DISCOURS LV
L'esprit de prophétie doit ettre en la vraye
Eglise.
Nous croyons que la prophétie tient rang entre les grands miracles, elle consiste en la certaine connoissance , que l'entendement humain prévoit des choses, qui sont sans apparence , et sans autre science que rinspiralion surnaturelle , et partant tout ce que j'ay dit des vrays miracles en gênerai , doit estre employé icy en particulier. Le prophète Joël prédit qu*au « dernier temps, » c'est-à-dire au temps de l'Eglise evangelique , comme l'interprète sainct Pierre , a Nostre-Seigneur repandroit sur ses serviteurs et ses servantes la lumière de son sainct Esprit , et qu'ils prophetiseroient. » Nostre-Seigneurdit cecy, comme il avoit dit : «Ces signes suivront ceux qui croiront en moy. » D'où s'ensuit que la prophétie doit umsjours estre en l'Égli-e , où sont les serviteurs et servantes de Dieu, et où il répand tousjours en tout temps son sainct Esprit.
L'ange dit en l'Apocalypse que c le tesmoignage de Nostre-Seigneur est l'esprit de prophétie. » Or ce témoignage de l'assistance de Nostre-Seigneur n'est pas seulement donné pour les infidelles , selon sainct Paul , mais principalement pour les fidelles : comme donc diriez -vous que Nostre-Seigneur l'ayant une fois donné à son Eglise , il le luy a levé par après? La
COMTROYERSfift
*)rincipal motif pour lequel il luy a esté cbf 6ëdd, <^!^t ehéôre ktlJôUrd^liiiy ; donc ta ëOficèéslon durbtoiisjours;adjoutezàcela, tànimoje t'ay dît des mirdcles, qu*entouies led saisons l'Eglise a eu des prophètes; ainsi nous pouvonâ dire que c*est une de 6es tiûalitèl et prot)rietéz, et une excellente patrie de son doUaire.
« le$u§-Chri:^t en mohtànl aux cieux , a mode là cëpUvité captive ; il a donné des doiis aux hommes, car il a donné les uns boùr àpostres , les autres poiir prophètes , les alltl'es f)Oiir eVàfigelisles , les autres t)6ur tï^tre pasteurs et docteurs ; » Tesprit &|k)slbllqué , evahgeliqué, pastoral et doc- I6i*al est tousjours resté eh rEglise , pourbuoy luy lévera-t-on Foiiprit prophétique? uèst un parfum de là robbè de cet espoux ; HAâiS Voicy iih poinct dé question entre vous et nous :
L*EGLISE CATdQttQtJiî X CBÊl ELLE L'eSPRIT OB raOPUBTIB , LA PaBTBJfDUB KB ft*A POINT DU TOUT î CÈLlE-GT n'EST DONC PAS LA VBAYE B6L18B.
Nous ne cohnoissons presque point de saincts en PËgliso de t)ieu , qui n'aient eu, qui plus, qui moins, iVsprit de prophétie; je nommeray seulement ceux-cy qui sont les plus rec^ns : sainct ^JSemard, sainct François, sainct Dominiaue , sainct Antàine de Paâoue, sa^'itici^ Brigitte, saincte Catheriney qui furent, certes, vrays catholiques; les i^aincts de qui j*ay encor parlé éy-dessus sont de ce nombre , et en nostre dôge, Gaspard Bayse, et François Xavier; là tradition générale de nos ayeuls nous récite tousjours asseurement quelque prophétie de Jean Bourg , plusieurs desquels Font connu , vu et ouy : c le témoignage de Nostrc-Seigneur est Tesprit de prophétie, s
