme les observer tous pour quelque peu de temps, lorsqu'il ne se présente point de subject relevé auquel il faille practiquer les vertus commandées, ou de tentation pressante de commettre le péché défendu :

mais que le pécheur puisse vivre longtemps en son péché sans en adjouster des nouveaux , cela ne se peut sans une spéciale protection de Dieu. Car les ennemis de rhomme sont ardcns, remuans et en perpétuelle action pour le précipiter; et quand ils voyent quMl n'arrive point d'occasion de practiquer les vertus ordonnées, ils suscitent mille tentations pour nous faire tomber es choses prohibées; et lors la nature sans la grâce ne se peut garantir du précipice. Car si nous vainquons, « Dieu nous donne la victoire « par Jesus-Christ (3) , x> ainsi que me

dit Ç. Paul : 9 VpjUfin e( j^e^ , aAq qof vous n'entriez ppinl en tenUtUon (I). » Si NostreSiMgneur disoit seulement, f^eif»

lez , n()u§ pen-çrigns poqyqir 9^2; fqjra de nous-mc-^r^es ; mni4 quand \\ adjoutOi Priez , ij mon^trp que s'il ne gar4B no^ âmes au temps do la tentation, ^n vai^ veilleront ceux qui les garifnt (%«

CHAPITHP II.

Qoe l'anitir steré rend les TerUis exeeU^mmesi piqi «gredblet à Diea qu'eUet at Mal de lêi^ aropff qnlur^

Les maistres des choses rustiques admi* rent la franche innqcence e( pureté d^^ petites fraises, parce qu'encore qi^'^îllei rampent sur la terpe et soyeni contjnueU lement foulées par les serpen^, I^Tt^rtte et autres bestes venimeqse^ | si e^hfiÇ qu'elles ne reçoivent 9PÇ4t($ impr^s^ioij du venin , n'acquierçnt aMCtine quuli^'^ maligne, signe qu'elles n*on( aucune 9^ nité avpc le venin. Telles sont dopfîqMÇft les vertus humaines , Theotime ; Iç^ quelle?, quoyqu'elles ^icnt ea un CÇQi|r bas terrestre et granderpcnt occupé Û% péché, elles ne sont neanlmoins aucyQ^»

ment infectées de la malice 6*'içfi\\iyt ^ tans d'une naturç si frpncheet innoçao^L (|u'clle ne peut eslre corrompue p^r \% société de l'iniquité , selon qu'Ar^tp^ mesme a dit , que la vertu es^i( un^ lif • bitude de laquelle aucun np peut (9bqâçr« Que si les vertus estant ainsi bonnç^ (^i\ el|es-mcsmes, pe sont pas reporppen^^ d'un loyer éternel, lorsqiielles ^nl prace tiquées par les infidèles 014 par ceui( qi4 sont en pcché, il ne s'en f^i^l nullepieot estonncr, puisque le cœur duquel ellof| procèdent n'est pu.s capable du biçn et^ nel, s'estent d*aillcurs détourné de Qiaiip et que l'héritage céleste apparl^oapt ^vi Fils de Dieu , nul n'y doi^ estrç Q^iâOçiA qui ne soit en luy et son frère ^dop(i;; laissant à part que la convention p^u* {§» quelle Dieu promet le p^^adis ne ('ugafi^ii que ceux qui sont en sa graçe^ çt qi)e )f| vertus des pécheurs n'on( fiupyn^ ^iSPif^ ny valeur que celle de Ipur naturf) , q;4 par conséquent ne les peut rc{pvPf ftU Q)^ rite des recQmpeasef 9i;rnati|r§|jp6, |^ \ quelles pçur ççla tt\j^jfffi^ ^qf auBelln |^

(i)Uo,x.io. '(sjLM.i,at.M^(i)i.t«Ctr.if,ir. l (i)iucui.mi,^.«-(|[)ff^ç0v|^,,

nUITt M L'AIOIIR DE UU.

Ânturenes^iTautantqtieta nature, et toat ûè qui en dépend , ne peut ny les donner Bjr left mériter.

*llai:i lea vertus qui se trouvent es amis de Dieu, quoyqu'elles ne soient que mor»ht et naturelles selon leur propire condition, sont neantmoins anoblies et relevées à la dignité d'oeuvres sainctes, à cause de rexcellence du cœur qui les produit.

Cest une des proprietez de l'amitié, qo*elie rend agréable Tamy et tout ce qui eai en iuy de bon et d'bonneste. L'amitié respand sa grâce et faveur sur toutes les actions de eeluy que l'on aime, pour peu qn*ellesen soient susoepcibles : les ai*

nrs des amis sont les douceurs, les eurs des ensmtJ» sont des aigreurs.

