‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 41 sur 365 · DISCOURS XLVI · texte numérisé non relu

DISCOURS XLVI

Lm minitlres ont violé rautborilé des anciens pères de l'Eulise, qui est la cinquiesme règle de la foy, l'on Toid en ce discours combien rauiborité de sainct Pierre et des anciens peret est Teoerable.

Véritablement Tlieodose le vieil , empereur cbrestien, ne trouva point de meilleur moyen pour reprimer les contentions survenues de son temps dans les points de la religion , qu'en suivant le conseil de Lisin-

nius, de faire venir les chefs des deux partis , et leur demander franchement s'ils tenoient les anciens pères pour gens de bien, saincts, bons, catholiques et apostoliques? à quoy les sectaires ayant reponda qu*ils les reconnoissoient pour tels, il leur repartit: Examinons donc vostre doctrine et la leur, et si elle se trouve conforme, retenons-la , si moins, qu'on Tabolisse ; et en effet, il n'y a point de plus solide expe» dient au monde. Calvin etBeze confessent ingenuëment que l'Eglise demeura pure durant les six premières centaines d'années ; mais si nous regardons vostre £.<^lise nouvelle et prétendue, trouverez-vous qu'elle ait la mesme foy et la me^me doctrine que celle des anciens*^ Or qui nous pourra mieux témoigner la foy que l'Eglise suivoit en ces bienheureux temps, que ceux qui vivoient alors avec elle, et mangoient en sa table? qui pourra mieux déduire les deporlemens de cette céleste espouse , en la fleur de son asge , que ceux qui ont eu cet honneur, que d'avoir exercé chez elle les principaux offices ? de ce resté les pères anciens méritent certes qu'on leur ajoute foy, non-seulement pour Texquise doctrine dont ils estoient pourvus , mais encor pour la saincleté de leur conscience, et la fidélité avec laquelle ils ont marché dans leur témoignage.

On ne requiert pas tant dans les témoins le soavoir que la preud*homie et bonne foy ; nous ne les voulons pas pour autheurs de nostre croyance , mais seulement pour rapporteurs de celle eu laquelle vivoit l'Eglise de leur temps. Personne ne peut déposer plus pertinemment, que ceux-là mesmes qui commandoient; ils sont irréprochables de lous costpz : qui veut donc savoir le chemin que l'Eglise a tenu en ce lemps-là, qui le demande à ceux qui l'onf. si fidèlement accompagnée (4). « Sapien*' tiam cum antiquis exquiret sapiens, et in propbetis vacabit, narrationem virorum nominatorum consorvabit. » Ovez de pirace ce que dit Jeremie. a Hsec dicit Dominus : State super vias et videte et interrogate de semitis antiquis, quœ sit via bona , ék ambulate in eâ, et invenietis requiem anîmabus vestris. » Le Sage (2) en dit autant» a Non te lateat narratio seniorum, ipsi enim didicerunt à patribus suis. » Nous

(l}l«el. uzn» l,t. — (l)Itai. tui»!!.

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CONTROVERSES

no (levons pas donc Mulement honorer leurs lemoif^noges comme tres-assiirez et irréprochables , mais encore accorder un grand crédit à leurs doctrines , par-dessus toulos nos inventions et nos nouvelles curiositez; nous ne sommes pas en doute entre nous , si les pères anciens doivent estro tenus pour les autheurs de nostre foy , nous &çavon& mieux que tous vos ministres, que cela n*est point et ne peut ostre ; nous ne sommes pas en dispute , s*il faut recevoir pour certain ce qu'un ou deux des pères auronteu en opinion particulière: nous nous tenons au gros , et c*est icy le point de nostre différent : vous vous vantez que vous avez reformé nostre Eglise sur le patron de TËglise ancienne , nous le nions, et prenons à témoin ceux qui Tont veuë, qui Font conservée, qui Tont deffendue , et qui Font gouvernée ; n^est-ce pas là une preuve franche et nette de toutes supercheries? Icy nous ne produisons que la preud'homie et bonne foy de ces témoins : cuire cela, vous dites que nostre Eglise a esté accommodée i>elon le caprice des hommes, non pas taillée à la règle, et au compas de l'Escriture; nous le nions , et disons de plus , que vous Tavez accourcie , etrecie et pliée contre cette règle, comme faisoient

