CHAPITRE XI
Gonine les teUont bamalnet sont mim valev lorfqu'eilei mdI faiotei ttnf le divin toMNir.
Le grand amy de Dieu , Abraham, n'eusl de Sara sa femme principale que son trèscher tils unique Isaac , qui seul aussi fui son héritier universel; et bien qu*il eusl .encore Ismaël d'Agar, et plusieurs autres enfans de Cetura , ses femmes servantes et moins principales, si est-ce toulesfoisqu'tf ne leur donna, sinon quelques presens et legals pour les desjetter et exhereder, d'autant que , n'estant pas advouez de la femme principale, ils ne pouvaient pas aussi luy succéder. Or, ils ne furent pas advouex , parce que, quant aux enfans do Cetura , ils nasquirent tous après la morl de Sara ; et pour le regard d'Ismaël , quoique sa mère Agar Teustconceu par Tautorité de Sara sa maistresso , toulasMi » m
ThèOt DE LUMOUR M mtfJ.
xoyant grosse, elle la fMfpriMi(4), et ; Ae mit pas cet enfant au monde sur les | genoux d'icelle , comme Bala mit les siens sur les genoux de Rachel. Tbeotime , il-n'y a que les enfans t c'est-à-dire les actes de la tres-saincte charité , qui soient heri» Ueri de Dieu^ eohêrUiêrê é$ Jesut' Chriit (2) f et les enfans ou actes que les autres vertus conçoivent et enfantent sur ses genoux par son commandement , ou au moins sous les aisles et la faveur de sa présence. Mais quand les vertus morales, ou mesme les vertus surnaturelles , produisent leurs actions en Tabsence de la charité , comme elles font entre les schismatiqucs , au rapport de S. Augustin , et quelquefois parmy les mauvais catholiques , elles n*ont nulle valeur pour le paradis , non pas mesme i'aumosne , quand elle nous porteroit à distribuer toute nofire êubêtanee aux pauvres(d) ; ny le martyre non plus, quand nous livreriane Dostre corps aux flammes pour estre trusté (4). Non , Tbeotime , sans ta cha^ rite , dit Tapostre , tout cela ne eemiroit de rtffi(5), ainsi que nous monstreroos plus amplement ailleurs.
Or, il y a de plus , quand , en la production des vertus morales , la volonté se rend désobéissante à sa dame , qui est la charité, comme quand par Torgueil, la vanité, rinterest temporel, ou par quelque autre mauvais motif, les vertus sont destournées de leur propre nature ; certes , alors ces actions sont chassées et bannies de la maison d*Âbruham et de la société de Sara , c'est-à-dire , elles sont privées du fruict et des privilèges de la charité , et par conséquent demeurent sans valeur ny mérite. Car ces actions-là , ainsi infectées d*une mauvaise intention , sont en effect plus vicieuses que vertueuses , puisqu'elles n*ont de la vertu que le corps extérieur, Tinterieur appartenant au vice qui leur sert de motif : lesnioin les jeusnes , offrandes, et au très actions du pharisien (6). Mais enGn outre tout cela , comme les Israélites vescurentpaisiblemenlen Egypte durant la vie de Joseph et de Levi , et soudain après la mort de Levi furent tyranniqucmcnt réduits en servitude , d'où pro-
(1) Gcnes. xti. 4. — (i) Ad Rom. vin. 17. (8) I. Cor. XIII. «. — (4) n»id. — (S) IMd.
vient le proverbe des loifs , l*im diMf frem trespassé , les autres sont oppressez; selon qa*il est rapporté en la grande Chronologie des Hebrieux , publiée par le sçavant archevesque d*Aix , Gilbert Genebrard .
que je nomme par honneur et avec consolation , pour avoir esté son disciple, quoyque inutilement, lorsqu'il estoit lecteur royal à Paris , et qu'il exposoît le Cantique des cantiques ; de mesme les mentes et fruicts des vertus tant morales qae chrestiennes subsistent tres-douoement et tranquillement en rame , tandis que la sacrée dilection y vit et règne : mais à mesure que la dilection divine y meurt , tous les mérites etfruicts des autres vertus meurent quant et quant ; et ce sont ces œuvres que les théologiens appellent mortifiées , parce que estant nées en vie sous la faveur de la dilection , et comme un Ismaël en la famille d'Abraham, elles perdent par après la vie et le droit d'hériter par la désobéissance et rébellion suivante de la volonté humaine qui est leur mère.
