CHAPITRE IX
De quelques autres moyens pour appliquer plus partéeulierement nos ouvres à l'amour de Dieu.
Quand les paonnesses couvent en des lieux bien blancs , les poulets sont aussi tous blancs; et quand nos intentions sont on l'amour de Dieu, lorsque nous projettons quelque bonne œuvre , ou que nous nous jetions en quelque vacation , tontes les actions qui s'en ensuivent prennent leur valeur et tirent leur noblesse de la diiection de laquelle elles ont leur origine. Car qui ne voit que les actions qui sont propres à ma vocation , ou requises à mou dessein , dépendent de cette première élection et resolution que j'ay faicte?
Mais, Theotime , il ne se faut pas arresler là : ains pour faire un excellent progrez en la dévotion, il faut, non-seulement au commencement de nostre conversion , et puis tous les ans , destiner nostro vie et toutes nos actions à Dieu ; mais aussi il les luy laut offrir tous les jours , selon Texercice du matin que nous avons enseigné à Philothée : car on ce renouvellement
journalier do noslro oUation , nous rcspandons sur nos actions la vip;ueur et vertu do la dilcclion par une nouvelle application de nostro ccdur à la gloire divine, au moyen do quoy il est tousjours plus sanctifié.
Outre cela , appliquons cent et cent fois le jour nostre vie au divin amour (lar la practique des oraisons jaculatoires, élévations de cœur et retraites spirituelles : car ces saincts exercices lançans et jettans continuellement nos esprits en Dieu, y portent ensuite toutes nos actions. Et comme se pourroit-il faire, je vous prie, qu'une ame, laquelle à tous momens s'eslance en la divine bonté, et souspirc incessamment des paroles de diiection pour tenir tousjours son cœur dans le sein de ce Père celesto, ne fust pas estimée faire toutes ses bonnes actions en Dieu et pour Dieu?
Celle qui dit : a Hé ! Seigneur, je suis » voslre(4]. » «Mon bien-aimé est tout » mien , et moy je suis toute sienne (2). » Mon Dieu 1 vous estes mon tout. 0 Jésus» vous estes ma vie : hé 1 qui me fera la grâce que je meure à moy-mesme, afin que je ne vive qu'à vous 1 0 aimer, ô s'acheminer, à mourir à soy-mesme ! ô vivro à Dieu 1 6 estre en Dieu ! 0 Dieu , ce qui n'est pas vous-mesme, ne m'est rien ; celle-là, dis-je» ne dcdic-l-elle pas continuellement ses actions au céleste espoux? 0 que bienheureuse est l'ame qui a une fois bien faict le dcspouillcment et la parfaicte résignation (1(! soy-i^esme entre les mains de Dieu , (ioiiL nous avons parlé cy-dessus!*car par uprès clic n'a à faire qu'un petit souspir et regard en Dieu pour renouveller et confirmer son despouillement, sa résignation et son oblalion , avec la protestation qu'elle ne veut rien que Dieu et pour Dieu, qu'elle ne s'aime, ny chose du monde* qu'en Dieu et pour l'amour de Dieu.
Or, cet exercice de continuelles aspirations est donc fort propre pour appliquer toutes nos œuvres à la diiection ; mais principalement il suffit tres-abondamment pour les menues et ordinaires actions de nostre vie. Car quant aux œuvres relevée* et de conséquence, il est expedienl, pou faire un profit d'importance , d'user de la méthode suivante, ainsi que j'ay deajà Ion* ché ailleurs. ^
(1) Pstln. cxviii, 94. -.(t) CtDt. CMt II, le.
