‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 44 sur 365 · DISCOURS XLIX · texte numérisé non relu

DISCOURS XLIX

Premièrement, la rraye Eglise doit estre une en sa doctrine.

Nostre-Soîgneur Jesns-Christ e^^t-il divisé? Non certes il ne Test pas; car il est Dieu de paix et non de dissention , comme satnct Paul Tcnseignoit par toutes les Eglises desontomps.II nesepeutdoncfaircquo la vraye Eglise puis^^e estre en divorce, ou division de créance et de doctrine , car Dieu n'en seroit plus raiitcur ni IVspoux , et comme un royaumedivis^é en soy-mcsme, elleppriroit. Tout au*si-tost que Dieu choisit et prend un peuple à soy , ( comme il a fait rÈglise), il luy donne l'unité de son chemin et de sa conduite, l'Eglise n*cst qu'un corps, duquel tous los fidelles sont les membres unis et liez ensemble admirablement par toutes les jointures; il n'y a qu'une foy, et un mosme esprit qui anime ce corps, et Dieu est luy-mesme son lien , il rend sa maison peuplée dé |)ersonnesdo mesme société : d'où s'en sjitque In vraye Eglise de Dieu doit estre unie . liée, jointe et serrée ensemble en une mesme doctrine et créance. Or voicy ce qu'il y a de question entre nous.

L'EGLISE CATHOLIQUE EST UXIE EN CREANCE , LA PRETENDUE RhFORUéB NE L'EST POLNT.

Il faut, ditsainct Jerosme, que tous les fidelles s'asseuibleutet viennent se joindre à l'Eglise romaine, qui est la plus puissante principauté; (î'est a la mère de leurs dignités sacerdotales, » disoit Jules premier, c'est ff le coumiencement de l'unité de la prestrise, et le lien d'unité,«dit sainctCyprien ; « nous n'ignorons pas, « ajoute-t-il, « qu'il y a unDieu, un Christ et un Seigneur lequel nous avons ; et nous confessons un Saincl-Espril, et un evesque en l'Eglise

catholique. » Le bon Optât disoit aussi am donatistes : « Tu ne peux nier que ta no sçaches qu'en la ville de Rome , la principale chaire a esté premièrement conférée à sainrt Pierre , en laquelle a esté assis le chef de tous les aposlres sainct Pierre, d'où il fut appelle Cephas; c'est sa chaire dans laquelle l'unité du tout est gardée, afin que les autres apostres ne voulussent par là prétendre , et deffendre chacun la sienne, et que dès lors rcluy-|j^ futschîsmati(|ue et pécheur , qui voudroit se bastir une autre chaire, contre cette unique chaire , et en cette première chaire ( qui est la principale de ses prérogatives) fut assis premièrement sainct Pierre. » Ce sont les paroles de cet ancien et sainct doc. teur ; tou« tant qu'il y a de catholiques en nostre as«;e sont de mesme resolution; nous tenons l'Eglise romaine pour nostre rendez-vous, en toutes nos difficulté!; nous sommes tous ses tres-humbles enfans, et prenons tous nourriture du lait de ses mammelles ; nous sommes tous branches de cette tige.a hîec est nrbor bona ; » nous ne tirons autre suc de doctrine quedecette racine, c'est elle qui nou«î lie tous par le nœud d'une livrée de mesme créance ; car sçarhnnt qu'il y a un chef , lieutenant î»eneral de l'Eglise , nous croyons que ce qu'il resoud et détermine avec l'avis de-- autres prélat- , lors qu'il est assis sur la chaire de sainct Pierre , pour enseigner le christianisme , sert de loy et de niveau à nostre créance. Q\\*on parcoure le monde, et partout on verra une mesme foy dans les catholiques; quand il y a quelque diversité d'opinion , ce n'est pas en chose appartenant à la foy , ou si cela est , tout incontinent que le concile gênerai , ou le sjege romain en aura déterminé , vous verrez chacun se ranger à leur defmition ; nos entendemens ne s'égarent point les uns des autres en leur sentence , ains se tiennent tres-elroitement unis, et serrez ensemble, par le lien de l'authorité supérieure de l'Eglise , à laquelle chacun se rapporte en toute humilité, et y appuyé sa foy, comnv* sur la colonne et fermeté de vérité : ainsi nostre Eglise catholique n'a qu'un langage et un mesme parler par toute la terre. Au contraire , messieurs , vos premiers maistrès n'eurent pas plustost esté sur pié, ils n'eurent pas plustost pensé de se basUr