Produisez-nous quelqu'un des vostres, (fui ait prophétisé en vostre Eglise pour voslre Eglise. Nous sçavons que les sibylles Tiirent dn quelque façon les prophetêsscs des gentils, presque tous les anciens nous en ont parlé ; Bulan aussi propl)ctis<n, mais c'csloit pour la vrayeEî^lise; tbuleruis ces pro|)heties n'authorisoicnt pas TE^lise fausse on laquelle elles se fii (soient; ihâls celle pour laquelle eiles se faisoieot ^ je no nie pas qu entre lesgeotiîs, iln'yeuàt
une vraye Eglise 4e peu de gens, ayant la foy intérieure d*un vray Dieu , et Tobservation des commandemens naturels en grande recommandation par la grâce divine, témoin Job en Tancienne Escriture, et le bon Cornélius avec sept autres soldats, craijsnans Dieu en la nouvelle ; mais de grâce 1 où sont vos prophètes? Si vous n'en avez point , croyez que vous n'estea pas du corps de l'Eglise, pour Tedification duquel le Fils de Dieu a laissé, au dire de sainct Paul , le témoignage de Nostre-Seigneur en l'esprit de prophétie (4); Oïlvio a voulu, ce me semble, prophétiser en la préface sur son catéchisme de Genève « mais sa prédiction est tellement favorable pour l'Eglise catholique, que ^ quand nous en aurions l'efTet , nous sommes conlens de tenir pour vray ce qu'il a prophétisé*
OBSERVATIOlf DU PREMIER ÊDITSURi
Il eit klfé de voir que ce discoars du ulnéi etirtqùfe h'Ht point parfait , et t|u*ll s'est coo- Itolé dé 1» rHi¥oyer feta traité qti*tl à tàii dè< Ihtracitt , M M preùirH qu H a donitéfA suA-i sent t>oar Jtil(lfl6r> que l'Eglise poslMt» lè tfofi ëe prophétie.
biSCOUfeS LVI (2).
La trayS BRlifte doit prafilqtte^ la |»érfifeilMi de lé vie ehreslienne.
Tout cela se confirme par ces rares en* séignemens de Nostre-Seigneur et de ses àpostres. Un jeune homme fort riche {)rotestoit d'avoir observé tous les commandoi mens de Dieu dès sa tendre jeunesse. Nostre-Seigneur, qui void l'intérieur, le regardant , l'aima , ce qui est un signe evideutqu'il estoit tel qu'il avoit dit, et neantmoins il lui donna cet advis : a^i tu veux estre parfait, va, vends tout ce que tu as, et tu auras un trésor dans le ciel , et me suis. » Sainct Pierre nous invile à cela inesme .par son exemple et ccluy de ses compagnons, a Nous voicy, nous avons tout laissé, et t'avons suivy. » Noslrc-Seigneur rei)ond avec cette promesse solem-
(1) Là cuailoh da texte de Calrlo n'est point dam 1« ■■nuicrit (t) C« chipltre cl celvr qai tait proarent à fond i'ari^u- II ûû chA|t- 1 . (M la iiif iricteti de rE;ll>e , qoe !• «ainct •tell traité fort laccincttmeBt.
DC S. FRANÇOIS DS SALES
nelte : «Voui qui m avez suivy, serez assis iur douze chaires, jugeant les douze iribus dlsraël ; et celuy qui laissera sa maison , ou ses frères , ou ses sœurs , ou son père , ou sa mère , ou sa femmo , ou ses enfans , ou ses champs pour mon nom , il en receyra le centuple , et possédera la vie eter- Delle. » Voilà les paroles , voicy Texempie : « Le Fils de Thomme n*a pas eu où il pust reposer sa teste ; » il a esté fait tout pauvre pour nous enrichir, il vivoil d'aumosne, selon saint Luc, « Mulieres aliquœ ministrabant ei de facullatibus suis. » En œs deux besoins qui touchoient sa per*- §oone sacrée, comme ^interprètent sainot ij^ierre et sainci Paul , il est appelle mendiant. Quand il envoya prescher ses apostres, il leur enseigna , f ne quid