‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 249 sur 365 · UVRE XII , CHAPITRE X · texte numérisé non relu

UVRE XII , CHAPITRE X

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if0fU sur le mont destiné, où soudain Abraham construit un autel, arrange le bois tur ieeluffy lie son Isaae et le colloque sur le bûcher; il estend sa main droicte, empoigne et tire à soy le glaive, il hausse le bras; et comme il est prest de descharger le coup [iourimmoler cet enfant, Vange crie d*en haut : a Abraham, Abraham; » qui respond : a Me voicy. » Et l'ange luy dit : c Ne tue pas l'enfant , c'est as^ez ; » maintenant je cognois que tu crains Dieu, » et n*as pas espargné ton fils pour l'amour >de moy. » Sur cela Isaac est deslié, Abraham prend un bélier quil avoit pris par les cornes omx ronces d'un buisson ^ et Vimmole,

Theotime, ^t voit la femme de son prodiain pour la convoiter^ il a desjà adultère en son ccsur (4 ) ; et qui lie son fils pour rimmoler, il Ta desjà sacrifié en son cœur. Hél voyez donc, de grâce, quel holocauste ce sainct homme fit en son cœur. Sncrifice incomparable, Bacrifice qu'on ne peut assez estimer, aacrifice qu'on ne peut assez louer ! 0 Dieu , qui sçauroit discerner q uelle des deux diiections fut la plus grande, ou celle d'Abraham, qui» pour plaire à Dieu, hnmole cet enfant tant aimable ; ou celle de cet enfant qui, pour plaire à Dieu, veut bien estre immolé, et pour cela se laisse lier et estendre sur le bois, et, comme un doux agnelet, attend paisiblement le coup de mort de la chère main de son bon père? Pour moy, je préfère le père en la longanimilé; mais aussi je donne hardiment le prix de la magnanimité au fils ; car d'un eosté c'est voirement une merveille , mais DOD pas si grande , de voir qu'Abraham , deajà vieil et consommé en la science d'aimer Dieu , et fortifié de la récente vision et parole divine, fasse ce dernier effort de loyauté et dilection envers un maislre duquel il avait si souvent senty et savouré kl suavité et providence. Mais de voir Isaac au printemps de son âge, encore tout novice et apprentif en l'art d'aimer son Dieu, s'offrir sur la parole seule de son père au glaive et au feu, pour estre un holocauste d'obeissanee à la divine volonté, c'est chose qui surpasse toute admiration. D'autre part neantmoins ne Toyez-vous pas , Theotime , qu'Abraham remasche et roule plus de trois jours dans son ame l'a*

(ft)natth.«.IS.

mère pensée et resolution de cet aspro sa • crifice? N'avez-vous point de pitié de son cœur paternel , quand montant seul avec son fils , cet enfant plus simple qu*une colombe luy disoit : Mon père , où est ta victime f et qu'il luy respondoit : Dieu y pourvoira, mon fils. Ne pensez -vous point que la douceur de cet enfant, portant le bois sur ses espaules , et l'entassant par après sur l'autel , fit fondre en tendreté les entrailles de ce père ? 0 cœur que les anges admirent , et que Dieu magnifie 1 Hé , Seigneur Jésus ! quand sera-ce donc que vous ayant sacrifié tout ce que nous avons , nous vous immolerons tout ce que nous sommes? Quand vous offrirons-nous en holocauste nostre franc arbitre , unique enfant de nostre esprit l Quand sera-ce que nous le lierons et estendrons sur le buscher de vostre croix , de vos espines , de vostre lance ; afin que , comme une brebietle» il soit victime agréable de vostre bon plaisir, pour mourir et brusler du feu et du glaive de vostre sainct amour?

0 franc arbitre de mon cœur ! que ee vous sera cho-e b(mne d*estre lié et entendu sur la croix du divin Sauveur 1 Que ce vous est chose désirable de mourir è vousmesme , pour ardre à jamais en holocauste au Seigneur l Theutime , nostre franc arbitre n'est jamais si franc que quand il est esclave de la volonté de Dieu, comme il n'est jamais si serf que quand il sert à nostre propre volonté ; jamais il n'a tant de vie que quand il meurt à soy«> mesme , et jamais il n'a tant de mort que quand il vit à soy.

Nous avons la liberté de faire le bien et le mal : mais de choisir le mal , ce n'est pas user, ains abuser de cette liberté. R^ nonçons à cette malheureuse liberté , et assubjectissons pour jamais nostre ftiinc arbitre au party de l'amour céleste , rendons-nous esclaves de la dilection , de laquelle les serfs sont plus heureux que les roys. Que si jamais nostre ame vouloit employer sa liberté contre nos resolutions de servir Dieu éternellement et sans re* serve , 6 alors pour Dieu sacrifions ce franc arbitre , et le faisons mourir à soy, afin qu'il vive à Dieu. Qui le mmiéra garder pour Tamour propre en ce monde, le perdra pour l'amour éternel en iteiru

nun* DB LUHODR n' MBD.

«f firf la pianin peur Vtaïait da Dieu eo co monde , il le eo»a§nera H) pour le mené amour en l'aulra. Qui Iny donnera h liberté en ce mande , l'aura serf et ■Bclave en l'autre ; et qui raseerrira & la erob en ce monde , l'aura libre en l'autre , •A ««tant abjsmé en ta jouygeance de la divine bonté , sa liberté se trouvera eonvertie en amour, et l'amonr en liberté , naÏB liberté de douceur infinie , sans effort , sans peine et sans répugnance quelconque : nous aimerons invariablement et i jamais le Créateur el Sauveur de noa unes.

