‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 24 sur 365 · DISCOURS XXIV · texte numérisé non relu

DISCOURS XXIV

Combien le mejeslé dei sainciçs Escritures e eilè violée par les inierprelaliuns cl vcrsiuiis dcf hérétiques.

Voyons encor comme les religion naires de ce temps, afin de corrompre plus à leur

(1) Act. Il , 17. — (i) Be»e ea sa l" Tertioo. (9) Poar Cela est moo curiM : lit Ibeni : Icy est imii •arp*. Puar alodar la raaillé.

<k) Tertall. da Prttfcrlpt. barat

COirrROTERSES

aise cette première et saincte règle de DO:^tre foy, ne 8e sont pas contentez de la mutiler, et de raccourcir, en oslant tant de belles pièces, mais encor ils font contournée et détournée chacun à sa poste ; et bien loin d'ajuster leurconnoissancc à cette règle, ils l*ont accommodée elle-mesme à Téquaire de leur propre suffisance , et au niveau do leurs passions. L'Eglise a voit reccu généralement (il y a plus de mille ans) la version latine, que l*ancienne tradition avoit produite. Sainct Jerosme, tres-sçavant homme, en estoit l'autheur, ou le correcteur; mais en nostre asge, nous avons vu s*élever un épais broiiillars de Fesprit de division , lequel a tellement ebloiiy ces regrateurs des vieilles opinions, condamnées cy-devant, que chacun a voulu prendre party, qui d*un coslé, qui d*aulre, et au biais de son jugement particulier, pour prophaner cette saincte et sacrée Escriturede Dieu : en cela, qui ne void la violation de ce vase sacré de la saincte lettre, dans laquelle se conserve le précieux baume de la doctrine evangelique? Je vous prie, messieurs, n*eust ce pas esté prostituer i*arche de ralliance, si quelqu^un eust voulu soutenir, qu'un chacun la pouvoit prendre, la porter chez soy, et la démonter toute en pièces, pour lui bailler telle forme qu'il eust voulu pourvu qu'il y eust eu quelque apparence d'arche? N'est ce pas Lire la mesme chose, en soustenant que Ton peut prendre lesEscriluies, les tourner et accomoder chacun selon son sens? on fuit bien pis, car on ajoute que l'édition ordinaire de l'Eglise est si difforme, qu'il l'a fallu rebastir à neuf; et l'on souffre qu'un homme particulier y mette la main , et commence cette nouvelle édification? ne voila pas la porte ouverte à la témérité? Luther l'ose entreprendre, et après luy Erasme ; et sur ces beaux modèles sont venus Calvin, Melancton , Henry, Merzere, Se bas te. Cas lalio, Bt^.e, et le reste de leurs cabales; il leur sudit qu'on ^çache quelques virs de Pindare, quatre ou cinq molsd'hcbreu, et quelques phrases grecques : mais ditesnous, do grâce, comme se peuvent faire tant do versions étrangères, par des cervelles si diU'ercntes et sans adveu , qu'il ne s'ensuive une totale cversion de la sincérité dei'EdCrîLure?

Que dites-voQS? que la versioii ordi*

naire est corrompue? nous avouons que ! les transcriveurs et les imprimeurs y ont pu laisser couler par megarde certains équivoques de fort peu d'importance (si toutefois il y a rien en l'Escriture. qui puisse estre dit de peu d'importance) lesquels le concile de Trente a commandé de remettre en leur premier estât, avec ordre qu'à l'advenir on prenne soin de la faire imprimer le plus correctement qu'il se pourra sur les authentiques. Au reste, il n'y a rien qui n'y soit tres-conforme au sens du Sainct-EÎsprit , qui en est Tau* theur, comme Tout montré cy-devant tant de (4) doctes personnages dé nostre Eglise, qui n'est qu'une , et qui se sont courageusement opposez à ces nouveaux formateurs de religion ; si bien que ce seroit perdre le temps de vouloir parier de la naïveté des traductions orthodoxes. Mais quoy 1 qu'avez-vous fait de mieux? chacun a estimé la sienne, chacun a méprisé celle d'autruy ; on a travesty (2) tant qu'on a voulu, mais personne ne se loiie de la version de son compagnon ; ainsi tout cela ne fait que renverser la majesté de l'Escriture, et la mettre en irrision parmy les peuples qui pensent que ces diversitez d'éditions viennent plutustde l'incertitude de la vérité de l'Escriture, que de la bigareure des traducteurs, dont la variété si mai fondée nousdoit mettre en assurance de l'ancienne tradition, laquelle, commedit le concile, « TEgliseasi longuement, si constamment, et si unani* mcmenl approuva. »

OfiSKaVATlON DU PREMIER EDITEUR.

La remarque et le rapport que le uiot evctque vieui de faire à la marge de soo maauAcrit montre claireiueni que ce chapitre nest pas achevé , et qu'il avoit deaseio de I étendre plus au iung ; le reuvoy qu il fait à ces paroles ; JVon derelinqueê animam meam in in-^ femo^ est dans le cbapilre précèdent avec le mauvais sens que luy ont duuué les nouveaas réformateurs ; il y a de l'apparence que c'etiott icy son Ui-ssein de coiter les plus coiisiderablef fabiùcations qu'iis oui faites en l'ioierpreiatioa des L»crilures.

(1) Ceucbr. la Praf. PmI «t lo PmIl Tlteinuo ia ApoloK- Tulel. ia ip. Apol. Ueilarmiou* •talll.

(1) ùiota. Icy Mi net Frauçou a inia celte obMTTalloa 0D marge : Icy faut rapporter la faota faita aor caa pé" rolaa : Aon deretingut» . «te-

DE S. nURÇOIS DE SALES.

