RECUEIL DE QUELQUES POINTS
minces imperfections et non péché , et luy en fis dire un qu'elle eut fait autrefois , comme vous faites à la Visitation ; elle 6*e8tonna fort que je luy dis ne trouver pas péché véniel , et me remercia grandement de luy avoir donné cette lumiei:^ , m'asseurant qu'elle n'avoit jamais pensé à cette distinction , par où vous voyez que cela est difficile , puisque cette ame si saincte et si éclairée estoit neantmoins dans cette ignorance.
Oui, vrayment, mes tres-cheres filles, vous pouvez vous approcher de la communion avec un péché véniel , sinon que par humilité vous vous en voulussiez priver avec congé , ou bien demander licence de vous confesser, mais certes je répugne fort que Ton se confesse plus souvent que les autres, cela ne sert qu'à donner soupçon que Ton a quelque grande chose.
Les péchés véniels sont effacés par un abaissement devant Dieu , en prenant de Teau bénite , en disant un mea eulpa avec humilité, ce qui fait que la bénédiction des evesques efface les péchés véniels, c'est à cause de l'humilité et acte de soumission que font ceux qui la demandent ; humilion;i-nous devant Dieu et il nous pardonnera , faisons resolution de nous confesser à la première occasion , et passons chemin en la voie de Dieu ; si neantmoins le scrupule est grand et la faute grosse , la supérieure trouvant bon que vous vous retiriez de la communion, faites-le doucement, par révérence envers la grandeur et pureté de Dieu , certes cela est louable , mais la confiance filiale plaist beaucoup à Dieu , Ton fait une grande perte que perdre la communion.
O qai a esté omis de l'entretien des aTersloos.
Je fais quelquefois le barbier, et d'autres fois le chirurgien , mes tres-cheres filles : ne voyez- vous pas que quand je presche au chœur devant les séculiers, comme barbier je ne fais point de mal ; je ne jette que des parfums , je ne parle que des vertus et des choses propres à consoler nos âmes ; je joue un peu du flageolet, parlant des louanges que nous devons rendre à Dieu : mais en nos entretiens familiers je viens en qualité de chirurgien , n'apportant que des emplastres et cataplasmes pour appllfluer sur les playes de mes chères filles, et
bien qu'elles crient un peu hola, je ne lairray pas de presser ma main pour faire mieux tenir Templastre , et les guérir par ce moyen ; si je fais quelqueJncision, ce ne sera pas sans que mes filles en ressentent de la douleur , mais je ne m*en soucie pas , je ne suis ici que pour cela , et les mondains n'en seroient pas capables à cause de l'erreur qu'ils se sont forgée que les per^ sonnes religieuses et vouées à la perfection ne doivent point avoir d'imperfections : mais ici entre nousautres, mes cheresfilles, nous savons bien que cela est impossible , c'est pourquoy nous ne craignons pas de nous scandaliser , en disant franchement nos petites infirmitez.
L'on demande si l'on se peut plaindre au supérieur ou confesseur , quand l'on a des insatisfactions de la supérieure : A Dieu , ma fille , se plaindre I n'ai-je pas dit à Philotée, que pour l'ordinaire qui se plaint pesche : or de se plaindre à !a supérieure quand une sœur nous a mortifiée, cela est tolerable à une fille imparfaicte; mais se plaindre à une sœur de ce que la supérieure nous a mortifiée, je n'ai rien à dire là-dessus, parce que sans marchander il s'en faut amender si quelqu'une y estoit inclinée ; mais surtout se plaindre au dehors de la supérieure, ô vraiment , il ne faut nullement le faire , cela est trop important : si la supérieure donne quelque sujet de plainte , je lui voudrois dire tout confidemment, ou bien lui faire faire l'advertissement par sa coadjutrice, comme la constitution l'ordonne.
L'on demande s'il est loisible de nommer à la supérieure la sœur qui nous a rapporté quelque chose qu'elle auroit dit à nostre desavantage , je vous dis que non , mes chères filles , et que la supérieure ne vous le doit pas demander; d'aller dire à une sœur que la supérieure a dit ceci et cela d'elle , c'est une faute plus griefve que l'on ne pense, et la supérieure la doit fortement reprendre, faisant voir à sa communauté la grandeur de ce manquement et la beauté de la vertu contraire : mais toujours que la défaillante ne soit point nommée, car toyez-vous, mes tres-cheres filles» nous pouvons bien dire nos péchés véniels haut et clair à tout le monde pour nous humi* lier, mais non nos péchés mortels, parce qpie nous ne sommes pas maistres de noA»
RËCthElL DE QUELQUES PMKM.
