‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 47 sur 365 · DISCOURS LUI · texte numérisé non relu

DISCOURS LUI

La Traye Eglise doit reluire en miraclet.

Après tout, l'Eglise saincte porte le miel et le laict sous sa langue et dans son cœur, qui est sa marque intérieure, laquelle nous ne pouvons voir : elle est richement parée d'une belle robe , bien recamée et brodée en variété, qui eat la saincte té extérieure, laquelle se peut voir, mais parce que les sectes et les hérésies déguisent leurs veslemens de mesme façon , sous une fausse étoffe , pour ne s'y pas tromper, outre cela elle a des parfums et des odeurs qui luy sont propres, et qui sont certains signes et lustres de sa saincteté , qui luy sont tellement particuliers, qu'aucune autre assemblée ne peut s'en vanter en aucune fuçon ; aussi ceux de nostre asge ne le peuvent | Caire , quoy qu'ils le voulussent : car pre* i mieTemeïitellereluit en miracleêy qui sont une tres-suave odeur et parfum , signe evi- . dent de la présence de Dieu immortel avec elle : ainsi les appelle sainct Augustin. Et de fait , quand Nostre-Seigneur partit du , monde , il promit aux apostres que l'Eglise seroit suivie de plusieurs miracles. « Ces

(i; Le atlnet prélat Aole ley lei trmM dM doci dt iiioy* , let MSTere.as.

(S) Aoia. La premier* parUe de ce chapitre n'est pat •tUère. «Ile eet «lana leaiviraoU ptna ainDlemeal.

marques , dit-il , suivront les croyans en mon nom : ils chasseront les diables , ils parleront de nouveaux langages, ils esteront les serpens , et le venin ne leur nuira point; et par l'imposition des mains, ils guériront les malades. *>

Considérons, je vous prie, et suivons de près ces paroles si claires : il ne dit pas que les seuls apostres feroient ces miracles, mais simplement ceux qui croiront. Il ne dit pas que tous les croyans en particulier feroient des miracles; mais que ceux qui croiront seront suivis de ces signes admirables. Il ne dit pas que ce seroit seulement pour dix ou vingt ans ; mais simplement que ces miracles accompagneront les croyans. Il est vray que Noslre-Seigncur parle aux apostres seulement, mais non pour les apostres seulement ; il parle des croyans en corps et en gênerai , et cela s'eniend de rE};iise ; il parle absolument sans distinction des temps et des Siiisons ; ces saincles paroles annoncent sans restriction que Dieu donnera ce pouvoir aux croyans qui sont dans l'Eglise ; les croyans sont suivis de ces miracles. Donc en TEglise il y a des miracles, et en tout temps, puisqu'il y a et il y aura des croyans en tous lieux et en tous temps.

Mais de grâce, examinons un peu pourquoy le pouvoir des miracles fut laissé à l'Eglise : ce fut, sans doute, pour confirmer la prédication evangelique : car sainct Marc le témoigne , et sainct Paul dit , que a Dieu donnoit témoignage à la foy, qu'il annonçoit par des miracles. » Dieu mit ee la main de Moïse ces instrumens : afin qu'il fust cru , et Nostre-Seigneur dit, que « s'il n'cust fait des miracles , les Juifs n'eussent pas esté obligez de le croire. > S'il est vray que l'Eglise doit toujours , en tout temps , combattre l'infidélité, pourquoy donc lui voudrions-nous ester ce noble instrument que Dieu luy-mesme a mis en sa main ? Je sçay bien qu'elle n'en a pas une si grande nécessité qu'au commencement ; car depuis que la saincte plante de la foy a pris si bonne racine , on ne la doit pas si souvent arroser, mais aussi luy vouloir du tout lever l'effet (la nécessité et la cause demeurant en bonne partie) c'est tres-mai philosopher en religion.

Après cela , messieurs, je vous prie de me montrer quelque saison en laquelle

Itt

C0NTR0YERSR8

llfglise tisfble ail esté sans miracle ; dès qu'elle commença jusques à présent , au temps dos aposlres, il se fit partout infmis miracles, vous le savez bien. Après ce temps-là , on sçnit assez le miracle recité par l'empereur Marc-Àurelle Antonin , fait par les prières de la légion des soldats cbrostiens qui estoient en son armée , laquelle pour cela fut ap{)elée la fulminante, Qui ne sçait les miracles de sainct Grégoire Taumaturge , et ceux de sainct Martin , de sainct Antoine, de sainct Nicolas, de sainct Hilarion , et les merveilles faites au temps des Theodoze et Constantin , empereurs chresliens? de quoy les auteurs sont d'un crédit irréprochable : Eusebe, Ruffîn, sainct Jerosme , Basile, 8ulpice, Atba* nase , etc. Qui ne sçait encore ce qui arriva en l'invention de la saincte croix , et au temps de Julien PApostat , au temps de saint Chrysostome , de sainct Ambroise et de sainct Augustin ? On a vu en leur temps plusieurs miracles qu*eux-mesmes recitent : pourquoy voulez-vous donc que la mesme saincte Eglise cesse maintenant d'avoir le pouvoir des miracles? quelle raison y auroit-il ? A dire vray , ce que nous avons tousjours vu et en toute saison , accompagner 1 Eglise , lui est très-singulier ; et il c»t juste que nous rappelions sa propriété inséparable : d*où s'ensuit que la vrayc Eglise a fait et fait encore paroistre sa saincleté par les miracles. Si Dieu rendoit si admirable son propitiatoire , son mont SinaY, et son buisson ardent , parce qu'il y vouioit parler avec les hommes , pourqlioy n'auroit-il rendu miraculeuse son Eglise, en laquelle il veut à jamais demeurer avec nous ?

Page 1