Toules les OBuvf«g« vertueuses d'un cosur •myde Dieu sont dédiées à Dieu. Car le ccBur qui s'est donné soy-meame, comme n'à-t-il pas donné tout ce qui despend de hiy-mesmet Qui donne Parbre sans rc* aerve ne donne-t-il pas aussi les feuilles, les fleurs et les fniicts? c Le juste fleurira

• comme la palme, il croistra comme le » cèdre du Liban. Plantes en la maison du » Seigneur, ils fleuriront es parvis de la » maison de nostre Dieu (4). • Puisque le juste est planté enlamaùon de Dieu, ses feuilles, ses fleurs et ses fruits y croissent et sont dédiés au service de sa majesté, c II est comme l'arbre planté près le coun rantdes eaux, qui porte son fruicten » son temps; ses feuilles mesmes ne tom-

• bent point , tout ce qu'il fait prospe- » rera (S). » Non seulement les fruicU de la charité et les fleurs des œuvres qu'elle ordonne, mais les feuilles mesmes des vertus morales et naturelles tirent une spéciale prospérité de Pamour du cœur qui les produit. Si vous entez un rosier, et que dedans la fente du tige vous mettiez un grain de musc, les roses qui en proviendront seront toutes musquées. Fendez donc vostre cœur par la («incte pénitence, et mettez Pamour de Dieu dans la fente ; puis entant sur iceluy telle vertu que vous voudrez, les œuvres qui en proviendront seront parfumées de saiocteté , sans qu'il soit besoin d'autres soin pour cela.

Les Spartes ayant ouy une tres-belle sentence de la bouche d'un meschant fi) »Mi» s«,ii. u. -m fi«i^ 1,1

homme, n'estimèrent pas qu'elle dMHk astre reçue, si premièrement elle n*estoit prononcée par la bouche d'un homme de bien. Pour donc la rendre digne de reoeption , ils ne firent autre chose que de la fiiire deredief proférer par un homme ver* tueux. Si vous voulez rendre saincte la vertu humaine et morale d'Bpicteta , de Socrate ou de Demàdea, faites-la seulement practiquer par «ne ame vrayinent chrestienne, c'est-ànllre qui ait l'amour de Dieu. Ainsi Dieu regarda au bon Jhei premièrement, et puis à ses offramdeê (4); en sorte que lesoflErandes prirent leur grâce et dignité devant les yeux de Dieu de la bonté et pieté de celuy qui les presentoit. 0 bonté souveraine de ce grand Dieal laquelle favorise tant ses amans, qu'elle chérit leurs moindres petites actions pov peu qu'elles soient bonnes, et lesam^blit excellemment, leur donnant le titre et la qualité de sainctesl Hél c'est en oontem* plation de son fils bien-aimé, duquel il veut honorer les enfans adoptifs , sanctifiant tout ce qui est de bon en eux, les oa, les cheveux , les vestemens, les sépulcres, et jusques à f om^re (%) de leurs corps, la foy , Pesperance , Pamour, la religion , ouy mesme la société, la courtoisie, Paflàbilité de leurs cœurs.

» Doncques, mes chers frères, dit Papos- » tre , soyez stables et immobiles , abon- » dans en toute œuvre du Seigneur, sça- » chans que vostre travail ne sera point » inutile en Nostre-Seigneur (3). » Et notez, Theolime , que toute œqvre vertueuse doit estre estimée œuvre du Seigneur^ voire mesme quand elle seroit practiquée par un infidèle : car >a divine majesté dit à Ezecliiel que Nabuchodonosor et son armée avoient iravailléii) pour Iuy, parce qu*ils avoient fait une guerre légitime et juste contre les Tyriens; montrant asseï par là que la justice des injustes est sienne, tend à Iuy et Iuy appartient; bien que les injustes qui font la justice ne soient pas siens , ne tendent pas à Iuy et ne Iuy ap* parliennent pas. Car comme ce prophète et prince Job, quoyqu*il fu4 issu de race payenne et habitaotde /a (erre /Tim (5), ne laissa pas d'appartenir à Dieu ; ainsi les vertus morales, quoyque proveuues d'un

(•)l.«iG«r.vr,IS.«>Mi

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UVKK XI , qUàPITRE lU.

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iheor, ne laissent pas d^apparteu. Mais quand ces mesmes vertus 3nl en un cœur vraimenl chres- «t^à-diro doué du saincl amour, n-seulement elles appartiennent à ais elles ne sont point inutiles en Seigneur^ ains sont rendues fruc- !t précieuses devant les yeux de sa djoustez à un homme la charité, ugustin, tout profite; ostez-en la tout le reste ne profite plus. Et qui aiment Dieu, toutes choses wt en bien (4), » dit Tapostre.

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