‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 28 sur 365 · OBSERVATION EN FORME DE PRELUDE · texte numérisé non relu

OBSERVATION EN FORME DE PRELUDE

Le Mint efpyque . ponr continn<*r r« qu'il t promif dtnt la préface de la ifconde pnrlle , oA il a proposé les relies de la fojr, après avoir eiaminé les E!(critorps et la tradition qu'il appelle Règles formellee^ Il fiamîne en cetie Iro'siesme parde les Réglée éTexplication et éP application , et commence par celle qni deplaist le plus aux nouveaux réformateurs ; Il élflbllt la chaire de S. Pierre , et en fait voir éminemment Tauthorité en sa personne et ses successeurs ; ses preuves sont solides et dignes du respect qu'il avoit pris pour le siège aposto^ lique.

DIsœURS XXX.

Des prééminences que Jesus-Cbrist a données

à S. Pierre.

S. Pierre est le fondement de l'Eglise.

Eât-il pas vray que quand Nostre-Sei- ^neur impose un nom aui hommes, il leur fuit toujours quelque grâce parliculiere , conforme au nom qu*il leur accorde. Ainsi quand il changea le nom d'Abram en ceUiy à* Abraham^ qui fut le père des croyans ; ce fut pour signifier que à^pere élevé qu'ix (*stoil , il le faisoit \epere d'une grande multitude y eien apporte la raison à mesme temps : (4) « Appellaberis Abraham , quin patrem mutlarum gentium consliUii te. »

En changeant celuy de 5arat en celuy de Sara; de d»me qu'elle estoit (»articuliere chez Abraham , il la rendit la d< me générale des nations etdes |)euples qui dévoient naistre d'elle. S'il change de nom de (2)

XfUfi, tlw— (t) CMm, xxxu, is.

Jaeob en liraël , la raison est dite surle-champ, parce que , « si tu as esté puîs^ sant contre Dieu , combien plus surmonteras-tu les hommes? » Si bien que Dieu , par les noms qu*il impose , ne marqu*' pas seulement les choses nommées; mais il nous instruit encor de leurs qualitez et conditions , témoins les anges , qui ne portent des noms que selon leurs offices: témoin sainrt Jean-Biiptiste , qui porte la grac^ en son nom , qu*ll annonça en la prédication de la pénitence ; et cela est si ordinaire en la saincte langue des Israélites, qu'il seroit superflu de nous y arrester.

Ainsi rimposition du nom à sainct (1) Pierre n*est pas un petit argument de Texcellence particulière de sa charge , selon la raison mesme que Nostre-Seigneur y attacha : Tu es Petrus , etc. Mais que veut dire ce nom qtie luy donna le fîlsde Dieu? Certes ce fut un nom plein de majesté , non pas un nom vulgaire ny trivial ; mais un nom qui re^^sent la supériorité et authorité, semblable à celuy d'Abraham.

Car si Abraham >ful ainsi nommé , parce qu'il devoist estro pere de plusieurs peih pies : sainct Pierre a reçu ce nom , parce que sur luy, comme sur une pierre ferme, devoit estre fondée la multitude des croyans ; et c'ej^l pour prouver celte ressemblance, que sainct Bornard ap|>ellii la dignité de sainct Pierre , le patriarchai d'Abraham, l. 2 de la Consid. c. 8. 54 . w. 4 . Quand Isiiïe veut exhorter les Juifs par

(1)JMA.I.4I.

DE S. FRA1«Ç0!S DF 5îAf.ES.

retemple d*Âbrahain , qui estoit leur tige , il appelle Abraham (Pierre) , « Attend! le ad f'nfrrm , iindè excisi eslis , attendile ad Abrnliam piitrom vestrum. » Où il fait voir fîiie ce nom (Pierre) rapporte fort à riiiilhtrilé paternelle : et en effet , ce nom est l'un de ceux que Nostre-Seigneur luy donna par excellence. Or je vous prie , quel autre nom trouvons- nous attribué plus fréquemment à cet apostre, et qui responde mieux à celuy de seii^neur et père, que celuy de Pierre? Ce changement, etcctte nouvelle imposition de nom, est tres-considérable ; car les noms que Dieu donne sont tous moelleux et effectifs : s*il a communiqué ce nom à sainct Pierre, il s'ensuit qu'il luy a communiqué quelque qualité soriable à ce nom. (4) Nostre-S mgneur est appelle par eminence Pierre , parce qu*il est le chef et le fondement de' l'Eglise : il est seul la pierre angulaire , c'est-à-dire Tappuy et la fermeté de cet édifice spirituel; ainsi il a voulu déclarer que sar sainct Pierre seroit édi6ée son ÉfAiie , et que pour affermir ses frères il raienniroil en la foy : (2) Confirma fraire$ tuoSm Je ^y bien qu'il imposa aux deui frères Jean et Jacques , .le nom de Boanerges^ qui signiGe enfans de tonnerre ; neantmoins.ee nom n'est point un nom de supériorité ny de commandement , mais d'obéissance : il n'est point propre en particulier, mais commun à deux ; il semble mesme que ce ne fut pas un nom permanent , puisque jamais ils ne l'oAt porté depuis ce temp:^-là : ce fut plutost un titre de louange à cause de l'excellence future , et du zèle ardent de la prédication; mais en sainct Pierre ce nom fut tousjours fixe et plein d'authorité, il luy fut si particulier, que nous pouvons bien dire , Auquel des autres a-t-il dit : Tu et Pierre ? pour montrer que sainct Pierre a esté estably supérieur des autres. Je vous aviseray pourtant que Nostre Seigneur ne changea pas absolument le nom de sainct Pierre , ains seulement il ajouta ce nouveau nom à l'ancien nom qu'il avoit , peutestre afin qu'il se ressouvinst dans son autborité, de ce qu'il estoit autnf is dans son premier eatat , et que la majesté du second fu.-^t C;>ntre-bii lancée par l'humilité du premier. Car d'une part , bi le nom de

