DISCOURS LIV
L'Eglite caUioliqut est ace«iiip«giiée de niraelei, et U pr«t*Ddue ne l'esi point*
Il faut maintenant, messieurs, que voua vous montriez justes et raisonnables , sans chicaner et opiniastrer ; informations prises deuëment et aulhontiquement , on trouve qu'au cx)mmencement de ce siècle , sainct Françoii de Paule a floury et excellé en miracles indubitables et très - insignes , comme est la ressusci ta lion des morts. Nous en lisons autant de sainct Diogene SAr* chada : ce ne sont pas des contes ni des bruits incertains , mais des preuves véri-
fiées en contradictoire, devant le jogemenl de toute l'Eîrlise. Osericz-vous nier l'apparition de la croix , faite au vaillant et catbolique capitaine Albugaire , et à tousses gens, en ses caravanes , que tant d'historiens escri vent, et à laquelle tant de personnes avoient part ? On nous assure de bonne foy, que le dévot Gaspard Ber$ée preschant aux Indes , guerissoit les mala* des , priant seulement Dieu pour eux è la saincte messe : ett^i soudainement , qu'autre que la main de Dieu ne Teust pu faire. On nous fait une foy indubitable, que la bienheureux François Xavier a guery les paralytiques , les sourds , les aveugles et les muets; qu'il a ressuscité un mort, et que son corps n'a pu estre consommé jusques icy, quoy qu'il eust esté enterré avec de la chaux , comme ont témoigné ceui qui l'ont veu tout entier, quinze mois après sa mort; et ces deux derniers sont morts depuis environ quarante-cinq ans (4).
En Meliapor, on a trouvé une croix incisée sur une pierre, laquelle on croit par tradition avoir esté enterrée par les chrestiensdu temps de sainct Thomas, apostre des Indes, chose admirable, neantmoins véritable ; presque toutes les années , vers la feste de ce glorieux apostre , celte croi:| sue et rend abondance de sang , ou d*une liqueur semblable au s^ng , et change d^ couleur, se rendant blanche , pasie , puis noire et lantost de couleur blesme, resplendissante, et très agréable. Enfin elle revient à sa couleur et forme naturelle : ce quQ tout le monde voit visiblement , et Tovesquede Virne en envoya une publique attestation, avec l'image de la mesme croix, au sainct concile de Trente. Ainsi se font des miracles d^nx Indes , où la foy n'est pas encor du tout affermie , desquels je laissa un très-grand nombre , pour me tenir en la brefvelé que je dois.
Le bon père Louis de Grenade , en soq introduction du symbole, récite plusieurs miracles recenset irréprochables; entre Qutres , il y produit la guerison que les rois de France ont faite entre nostre asge, de rincurable maladie des ecrùiieiles. J ay leu l'histoire de la miraculeuse guerison do Jacques , Gis de Claude André de Belmont, au bailliage de Baune en Bourgogne ; il
(1) Ifota. Ob foll iOT U ruurque da tempt où !• mIm . •Mrifolt. ^*
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iivoft esté huit année;) muet et impotent : c(*lny-cy, après avoir fait sa dévotion en l'Eslisc de saint Claurle , le jour mesmP de sa ^oste , 8 juin 4588 , se (rouva tout isoudaînpment sain H p;iiery ; n*appcIlrz-vou3 pas cela un miracle ? (4) Je parle des cho?es voisines , j'ay lu Tarte public , j*ay parlé ail notaire qui Ta roceu et expédié, bien et denèment , sipié VioN. Il n'y manqua pas de témoins, car il y avoit un nombre de peuples à miUiades. Mais ponrquoy m*orrester à vous produire les miracles de nos- Ire aspje?SainctMaIa(hie, saint Bernard, saincl François , ont opéré par la vertu de Dieu , une infinité de merveilles que des historiens de crédit, de science, et de conscience , nous ont laissez avec de bonnes preuves. Adjoutqns-y les merveilles qui se font maintenant ^ no3 portes , à la veuë de nos princes et de toute notre Savoye , près de Monde-vii, Ils devroient fermer la bouche à toute opinia^treté , estant si évidentes et si visibles.
