DISCOURS L
De la Mincteté de TEglise; elle doit estre sans tacbe ei sins macule.
Douter de la saincteté de l'Eglise , c'est une lourde erreur : L'Eglise de Nostre-Sei* gneur est saincie , et le doit estre , c'est un article de foy; le Sauveur s'est donné pour elle, afin de la sanctifier ; c'est un peuple sainct y dit sainct Pierre, l'espoux est sainct et l'espouse saincte ; elle est saincte estant dédiée à Dieu , ainsi que les aisnei de l'ancienne synagogue furent appeliez saircts pour ce seul respect; elle est ssiincte encore parce que l'esprit qui la vivifie est sainct, et parce qu'elle est le corps mystique d'un chef qui est tres-sainct ; elle Test encore , parce que toutes ses actions intérieures et extérieures sont sainctes ; elle ne croit ny espère, ny ayme que sainetement , cela se void en ses prières, en ses prédications , sacremens et sacrifices : enfin elle est saincte en elle-mesme; car cette Eglisea une saincteté intérieure, se- Ion la parole de David : a Toute la gloire de cette fille royale est au dedans. » Elle a encore sa saincteté extérieure en sa figure, car elle est comme un jardin clos et envi* ronné do belles varielez ; sa saincteté intérieure ne se peut voir , l'extérieure ne peut servir de marque distinctivc , parce que toutes les autres sectes so vantent, quoy que faussement, de cette saincteté; et il est mal-aisé de reoonnotstre la vraye
DE S. PnANÇOIS DR SALES.
prière, la vrayo predirntion et admînistm- (ion de sacremens ; mais outre tout cola , il y a en la vrayo Eglise des signes avee lesrinels Dieu fait connoislre la sainctcté de son espouse, comme ses parfums et ses odeurs, selon ce témoignage des Cantiqiiess c L*odeur de ses vestemens est romme Todeur de Tencens. » Ainsi nous marchons à la suite de ces odeurset de ces parfums, pour trouver la vrayo Eglise dans le giste du fils de la Licorne.
OBSERVATION DU PREMIER EDITEUR
Il 7 a de l'apparence qne ce dfscoan si bref delaMiDcteté de TEglIie , n'est point parfait» ea que le manuscrit ne nous ena po int donné It suite , ou que le saint eveique l'a renvoyé au 4isooars lv cy-après : oq M montre que la perfsetion de la vie doit ei(re dans la vr^ye SgllM « ce qui comprend aa lainctelé.
PISCOURS Ll.
On eredil dca quirades dont la vraye Eglise es( déposmire.
Est-il pas vray que les miracles sont des argumens bien puissans, pour vous assurer de la foy Y Afin que Moïse fust cru en son ambassade , Dieu luy donna le plein pouvoir de faire des miracles : Nostre- Seigneur, à ce que dit saiifcl Marc , confirmoit perdes miracles signalez la prédication evangelique. Si le fils de Dieu n*eust pasfait tant de mer\ «ailles, il dit luy-mesme qu'on n'euat pas esté coupable de ne l*avoir pas cru : sainct Paul témoigne que Dieu eonfirmoit la foy du christianisme par les miracles ; d*où s'ensuit que le miracle est une juste règle pour soutenir la vrayo refigion , une juste règle de la foy , et un argument preignant, pour persuader les hommes à leur créance : car si cela n'csloit, nostre Dieu ne s*en fust pas servy. li ne sort de rien de repondre que les miracles ne sont plus nécessaires après la foy généralement publiée ; car outre que je montreray le contraire cy-après , je ne dis pas maintenant qu*ils soient nécessaires ; mais seulement, que là où il plaisl à la bonté de Dieu d*en opérer pour la confirmation de quoique article , nous sommes obliges de les croire : parce que, ou le miracle est ju^le persuasion ou eonfirmutien, eu
non? SMl ne l'est pas, donc Notra-Sei^neur ne confirme pas justement sa docirinc par les miracles; si c'est une juste persuasion, il s*en suit qu'en quelque temps que les miracles se fassent, ils nousobligentà les prendre pour une trea-ferme raison de sa divine volonté , aussi le sont-ils en effet , c'est la sentence des Bscri turcs : « Tu os Deus , qui facis mirabilia ; » dit David au Dieu tout puissant; par conséquent, ee qui est confirmé par le crédit des miracloa, est confirmé de Dieu , et Dieu ne peut estre authcur ni ncofirmateur du mensonge , puisque son essence est une pure venté.