DISœURS XXV.

|b 11 cemipUon des versions valgaires.

Reste à voir, que si la prophanation des noviiteiiisestsi évidente à l'égard des versions latines, combien est grand le mépris t't routrai^e qu'ils ont commis contre la pureté de l'Escritiire, dans les éditions j)opulaîr-es, françoises, angloises, allemandes, polorioises, et autres langues; neantmoins voicy un des plus rusez arlitices que l'ennemy du christianisme et de Tunilé, met en jeu en notre asge, pour attirer les peuples éson party : il connoissoit la curiosité des bommos, et combien chacun prise son propre ju.zement; c'est pour cela qu'il a induit «es partisans et sectataires, à traduire les nirictes Escritures , chacun en la langue delà province où il s'est trouvé cantonné, et à maintenir pour cela celte opinion aussi fausse que périlleuse : « Que chacun est capable d'entendre les Escritures, que tous les dévoient lire, et que tous les offices ci prières publiques se dévoient célébrer etchanter en la langue vulgaire de chaque aMion. »

Mais, messieurs, qui ne void le stratapme de ces gens î il n'y a rien de bon au Bwnde, qui passant par plusieurs mains, oes'aitere et ne perde son premier lustre : le vin qu*on a beaucoup versé et reversé l'eveAte et perd sa force : la cire estiint beaucoup maniée, change de couleur : la noonoye dans ses changtis perd ses caractères: croyez aussi que TEscrilure saincte, passant et repassant par tant de divers Terseurs, et par tant de versions et revers sons, oe peut qu'elle ne s'altère; que si dans les versions latines il y a.beaucoup de variété d'opinions entre ces tournoyeurs combien plus, et plus aysement dans les éditions vulgaires et maternelles, desquelles chacun ne peut pas reprendre le sens njr le cuntrosler? C'est donc une tres- ^dnde malice en ceux qui les traduisent, Ue sçavoir qu'ils ne seront point conlroslcz par ceux de leur province, encor moins piir ies étrangers; car un François ne pourra pas corriger un Anglois, ny un Anglois un Allemand , qui n'entendent pas les langues des uns ny des autres. « Sçavonsowj» bien, » dit un docte et (1) prophane,

fl) Uiiev d« HoataifM, 1. 1, clL mu

€ qu'en Basque et en Bretagne , il y a des juges asîsez téméraires, pour établir cette traduction toute en leur langue, quoy que l'Eglise universelle n'ait point de ju«j:ement plusdifficile à rendre; ainsi c'est rintenlion de Satlian de corrompre l'intégrité de co sainct Testament. » 11 sçait bien qu'il importe beaucoup à sa malice de troubler li fontaine, et de l'emi^isonner, afin d'infcrterles ruisseaux de la doctrine, mais disons candidement et de bonne foy, ignoronsnous que les (1) aposlres parloient toutes les langues? d'où vient qu'ils écrivirent leurs évangiles et leurs epistres seulement en trois langues?en A«6rfu, comme sainct Jerosme (2) l'atteste de l'évangile de sainct M.itthieu ; en latin, comme quelques-uns pensent de celuy de sainct Marc; et en gree^ comme on le tient (3) des autres évangiles, qui furent les trois langues gravées sur le front de la croix de Noslre-Seigneur, pour (i) publier la prédication du crucifix? Ne porterent-ils pas l'Evangile partout le monde? n'y avoit-il point d'autres langues (5) que ces trois parmy tanr de peuples? cela ne se peut croire; et neantmoins ils ne jugèrent pas expédient de diversifier en tant de langages leurs sainctsescrits. Qui méprisera donc la coutume de nostre Eglise, qui se propose pour son modèle l'usage et l'intention des aposlres? Et de cecy nous avons un beau trait dans l'Evangile ; (6) car le jourque Nostre- Seigneur entra en Jérusalem, les troupes alloient criant: « Hosanna filio David, benedictus qui venit in nomine Domini, hosanna in excelsis. » Mais il faut remarquer, que cette parole Ao^ann a, a esté laissée en son entier parmy les textes grecs de sainct Marc et de sainct Jean , pour signifier que c'estoitla mesme parole du peuple : or est-il que ce terme hosanna , (7) ou bien hosianna^ car l'un vaut l'autn», selon les doctes en cette langue, est une parole hébraïque, non syriaque, tirée avtKî le reste de cette sentence ({ui fut donnée â Nostre-Seigneur, et liréedu psal. 417. Ces peuples donc avoientaccoutuméd^* reciter les pseaumes en hébreu , neantmoins i'hebreu n'estoit plus leur langue vulgaire. Ce

(1) Ad. II. », 10. 11. — (t) Prnr. In Matl. (i) Ex PonliBc. Daioa*i . In f iui HetH. (4) Hilar. Pr«r. In Paalin. — (l) Act. il, f U (•) Mali XII, ». — (7) Aeaebr. I»«. ci»ii, M.

