‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 246 sur 365 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La cnriosilé., l'ambition, l'inquiétude avec l'inadvertance ei inconsideration de la Bn pour laquelle nous sommes en ce monde, sont cause que nous avons mille fois plus d'empescliemens que d'affaires , plus de tracas que d'œuvre , plus d'occupation que de besongne. Et ce sont ces

embarrassemens , Tbeotinie, c'ait-à-dire lea niaises , vaines et superflues occupations desquelles nous nous chargeons, qui nous divertissent de l'amour de Dieu, et non pas vraya et légitimes exercices de nos voccticns. David , et après luy S. Louys, parmy tantdehazards. de travaux et d'affaires qu'ils eurent , soit en paix , soit en guerre, nelaissoient pasdechanteren ve rite:

Duf—t-e

S.Bernard ne perdoit rien du progrex qu'il desiroit faire en ce saincl amour, quoyqu'il fust es cours et armées des grands princes, oti il s'employoit à réduire les affaires d'esCat au service de la gloire de Dieu : i! changeoit de lieu , mais il na chengeoit point de cœur, ny son cour d'amour, ny son amour d'objet : et , pour parler son propre langage , ces mutalions se faisoient en luy, mais non pas de luy, puisque, bien que ses occupations fussent fort diiTeren tes, il esloit indiffèrent à toutes occupations , ne recevant pas la couleur des affaires et des conversations, comme le cameteon celle des lieux oil il se trouve ; ains demeurant toujours uny à Dieu ; toujours blanc en pureté, lousjours vermeil de charité, et tousjours plein d'humilité.

Je sçay bien , Theolime , l'advis des aages:

Et les Israélites foienl raison de s'excuser aux P'byloniens qui les pressoient do chanter les sacrés cantiques de Sion :

Hais ne voyez-vous pas aussi que ces pauvres gens estoient non-seulement parmy les Babyloniens, ains encore captifs des Babyloniens. Quiconque est esclave des faveursda la cour, du sucrés du palais, de l'honneur de la guerro , A Dieu , c'en est fait , il De sçsuroit chanter le cantique de l'amour divin. Hais celuy qui n'est en cour, en guerre, au palais, que par devoir,

(ij FhIb. luii. m, m.- (t)[kM. fluan «.

nâirtjii VMoin m«ko.

SiM l^Maifite^ 4t ta aoiwrar céleste Iny •ert dVpithiffiiie sur le cœnr pour le prëeeryer de la peeto qal regne^o cet Ueui- U.

Lm*acpie la pe^te affligea les Milanois , S* Chsriiea ne fif jamais diflftculié de hanter les maisons el toucher M peritonnes eihpeatées : maist Theotime, il l6a baniolt aussi, el loucboil seulement et jusiemefit aatant que la nécessité du service de DIen le requeroili et pour rien il ne fiist allé au danger sans Ul vraye neééi^slté» de peur de commettre le peohé de tenter Dieu.

Aussi ne ful-il atteint d*aucun mai, la diirine t^rovîdehcp conservant celuy qui avoit ton elle une confiance si pure, au^elle n*eéiott mesiée ny de timidité, ny ae témérité, fiieii a soin de mesme de ceui qui ne vont A b Cour, au palais, é la guerre, sinon par lu dècessité de leur devoir : et ne faut en éblti ny eslre si craintif que l'on abandonne lés bonnes et justes affaires , faute d*y al- {tt*, ny si outrecuidé et presomptueui que d*y aller ou demeurer sans Teipresse nebiksiié da devoir ou des affaires.

GHAPITRBY.

fixemple ires-amiable «ar eo tabjdot*

Dieu est innocent à VinHodeni(h), bon au bon, cordial au cordial , tendre envers les tefidres ; et son amour le porte quelquesfois à faire des traits d*une sacrée et saincte mignardise pour les âmes qui , par une amoureuse pureté et simplicité, se rendent oomme petits enfans auprès de lui.

Un jour Ste Françoise disoit Toffice de Nostré-Dame ; et comme il advient ordinairement que, s'il n'y a qu'une a'^aire en toute la journée, c'est au temps de Torai' son que la pre.^se en arrive , celle saincle dame fui appelée de la part de son mary pour un service domestique, et par quatre diverses fois , pensant reprendre le fil de sbh office, elle fut rappelée el contrai ncte de couper uh mesme verset ; jusqucsà ce que colle benile aitaire pour laquelle on avoil si empressement diverty sa prière, estant enfin achevée , revenant â son office , ello trouva ce verset si souvent laissé par obéissance, et si souvent recommencé par

d'or, qae éê itvele cfliii|Mgifto iMMè Yaiinocie jum d'kfvir vaa «iOM pHr le ^her ange garriieft (tela aaliMMb^ MqiMllb par après 8. Palil le renltfi

Quelle avatité I TlMotlaii0« ^Mtffiteapoot eéleate «nvcrs oèM doÉto el ÈéA «mamel Haia voua v^qfet ^ptMiftt ^ les oocapalkma neeéàsalret i Hfl ékMk aeton ia v^èatk» , iie(lliiiiirtleiilMl*tl> dHHnr divin, aine l'aeoraiai«M| wddraM, par maniera de diili« l^oitvniga de II dévotion. Leroaaignol n'kimepesMIdMtolIlM lodie quand il fhit aaa pattes tua ^alld I ohante ; lea cosura dévala o*aliilanl |MI moîna l'amour quand ils aa dlverUaieM poiir lea tieceiailei eiterléureai qteqaatl Uâ prient : leur ailenèa el leur ?oht ^ letf eoniemplatiun, leur oeeupaUon et HHir f¥ pos chantent «ggaleiMM an Mflite cêÊÊ^ qae de leiif dlleetioii.