DE S. FRANÇOIS DE SALES

une tour de doctrine et de science , qu'elle alla toucher à découvert dans le ciel de leur orgueil , et leur acquit la grande et mai^nirique réputation de réformateurs; mais Dieu voulant empe^^cher cet ambitieux dessein, permit entre eux une lolaie diversité de lan<>ucs et de créance, si bien qu'ils commencèrent à se cantonner qui deçà qui delà , et toute leur beso^e ne fut qu*une misérable Babel et confusion. Heins! quelle contrariété a produit la reformation de Luther ! Je n'aurois jamais feit, si je voulais la mettre sur le papier ; qui la vomira voir, qu'il lise le petit livret deS^neqne Staphti, De Concordia dig^ eordi, et Scander, 1. 7, de sa visible Monarchie , et Gabriel de Preau , en la Vie des hérétiques , je diray seulement ce que vous ne pouvez pas i<;norcr , et que je vois maintenant de mes propres yeux (<)•

Vous n'avez pas un mesme canon des Escritures ; Luther ne veut point l'espitre desainct Jacques , que vous recevez : Calvin tient que c'est contre PEscriture qu'il y ait un chef en PEgiise; les Anglois tiennent le contraire ; les sei!!neurs françois tiennent que , selon la parole de Dieu , les prestres ne sont pas moins que les evesques ; les Anglois ont des evesques , qui commandent aux prestres , et entre eux , deirx archevesques , dont l'un est appelé primat , nom auquel Calvin veut un trèsgrand mal ; les puritains en Angleterre tiennent comme article de foy, qu'il nVst pas loisible de prescl;er, de baptiser, et prier dans les Eglises qui ont esté autrefois aux catholiques , mais on n*cst pas si icropuieux deçà la mer ; or , je vous prie , iH)lez ce que j'ay dit , qu'ils tiennent cela pour article de foy , car ils souffrent les prirons et les bannisscmens, plustotquede s'en dédire. Je sçîiy très-bien qu'à Genève, Too tient pour superstition de colobrer aucune feste des saincts , toutefois en Suisse fcn les fait , et vous en faites une de Noslie-Dame ; il ne s'agit pas icy que les uns les fassent, les autres non, car ce ne seroit pas contrariété de doctrine , mais simplement de ce que vous et quelques Suisses les observent, les autres les condamnent eooune contraires à la pureté de la religion. Ne sçavez-vous pas quo l'un do vos

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I, !• mIdcI ettoil en wn mlfciont, prêt d« 1S»3. M. M*

plus grands ministres dit à Poîssy , que lo corps de Nostro-Seigneur estoit aussi loin de la cène , que la terre est éloignée du ciel ? No sçavez-vous pas encor que cela est tenu pour faux par plusieurs des autres? Un de vos maistres n'a-l-il pas confessé dernièrement la réalité de Nostre-Seigneur dans la cône ? et les autres la nient : me : pourrez-vous nier qu'au fait de la justifî- !; cation vous ne sovez autant divisez entre vous autres, comme vous l'élos d'avec nous, témoin Vanonymei^) disputaleur :

bref, chacun parle selon son largage à part , et do tant d'huguenots auxquels j'ay parlé, en vérité , je n'en ay jamais trouvé deux de mesme croyance.

Mnis le pis est , que vous ne vous sçau-» riez accorder : car , où prend riez- vous un ministre assuré? Vous n'avez point de chef en terre pour vous adres^^er à luy en vos difïlcultez : vous croyez que l'Eglise peut s'abuser et abuser les autres ; vous ne voudriez donc pas mettre vostre a me en une main si pou asseurée , aussi vous n'en tenez pas grand compte ; l'Escriture ne peut estre vostre arbitre, car c'est de l'Escriture mesme que vous estes en procez, voulant les uns l'entendre d'une façon , les autres de l'autre. Enfm , vos disputes et vos discordes sont et seront immortelles, si vous ne vous rangez à l'authorité do l'Eglise , témoin les colloques de Lunebourg (2) , dCsMalbron , do Monthelliard , et celuy de Berne, dernièrement : témoins encor, Tilmant, Heshismeet Oraste, auxquels j'adjoute Brance et Vallengcr. Certes , la division qui est entre vous, pour lo nouïbre des sacremens, est pitoyable à présent , et communément |>army vous on ne met que deux sacremens ; Calvin en a mis trois , adjoustant l'ordre au baptesme et à la cehe ; Luther y met la pénitence pour le troisiesme , et puis dit autre part qu'il n'y en a qu'un. Enfin, les protestans au colloque de Ralisbonne , auquel divin se trouva , témoin Bcze en sa vie , confessèrent qu'il y avoit sept sacremens ; et cela se void en l'article de la toute-puissance de Dieu : comme est-ce donc quo vous estes

