CHAPITRE VUI
Moyen gênerai pour appliquer nos oiafret «n service de Dieu.
c Tout ce que vous faites, et qnoy que » vous fasMez en paroles et en œuvres | » failes-le lout au nom de Jesus^hrist. » Soit que vous mangiez , soit que vous »beuviez, ou que vous fassiez quelque » Hutre chose, faites-le tout u la gloire de 1 Dieu (4). 1 Ce sont les paroles propres du divin apostro, lesquelles, comme dit le grand S. Thomas en les expli(|uant , sont suflisiimment practiquées, quand nous avons riiabiludc de la tres-sai note charité, par laquelle , bien que nous n'ayons lias une expresse et attentive intention défaire chaque œuvre pour Dieu, cette intention
(1) ColtM. m, 17 i I. Cm. a, M.
nAi M t'itidiift-te'MIè.
ÉJewitflKrins 68C ooDlèiiiio coiXT6rt6iiioiitoii rtanion et oomnrankm qoe nom arom avec Dien , par laquelle tout ce que nous poa- Tons faire de bon esl dédié avie nous A sa divine bonté. U n'est pas besoin qo'nn enfant , demeurant en la maison et pui»^ aance de son peré , dedaire qne ce qu'il acquiert est acquis A son père : car sa peraonne estant à son pore, tout ce qui en despend luy appartient aussi. 11 suffit aussi que nous soyons enfans de Dieu par dilectioa , pour rendre tout ce que nous faisons entièrement destiné à sa gloire.
U est donc vray, Theotime, que, comme nous avons dit ailleurs , tout ainsi que To- Hf ier planté près de la vigne luy donne sa aareur , de mesme la charité se trouvant auprès des autres vertus , elle leur communique sa perfection. Mais, comme il est vray aussi que si l'on ente la vigne sur Tolivfer ^ il ne luy communique pas seulement plus parfaictement son goust , mais la rend encore participante de son suc ; ne vous contentez pas aussi d'avoir la cbarité , et avec elle la practique des vertus^ mais Alites que ce soit par et pour elle que vous les practiqoiez . afîn qu'elles luy puissent estre justement attribuées*
Quand un peintre tient et conduit la main de Tapprentif , le trait qui en procède est principalement attribué au peintre; parce que , encore que Tapprentif ait contribué le mouvement de sa main et Tapplication du pinceau , si est-ce que le maistre a aussi de sa part tellement mesié son mouvement avec celuy de Tapprentif, qu'imprimant en iceluy Tbonneur de ce qui est bien au trait , il lui est spécialement déféré , encore qu*on ne laisse pas de louer Tapprentif à cause de la souplesse avec laquelle il a accommodé son mouve* ment à la conduite du maistre. 0 que les actions des vertus sont excellentes , quand le divin amour leur imprime son sacré mouvement 1 c'est-à-dire lorsqu'elles se font par le motif de la dilection ; mais cela se fait différemment.
. Le motif de la divine charité respand une influence de perfection particulière sur les actions vertueuses de ceux qui se aont spécialement dédiés à Dieu pour le servir à jamais. Tels sont les evesques et prcstres qui , par une consécration sacramentelle, et par un caractère spirituel qui |
M peut éatiie 'Mlbt\ aé volWHr^ aerft atigmaUses et tnàrqoeB ', u parj^abri aervîoede Dieu. Tels les rèligjfanK,qaipv feurs vcBux ouWemAels ou siflapléa , aoBl Immolés à Dieu en qualité d'JhMfte tir fiaiilef af raifCNiiiaUaf (1). Téla tout eaax qui se rangent aux dDngrrâatiopiapieuflei, dediei à Jamais à la gloire drifaie. Tab tooi ceux encore qui à deeseiA êe proeoreot d» profondes et puissantes reaolationa de soivra la volonté de Dieu , disant pour cela des retraites de quelques foun , aBii d'esdter leurs amea , par divers ôterdni spirituels , à l'entière reformation de lev vie ; méthode saincte , funiliere aux aa^ ciens chrestiens ; mais depuis praaqas tout à fait délaissée, jusqu'à ce que Is grand serviteur de Dieu , Ignace de Loyola , la remit en usage du temps de nos perss.
le sçay que quelqùeé-uns n'esiîiaMBt pas que cette dilatidn si générale de noosmesmes este^nde sa vertu et porte aon în^ floence sur les actions que nous pradi* quons par après , sinon à mesure qu'Isa Tezercice d'icelles nousappliquona en pa^ ticulier le motif de la dilection , les dédiant spécialement è la gloire dé Dieu. Mais tous confessent neanimoins avec S. Bonaventure , loué d'un chacun à ce subject , que si j*ay résolu en mon cœur de donner cent escus pour Dieu , quoy que par après je fasse à loisir la distribution de cette somme, ayant l'esprit distrait et sans attention , toute la distribution neantmoins ne laissera pas d'estre faicte par amour , à cause qu'elle procède du premier objet que le divin amour me fit faire de donner tout cela.
Mai» de grâce, Theotime, quelle différence y a-t-il entre celuy qui offre cent escus a Dieu , et celuy qui luy offre toutes ses actions? Ortes , il n'y en a point , sinon que l'un offre une somme d'argent , et l'autre une somme d'actions. Et pourquoy donc, je vous prie, ne seront-ila Tan comme l'autre estimez faire la distribution des pièces de leurs sommes, en vertu de leurs premiers propos et fondamentales resolutions? Et si Tun distribuant ses escus sans attention , ne laisse pas de jouyr de l'influence de son premier dessein, pourquoy l'autre , distribuant ses actions, (i) aoB. tu, 1.
LIVllE XII ^ CHAPITRE IX.
flo jM^*t-il pas du fruicl de sa première 1 inlenUon? Celuy qui deslinement 8*est rendu esclave amiable de la divine boaté, luy a par conséquent dédié toutes ses actions.
Sur cette vérité chacun devroit une fois en sa vie faire iine bonne retraite , pour sn ioelle bien purger son ame de tout péché I pour ensuite faire une intime et solide résolution de vivre tout à Dieu , selon que nous avons enseigné en la première partie de rintroduction à la vie dévote : puis au moins une fois l'année faire la reveuë de sa conscience, et le renouvellement do la première resolution , que nous avons marqué en la cinquiesme partie de ce livre-là, auquel pour ce regard je vous renvoyé.
Certes , S. Bonaventure advoue qu'un homme qui s'est acquis une si grande inclination et couslume de bien faire , que souvent il le fait sans spéciale attention , Délaisse pas de mériter beaucoup par telles acUons, lesquelles sont annoblies pur la (lilecUon de laquelle elles proviennent , comme de la racine et source originaire de cette heureuse habitude , facilité et promptitude.