(I) L Car. an. fil —(4 Han. m IT.

Pierre nous le fait reconntustro pour nostre chef , le nom de Simon nous déclare d'autre part , qu'il n'est pa> le chef absolu , mais chef obéissant et snbîillerno ; et si nous l'osons dire , chef maislre-vah't : Servus servorum Dei. II mo s.MîibJe quo sainct Basile donne une explication trcsconforme à ce que je dis, quand il dit : « Petrus tertio abnegavit,etcollocatusest in fundamento : Pelrus jnm anteà dixerat, et beatus pronunciatus fuerat , dixernt , tu es filius Dei exceisi , et vicis-^im au« dierat, se esse petram : ilà laudatus à Domino; licetenim petra esset, non tamen petra erat ut Christus; ut Petru.s pelra erat ; solus quidem Christus verè est immobilis petra ; Petrus verô propler petram : axiomata namque sua Christus largitur aliis , largitur autem ea , ei qui sic non erat natus , sed nihiiominus habens , petra est , et petram Christus fecit , qui , quœ sua sunt, largitur servis suis ; argumentum hoc est upulenter, habere , videlicet, et aliis dare. » Ainsi parie sainct Basile du nom que Jesus-Christ donna à sainct Pierre.

Mais , que dit icy Jesus-Christ ? trois choses tres-particulieres , qu'il faut considérer l'une après l'autre : « Tu es Petrus, et super hanc petram aedificabo Ecclesiam meam ; et port» inferi non praevalebunt adversus eam ; et tibi dabo ciaves regni cœlorum, etc. • Ilditqu'il estoit une pierre, ou un rocher, et que sur ce rocher ou cette pierre , il edifieroit son Eglise. Mais nous voicy en grande difficulté; car l'on accorde sans contestation que Nostre- Seigneur a parlé à sainct Pierre , et de sainct Pierre jusques icy : « Et super hanc |)etram , » maison veut que par ces paroles suivantes, il ne parle plus de sainct Pierre. Mais je vous prie , quelle apparence y a-t-il que Nostre-Soigneur eusl fait cette grande préface : « Beat. S. B. I. quia caro et sanguis non rêvelavit libi , sed Pater meus , qui ia cœlis est , et ego dico tibi , » pour ne rieo dire autre chose, sinon : « Quia tu es Pe>trus. • Puis changeant tout à coup et sans liaisc;n de Gi du discours , il allast parler d'autres choses, qui n'eussent point eu de suite, dans ce q,u*ii ajoute : t Et sur cette pierre j'édifierai mon Eglise. » Ne voyezvous pas qu'il continue à discourir clairement de ia mesme pierre de iaqunlle il

coNtROtlAllits

atoit parlé , sans inl&itifplion ? Or, de quelle autre pierre avoit-il parlé , sinon do ^imon? auquel il avoit dit : Tu es Pierre? Voicy le point de reipiivoque , qui peut faire scrupule ù vos imni^inalions; c'estquepeiit-estre vou.-* pcns^'zqtiétonnme Pierre e.*t maifiloniiht devenu tin nom propre d*homme , il le fut {i(IS^i eh (îe temps , et que Petruê nVst pas la mesmo cho:^e que petra; et qu'aitlsi nous transportons la âiiznification de Pierre, à la pierre, pur équivoque du masculin au féminin ? Mais après tout , nous n*equivoquonïi point icy, car ce n*est qu*Un mesme mot , prit sous la mesme signiflciition. Quand Nostre- Seigneur a dit à Simon : « tu es Pierre , » et quund il a dit , a et sur cette pierre j'edifieray mon Eglise ; » ce mot de Pierre nVsloit pas alors un nom propre d'homme, mais seulement approprié à Simon Barjona ; ce que voUs entendrez bien mieux , si vous le prenez au langage aiiquel Nostre- Seigneur le dit , car il de parloit pas latin , mais syriaque. Il appela donc non pas Pierre , eephas , en cette façon : « tu es cepha , et super hoc cepha ffidlflcabo. » Comme qui diroit en latin , a tu es saxUm , et super hoc saxum : i» ou en françois, « tu es roche, et sur cette roche j*ediûeray mon Eglise. » Maintenant quel doute vous reste-t-il ? vous dites que ce n'est qu'un mesme homme duquel il a dit : « tu es roche , » et un autre duquel il a dit , a et sur cette roche. » Certes il ne s'estoit point parlé d*autre Cepha en tout ce chapitre, que de Simon ; ù quel propos donc allonsnous rapporter ce relatif hanc , à un autre eépha que celuy qui est immédiatement précèdent , et qui fait le fll du discours ?