(1) Nota. \M sainrt ercitque Tcot parler (Ton imprîmé Mti* nom , qui Tat composé pxr on ministre contre luj, el qui lay donna nocation de composer ion Etendard de la croix en ce^i mr^roes nnnér4.

{i) Kota. Lo ulnctnnmmo Icy les as«emb1èe« fillMiIc •OB tcmp* par les biiracooU«l lospluii (smevx BinlMraf»

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CONTROVRnSES

si diviser.? Pendant que les uns nient qu'un corpg puisse csire (voire mesme par la vertu divine en deux lieux , Ic;; autres nient toute la puissance absolue' : les autres ne nient rien de tout cela ; que si je Toulois vous montrer les grandes contrarietez<|ui sont en i& doctrine de ceux que Beze reronnoist pour glorieux reforma* teurs de TE^^Iise , Jorosme de Praj^ue , Te- •anzaii-t, Wiclef, Luther, Sucer, Œcolampade , Zuingle , Pomerain , et les autres, je ii*aurois jamais fuit; Luther seul vous instruira assez de la bonne conconle qui est entre eux, en la lamentation qu'il fait contre les tanzuelins et les sacra mental res , qu*il appelle Absalons et Judas » et esprits •fermeri(|ues.

L*an 4527, feu son altesse de Savoie , de tres-heureuse mémoire , Emmanuel Phi- Hbert , raconta luy-mesme au docte ; ntoine Possevin , qui se trouva au colloque de Cormasse, que quand on demanda aux prêtes tans leur profession de foy, tous les uns après les autres sortirent hors de rassemblée pour ne se pouvoir accorder ensemble. Ce grand prince, tres-digne de f6y , dit tout cecy pour y avoir esté présent : toute cette étrange division a son fondement sur le mépris que vous faites d*un chef visible en terre ; car n'estant point liez pour déférer Pexposition de la parole de Dieu à aucune supérieure autborité , chacun prend le party que bon luy semble ; c^estce que dit le sage, que " les superbes sont tousjours en dissenlion , » ce qui est une marque de vraye bcresie : or, ceux qui sont divisez ainsi en plusieurs partis , ne peuvent estre appelez du nom de l*EgIise ; car c*est un nom de consentement et de concorde; mais quanta nous, messieurs , nous avons tous un mesme canon des Escritures, un mesme chef et une mesme règle pour les entendre ; vous avez diversité de canons en recueil , et en Tinlelligence ; vous avez autant de lestes et de règles que vous estes de personnes ; nous sommes tous au son de la trompette d*un seul Gedeon , et avons tous un mesme esprit de foy au Seigneur avec le concile , et son lieutenant est Tinierprete des décisions de Dieu et de l'Eglise, selon la parole des a[>ostres : " Visu m est Spiritui sanclo et nobis. » Cette unité de langage est en nous un vray signe que nous sommes de

Tarmée du Dieu sainct , et vous no pouvez y estrc reconnus que pour des Madianites, qui no failos en vos opinions que criailler et vetiller chacun à sa mode, chamailler les uns contre les autres , vous enlre-egorgeant et massacrant vous-mesmes par vos dissentions , ainsi que dit Dieu pai^li^aïe : « Les Egyptiens choc^ueront contre les Egyptiens, et Tesprit d'Egypte se rompra ; » sainct Augustin dit , < que comme Judas avoit tasché do diviser Christ, ainsi luymesme , par une juste séparation , s'esloit divisé en luv-me^me : » cette seule mar* que vous doit faire quitter vostre prétendue' Eglise ; car celuy qui n*est pas avec Dieu, est contre Dieu ; Dieu n*est point en vostre Eglise , et n'y peut estre , puisqu'il n'habite qu*en lieu de paix ; maison vostre Eglise il n'y a ni paix ni concorde.

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