GOTIAOTIRnS

qui so reconnoist tecilement par plusieurs textes de l'Evangile prononcez par Nostre- Stfigneur qui esloient syriaques, et que les evangelisles ont giinles : Abba , Aeel^ dfimay Golgotha^ Pascha, et autres, que les liçavans asseurent nVslrc pas hébraïques, parce que le syriaque estoil devenu le langage vulgaire des Hébreux, depuis la ciiplivitô de Babylone; de sorte que l'hebuiïiiue, outre le grand poids quVlle doit avoir pour cuntre-balancer nos vaines euriositez , a une raison que je tiens trèsbonne, c*est que les autres longues populaires ne sont point permanentes , elles €hangrot de ville en ville, varient les aca^ns, les phrases et les paroles, s*ulterent •t prennent le change de saison en siiison, et de siècle en siècle. Qu'on prcnnt; en main les Mémoires du siro de Juin ville, ou rilistoire de Philippes de Comines, on verra que le temps a entièrement changé leurs langages; et neantmoins ces historiens dévoient eslre des plus i)otis de leur asge , ayant esté tous deux nourris à la cour. Si donc il nous estoit permis (surtout quand il faut rendre à Dieu les services publics) de nous servir des Bibles chacun à sa mode, et en son langage, de cinquante ans en cinquante ans il faudroit remuer ménage, et tousjours corriger en ajoutant, levant ou changeant une bonne partie de la naïveté etsuincte simplicité de TEscriture, ce qui ne se |H)urroit faire sans une grande perte. >i*est-ce pas, après tout, une chose plus que raisonnable , qu'une si pure règle, comme est la parole de Dieu , soit conservée en des langues réglées et immuables? puisqu'elle ne sçauroil se maintenir en cette parfaite intégrité dans des langues bastardes et déréglées I qui changent eo tMus les siècles.

Je vous avise toulesfois , que le saint concile de Trente ne rejette pas et ne proscrit par les éditions vulgaires imprmiées par Tauthorito des ordinaires ; mais seulement il commande , avec raison , qu on n'entreprenne pas de les lire , ny de les produire , sans congé des supérieurs , ce qui est tres-i eligieux, aûn de ne pas mettre ce glaive affilé , et uanchant à deux costés, entre les mains de tel indiscret, qui pourroit s*egorger soy-mesme ; de quoy nous parlerons cy-uprcs plus umplemunl.

Par là f vous voyez que T Eglise ne trouve

/ pas bon que diaciili (qui Kilt lire aimple* ment sans autre assurance de sa capacité que celle qui se persuade danâ sa témérité) manie ce sacré thresor, comme en effet ce n*estpas la raison. Je me souviens d'avoir leu dans les Essays du sieur de Montaigne (4), quoyque laïque, qu*il irouvoit ridicule « devoir tracasser entre les mains de toutes sortes de personnes , dans une salle ou dans une cuisine , le sainct livre des sacre2 Misteres de Dieu et de nostre créance : car, dit-il , ce n*est pas en passant ny lumulluairement qu'il faut manier une estude si sérieuse et verterable ; ce doit estre une action d'estime et de sens rassis à laquelle on doit tousjours apporter pour di>position cette préface dé nostre office, Surtum corda , et y ad jouter le corps mesme disposé par une contenance , qui témoigne une particulière attention et révérence; etjecroy, dit-il, que la liberté que chacUh prend de la traduire , et par ce moyen de dissiper une parole si religieuse et im|)ortante en tant de sortes d'idiomes , a beaucoup plus de danger que d'utilité , dads la profanation qui s*en fait. »

Le sainct concile défend que les prières et B^ervices publics de TEglise soient celebreit en langue vulgaire , mais en un langiige réglé , chacun selon les anciens .et auihenthiues formulaires , approuvez des supërieurs. Ce décret est si juste , qu'il se fonde en partie sUr les mesmes raisons que j*ai déduites ; car s'il n'est pas expédient de traduire ainsi à tout propos , de provhice en province , le texte vénérable de rE-^crilure, jpuisque la plus grande partie des prières et des offices , qu'on recite en public, est tirée de la Bible; s'il n'est donc pas biehseaht ny convenable de la reciter, il l'est encore moins de lu travestir en langue populaire , sans au thori lé des supérieurs , et encor moins de la donner a manier à toutes sortes de personnes ^ crainte qu'estant prononcée en vulgaire , bon seulement les vieux , mais les jeunes enfans ; non-seulement les sages , mais les fols ; non-seulement les hommes , mais les femmes ; et enhu tous ceux qui sont inca-

(1) La Mlnt eresque cita c«t aoUieur. parca f Q*aa m ladipl lot K<tayi Ué kithet da lloalalicue aTaiaat ^raud cour». U l'a cita aaoor cy-dessiu , ilao^ ca me»iaa riiapitra.

DE S. ntANçom 6i kales.

poMM, p<'^rr6t^nt y préndrd oeèasioh d>^fp^^ on de dcnhdnie , qiiî plus , qui moins , selon ?a rtispositîon. S'ils lisolent îw prt<<sa!reà de David , où il semble que té saint roy mnrmnre contre Dieu sur la prosp<*rilé des merhans , le peuple indiscret s'en ï)Ourp()it flatier dans ses impntlenceî». S'!l.< esroutoienl les textes , où II semble demander la vengpance contre ses ennemis , leur colère en prendroit un mauvais prétexte , pour excuser son indip:nalion t s'ils lisolent les transport*? du divin amourdu Cantique des Cantiques, à moins de le^ sçîivoir spiritualiser, iU n'y profileroîeht qu'en "ma! : comme pourrolenl-lîs oaîr ces paroles du prophète Ozée ? (1) f Vade, et fac tîbî fliîos fornicalionis. » Plusietirs actions des anciens patriarches (wrrîroîent la porte au liberlinaiçc des idiots , qui n'ont pas l'esprit de discerneinent. Msiis de grâce! examinons serieuseinent pourquoy on veut avoir les Escritsres et te service divin en 1an<];tie vulpire? est-ce pour y apprendre la doctrine? nais certes la doctrine ne s'y peut trouver, I moins qu'on n'ait ouvert l'ecorce de la teltre , dans laquelle est contenue l'intelligence ! ce que je deduiray tantost en son propre lieu. La prédication sert à ce point >)ft pdd la récitation simple du service) m laquelle la parole de Dieu est non-seument prononcée , mais exposée par le pasieur ; et qui est celuy du menu peuple , tant soit-il éclairé, qui ptiisse entendre tèn^ étude les prophéties d'Etechiel , et les tnysteres contenus dans les psaumes? Que servira donc au peuple grosf^ier de les OUir, sinon peut-éstre pour les prophaner, H les mettre en doute? Âpres tout, nous qui sommes bons Catholiques , ne devons en aucune façon réduire nos offices sacres en langage particulier ; car comme nostro E'^lise est universelle, en temps et en lieu , elle doit aussi célébrer les ofDces publics en un langage qui soit universel , en temps et en lieux. Le latin parmy nous est évident, lé grec en Orient ; et nos Eglises en conservent l'usage , d'autant plus à propos , que nos prostrés qui vont en voyage ne pourroient dire messe hors do leurs contrées , ny les autres l'entendre.