Mais afin de couper chemin à toutes les illusions et les phantaisies de nos contrôleurs , je confesse qu'il y a de faux miracles, et de vrais miracles, et mesme qu'entre les vrais miracles, il yen a qui font un argument évident d'eux-mesmee , que le puissance de Dieu s'y trouve , les autres non , si ce n'est par leurs circonstances ; les miracles que rAnte-GhrIst fera, seront toux faus, tant parce que son Intention sera de décevoir et de tromper, que parce que la pluspart ne seront que de prestiges illusoires et vaines apparences magiques; l'autre partie ne seront pas de vrais miracles en eux-mesmes, mais seulement des miracles devant les hommes, c'est-à-dire ils ne surpasseront pas les forces de lu nature , mais pour estre extraordinaires, Ile sembleront des miracles aux hommes sini» pics, commos la descente du feu du ciel visiblement, in conspeetu hominum; ainsi le pouvoir de faire parler les images ; Tenvpy de la peste ; la guerison d*une playe mortelle; et entre ces merveilles, la déii^cente du feu du ciel en terre , et le perler des images, ne seront proprement que des illusions qui paroistront, ^n comipeeiu hominum . par un effet de magie ; la guerison delà playe mortelle sera un miracle populaire non réel ny véritable, car ce que le simple peuple croit estre impossible il le tient pour miracle quand il le void : au contraire il tient plusieurs choses impossibles en la nature, qui ne lèsent pas réellemnet; ainsi plusieurs guerîsons, et plusieurs player sont mûrtcllos et incurables à quelques médecins, qui toutesloisson:
rcmediables en l'art de ceux qui sont plus suihsants, et qui ont quelques remèdes
COlfTROVEKSES
plus exquis; de inesme la playe dont rAnte-Christ guérira , sera mortelle, selon le cours ordinaire de la médecine ; mais le diable, qui a plus de subtilité en la connoissance des vertus des herbes , des odeurs et autres drogues, que n'ont pas les hommes les plus sçavans, fera cette cure par l'application secrette des medicamens inconnus aux hommes, ce qui semblera un miracle, à qui ne sçauront discerner entre la science humaine et l'art diabolique (4), Celle*cy devance l'autre de beaucoup assurément, mais la divine surpasse la diabolique d'une infinité; l'humaine nesçait qu'une petite partie de la vertu qui est en la nature, la diabolique sçait beaucoup plus; mais dans les conhns de la nature, la divine n'a point d'autres limites que son infinité.
J'ay dit pour mieux discerner les vrais miracles , qu'il y en a qui font une certaine science, et qui font voir que le bras de Dieu y opère visiblement , les autres non, si ce n'est en la considération des circonstances ; cela est clair par ce que j'ay dit, et encore par l'exemple des merveilles que firent les magiciens d'Egypte, qui estoient quant à l'apparence extérieure tous semblables aux miracles que faisoit Moyse (2) ; jnaisceluy qui regardera de près les circonstances, connoistra bien aisément que les uns estoient de vrais miracles , et les autres faux, et cela mesme confesseront les magiciens, quand il dirent (3), « digilus Dei est hic. » Ainsi pourrois-je dire , si Kostre-Seigneur n'eust jamais fait autre miracle que de dire à la Samaritaine que « rhomme qui habitoit avec elle n'esloit ^8 son mari , et convertir l'eau en vin , » un incrédule auroit pu penser, qu'il y avoit en cecy de l'illusion et de la magie : mais ces merveilles partant de la mesme main, qui faisoit voir les aveugles, parler les muets, ouïr les sourds, revivre les morts, il n'y restoit plus aucun scrupule , parce que ramener la privation à son habitude, le non-estre à Testre , et donner les operations vitales aux hommes morts, sont choses impossibles à toutes les puissances humaines; ce sont des coups du souverain
(1) Nota- Mat !• nannsorll m troarent wk turpt l«t paroles salTtotet: Il faut abréger ce diiçoure em peu 4e parole» etiekolait.quee*
(1) Exod. IT. ▼. iri, vu.
Maistre , lequei quand puis après il luy plaist faire des cures extraordinaires p9T sa toute-puissance, ou des mutations dans les choses, ne laisse pas de les faire reconnois» tre pour miraculeuses , quoy que la nature secrette en peut faire de mesme dans uq temps, parce qu'ayant fait ce qui surpasse la nature, il nous a rendus assurez de sa qualité et de sa valeur : comme quand un homme a fait un chef-d'œuvre , quoy qu'il fasse puis après plusieurs ouvrages communs, on ne laisse pas de le tenir pour maistre ouvrier. En somme le miracle est une très-certaine preuve et confirmation en la foy, quand c'est un vray miracle, et en quelque temps qu'il soit fait, autrement il faqdroit renverser toute la prédication apostolique. Certes , il estoit resonnable qu'en établissant la foy des choses qui surmontent la nature, elle fust avérée par des œuvres qui surpassent la nature, et qui montrent que la prédication ou la parole annoncée sort de la bouche et de Tuuthorilédu maistre de la nature, le pouvoir duquel n'est point limité, etqui se rend visible par le miracle, comme témoin de la vérité soussignée , car Dieu met son sceau à la parole portée par le prédicateur , en signe de sa mission légitime.