Vous me direz peut-estre que le latin ei[)rime , tues Petrus , et non tu es petra; 6t que ce relatif hane, qui est féminin , ne ée sçauroit rapporter à Pff ru*, qui est masculin. Yrayment la langue latine produit assez d'autres argumens, pour nous faire connoistre que cette pierre n'est autre qUé saintt Pierre : et pourtant pour accommoder le mot à la personne à qui on le donnoit pour nom , qui estoit masculine , il lui a baillé une terminaison de ihesmè, à l'imitation de grec, qui avoit mis tueê , Petfbu, et super hanc , tiJPetrœ. Mais cette diction no rcUssit t)as si hëiH^usèment en latin qu'en grec , parco

qu'en latin , Peïtus ne v6Qt pas dif mais en grec Pettus et petra n'est mesme chose , comme en françois et roche : de manière que s*il fal proprier l'un ou l'autre à un hom iuy appliquerois plulost le nom d< que de roche , par la corresponde nom masculin à la personne masc reste que jô vous déclare , sur ceti prétation , qu'il n'y a personne senë , qui doute que Ndstre-Seign< appelé feaint Pierre, Cephas; car (4 Jean le monlro expressément , e Paul (3) nux Galaltes ; ny aussi que vueille dire une pierre ou un nx que dit sainct Jerosme.

Enfin pour vous prouver que sainct Pierre duquel il est dit : cl hanc petram , » je vous produits les suivantes ; car c'est ce me senible le de Iuy mettre les clefs du royau deux entre les mains , et do Iuy dire hanc petram; et neantmoins nous vons douter que ce ne soit sainct auquel il promet les clefs du rc des cieuXt puis qu'il dit clai remet tibi dabo claves regni cœlorum. • nous ne voulons tordre et tronqu pièce de l'Evangile d'avec les paro cedentes et les suivantes , pour la ailleurs à nostre poste , nous ne { nier que tout cecy ne soit dit de Pierre , et à sainct Pierre : « Tu es et super hanc petram aediflcnbo Ec meam. » C'est ce que croit la v pure Eglise catholique , et mesme fession des ministres l'avoue haut c et cela se void confirmé en rnsseml six cent trente evesqucâ au con Calcédoine. Âct. 3.

Voyons maintenant combien val paroles , et ce qu'elles importent : < que ce que le chef est au corps d'un vivant, ou la racine à un arbre , dément l'est aussi dans un bas Nostre-Seigneur donc, qui compi Eglise à un édifice, quand il di V édifiera Sur sainct Pierre , mont blement que sainct Pierre sera la fondamentale de cette saincle mois la racine de ce précieux arbre , ou do ce beau corps : or, s'il est vray

(1) AUGalal. II, 9, et tlibl.

(S) la Cap. 11. ad Gai.

DE S. FRANÇOIS DB SALES

•UT laquelle oo releva l'edifîc« , est

aian , fit que les autres s'utTertnisrelle , celtes eans doute qu'elle ne nt point, no soiil pas veriUiblnoredlficc. On peut bien remuer les pierres , sans que le basitment maisqui levé la pierre fondamenenveree la mai.wn. Les Friinçoin rit une maison l'eéilice , ou la fa- I leur sang, avec celte proportion, ime une mai-oQ n'est autre qu'un [âge de pierres el autres matériaux i avec ordre , dépendance et meinsi une fiimille n'est autre chcKe ssemblage de gens , avec ordre ol ince les uns des autres; c'est selon militude que Nostre-Seignour apin Eijlise édifice , duquel ayant aiitct Pierre le fondement, il l'a her et supérieur de cette ramille.

dément, je dis que par ces paroles îeigneur montre la perpetuilii el itéde ce fondement. Lu pierre sur on relevé rëdiQca, comme nous -emarqué, doit estre la première; es s'affermissent sur son appU)'; lien remuer les autres pierres suas édiGce ; mats qui levé la fonda- , renvenie la maison. Si donc les 'enfer ne peuvent rien contre l'Ees ne peuvent rien contre son fouet son chef; lequel elles ne eçauîver et renverser , qu'elles ne sens dessus dessous tout le baslie qui seroil contre la promesse de irisl.qui fait voir en troisiesmo lieu «renco très -grande entre sainct )t luy; car Nostre-Seigneur e^t ntei fondateur, fondement et édiie l'Eglise; mais saint Pierre n'en « fondement. Nustre-Suigneur en listre el le seigneur en propriété; erre en a seulement l'Œconomie , DUS dirons cy-après. Enrm par ces paroles, nostroSeigneur montre ierres qui ne sont point posées el t sur ce fondement , ne sont (Kiint « ( et n'apparlienneat peint à cet iriUiel.

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