CEtAPtïSËVt QM IM eaiplejer leaiéi tas seiaiiiiai ptm

i« èa la pnfMqne au aifto amaaiw

n y a desameaquî fbntde grande pra* jets de faire des excellens servioea à Nos* tre-Seigneur par des actions eminentéd et des souffrances extraerdinairea ; mais a6« tiens et souffranoes desquelles l'oteasiea n'est pas présente, ny ne ae preaenteid peul-eslre jamais, et sur cela penaent d'a« voir fait un traité de grand amour; aa quoy elles se trompent fort souvent, comme il appert , en ce que , embraasani parsou^ haict, ce leur semble , des grandes croiH futures, elles fuyent ardemment la chargé des présentes qui sont moindres N'est-ea pas une extresme teniation d'estre ai vail» lanl en imagination et si lasche en exoea^ lion?

Hél Dieu nous garde de ses ardeurs imflgihaii*eâ , qtil nourrissent bieh souVénC dans le fond de nos cœurs la vaine et secretle eslime de nous^mesmea I Les grandes œuvres ne sont pas tousjouraen nostra chemin ; mais nous pouvons â toutes heures en faire de peli tes exeellemment, c'est» à-dire avec un grand amour* Veyex ea aainct , je vous prie , qui donne un terf d'êom (4) pour Dieu au pauvre paanapr al-

(i)aaiih.i,«L

UTEB sOi ciàfini im.

Uté : il teitpea d9 chose» ce semble ; mais riDianIHmv la douceur, ladilection dont il anime son œuvre / e^t si exoellonte , qu'elle convertit cette sim^e eau en eau de vie et de vie ett^rneile.

Les aveltes picotent dans les iys, les fiumbes et les roses ; mais ellos ne font pas moins de butin sur les menues petites fleurs du rosmarin et du thim; ains elles y cueillent non-seulement plus de miel , maû« encore de meilleur miel , parce que dedans ces petits vases le miel se trouvant plus serré, s*y conserve au<si bien mieux. Certes, es bas et menus exercices de dévotion, lâchante se practique non-seulomont plus fréquemment, mais aussi pour Toroirtaire plus humblement , et par conséquent plus utilement et sainctcmont.

Cescondescendances aux humeurs d'au-»

tniy , ce support des actions et façons agrestes et ennuyeuses du prochain , ces victoires sur nos propres humeurs et passioa^, ce renoncement à nos menues inclinations , cet effort contre nos aversions et respugnances , ce cordial et doux aveu de nos imperfections, celte peine continuelle que nous prenons de tenir nos âmes en wgalité, cet amour de nostre abjection , ce bénin et gracieux accueil que nous failODS au me.^pris et censure de nostre conditioli, de nostre vie , de nostre conversation , de nos actions ; Theotime, tout cela est plus fructueux à nos âmes que nous ne saurions penser, pourveu que la céleste dilection le mesnage : mais nous Tavons dtfjà dit à Philotée.

CHAPITRB Vn.

Qa*U Ctat avoir soin de faire nos aoUons fort

l^rraictement.

Nostre^Seigneur, au rapport des» anciens, Bouluit dire aux siens : Soyez bon$ monnoyeurs. Si Tescu n*e.^i de bon or, 8*il D'à son poids, s'il n'est battu au coin légitime, on le rejette comme non rucovable. Si une œuvre n'est de bonne espèce , si elle n*est ornée de cliarilé, si l'intontion n'est pieuse, elle ne sera point receue entre les bonnes œuvres. Si je jeusne , mais pour espiirgner, mon jeusne n'est pas de bonne espèce ; si c'est par tempérance , mais que j'aye quelque péché mortel on mon ame, le poids manque à cotte œuvre:

car c'est la chanté qui donna la poids i tout ce que nous faisons : si c'est 8eula« ment par conversation et pour m'accom* moder à mes compagnons, cette œuvre n*est pas marquée au coin d'une intention approuvée. Mais si je jeusne par tempérance , et que je sois en la grâce de Dieu , , et que j'aye intention de plaire à sa divine Majesté par cette tempérance, l'œuvre sera une bonne monnoye , propre pour accrois^ tre en moy le thresor de la charité.

C'est faire excellemment les actions pa« tiles, que de les faire avec beaucoup de pureté d'intention , et une forte volonté de plaire à Dieu ; et lors elles nous sanctifient grandement. Il y a des personnes qui man« gent beaucoup, et sont tousjours maigres, exténuées et allangouries , parce qu'elles n'ont pas la force digestive bonne : il y en a d'autres qui mangent peu, et sont tousjours en bon poinctet vigoureuses, parce qu'elles ont l'estomach bon. Ainsi y a-t-il dos âmes qui font beaucoup de bonnes œuvres , et croissent fort peu en charité f piirce qu'elles les font ou froidement et laschement, ou par instinct et inclination de nature , plus que par inspiration de Dieu ou ferveur céleste ; et au contraire , il y en a qui font peu de besongne, mais avec une volonté et intention si saincte » qu'elles font un progrez extresmeendileo* tion : elles ont peu de talent, mais elles le menagrnt si fidèlement , que le Sai* gneur les en recompense largement.

Page 1