L'unité , la conformité , et la gfafide étendue de nostre saincte religioa t re-

(l)OiA«,«.i,fl.

qtif^t , qné Moi)^ disions nc?9 ))rî{rféS' jM^ bliqnes en un lano:a^ qui îi>\ï nh et 6btHmim à toutes nations. En cette feçon , tids prières sont universelles , par le moyen de tant de gens, qui en chaque provîtce peuvent entendre le Intin , et il me semble en con<îcience que cette seule raison doit suffire ; car si nous convenons du fait , nos prières ne sont pas moins entendues en latin qu'en françnis : divisons , si vous le voulez , le corps d'une republîqtie en troU parties , selon l'ancienne division françoise , ou selon In nouvelle , fert quatre ; s'il y a quatre sortes de personnes dans tm estât , les ecclésiastiques , les nobles , ceinc de robbe et le populaire * lë6 tnolft premiers entendent le latlti , ou le doivent entendre : reste le dernier rang , duquel encor une grande partie l'entend ; lé r(»glé pour vray si on ne parle le langage corrompu de leur contrée , ft grand pelhè pourroit-il comprendre le simple recIt naturel et littoral des Escrîtures. Ce treâexcellent théologien (1) ftobert Bollarmln , dit, pour l'avoir appris de lieu tres-nssuré, qit'une bonne femme ayant oUy lire eti An^rlolerre , par un mini-tre , le chapitré do PEcclesiaste (quoy qu'ils ne le tiennent que pour livre ancien , Won pas pouf ènnonique) où il e?t discouru dé U milice des femmes , elle se leva , disant : « Hé quoV I c'est lA la parole de Dieu ? non , mdis celle du diable. » Il cite de (î) Theodoret ulk bon et juste mot de sainct Basile le Grand i Un cuisinier, dit-Il , de la maison de l'empereur, voulant faire Téntendu , se înit 4 produire certains passages de l'Eà<ïnturéy mais ce grand et pieux evesque luy i'epa^ tit ! « Tuum est de pulmento cogitars . » non dogmata divina deeoqùere. lê Conims s'il eust voulu dire : Meslez-vous de gousUé vos sausses , non pas de gourmaoder li divine parole.

DISCOURS XXVL

La pfophanation des IscriCarai w told «fret^éft la faciUté que prétendent nof frerei ibMtfi dans rinteUigence de leon myiterea et deltois •ens eaeliez.

En vérité | l'imagination doit avoif grande force sur les entendemens des hvf guenots ; puisqu'elle leur persuade si fer-

Ci) Bellamilnas la tract ix.

(}) Tbaodoret. 1. 4, btol. o. i^

cotmLWWRSES

iiiement , et à vous amsi <|ui les saWec , jDette grande absurdité , que « les Eâcriturps sont aisôes à interpréter , et que .chacun les peut entendre. » De vmy, pour j)roduîre les traductions vu)p;aires avec .quelque lionneur, il falloit parler en cette ^manière; maisdites-moy la vérité, pensez- ,vou<^ que les sages entrent dans vostre sentiment? les trouvez-vous si aisées que TOUS le dites? les entendez-vous bien ? si TOUS le pensez , j*admire votre créance , qui est non-seulement contre Texperience, mais contre ce que vous voyez et sentez Tous-mesmes : s'il est ainsi , que PEscriture soit aisée à entendre , à quoy bon tant de commentaires de vos ministres? à quel propos tant d'harmonies? à quoy •servent ces écoles de théologie? il ne faut, dites- vous, que la doctrine de la pure parole de Dieu en TEglise ; mais où est cette parole de Dieu en rEscriture? et TEscriture est-ce quelque chose de bien secret? oon , car vous enseignez tout le contraire : è quoy sert donc ce grand nombre d*inter- *pretateurs et de predicans? si vous estes fidelles , vous y entendrez autant qu*eux ; renvoyez-les aux infidelles , et gardez seulement quelques diacres pour vous donner le morceau de pain , et verser le vin de vostre diner : si vous pouvez vous repaislre vous-mesmes au champ de TEscriture , qu*avez-vous affaire de pasteurs ? quelque jeune innocent et petit enfant qui sçaura lire , en fera la raison ? mais d*où vient cette discorde si fréquente et irréconciliable qui est entre vous autres et les frères de Luther, sur ces paroles : a Ceci est mon corps , » et sur la ju>tincation ? Certes , sainct Pierre n*est pas de vostre advis , qui advcrtit en sa seconde Epistre que dans les lettres de sainct Paul , il y a d^ certains (4) traits si difficiles, que les Ignorans et remuuns les dépravent, comme le reste de TEscriture , à leur propre mnlheur. L*Eunuque trésorier gênerai d'Ethyopie estoit fidelle , puis qu'il esloit venu adorer au temple de Jérusalem ; il lisoit Isaïe (2) , il lisoit tout clair les paroles , et fieantmoins sans les entendre , puis qu*il demaiidoit de quel prophète vouloit parler ee qu'il y avoit leu ; certes il n'en avoit pas l'intelligence ny l'esprit, comme luy-

(I) n. P«trl, 0. lu, It.