ceux (4)pour raccommoder à vostre

cerveau. Vous dites que vous Tavez reformée selon la vraye inlelligence de l'Escriture ; nous le nions encore, et disons que les anciens pères ont eu plus de suffisance et d'érudition que vous, neantmoinsils ont jugé que l'intelligence des Escrilures ne se doit pas entendredo telle manière que vous le faites : n'est-ce pas une preuve bien certaine? Vous dites que selon IcsEscritures il faut abolir la messe; tous les anciens pères le nient avec nous : à qui croironsnous , ou à cette troupe d'evesqucs et martyrs tres-celebres , ou à cette bande de nouveaux venus? Voilà où nous en sommes : qui ne voici , touchant le premier point, que c'est une impudence intolérable, de refuser créance à celte miliade de martyrs, confesseurs et docteurs qui nous ont précédez? Si la foy de l'ancienne Eglise nous doit servir do règle pour bien croire, nous ne sçaurions mieux trouver cette règle que dans les escrils et les dépositions de ces tros-saincts et signalez ayeux. J'ap*

(i; Ici manquitto BiotM

plîque le tout à ranalogie de la foy ; cette explication joint fort bien à la première parole du Symbole (4 ) « là où le Credo noas oste toute la difficulté du discours humain : omnipotentem; cette parole me confirme la création , et me recrée : car c qui , ex nihilo fecit omnia, quare ex pane non faciet corpus Christi? » Le nom de Jesu m*y conforte , car sa miséricorde et magnifique vo Ion lé y est exprimée : s'il est le FiU consubstanliel de Dieu son Père , cela montre son pouvoir illimité; de sa concepUan d'une vierge (hors le cours naturel), de ce qu'il n'a point dédaigné de s'y loger pour nous ; de ce qu'il est né, avec pénétration de dimension du corps (ce qui sui^ monte et outrepasse l'ordre de la nature), cela me rend plus assuré , et de la volonté, et du pouvoir : sa mort m'affermit; car s'il est mort pour nous, que ne fera-t-il pas pour nous ? Son sepulchre et sa deMcenie aux enfers me confirme ; et je ne douteray point qu'il ne puisse descendre en Tobsca* rite de mon corps; sa résurrection me ravive ; car la nouvelle pénétration de la pierre, l'agilité, la subtilité, Ja clarté, et I impassibilité de son corps, n'est plus sujette aux lois trop grossières de nos cervelles : son ascension me fait monter à celte foy divine; car si son corps pénètre les cieux, s'eleve par sa seule volonté, et se place, sans place, à la dextre du Père ; pourquoy ne sera-t-il encore çà bas où bon luy semble, sans y occuper autre place que selon sa volonté ? S'il est assis à la dextre du Père, cela me montre que tout luy est soumis, le ciel , la terre , les distances , les lieux et les dimensions : de ce qu'il est dit « qu'il viendra juger les vivans et les morts , » je me pousse à la créance de l'immutabilité de sa gloire, et que partant sa gloire n'est pas atlachéc au lieu , parce qu'il la porte partout avec soy, et mesme au tres-sainct sacrement; car il y est sans laisser sa gloire , et sans se devestir de ses perfeclions. Ce mesme Sàinct-

J^fprtt, par l'operalion duquel il a esté con ceu, et est né d'une vierge, pourra bien encore avec son opération faire cette admirable besogne de la transsubstantiation. V Eglise, qui estant saincte, ne peut nous

(1) A'ora. Celle dIrreMion de l'explication du Credo ou d« tiymbolA montre qae la relifriun reçoit l'aothorlte despert's, qal noas l'oot recaeillj, comme an racvurcy de nos mystères.

T)E S. FRANÇOIS DE SALES

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induire à i*eiTeur, estant ca/Aolt^ne, n'est { pas astreinte au caprice de ces misérables siècles; mais doit avoir son étendue en long dès le temps des opostres; en large par tout le monde, en profondeur jusques au purgatoire , en hauteur jusques au ciel , embrassant toutes les nations, et tous les siècles passez : les saincis canonisez , et DOS ayeux avec qui nous avons union étroite , les prélats , les conciles recens et anciens, tout partout chantent. Amen y Amen , à celte première créance : c*est icy la parfaite communion des saincts, car c'est la viande commune des anges , et des belles âmes du paradis, et de nous autres (4). C*estle vray pain auquel tous les Trais cbrestiens participent. La remiêtion dêt péchez y etTaulheurde la remission, qui sont clairementexprimezdans ce symbole , confirme la croyance et la semence de nostre résurrection , jettée pour la vie éternelle, préparée icy-bas, aussi bien quo conservée en la foy et vérité du tres-sainct sacrement , qui est la realité et la substance du vray et naturel corps de Noslre-Seigneur, qui est vrayement Tabregé de nostre foy, suivant le dire du psalmiste : c Memoriam fecit mirabilium suorum. »