Or sus, que direz-vous à toutcecy?
repondrez-vous que TAnte-Christ prqdujra des miracles? Sainct Piiul atteste qu^iis seront faux ; le plus (;rand que sainct Jean remarque, c*est qu'il fera descendre i^ feu du cJel. Satan peut faire ce miracle , car l'effet en est naturel ; mjiis Dieu donnera an prompte remède à son Eglise, puisqu'à ces faux miracles les serviteurs de Dieu Helieel Enoch , comme teipoigne l'Apo- Ifpse et les interprètes , opposeront d'autres miracles de bien meilleur temps; car non seulement ils se 8er\'irqnt du feu du ciel pour chastjçr leurs ennemis miraculeusement , mais ils auront le pouvoir do fermer le ciel , afin qu'il ne pleuve point sur la terre; de changer et de convertir le^ oaux on sang , et de frapper le monde du chastiment que bon leur semblera , durant Irois jours çl demy. Après leur mort ils resr busciteront et monteront au ciel, loi terre [rembjera pondant leur élévation , si bien que par Topposition dece.s vrais miracles, !es iilusiopià! de pAnte-Christ seront découvertes : et comme Moïte fit enfin confesser aux magiciens de Pharaon , digilus f)ei ut hie ; ainsi Helic et Enoch confondront les prestiges de rAnle-Christ, afin que leurs (ennemis dent gtoriam deo cœli. Car Helio
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fera en ce temps ce qu'il faisoit jadi^ pour dompter l'impiété des balaïtes , et des autres reiip;ionaires.
Je veux donc vous repondre en forme do conclusion : premièrement que les miracles de rAnto-Christ ne sont pas tels que ceux que nnuf)prûdui:;onspour lafoyderEglinc:
et partant il na s'ensuit pqs que si ccux-U ne sont pas des marques de yraye Eglise , ceux-cy ne le soient effectivement. Ceux-là seront montrez fojbloa et faux par de plu» grands et plus'sulidcs; ceus^-cy sont solides d'cux-mesmes, et personne ne peut leur eq opposer do plus a^eqrci?. Les merveilles de l'Antc-Christ ne seront qu'une illusion di^ trois ans et demy.; mais les miracles de l'EizIiào lui sont tellement propres, que depuis qu'elle est fondée , elle a toujours esté reluisante en miracles, {^n l'Ante- Christ les miraclof. seront forcez , et na dureront pas , mais on l'Eglise , ils sont comme entez naturellement en sa surnaturelle dignité, et partant ils çont tou-^jours en elle, et toujours l'accompagneront pour vérifier ces paroles ; < Ces signes suivroofi ceux qui croiront , etc. #
Vous me répliquerez poust^stre, que lei donalistes ont fait deô miracles, au rap« por( de sainct Augustin; mais ce n'estaient, dit ce père, que da certaines vivions o( révélations prétendues , desquelle;» ils sa vantoient témérairement , et sans ^ucua public témoignage. Certes l'Eglise no peut estre prouvée véritable par ces visions particulières, puisque ces visions mesmes ne peuvent estre ny prouvées, ny tenues pqur véritables , sinon par les témoignages do l'Eglise ; c'est ce que dit le fnesme sainc( Augustin. On peu( objecter à cf>cy, qqe l'empereur Yespasien , quoy que payen , a guery un aveugle et un boiteux ; mais Ic^ qiedecins mesmcs, au récit de Tacite, trouvèrent que c'estoit un aveuglement qccasionné , non permanent , et une percluàion qui n'estoit pas incurable do sqymesme : ce n'est donc pas merveille si le diable les a pu guérir. On raconte qu'un infidelle s'estant fait baptiser, se vint par après présenter à Paulus , e;?Ye8que novarien, pour estre rebaptisé; et aussilost l'eau des fons se mit tout à sec« au r.ipnort de Socrate. Cette merveille ne se fil donc pas pour la confirmation du novarianisme , mais en faveur de la doctrine du