(S)Acl.tiu.tT, Mftmà

roesme le confessoit. t Bt quomodo fMM> sum, si non aliquisostendcrit mihi ? » nonseulement il ne les entendoit pas, mais il confessoit son insuffisance, qui avoit besoin d'estre enseifinée ; et nous verrons parmy vous une simple femme se vanter d*entendre au>si bien TEscriture que sainct Bernard ? ne connoissez-vous pas icy l'esprit de division ? II faut , dit-il , leur faire croire que l'Escrituresaincte est tres-aisée, afin que chacun la lise', qui çà , qui là ; que chacun s'en fasse le roaisire , et qu'elle serve aux opinions et aux phantaisie-^ d'un chacun. Au contraire , David tenoit l'Escriture bien mal-aisée , quand îl disoit : « Da mihi intellectum, utdiscam mandata tua. » Si on vous a laissé l'Epistre de saint Jcrosme ad Paulinum , en la préface de vos Bibles , lisez-Ia ; car il entreprend cette cause tout exprez : sainct (4) Augustin en parle en mille endroits , mais , surtout en ses Confessions ; et en l'Epistre 149, où il confesse d'ignorer beaucoup plus en l'Es- Cri ture , qu'il n'y sçait : Origene , et saint Jerosme; celuy-là en sa préface sur les Cantiques , celuy-cy en la sienne surEzechiel , observent qu'il n'estoit pas permis aux Juifs , devant l'asge de 30 ans , de lire les trois premiers chapitres de la Genèse , le commencement et la 6n d'Eté* chiel , ny le Cantique des Cantiques, pour la profondeur de leurs difficultez, en laquelle peu de gens peuvent nagor sans s'y perdre. Et maintenant, 6 Dieu 1 chacun en parle , chacun en juge , chacun s'en fait accroire. Or combien est grande la prophanalion des Escritures de ce costé, personne ne le sçauroit suffisamment pen» ser, qui ne Tauroit vu. Pour moy je diray ce que je sçay, et je ne mentiray point : j'ay vu une personne en bonne compagnie, à qui , dans un entretien familier, on proposa la sentence de Nostre-Seigneur (2).

ff Qui percutit te in maxilla , praebe ei et alleram ; » Elle l'entendit incontinent en ce beau sens : « Que comme pour flatter un enfant qui étudie bien , on luy donne légèrement un petit coup sur la joue, pour Tinriler à mieux faire : ain^i vouloit dire Nostie-Scignenr, à celuy que tu trouveras bienfiiisant, et à qui tu te conseilleras, fais si bien , qu'il ait occasion une autre

(1) s. A«r- Ilb. it. Conr«M. e. ziT •!

M 8. rRAlfÇOIS DE SALES.

fo» de te consoler et de te flatter, ou amadouer des deux coslez, » Ne voila pas un sens rare et admirable? mais la raison estoit encor pins belle , parce que , a ijoiila cette personne , entendre ce trxte autrement , et à la lettre , seroil contre nature ; et il faut interpréter TEscriture bonnement par !*Escriture ; neantmoins , messieurs , nous trouvons que Noslre-Seip:n(Mir n'en fit pas de mesroe, quand le serviteur le frappa; accordez vostre sens* avec l'exemple. Un homme de bien , et qui à mon advis ne Toudroit pas mentir, m*a raconté , qu'il iToit oîiy dire à un ministre on ce païs , traitant de la nativité de Nostre-Seigneur, qa'il t*aêturoit quHl n'estoU pas né en wn€ creehe , et qu'on de voit exposer le texte (qui est expressément contraire) panboliquement , disant : Nostre-Seigneur dit bien qu'il est la vigne , et il ne l'ost pas pour cela : de mesme, encor qu'il soit

en vos assemblées; on les recite parmy vous autres , comme si c'estoient les pjiroles de Dsivid : mai"^ q«ii ne void cx)ml)ien y est violé le sens du sacré texte « car les vers , la mesure , et la conlniinte de cet esprit forcé , ne permettent pas qu*on y suive la propriété de l'expression de l*Escrituro ; il y mesie du sien pour rendre le sens insensé , et il a esté neccssaFre à et ignorant rimaîlleurde choisir un sens dotourné , en quittant le droict et te cnnoni que. N'est-ce pas une exlresme absurdité, d'avoir laissé à cette cervelle éventée un ju;;emcnt de si grande conséquence , et suivre aussi étroitement le triage d'un poète prophane, dans les offices et prières publiques, comme on le pourroit faire de l'interprétation des septante , qui furent si particulièrement assistez du Sainct- Esprit? Combien de mots et combien de sentences il a meslez dans cette version .

