CHAPITRE Vin
Gomme la charité comprend toutes les fertus.
« Un fleuve sortoit du lieu de délices » pour arrouser le paradis terrestre , et » de là se separoit en quatre chefs (4). » Or, l'homme est en un lieu de délices , où Dieu fait sourdre le fleuve de la raison et lumière naturelle pour arrouser tout le paradis de nostre cœur; et ce fleuve se divise en quatre chefs, c'est-à-dire prend ciuatre courans selon les quatre régions de lame.
Car premièrement , sur l'entendement qu'on appelle practique, c'est-à-dire , qui discerne des actions qu'il convient faire ou fuir, la lumière naturelle respand la prudence qui incline nottre esprit à sage* ment juger du mal que nous devons éviter et chasser, et du bien que nous devons faire et pour chasser.
Secondement , sur nostre volonté elle fait saillir la justice , qui n'est autre chose qu'un perpétuel et ferme vouloir de rendre à chacun ce qui lui est deu.
Troisièmement , sur l'appétit de convoitise elle fait couler la tempérance qui mo* dere les passions qui y sont.
Quatriesmement , et sur l'appelit irascible , ou de la colère , elle fait flotter la force qui bride et manie tous les mouvemens de l'ire.
Or, ces quatre fleuves ainsi séparés se divisent par après en plusieurs autres , afin que toutes les actions humaines puissent estre bien dressées à l'honnesteté et félicité naturelle. Mais outre cela , Dieu voulant enrichir les chrestiens d'une spéciale faveur, il fait sourdre sur la cime de la partie supérieure de leur esprit une fontaine surnaturelle , que nous appelons grâce , laquelle comprend voirement la foy et l'espérance , mais qui consiste toutesfois en la charité qui purifie l'ame de tous péchez, puis l'orne et l'embellit d'una
(1) GoMt. n, Mb