tollerent in via, nisi virgam tantùm, » qu*ils ne portassent ny pochettes, ny pain, ny argent, Dy ceinture , mais des sandalles à leurs pieds, et quils ne fussent point veslus de deux robbes. Je sçay que ces enseignemens ne sont pas des commandemens ab* solus , quoy que le dernier semble avoir «té un commandement pour un temps , aussi n'en veux-je rien dire autre chose , sinon que ce sont de très-salutaires conleils et de bons exemples ; mais en voicy d'autres semblables sur un autre sujet : « Il y a des eunuques qui sont nés ainsi , du ventre de leur mère ; il y a aussi des eunuques qui ont esté faits par les hom* mes; il y a des eunuques qui se sont chastrez eux-mesmes, » pour le royaume des deux. «Qui potestcapere,capiat,]i c'est cela me^me qui a voit esté prédit par Isaye, que «Teunuque né dise point : Voicy, je suis un arbre sec, parce que le Seigneur dit ainsi aux eunuques, qui garderont mes sabats, et qui choisiront ce que je veux, et tiendront mon alliance, je leur bailleray en ma maison et en mes murailles une place et un nom meilleur, que d'avoir des enfans et des ûlles ; » je leur bailleray un nom éternel, qui ne périra point. » Qui ne void icy que l'Evangile va justement se joiudre a la prophétie? En TApocalypse, ceux qui chanloient un cantique nouveau, qu'autre qu'eux ne pouvoit dire, c'estoient ceux «qui ne s'estoient point souillez aveo les femmes, parce qu'ils estoient vierges, eiceux-U suivoient l'agneau où il ailoit. » C'est ici où se rapporte l'exposition de
sainct Paul : « Il est bon à l'homme dt no toucher point la femme , or je dis à oelu]r qui n'est point marié, et aux veuves, qu'il leur sera bon de demeurer ainsi , comme moy. Quant aux vierges, je n'ay point de commandement, mais j'en donne conseil , comme ayant receu la miséricorde de Dieu d'estre fidclle. a II y joint la raison : a Celuy qui est sans femme, est soigneux des affaires du Seigneur , et pense' comme il plaira à Dieu ; mais celuy qui est avec m femme , a soin des choses du monde , et songe comme il agréera à sa femme , «t est divisé : la femme non mariée , et la vierge pense aux choses du Seigneur, pour estre saincte de corps et d'esprit; mais celle qui est mariée , pense aux choses mondaines, comme elle plaira à son mary. Au reste , je dis cecy, pour vostre profit, non pas pour vous tendre des lacets , mais vous conseiller ce qui est honneste , et qui vous facilite le moyen de servir Dieu, sans empeschement ; ainsi, celuy qui joint en mariage sa fille vierge, il fait bien , et qui ne la joint pas fait encor mieux ; » puis parlant de la veuve, « qu'elle se marie avec qui elle voudra, pourvu que ce soit en Noslre-Seigneur, mais elle sera plus heu* reuse si elle demeure ainsi , selon mon coh seil ; or je pense que j'ay l'esprit de Dieu* i^ Voilà les instructions de Nostre-Seigneur et des apostres, authorisées de l'elempie de Nostre-Seigneur mesme, de Nostre*> Dame , de sainct Jean-Baptiste , de sainct Paul, et de sainct Jean et do sainct Jacques^ qui tous ont vécu en virginité ; et en Fan* cion Testament, Ueli et Uelizée n'ont poiht eu de femmes , comme ont tres*>bien rv^ marqué les anciens.