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saîncl baptesme, qui ne deroit pas estre reYteré : ainsi quelques merveilles se sont pu faire et se sont faites, dit sainct Augustin, chez les payens, non pas pour preuve du paganisme, mais pour démonstration de l'innocence, de la virginité, et delà fidellité qui sont des vertus morarés, aimées et fort prisées de Dieu, qui ef^tleurautheur. Encore faut-îl adjouter cette restriction , que ces merveilles se sont faites très-rarement, et on n*en peut rien conclure contre l'Eglise : les nues jettent quelquefois des éclairs , quoy que ce soit le propre du soleil d*érlaireret illuminer. Fermons donc ce propos , TEglise catholique a tousjours esté accompagnée du crédit des miracles , aussi solides et asseurez que ceux de son espour, d*où s'ensuit que c*cst la vraye Eglise ; car me servant en cas pareil de la raison du bon Nicodeme, je diray : t Nulla societas potest hœc signa facere, quae haec facit , tam illustria , aut tam constanter, nisi Dominus fueritcum illâ. » C'est ce que disoit Nostre-Seigneur aux disciples de saincl Jean : c Dicite, csci vident, claudi ambulant, surdiaudiunt : » pour montrer qu'il étoil le vray Messie. Ainsi estant persuadé qu'en l'Eglise de Dieu ce sont des miracles si solemnels , il faut conclure que « verè Dominus est in loco isto. » Mais au regard de vostre prétendue Eglise , je ne luy puis dire autre chose sinon : c Si potes crëdere, omnia possibilia suntcredenti. » Si elle esloit la vraye espouse, elle seroit suivie de vrays miracles. Vous me confesserez sans doute, et je l'avoue, que ce n'est pas vostre métier de faire des miracles, ny de chasser les diables ; une fois il réussit très-mal à un de vos ministres qui 8*en voulut mesler ; car on leur peut appliquer ce que Burzéo et Tertullien ont observé, c Nostri , de mortuis vives suscitabant; vestri vero, de vivis faciunt mortuos (4). » Il y a quelque temps qu'on fit courir le bruit que l'un des vostres avoit guery un demoniacle,maison ne ditpointny quand, ny comment celte personne fut délivrée : on ne cite point de tesmoins, je vous le pardonne , car il est aisé aux apprentifs d'un métier de s'equivoquer en leur premier essay ; on fait souvent courir certains
(1) JVor«. Ott elle l'hlfloira «Tan irinUtra qal, par It pflAre, fli mourir recllemenl nu impottenr qni rontreftltolt U «oix
bruits panny voas, pour tenir le shnple peuple en haleine , mais n'ayant point d'autheur bien avéré , ils ne doivent avoir aucune authorité ; outre qu'en fait de chasser le diable d'un corps, il ne faut pas tant regarder à ce qui se fait , comme il faut considérer la façon , la forme et l'action. Par exemple , si c'est en vue' de quelques raisons légitimes , si c'est par invocation du nom de Jésus Christ, et autres circon stances qui sont communes à tout lo gros de la religion , outre qu'une hirondelle ne fait pas le printemps , c'est la t suite perpétuelle et ordiiiaire des miracles , qui est la marque de la vraye Es^lise ; » après tout» ce seroit se battre avec l'ombre et le vent, de réfuter en vous ce bruit si foihle et si debille , que personne n*ose nous dire de quel ceslé il est venu : aussi toute la réponse que vous pouvez et devez nous donner en celle extresme nécessité, c'est qu'on vous fait tort de vous demander le crédit des miracles, aussi fait-on, je vous promets; c'est se moquer de vous, comme qui demanderoit à un maresclial , qu'il mist en œuvre une esmeraude ou un diamant : à dire vray, je ne vous en demande point ; seulement je vous prie que vous me confessiez de n'avoir pa> fait vostre apprentissage avec les aposlres, ny avec les disciples , martyrs et confesseurs , qui ont esté les maislres du métier. Mais quand vous dites que vous n'avez pas besoin de miracles, parce que vous ne prelendez pas établir une foy nouvelle , repondoz-moy donc encore , si saincl Augustin , si sainct Ambroîse, si sainct Jcrosme , et les autres preschoient une nouvelle doctrine? el pourquoy en leur temps se faisoit-il tant de miracles