Osainct et parfait mémorial de TEglisel admirable recueil de nostre foy 1 qui croit, A Seigneur I vostre présence en ce Ireslainct sacrement, comme le propose vostre saincte Eglise , arecueilly sans doute , et succé le doux miel de toutes les fleurs de Tostre saincte religion : à grand' peine puisjeen quitter le sujet; mais je reviens à vous, messieurs, et je vous demande ce qu*on m'opposera de plus à ces passages si clairs : t Cecy est mon corps. » Vous dites, que la ekair ne profite rien : non pas vostre chair ni la mienne , qui ne sont que des cbaroignes ; ny nos senti mens charnels ; ny one chair simple et sans esprit ; ny une vie périssable : mais celle du Sauveur, qui est tousjours remplie de l'esprit vivifiant et de son verbe : je dis qu'elle profile à tous ceux qui la reçoivent dignement pour la vie éternelle : que repliquerez-vous? que les paroles de Noslrc-Suigneur sont esprit et vie ; qui le nie , sindn vous, qui dites que ce ne sont quo des fantosmes et des figures?

(1) /Vorc Cella «Uf rMtloa da lacreoMat eacharItUqn» m pomt elpliquer Vartkie du Symbole , de la commnritft et» Mlotu •• nSgllM nillUAle.

Mais à quel propos cette conséquence ? les paroles de Nostre-Seignour «^ont esprit et vie, donc elles ne se doivent pas entendre de son corps, quand il dit : a Filius ho« minis tradetur ad illudendum, ad fliigot** landum. » (Je mets en exemple les |)arole8 les premières venues,) Ces paroles n'esttoientrelles pas esprit et vie : dilo.< dono, a-l-il esté crucifié en figure ? quand il dit : « Si ergo viderilis filium huminis ascendentem , ubi erat priùs, » s'ensuil-il qu'il n'y soit monté qu'en si|;ne et en figure? Toutefois elles sont comprises avec les autres paroles, où il dit : « Spiritus et vilasunt. s Le sainct sacrement aussi bien que les saincles paroles do Nostre*Sci* gncur, y sont donc, qui viviGent la chair; autrement la figure ny la realité ne profiteroicnt de rien ; mais la chair ne laisse pas d'y estre avec sa vie et son esprit : que direz-vous de plus? que ce sacrement est appelle pain , aussi est-il ; mais comme Nostro-Seigneur l'explique, un pain vivant: c Ego sum panis vivus. » C'est bien assex pour cet exemple; mais vous, messieurs, que pouvez produire de semblable? Je vous montre un est, montrez moi lenon eet que vous prétendez, ou le signi/icat. Je vous ai montré le corptM, montrcz-moy le signe simplement; cherchez, virez, revirez, mettez-vous sur vostre esprit do tournoyement, je vous dis que vous ne trouverez jamais ce que vous dites. A tout rompre , vous vous vantez que vous montrerez, que celui qui voudroit lirer un peu ces paroles, trouveroit quelque semblable phrase à celle que vous prétendez estre icy ; mais il les faudrait dresser à votre poste , pour en ti* rer une si lourde conséquence : je nie mesme quo vous les puissiez faire accorder au sens ; et je dis, que si chacun les manie ù sa main , la plupart les prendroit à gauche : mais un peu de paXience , laissons-vous un peu tournoyer ; vous produisez , comme si c'estoit une suite et une connexion verbale : a Qiiœ ego loquor, spirilus et vita sunt ; » et y joignez : « Quotiescumquemanducabitis panem : » vous y ajouslez : « Hue facile in meum commemorationem ; » vous y apportez : « Mortcm Domini annuntiabitis donec veniat; me autem semper non haboiis. » Or, je vous prie , considérez un peu quel ruport ont ces paroles les unes aux autres; vous