Je mets en cet estât de perfection la très -humble obeyssance de Nostre-Seigneur, qui est particulièrement exprimée en l'Evangile , non-seulement à Dieu soU Père, auquel il estoitubligé^ mais encore A sainct Joseph , à sa mère , et à César, au^ quel il paya le tribut, et à toutes les créatures en sa passion, pour l'amour de nouSë « Humiliavit semetipsum , obediens factuS usque ad morlem, mortem autemcrucis. s L humilité qu'il lit paroistre , estoit pour ^ nous enseigner, quand il dit : « Le Fils de ; Ihomme n'ost pas venu pour estre servy, mais pour servir ) je suis entre vous comme celuy qui sert, v Ne sout-ce pas là de peTi
GONTROYERSBS
petiielleB leçoDs et exposition de cette tant belle vertu ? « Apprenez de moy que je suis débonnaire et humble de cœur : » et en un autre lieu : «Si quelqu'un, » dit-il, « veut venir après moy, qu'il renonce à soymcsme, qu'il prenne sa croix tous les jours, et qu*il me suive. »
Il est vray que celuy qui garde les commandemens , renonce assez à soy-mesme pour estre sauvé, c'est bien assez de s'humilier pour estre exalté ; mais d'ailleurs il reste une autre obeyssance, une autre humilité et renoncement de soy-mesmo ; auquel l'exemple de Nostre-Seigneur et ses enseignemens nous invitent , il veut que nous apprenions de luy l'humilité , et il s'humilioit , non-seulement en ce qu'il es- U)it inférieur, au temps qu'il portoit la forme de serviteur, mais encore dans les ehosesoù il estoit supérieur; il désire donc que comme il s'est abaissé (non jamais contre son devoir, mais outre son devoir), aussi nou$ obeyssions volontairement à toutes les créatures pour l'amour de luy; il vent , certes , que nous renoncions à nous-mesmes par son exemple, mais s'il a renoncé si fermement à sa volonté qu'il s'est soumis à l'ignominie de la croix , et s'il a servy ses disciples , et ses serviteurs (témoin celuy qui le trouvant étrange, luy dit , ff Non lavabis mihi pedcs in aelernum »), quo reste-t-il pour nous ? sinon qu'en ses paroles et en ses actions, nous reconnoissions le devoir d'une douce imitation, à une profonde soumission et obeyssance volontaire, vers ceux uuxqucis d'ailleurs nous n'avons point d obligation , ne nous appuyant ny peu ny point du tout sur noslre propre volonté cl jugement , selon l'avis du sage, mais nous lendant sujets et esclaves à Dieu , et aux hommes mesme , pour l'amour de Dieu : ainsi les Recabites sont louez magnifiquement en Jeremie, parce qu'ils obeyrenlà leur père Jonadab, en des choses bien dures et bien étranges , auxquelles il n'avoit point d'authorilé de les obliger, qui estoient de ne boire jamais de vin , ny eux ny les leurs ; de ne seiner ny planter, ny posséder des vignes , ny de baslir des maisons ; les pères, certes, ne peuvent pas si fort restreindre les mains de leurs enfants , et de leur postérité , s'ils n'y consentoient volonlai-
et vus de Dlea avec approbation de cette volontaire obeyssance , avec laquelle ils avoient renoncé à eux-mesmes. par une si extraordinaire et si parfaite renonciation.
Or sus , revenons maintenant à nostre chemin : à qui, je vous prie, ces exemples et enseignemens si signalez de pauvreté , de chasteté, etd'abnegation desoy-mesme, ont-ils esté laissez? A l'Eglise, sans doute; mais pourquoi? Nostre-Seigneur le déclare , ff qui potest capere capiat , » et qui le peut prendre? Celuy , certes , qui a le don de Dieu , et personne n'a le don de Dieu , que celuy qui le demande ; mais comme invoqueront-ils celuy auquel ils ne croyent point? Comme croiront-ils sans prédicateur? Comme prescheront-ils s^ils ne sont envoyez? Il n'y a point de mission, sinon en l'Eglise , donc ce c qui potest capere capiat B ne s'adresse immédiatement qu'à TEglise, et à ceux qui sont en l'Eglise, puisque hors de l'Eglise il ne peut estre en usage ; sainct Paul le montre plus clairement : c Hoc, » dit-il , a ad utilitatem vestram dico; » je dis cecy pour vostre profit, non point pour vous dresser des pièges et des lacets, mais pour vous inviter à ce qui est honneste, et qui vous donne la voye et la facilité plus grande de servir Dieu, et de l'honorer sans empeschemenl. Et de fait, les Escritures, et les exemples qui sont chez elle , ne sont que pour noslre utilité et instruction ; l'Eglise donc dovoit pratiquer et mettre en œuvre de si bons et si saincts avis de son espoux ; autrement c'eu.-t esté en vain , et pour néant , qu'on les luy eust laissez et proposez , aussi les a-t-elle bien sceu prendre pour soy, et en faire son profit, et voici en quoy.