dit qu'il est né dans une crèche . ii n'y e-^t ! qui ne furent jamais dans l'Escriliire , et

p» né pour cela , mais en quelque Vmw boDorable , qui , en comparaison de s:i ptadeur, se pouvoit appeller une crecho m me écurie : cette interprétation est ■enreîlleose , et je la cite d'autant plus Tolootierfi , que celuy de qui je la tien< , eitoit un homme particulier et sans étude , qui ne l'auroit pas con trouvée : quoy qu'il en aoit , n'est-ce pas une chose bien étrange, de voir comme cette suffisance prétendue fait prophanert'Escriture sainte? N'est-ce pas accomplir sans doute ce (|iio dit Dieu en Ezechiel , 3i , ]^ 4 8 : « Nonne sitis Tobis erat pascua bona depasci? insoper, et reliquias pascuarum vestrarum oonculcaslis pedibus. »

Mais entre toutes les prophanations , il me semble , messieurs , quç celle-cy se hti voir eminente par-dessus les autres ; qoe dans vos temples publiquement , dans les villes , dans les champs , et dans les boutiques , on chante la rimaillerie des pi^eauroes de Ifarot , comme si c'estoient véritablement les pseaumes de David , la seule insuffisance de l'autheur, qui n'estoit qu*uo vray i<;norant , sa lasciveté , de laqtielle il a donné des preuves par ses escri ts, n vie très- libertine , qui n'avoit rien moins que celle d'un chrestïcn , meritoit bien qu'on luy refusasl la fréquentation de l'Eglise. Neantmoins son nom , ses versiuns et versifications , sont comme sacrez

qui sont bien d'autre importance , que de mal prononcer le mol Scibollcth î Toutefois on sçait bien , qu'il n'y a rien qui aye tant chatouillé vos curieux , et surtout los femmes, que celte libertine liberté, de chanter en l'Eglise et aux assemblées.

Certes nous no refusons à persouuo do chanter avec le chœur modestement et décemment , mais il semble plus convenable que l'ecclésiastique le fasse par estât, et pour l'ordinaire, comme il fut pratiqué en la dédicace du temple (4) de Satomon. Si vous vous plaisezsi fort à faire resonner vos voix dans les Eglises, au moins ne changez point le sens du texte , ny la naïveté des E-critures. Le temps no me permet pas maintenant la commodité , ny le loisir d'examiner et poursuivre le reste; souvenez-vous de ce que (î) cydessus no'.isavons remarqué sur le pscaume huitiesme.

Pour ce qui regarde l'usage que vous avez introduit , de faire chanter indifféremment en tous lieux , et en toutes occupations les cantiques de David , c'est à mon advis un mépris formel de la saincte religion (3). N'est-ce pas offenser la majesté

(1) Il Para Ip. tu I

(f ; Ce ninvoi Mt aa ehap. xiiii, où Harot hU ane «■• poMtiun lippia al (léie»labla.

(8) A.t* cnUlnlêU'». <ians le comneneement île leur ré» forme préuudui avoieet prU eetie cooieine, tfe fklr» chaiiU^r par Ira ruea le» paeoT.ea de Verol» en lea aimple» catiMUqMe.

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divine, de luy parler avec des paroles ires-sainctes^ sans aucune révérence et attenlion? Reciter des prières sans esprit d*oralson , n*esl-ce pas se mocquer de celuy^ à qui on parle ? Quand on voit à Genève , ou autre part, des garçons de boutique , se joiier au chant de ces psca urnes , et rompre le fil d'une très-belle prière , pour y mesler des bagatteles , ou des actions indécentes, ne void-on pas qu'ils font un accessoire du principal , et qqe ce n'est sinon par passe-temps qu'ils ciiantent ces cantiques , qu'il çroyent neanlmoins estredu Sainct-Esprit? Ne fait-il pas beau \oir des cuisiniers chanter en ridicule les paroles de la pénitence de Pavid , et demander à chaque verset , le lard , le chappon , la perdrix ? « Cette Escriture , dit de Montaigne, est trop divine , pour n'a- "voir autre usage , que d*exercar le poulmons , et plaire aux oreilles. » Je ne nie pas , qu'en particulier et en tous lieux , il ne soit tres-bon de prier, et mesnie en toute contenance décente , pourvu qu'on prie d'esprit , parce que Dieu void Pinterieur, dans lequel gist la principale substance de l'oraison. Mais jecroy, que celuy qui prie en public , doit faire demonstra- ^on extérieure de la révérence que les paroles qu'il profère demandent de luy, autrement il scandalise le prochain , qui n'est pas tenu de penser qu'il ait de la religion en son intérieur, voyant le mépris qu'il en fait en son extérieur. Je tiens pour moy , qu'on ne peut chanter sans péché la version des pseaumes de Marot , qui sont tous mal traduits , et que c'est au moins une grande irrevercnoe de les permellre dans vostre Eglise prétendue reformée , parce qu*i| n'y «i ny esprit ny vérité. « Spiritus est Deus , et eos qui adorant Duum , oportf t spiritu , et veritate adorare. 9 Et en effet , dans cette ridicule rimaillerie , bien souvent vous attribuez au Sainct- E'pril les conceptions de Marot , contre la vérité ; ainsi la bouche crie parmy les rues et dans les cuisines : « 0 Seigneur 1 0 Seigneur ! 9 quoy que le ccsur et l'esprit n'y ^icpt point, mais au traOic et au guain , comme dit (4) Isaïe. Vous vous élancez de bouche yers Pieu , et le glorifiez de vos lesvres , mais vostre cœur est bien éloigné do luy, et vous I9 craigpez selon les corn?

mandement e( la doctrine des honimes. Je confesse que cet inconvénient de prier Fans dévotion , arrive bien souvent aux catholiques; mais ce n'est pas par Taveu de TEglise; aussi je ne reprcns pas maintenant les particuliers do vostre secte , comme particuliers , mais le corps de vostre doctrine , laquelle par ses traductions et lihortez réduit en usage prophane ce qui dcvroit estre en très-grande révérence : lisez ou chap- 4 4 de la 1 » aux Corinthiens : ff Mulier in Ecclesiâ taceat ; » ce qui doit s'entendre aussi bien des cantiques , que du reste des Escritures. Pour ce qui regarde nos religieuses, je vous répons qu'elles sont in oratorio ^ non JEcclesidy et qu'elles ne chantent point leurs offices en langue populaire , mais elleà conservent en tout le respect qui est dû aux Escritures.