Ire réputation ; à plus forte raison , sommes-nous obligés de couvrir ceux du prochain , lui en Élisant toulesfois la correclioii fraternelle, ainsi que la constitution vous enseigne : une sœur aura dit devant d'autres quelques paroles qui partent de passion, ou fait quelque petit murmure, quelque mine froide , oh cela vous le pouirez dire à la supérieure , voire mtoe rad- Tertir en chapitre ou au réfectoire. Certes nous devrions avoir une si cordiale Jalousie de la paix et tranquillité de nos chères eosurs , aue nous ne devrions jamais rien faire ny dire qui les puisse fascher. Or rien ne peut tant affliger une pauvre fille que da croireque la superieureest faschéed*elle ou contre elle : feray-je donc pas un grand péché de lui aller faire un rapport de quelque petit mot que la supérieure auroii dit par megarde , lequel estant redit paroistra grand et tiendra ce pauvre cœur en peine et en douleur : celle qui feroit cela feroit deux maux , elle contreviendroit à la charité et parleroit en particulier. Au nom de Dieu , mes chères filles, que Jamais cela ne se fasse ; Je ne voudrois pas même , généralement parlant, que l'on nommast à la supérieure les sœurs qui parlcroient contre elle; bien , lui diray-je, que Ton desapprouve telle et telle chose qu'elle fait , mais je ne lui dirois point qui fait ce deaapprouvement , car, mes chcrcs filles , si nous n*avons la ferveur et pureté de la charité, nous n'aurons jamais la perfection.
bien qu'il soit vray ({ue d la aour continue , elle seroit bien imparbiete , car elle estobligée de regarder Dieu en ses auperieures et en ce qu'elles lui disent; et des particulières ne la pourront servir al utIlemeoL
Vous voulez encore sçavoir st la aup^ rieure vous oommattde quelque cboae coutire les commandemeas de Dieu et de aoo Eglise , si vous devez obeyr T Nullement , mes chères fines ; mais je voua dirai poortant que les supérieurs et supérieures approuvés du pape peuvent pour la nécessité dispenser de certains Goifittaiidemena do l'figlise ; par exemple , un Jour de Jeusne paAiculier, comme une vigile, vous veya une sœur toute traisnanle et langoureuse, vous pouvez et devez tout librement lui dire : Ne Jeusnez pas. SI c'estoit pour tout un caresme, ou pour manger des viandes prohibées, il faudrolt licence du supérieur, mais il vous vient en pensée, cette fille n*a pas assez de mal pour ne pas Jeusner, il ne fout pas tant éplucher pour le regard da Jeusne , l'Eglise veut que Ton penche tousjours plustost à la charité qu'à l'austérité. Oui , mes chères filles , si après avoir représenté une fois qu'il vous semble n'avoir pas assez de mal pour ne pas jeusner , la supérieure vous dit neantmoins que si, obéissez sans scn/pule ; que si elle dit que vous fassiez selon que vous jugerez, et que vous vous sentirez, faites-le avec une saincte liberté.
Il faut que je vous die encore, mes cherei
Vous dites, si une sœur n*avoit pas la filles, que la saincte Eglise n*est points!
confiance de parler à la supérieure ou à l'assiâtante en son absence , pour déclarer le secret de son cœur , où neantmoins elle auroit besoin d'estre eclaircie, qu'est-ce qu*elle doit faire? Mes tres-cheres filles, il faut que la supérieure , ou Tassistante en son absence , lui donne très-facilement et cordialement permission de parler à qui elle voudra d'entre les sœurs, sans tesmoigner ny aversion , ny sécheresse de cœur;
rigoureuse que Ton pourroit penser : si vous avez une sœur malade de la fiebvre tierce seulement, et qu'un jour de feste sod accès la dust prendre pendant la messe, vous pouvez et devez perdre la messe pour demeurer auprès d'elle , bien qu'en la laissant seule il ne lui en dust point arriver de mal ; car , voyez-vous , la chanta et la saincte douceur de nostre bonne mère l'Eglise sont partout surnageantes»
FIN DES OBUVRBS D» S. FRàNÇOIS DE