Nostre-Seigneur ne fut pas plustot monté au ciel , qu'entre les premiers chrestiens chacun vendoit son bien et en ap(xjrtoit le prix aux pieds des apostres ; sainct Pierre pratiquant la première règle, disoit :
« Aurum etargentum non est mihi ; » sainct Philippe avoit quatre filles vierges , qu'Euzebe témoigne estre toujours demeurées telles : sainct Paul reprend comme reprochâbles certaines jeunes veufves , a Qi.aa postquam adsciverunt in Christum, nubere volunt , habentes damnalionem , quia primamfidem irritam fecerunt. » Le concile 4 de Carthage auquel se trouva sainct Au-
reuient ; les Recabites toutefois sont louez I gustin), sainct Epiphane , sainct Jerosmc,
DE •• FIUUÇOIS DE SALES
aiw tout le resleda Tantiquité, rinterpretenldes veoNes qui s*estant /ouées à Dieu, pour garder la chasteté , roinpoiont leurs Toeuz , 86 liant au mariage contre la foy qu'auparavant elles avaient donnée au céleste K^^poux. Dès ce temps-là donc, le conseil des eunuques , et Tautre que sainct Paul a donné , estoit pratiqué en l^lise.
Eusebe de Cesarée rapporte , que les r.postres instituèrent deux sortes de vies : l'une selon les commandemens , et Tauire seloQ les conseils ; et qu il soit ainsi , il af)i<ert évidemment ; car sur le modèle de la [jerfectîon des vies , conservées et con^H^illées par les aposlres, une infinité de chrestiens formèrent si bien la leur, que les histoires en sont pleines d'exemples. Qui ne sçait combien sont admirables les rapports que fait Philon le Juif, de la vie des premiers chresliens en Alexandrie , au livre intitulé : de Fità supplicmn : où il traite de sainct Marc et de ses disciples, comme le témoignent Euzebe , Nicepbore , Siiinct Jerosnie ; entre autres Epiplianc, qui nous assure que Philon escrivant des Jesseens , perioit des chrestient sous ce nom , qui pour quelque temps après Tascension de Nofttro-Seigneur , pendant que saint Marc preschoit en Egypte , furent ainsi appelez» peut-être a cause du nom ûe Jésus (nom de leur maistre qu'ils avoient tousjours en bouche). Geluy qui verra do prez les livres de Philon, connoistra en ces Jesseens et Thérapeutes^ c'est-à-dire serviteur, une très- parfaite renonciation de soy-mesme , de sa chair, et de ses biens.
Sainct Martial , disciple de Nostre-Seigneur, dans une epistre qu'il escrit aux Tbulosains, riBcite que par sa prédication la bienheureuse FalLeria , espouse d'un roy terrestre , avoit voué sa virginité de corps xX d'esprit au Roy céleste. Sainct Denys en sa hiérarchie ecclésiastique, fait foyquelesaposlressosmaislresappeiioient des religieux de son temps, Thérapeutes ; c'est-à-dire serviteurs ou adorateurs, pour ie spécial service et culte qu'ils rcndoient à Dieu, au moins à cause de l'union Irest-stroite à Dieu , à laquelle ils aspiroient. Voilà la perfection do la vie evangelique bien pratiquée en ce premier temps des aposlres et de leurs disciples , lesquels , ayant frayé ce chemin du ciel si droit et si
applany, ont esté suivis à la file de plusieurs chrestiens. Sainct Cyprien garda la continence , et donna tout son bien aux pauvres, selon le récit de P*mtius diacre : autant en firent sainct Paul , premier hermite , sainct Antoine , siûnct Uilarion , té« moins sainct Athanase et sainct Jerosme. Sainct Paulin, evesque de Noie (témoin sainct Ambroise ) , issu d'illustre famille , donna gayement tout son bien aux pauvres ; et comme déchargé d'un pesant fardeau , dit adieu à son païs et à son parenliige , pour servir plus attentivement son Dieu : c'est de l'exemple duquel se servt)it sainct Martin pour quitter tout, et |K»ur iuciler les autres à la mesme perlection. George