et si signalez comme ils en produisent dans leurs escr ils? Certes, l'Evangile estoit mieux receu au monde , qu'il n'est parmy vc^s maintenant; il falloit en ce temps une plus excellente pasture ; plusieurs martyrs et grands miracles avoient précédé , l'Eglise neantmoins ne laissoit pas d'avoir encore en ce temps ce don des miracles, pour estre un plus grand lu-ire de la tres-saincte religion : si les miracles dévoient ou pouvoient cesser en l'Iigli^e c'eust esté certes au temps de Constanli n-le- Grand , après que l'empire romain fui fait chrcstien , que les persécutions furent calmées . et que le christianismA fut bien as-
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«enré ; mais tant s'en faut qu'ils cessassent alors, ils se multiplièrent de tous rostés. Au bout de là , cette doctrine que vous preschez , n'a jamais esté annoncée en gros ny en détail , vos prédécesseurs hérétiques l'ont preschéo à tastons et sans sticcez, aussi vous vous accordez avec chacun en quelques points, et avec nul en tous, ce que je feray voir cy-après. Où estoît vostre Eglise il y a 80 ans? elle ne fait encore que d*éc1ore , et pourtant vous l'appeliez vieille , car vous dites, nous n'avons point faitde nouvelle Eglise, nous iTons frotté et épuré cette vieille mon* Doye , laquelle ayant demeuré long-temps dans les masures , s'esloit toute noircie et fouillée de crasse et de moisissure : ne dites plus cela , je vous en prie , vous avez le metail et le calibre de la foy ; les sacremens ne sont-ils pas les ingrediens nécessaires pour la composition de TEglise ? Si TOUS avez tout changé de l'un et de l'autre , je puis vous qualifier de faux monnoyeurs, à moins de me montrer ce pouvoir que TOUS prétendez de battre sur le coin du roy. Mais ne nous arrestons pas icy. En quoy avez-vous épuré celte Eglise ? En qooy avei-vous nettoyé celte monnoye?
Montrez-nous , s*il vous plaist , les caractères quelle avoit, quand vous dites qu'elle fut eniouye dans la terre , et qu'elle commença de se rouiller : elle tomba, ce dites • vous , au temps de sainct Grégoire , ou peu après ; avancez ce que bon vous semblera, mais en ce temps-là elle avoit le caractère des miracles ; monlrez-le-nous maintenant, car si vous ne nous montrez particulièrement rinscriplion de l'image du roy en vostre monnoye, nous vous la montrerons en la noslre ; ainsi la nostre passera comme loyale et franche , et la vostre , comme courte et rognée , sera renv!)yée au billon. Si vous nous voulez représenter TEiJ^lise , en la forme qu'elle avoit au temps de sainct Augustin, montrez-la-nous, non-seulement bien disante, mais bienfaisante en miracles et sainctes opérations , comme elle estoit alors ; que si vous repartez, qu'alors elle estoit plus nouvelle que maintenaint , je vous repond ray qu'une si notable interruption , comme est celle que vous prétendez de 900 ou 4 000 ans , rend cette mon- ' noyé si estrange , que si on n'y void en gros les lettres » les caractères ordinairai ,
l'inscription et l'image, nous ne la recevrons jamais : non , non , l'Eglise ancienne a esté puissante en toutes saisons , en adversité et en prospérité , en œuvres et en paroles, comme son espoux; la vostre n'n que le babil , soit en prospérité ou en adversité : au moins qu'elle nous montre maintenant quelque vestige de l'ancienne marque , autrement jamais elle ne sera receuè* comme vraye Eglise , ny comme fille de cette ancienne mère ; que si elle s'en veut vanter davantage , on lui imposera silence, avec ces sainctes paroles : c Si filii AbrabâB estis , opéra Abrabœ facite. » La vraye Eglise des croyans doit estre tousjours suivie de miracles , il n*y a point d'Eglise en nostre asge qui en soit la dépositaire , sinon la nostre ; la nostre donc seule et seulement. est la vraye Eglise.