Bêlerons m ees oecurrencM nos cœurs i et RM esprits ea Dieu , eoroncons nostre . considération et eslendons nostre pensée éans 1« tres-sslBcte et glorieuse eteroitâ : TDTODs qn'en tœlle la- divine bonlé nous dieriBBOit tendrement, destinant pour nostra salut low les moyens convenables i Mitra pn^;rex en sa dileetion, et parlleulieremVnt la commodité de faira le bien qui •e présente alors A nous, ou de souffrir le mal qui nous arrive. Cela fait, desploynns, sll (sut ainsi dire, et eslevans le bras de nostre consentement, embrassons chèrement, ardemment et tres-amoureusement, Boll le bien qui se prenente à tnire , soit !• mal qu'il nous faut souRIrir, en considéra thm deoeque Dieu l'a voulu éternellement, pour luf oomplatreetobeir â sa providence . Toyn le grand sainct Chartes, lorsque la peste attaqua son diocèse. Il relera son courage en Dieu, et regarda attenlivemenl qn'on feternltéde la providence divine c« fteaoestoitpreperéeldestinékson peuple, et que emmy ce Beau Mtte me-me providence a voit ordonné qu^l eual un soin troS' anouraux de servir, soulager et assister cordialement les affliges, puiaqu'en cattt occasion il se trouvoille père spirituel, pasleur et evesque de celle province-là. C'est poiirquoy, se reiiresenlant la granilour dee peines, Iravaui et hasarda, qu'il luy seroii force de subir pour ce subjecl, il s'immolii en esprit au bon pliiisir de Dieu j et, baisani tendrement celle croii, il s'escria du fond de son cœur, à l'imitation de sainct André : Je lesaliie, Acroizprecif'uaet je tcsulue, A Iributalinn bienheureuse! 0 afiliction aaincte, que tu es aimable, puisque tu es issue du sein aimabledece Pire d'éternelle miséricorde, qui fa voulue de toute éternité , et t'a destinée pour ce cher peuple el pour moyl 0 croiil mon cœur te veut, puisque rehiy de mon Dieu t'a voulue. 0 croii 1 mon ame te chérit et t'embrasse ce toute sa dileetion.
En cette ko rie, devons-nous entreprendre les plus grandeii affaires et les plus aspres tribulationsiqui nous puis^entarrlver. Mais quand elles seront de longue haleine, il faudra de tempa en temps et fort souvent repeler cet exercice , pour continuer plu* utilement nostre union A lu volonté et bon
Om, â^araetemal.je te vandvlavt rcanr, pane qu'i^nH a^-U e$U mgriMt dnant VMM H). 0 Dieu ! tbeotin» , qui de threaora en cette praotiqoe.
CHAPTTBE X.
iBraMaAIu
INMdcBMin
Tadjoutte an MKriflce de ■•InctChaTta cdioy du grand patriarche Abraham, comme nna vive image du plus fort «I loyal amour qu'on poiiaa imaginer sa Lfeatura quelconque.
il «acrifia , caries, toatea lea ptm fOrtv nSItctions naturelles qu'il pouvolt avoir, lorsque, oyant la voix de Dieu qni luy disait : ■ Sors de ton peya . et de ta parenté, • et de la maison de ton pera, et viens an Bpeysque]eieinonlreray<S),> il êorlA soudain, et sa mit promptementen chemia «aM«pat>otroi)aireit{S).Ladouxaraoar de la patrie, la suavité de la convcrsaiiw des proches , les delicea de la maiM» pBlemelle, ne l'esbranlerant point; il pari hardiment et ardemment, al va où il plein à Dieu de le conduire. Quelle ahnegslkn, Theolime, quel renoncement I On ne peut iimer Dieu purfaictement si l'on ne quitte les affections aux choses périssables.
Mais ceci n'est rien un comparaison de ce qu'il fil par après, quand Dieu rappelant par deux fois et ayant veu sa promptitude à reapondre , tj lui dit : t Prends
■ Isaac ton enfant unique , lequel tu ai-
■ mes , el va en la terre de vision , où ta » l'offriras en holocaustesur l'un des monts
■ que je te monlrerayW ; » car voili ce grand homme qui pnrt soudain aveo W ttint aimé et tant aimable fila , (ait trois journées de chemin , arrive au pied de la Diontaigoe , laisse là ses valeU et l'asns, charge »on fiis Isaac du buis requis à l'bolocuuste, se réservant de porter Juy-mesois le glaive et le feu ; el oumme il va monlaat ce clier enfant luy dit '. « Uoo père ; > et il luy respond : ■ Que veux-tu , mon GIsT > c Voicy, dit l'enfunt , voicy te bois et le
■ feu ; mais où est la victime ne l'botoicauâtofaAquoy le père respond: iDisa
■ se pourvoyera de la victime de l'bolocausl«, mon enfant. ■ Et tandis il$ orri-
plaisir de Dieu, prononçant œttebrietve , ,„Bim.„,»,(t)e,i,.»,.,.,
nais toute divine proteaiatioD de son Fils: | iîjB<*i.'u.'i(--wew«-umtt*MN*