COHTROTERSES

duîsez tout ceqr à l'analogie de voetre foy , et comment? Nostre-Seigneur est assis à ladextre de son Père, donc il n*estpas icy: montrezrmoy le fil du discours avec lequel ifous cousez cette négative avec cette affirmative ; parce que , dites-vous, un corps ne peut eslce en deux lieux : voyez-vous comme vous mettez Tapprebension d'une raison purement humaine , avec la sacrée parole; vous dites que Nostre-Seigneur viendra juger les vivans et les morts de la dextre de son Père ; quoy pour cela ? S'il estoit besoin qu'il vinst du ciel en terre pour se trouver présent au tres-sainct sacrament; vostre analogie auroit de Tapparence , mais non pas encor de la vérité ; car alors qu'il viendra juger, personne ne dit que ce soit invisiblement , le feu précédera : voila vostre analogie. Or devinez qui a mieux travaillé , ou vous, ou moy? Combien de fois et en combien de lieux, l'Eglise tant militante que triomphante , dans le vieux et le nouveau Testament , est-elle appellée maison et famille? Il me semble que ce seroit un temps perdu d'en vouloir faire la recherche, puisque cela est si commun dans les Escritures , que ceux qui les ont lues n'en douteront jamais, et celuy qui ne les a point lues , incontinent qu'il les lira, trouvera quasi partout cette façon de parler. Cestde TEglise que sainct Paul dit à son cher Timothée : a Ut scias, quod oporteat le conversari in domo Dei, quaeestEcclesia, columna et firmamentum vehtatis.»C*estd'cllequeDaviddit:aBeali qui habitant in domo tuâ. Domine.» C'est d'elle que fange dit : cRegnabit in domo Jacob in œlernum. » C'est d'elle que dit Nostre-Seigneur : a In domo Patris mei mansiones muitaB sunt : simileest regnum cœlorum homini [vatri-famihas. » Malt. 20, el (M) cent autres lieux (4).

Or si l'Eglise est une maison et une famille ; puisqu'il doit y avoir un maistre seul , il ne faut point douter que ce maistre ne soit Jesus-Christ : ainsi elle est appellée mai^on de Dieu. Mais noslre perc de famille s'en allant à la dextre de Dieu son perc, quoy qu'il ail laissé plusieurs serviteurs en Si) maison , voulut en laisser un qui fust serviteur en chef, et auquel les autres se rapportassent; ainsi le déclare

(f)iVofa. CêU% difrenion d« TErlU* «tl poor mlMi pro«f«rr«rtlcl« d« U «royanc* «a oim moI« KcUm.

Je8u»<3irist: « Quia potas est aervitafld^* lis et prudens , quem constituit Dominm super familiam suam ?» De vray, a'il a y avoit un maistre-vallet en une boutiqu? , pensez comme le trafic iroit ? S'il n'y avo't un roy en un royaume , un patron en un navire , et un père de famille en une maison, de vray ce ne seroit plus une famille, mais une confusion insupportable. Ecoutez Nostre-Seigneur en sainct Matthieu , 43 : « Omnis civitas et domus , divisa contra se , non stabit. » Jamais une province ne peut estre bien gouvernée d'elle-mesme , principalement si elle est grande. Je vous demande, messieurs les clairvoyans, qui ne voulez pas qu'en l'Eglise il y ait un chef, si vous pourriez nous donner quelque gouvernement de conséquence , où tous les gouvernemens particuliers ne fussent point rapportez à un ? Il faut laisser à part les Macédoniens , Babyloniens, Juifs , Modes , Perses, Arabes, Syriens, François , Espagnols, Ânglois, et une infinité des plus remarquables , parmy lesquels la chose est claire ; mais venons aux republiques. Ditesmoy, où avez-vous veu quelque grande province qui se soit gouvernée d'ellemesme? jamais. La plus belle partie do monde fut autrefois de la republique des Romains , mais une seule Rome gouvernoit; une seule Âthene, une seule Carthage, et ainsi des autres anciennes ; une seule Venize, une seule Grennes, une seule Lucerne , Fribourg , et autres. Ainsi vous ne trouverez jamais que la partie de quelque notable et grande province se soit advisée de se gouverner sans chef : il faut et il faudra tousjours, ou qu'un homme seul , ou qu'un seul corps d'hommes résidons en quelque lieu , ou une seule ville , ou quelque autre petite portion d'une province, ayent eu le gouvernement de la province, si la province estoit grande. Or vous, messieurs, qui vous plaisez aux histoires, je suis asseuré de vostre voix, vous ne permettrez pas qu'on m'en demande la guarantie. Supposons pourtant (ce qui e.^t très-faux) que quelque province particulière se fusl gouvernée d'elle-mesme, comment est-ce qu'on le pourroit vérifier de l'Eglise chreslienne, laquelle est si universelle, qu'elle comprend tout le monde?

Comme pourroit-elle estre une , si elle ne se gouvernoit par une règle d'unité? U

DE S. FRANÇOIS MB SALES

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