DISCOURS xxvn.

RefoteUpB dei objections des religionnairts, m discoara précèdent, sur fe lujet des ? ertipnit et chants en langoe Tutgaire.

Nous examinons , messieurs , en ce discours , ce que vous alléguez pour vostre defence. Sainct (4) Paul semble ordonner qu'on fasse le service en langue intelligible et populaire , principalement aux Corinthiens ; mais lisez bien , et vous verrez assurément que pour cela, il ne prétend pas qu'on diversiûe le service en toutes sortes de langages ; il entend seulement que les exhortations familières et les expositions des cantiques , qui se faisoient par les disciples qui avoient recea le don des langues, fussent interprétez, afin que l'Eglise fust instruite des choses que l'on chantoit. « Et ideô , qui loquilur linguâ, oret etinterpretetur. » Il veut que les luUanges qui se faisoient à Corinthe , fussent interprétées en langue grecque par ceux qui en avoiont l'odice , pour enseigner et consoler le peuple; i| esloit ea effet bien raisonnable que ces expositions instructives se fissent en langue intelligible » et sur le champ , par manière d'bomeiies et de catéchisme : ce que l'apostre semble montrer évidemment , quand pi Mi bas il ajoute : « Si ergo conveniatuniversa j^clebia in unum, et omnes linguis Ip* quantur, intrent autem »diota9 • aut infiy

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DE S. FEANÇOia DK SALES.

delM , nonoe dioent qupd insanitis ?» Et plus bas : « 8ive lingua quis loquilur, se< eundum duos aut mulioa, et per partes anus interpreletur, si dulem non fuorii interpres, taceat in Eocleaia , sibi autem loquatiip et Deo. » Vuus voyei , qu'il nq parie pas ici des oiBces solennels , qui ne se faisoient en rpglise que par le pasteur ; inaiâ des cantiques qui se récitaient par le don des ian^^ues, et qui vouloieot estra entendus eor^ ; de vray no Testant pas » Oe|a delournoit l^assemblée , et ne servoit de rien. Plusieurs anciens pères parlent de ces cantiques (I) , et entre autres Ter-w lullien, lequel parlant da la saincteté des apostres » et de la eharitô des anciens , di^ : c Post manualem aquam , et lumina, at qtiisque de Soripturis sanctis , vel de proprip ingeaio , potast provooatus in mer ^um Oeo («nare. «

Quand le prophète dit : « Populqs hic labiiA me bonorat , cor autem eorum longé mi À me. > Gela s'entend de ceux qui «kanteni et qui prient en quel langage (|ia ce aoit, et qui parlent à Djeu par ■aaiere d'aequit , sans révérence et sans dewolion , non pas de œux qui parlent en lingaga à eux inconnu , m():& oonou de l'Ei$liae, et qui ne^ntraoins ont le cœur «ni à Pieu. *

Laa Actes des apoatres nous apprennent i Imur MHfu an io^^9 Uinguê / aussi faulil ; maia dans la cérémonie des offices solen* aata el oalboliques , il y faut unç laqgu§ oniveraelle et cat|iolique , par laquelle Umie ktnguê oonfeue , qu$ /# S&igntur Jmmê^CkrUt ut à la dêxtrê dt i^iai» ie para.

Au Deuteronome (2) il est dit, que les «Mumandemens de Dieii ne sont pas secrets oy acele^ : le (3} psalmisto s'en dqdare en ces termes : a Prscaptu»x) Dumini lucidum. Lucerna pedibus meis verbum tuum. » Tout cela va bien, mais il s'entend et se doit entendre de la prédication publique et expliquée : « Quuniodo credent ^ine praedicante > :of t^vlVoe qtHî l>avid ce grand prophète apporte, ne doit pas eslre lire indiscrètement en conséquence pour un chacun , ny pour un sens particulier.

(l)lB Apoetl. e. txxvk. Voyes TuiooUUon de M** Ein«(.

a. at atoMi, M» ^ 11. «II. 4» I. • 4a# eoof. 4«

m. — x^ rfe. sno. Vf. «TU»