CHAPintEXI.

Saiact Bonaventure , le père Loujs de Grenade, le père Louya du Pont, F. Diegue de Stella , ont suffisamment digoouru sur oesubject : je me conlenteray de marquer ■eulement les poincts que J'en ay touchés •o ce traicté-

La booté divine considérée en ell»mesne n'est pas seulement te premier awtit de tons , mais le plus grand , le plus aoblft et le plus paissant : car c'est celoy <]ui ravit les bienbeureui , et oondile leur félicité. Comme peui-on avoir un cœur, et n'aimer pas une si inBnte bonlé? Or, ce subject est aucunement proposé aux eh. i et II du second livro , eldés lerfi. vni du Iroisiesme livre jusqu'à la Bn , et au ch. ix du livre dliresme.

Le second motif est celuy de la providence naturelle de Dieu envers nous, de la création et conservation , selon que nous disons au ch. m du eecond livre.

Le iroixiesme motif est celuy do ta providence surnaturelle de Dieu envers noua , et de la rédemption qu'il nous a préparée , ainsi qu'il est eipliqué aux ch. iv, v, vi et vn du second livre.

Le (|ue trie^me motif, c'est de considérer comme Dieu praciique cette providence .et rédemption , fourniss^ant à un chascun toutes les i;riices et assistances requises à uostre salut, de quoy nous iraictons au second livre , des le cb. vui , el au livre Iroisiesme dès le commencement jusqu'au ch. VL

Lednquieime motif est la gloire éternelle que la divine bonté nous a destinée,

qui est la comble daa tHonTakl* d» Hm emen nous , dont ff est aneaMSteol ditcoora dès le ch. n jusqu'à la Sa du Une

Or, pour recevoir de ces motifs nne pu». Itonde et puissante chaleur de dJIectîon , fl fout; 1 . Qu'aprësen avoir oonsiderérua en gênerai, nous l'appliquions en particulier à nous-mesmea. Par eiemple : 0 qn'aimable eat oe fjtwaà Dieu , qui , par son infinie bonté, a donné son Bis eu redemptioa pour tout le monde. Helasl ooy, pour ton en gênerai , mais en particulier encore pour moy qui mm le premier des ^ecAeHrs(t). Ah! il m'aofmtf, jedis, itm'a aimé moy , mais je dis moy-mesme tel que je suis , et t'ai lùré i la passion p«tr MOyCS).

1.11 faut considérer les beneBces divins en leur origine première et éternelle. 0 Dieu! mon Tbeotime, quelle assez digne dilection pourrions-nona avoir pour l'inBnie boulé de nustre Créateur, qui de tome éternité a proJHtté de nous créer, conserva, gouverner, racheter, sauver et glorifler tous en gênerai et en particulier! Mél qui eslois-je lorsque je n'estoia pas ? mor, dis-je, qui estant maintenant quoique chose , oe suis rien qu'un simple chcUf vermisseau de terre 7 et cependant Dieu , dësl'abysmedeson éternité pCTMotlpour moy du petuéet (3) de bénédictions I II méditait el desseignoil, ains delenninoit l'heure de ma naissance, de mon baptesme, de toutes les inspirations qu'il me donneroit , et en somme tous les bienfaicts qu'il me feroit et offriroit. Helas ! y a-t-il uM douceur pareille à celle douceur'

3. Il faut considérer les bienfaicts divins en leur seconde source méritoire. Car ne Bcavez-vous pas , Theotime , que le grand prestre de la loy portoit sur ses espaules el sur sa poictrine les noms des enfans d'Isreël , c'esl-à-dire des pierres précieuses , e&quelles les noms des chefs d'bratJt esloieat gravéal Hél voyez Jésus nostre grand eveique (i), regardes-le dès l'instant de sa conception ; considères qu'il nous portoit sur ses espaules , acceptant la

LnUE Xn, CHAPITRE xin.

de nous racheter par sa mort , 0$ î de la croix (4). 0 Tbeotime , le , cette ame du Sauveur nous toit tous par nom et par surnom ; rtout au jour de sa passion , lorsroit ses larmes , ses prières , son sa vie pour tous , il lançoit en parpou r vous ces pensées de dilec- 3las! ô mon Père éternel , je prends ii me charge de tous les péchez du Theotime , pour souffrir les tourt la mort , afin qu*il en demeure et qu'il ne périsse point , mais ve. Que je meure , pourveu qu'il ue je sois crucifie pourveu qu'il soit 0 amour souverain du cœur de quel cœur te bénira jamais assez nenti

dedans sa poictrine maternelle , jr divin prcvoyoit , disposoit , meimpetroit tous les bienfaits que vons , non -seulement en gênerai us, mais en particulier pour un 1 ; et ses mammellcs de douceur reparoient le laict de ses mouvede ses attraicts , de aes inspira- . des suavitez par lesquelles il tire , . et nourrit nos cœurs à la vie eter- Les bienfaicts ne nous escbauiTent si nous ne regardons la volonté le q\ii les nous destine, et le cœur iveur qui les nous a mérités par I peines , et surtout en sa mort et

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