0 Dieu , Tbeotime , quel malhear 1 « Si » le juste se destoume de sa justice, et » qu'il fasse l'iniquité , on n'aura plus me- > moire de toutes ses justices , il mourra » en son péché (4) , » dit Nostre-Seigneur en Ezechiel. De sorte que le péché mortel ruine tout le mérite des vertus : car quant à celles qu'on practique tandis qu'il règne en l'ame , elles nais^nt tellement mortes qu'elles sont à jamais inutiles pour la prétention de la vie éternelle ; et quant à celles que Ton a practiquées avant qu'il fust commis , c'est-à-dire tandis que la dilection sacrée vivoit en l'ame , leur valeur et mérite périt et meurt soudain à son arrivée, ne pouvans conserver leur vie après la mort de la charité qui la leur avoit donnée. Le lac que les profanes appellent communément Àsphaltite, et les auteurs sacrés mer Morte, a une malédiction si grande que rien ne peut vivre de ce que l'on y met. Quand les poissons du fleuve Jordain l'approchent, ils meurent promptement , s'ils ne rebroussent contre-mont; les arbres de son rivage ne produisent rien de vivant; et bien que leurs fruicts ayent l'apparence et forme extérieure pareille aux fruicts des autres contrées , neantmoins, quand on les veut arracher, on
UVRfi XI, CHAPITRE XSL
SDve 0ie ce ne sont qu'escorces et peores pleines de cendre qui s*en vont au Ht : marque des infasmes péchez pour punition desquels cette contrée , peuplée I quatre citoz plantureuses , fut jadis nvertie en cet abysme de puanteur et infection ; et rien aussi ne peut, ce semble, ieux respresenter le malheur du péché le ce lac abominable qui prit son origine I plus exécrable désordre que la chair imaine puisse contmettre. Le péché donc, mme une mer morte eC mortelle , tue ai ce qui l'aborde : rien n*est vivant de Qt ce qui naist en Pâme qu'il occupe , ny ) tout ce qui croist autour de luy. ODieu, illement, Theotime ! car non-seulement péché est une œuvre morte , mais elle ;t tellement pesti lente et vénéneuse que s plus excellentes vertus de Tame pèche* isee ne produisent aucune action vivante ; ;, quoyqu^ qu(;{quefois les actions des 3cheurs ayenl une grande ressemblance vec les actions des Justes , ce ne sont »utesfois qu'escorces pleines de vent et 0 poussière , regardées voirement , et lesme recompensées par la bon lé divine e quelques prescns temporels qui leur }nt donnez comme aux enfans des chamriercs; mais'-escorces pourtant qui ne )nt ny ne peuvent estre savourées ni oustées par la divine justice pour estre alariées de loyer éternel : elles périssent ur leurs arbres , et ne peuvent estre conervéesen la main de Dieu , parce qu'elles Dnt vuides de vraye valeur, comme il esi it en l'Apocalypi^ à Tevesque de Sardes, M]uel estoit estimé un arbre vivant, à ause de plusieurs vertus qu'il practiquoit; t neanj^ipoins il estoit mort (4), parce ue , estant en péché , ses vertus n'estoient as des vrays fruicts vivons , mais des scorcos mortes et des amusemens pour îsyeux, non des pommes savoureuses, itiles à manger. De sorte que nous pouons tous lancer cette véritable voix, à 'imitation du sainct apo.-lre : Sans la chanté je ne suis rien , rien ne me profite (2) ; )t celle-cy aviîcS. Augustin : Mettez dans en cœur la charité , tout profite; osiez iu cœur la charité , rien ne profite.
Or je dis, rien ne profite pour la vie étemelle , quoy.que, comme nous disons ailleurs , lee œuvres vertueuses des pe-
(I) àiéo. ui, 1. — (^ >• C0ff. siu, 1. 1.
cheura ne soient pas inutiles pour la vie temporelle : mais , Theotime mon amy, que profite-t-il à Vhomme sil gaigne tout le monde temporel lement , et quil perde son ame éternellement (4).