Mais on objecte à to«t pmpea : Nu «kM»> je pas chercher la viande de mon ame el de mon salut? qui nio cela ? il est vray neantmoins que les brebis ne vont pas d'elles-mêmes au pasturnge, comme les vieilles oyes : n'est-ce pas le pantour qui leur cherche le lieu , qui les y conduit et qui les y garde? Se mocqueroit-on pas du malade présomptueux, qui voudroit chercher sa santé dans Uypocrate , sans Taidf du médecin? ou de ccluy qui voudroi chercher son droit en justice dans le Code , sans s'adresser au juge? Cherchez, luy dira-t-on , vostre santé , mais par le moyen des expers ; cherchez voatra droit et le pro* curez, mais par les mains du magistrat (4 )i > Uediocriter sanusintelligat, Scriptura* rum expcsitionem ab iis esse petendam , qui earum sunt doctores, » dit sainct Au* gustin. S*il est vray que personne ne pourra trouver son salut, à moini de lira et d'entendre les Escrittires, quedeviendront tant de pauvres idiots? Certes ils ont un bon remède, car ils trouvent e( eherchent leur salut assez suffisamment quaad ila apprennent de la lyMiche di leur pasteur le sompiaire de ce qu'il laul Ofoire, espérer, et aimer, de ce qu*il levf faut faire et denuinder f Dieo. Persuadai^ vous qu'en fait de doctrine, il est vray ce que dit (%) le Sage i « Melior est pauper , ambulans ia aimplicitate sué, quàm dives ia pravis itineribus. > Et ailleurs (3): « Simplicitasjustorum dirigeteos. » Et (4), « qui amlMilat simpliciter , funbuhit ooiifidenter. ]| le oe paalends pas inférer, quHI ne faille prendre la peine d'entendre s» çre^^icef mais seulemant qu'on ne do»| pas peas^r trouver desoy^uesme son saliil ^ ^a pasturage, sans la conduite dei oeus que pieu a ooostitue^ pour œt eflfet» «eto^ le mcsme Sage ; «^^e iniiù^^ri^ P^y^firPl^'^ tusB, et ne sis siipiens apud temetipsum. i Caque ne font pas ceux qui se fondent sur leur seule suffisance, et qui veulent tenie rairi>ment se mesler de connoislre tuuU sorte de mystères^ sans gbî>^Tver Torln qtio Dieu a etubly, pins qu'il en a faii entre nous les uns docteurs et les autres pasteurs ; non tuua et ehaouft pour soymesiue* fi» vairké, aaiact AiigMSIm (df aveUefa que sainel Antoine ^ humme ^-

(1) Aof . U I. de Morib. Eccl. o. i.

(v;c x.l. — ry)ABf.l. 1. Cuaf.9.

CONTROVERSES

docte , ne laisMît pas de sçavoir le chemin du paradis; au contraire , luy-mesme avec toute sa science en ostoit bien loin , estant al(»rs plon;4é dans les erreurs des municheens. Je veux achever ce discours par de bons témoignages de Tantiquilé , et citer des exemples signalez, que je vous veux laisser en forme de conclusion.

Sainct Augustin montre évidemment que le peuple n*entend pus tousjours ce qu'il prononce dans TEglise, et qu*il a besoin d'exposition et d'interprète (4) : « Admonenda fuit charitas vestra , confessionem non esse semper vocem peccatoris ; nam mox ut hoc verbum sonuit in linguû lectoris, secutus est etiam sonus tunsionis pec- 'toris; audito, scilicet, quod Dominusait, conGteor tibi , pater , in hoc ipso quod sonuit, conGteor, pectora vestra tutudistis; tundere autem pectus, quid est , nisi aperire quod latet in pectore , et evidenti pulsu occultum castigare peccatum? quare hoc fecistis? ni-^i quia auditis, conûteor tibi, pater , conûteor, audistis, qui est qui confitetur , non attendistis; nunc ergo adver- Ute. » Voyez, messieurs, comme le peuple oyoit la leçon publique de l'Evangile , et ne l'entendoit pas » sinon ce mot : « Confiteor tibi, pater, » qu'il entendoit par équivoque et par coutume, parce qu'on le disoit au commencement des confessions auriculaires : cela montre sans doute que la le^n se faisoit en latin, qui n'étoit pas leur langage vulgaire.

Mais ceux qui veulent voir l'estime que les catholiques ont toujours fait de la saincte Escriture , et le res|)ect qu'ils luy portoient, qu'ils admirent le grand et sainct cardinal Borromée, qui n'ouvroit et n'etudbit jamais ce livre sacré sans se mettre à genoux, luy semblant qu'il alioit oiiir parler

eu Aig. d« Vtrb. Oom. Mr. t, e. «.

Dieu visiblement , et que telle révérence estoitduëà une si divine audience. Jamais peuple ne fut mieux instruit, eu égard à la malice du temps, que le peuple de Milan sous ce sainct prélat; mais Tinstruction du peuple tidelle ne vient pas à force de tracasser \e^ sacrez escrits, et lisotter cette divine parole, ny à chanter ça et là par phantaisieetcritiquerie les pseaumes de David ; mais à les manier , dire, oiiir et chanter modestement, et prier Dieu , avec appréhension et veiio de la majesté de Dieu , à qui on parle , de qui on lit et recite la parole , tousjours avec cotte préface de l'ancienne Eglise : Sursum corda. {^ )Ce grand amy de Dieu, sainct François d'Assise, à la glorieuse et saincte mémoire duquel on celebroit hier par tout le monde la feste anniversaire, nous montroit un rare exemple de l'attention et révérence avec laquelle on doit prier Dieu : voyez ce qu'en raconte le sainct et fervent docteur de l'Eglise, sainct Bonaventure : « Solitus erat vir sanctus haras canonicas non minus timoralè persolvere, quàm devotè; nam licet oculorum, stomachi , splenis et hcpatis œgritudine laboraret , nolebat muro , vel parieti inhserere, dum psalleret, sed heras semper ereclus, et sine strepitu, non gyrovagis oculis , nec cum aliq^ià syncopâ persolvebat; si verô esset in ilinere constitutus figebat tune temporis gressum ; hujusmodi consuetudinem reverentem et sanctam propter pluviarum inundationem non omittens, dicebat enim ; si quiète corpus cibum suum convenit sumere, cum i^>sâ vermium escâ communem, cum quanta tranquillitiile accipere débet anima cibum vilae œternae?»

(1) Nota. II paroUt qae le Minet aatbeor « eoiBpo<4 cecy au muia d'uciobra , ei la premlera parUe ranué* précéiJenie, ao mois da noTembra, cofone aona rarona remaniué cy-daw«»

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