Patonerche Alexandrin recite, que sainct Chrysostome donna alors tout ce qu'il possedoit, et se rendit moine. Potilianus, gentilhomme Afîriquain, revenant de la cour de l'empereur, raconte à sainct Au< gustin , qu'en Egypte il y avoit un tre»grand nombre de monastères, et de religieux , qui representoient une grande douceur et simplicité en leurs mœurs; et qu'il y avoit un monastère à Milan, hors la ville, garni d'un bon nombre de religieux , qui vivoienten grande union et fraternité, desquels sainct Ambroise, evesque du lieu, décrit les exercices comme abbé : il l'uy raconta aussi qu'auprès de Triesbes il y avoit un autre monastère de bons religieux, où deux courtisans de l'empereur s'estoient rendus moines , et que deux jeunes damoiselles, qui estoient fiancées à ces deux courtisans , ayant oiiy la resolution de leurs espoux, vouèrent pareillement à Dieu leur virginité, et se retirèrent du monde pour vivre en religion , pauvreté et chasteté ; c'est sainct Augustin qui en fait ce récit. Possidius en dit autant de luy, et qu'il in>stitua un monastère ; ce que sainct Augustin luy-mesme remarque en une siermo epistre ; mais c'est trop, puisque ces grands saincts ont esté suivis de sainct Greguini de Nazianze, et des saincts Basile, Benoist, Bruno, Roniuald , Bernard , Nortbert, Dominique , François , Louis , Antoine , Vincent , Thomas , et Bonavenlure ? qui tous ayant renoncé aux biens de la terre, et dit un éternel adieu au monde et à ses pompes, se sont présentez en holocaustes pairtuils au Dieu vivant.
Apres cela concluons , et tirons ces cou*
GOimOTfiRSM
séquences qui me semblent inévitables. Nosire-Seigneur a fait intimer par ses Escritures ces adverti^^semens et conseils, de pauvreté, ehasteié ei obéissanee ; il les a pratiquez et fait pratiquer à son Eglise naissante ; toutes sont escrites, et toute la vie deNostre-Seigneur n'estoit qu'une instruo tion pour ses 6delles : l'Eglise donc en devoit faire son pro6t , ainsi ce devoir estre un des exercices de sa religion , de pratiquer cette pauvreté , cette chasteté, cette obéissance, et ce renoncement de soymesme : et de fait, l'Eglise a toujours fait ces exercices en tout temps , et en toutes saisons; c'est donc une de ses proprietez ; car à quel propos tant d*eKhorta lions , si jamais elles n'eussent dû estre pratiquées? d*où s'ensuit , qu'en la vraye Eglise doit reluire la vraye perfection de la vie chrestienne : ce n'est pas à dire que chacun en TEglise soit obligé de la svivre ; il suffit qu'elle se tienne en quelques membres et parties signalées , afin que rien ne soit escrit ny conseillé en vain , et que l'Eglise se serve de toutes les pièces de la saincte Eacriture, pour son ediûcation spirituelle.
DISCOURS Lvn.
La perfecUoD de la ?ia mi pracUquée an l'EglUa romaine, mata eo la pretandua, eUa y est ma* |»rUée al abolie.
Faisons voir que l'Eglise qui est à présent , suivant la voix de son pasteur , et le chemin battu par ses devanciers , loiioz et approuvez, prise beaucoup la resolution de ceux qui se rangent à la proti(|ue des conseils evangoliques , et celte suincle espouse conserve un très-grand nombre de ces amos d*eiite. Je ne doute point, messieurs, que si vous aviez e^»té témoins des congrégations des chartreux, ou descamaldules , celestins, minimes, capucin^, jésuites, theaiins, et autres ordres communs pjrmy nous , où fleurit la discipline religieuse , vous ne fussiez en peine , si vous les devriez appeler des ange$ ttrreê^ très, ou des hommes célestes. Vous n'y sçauriez quoy de plus admirer, ou dans une si grande jeunesse une si parfaite chasteté, ou panny tant de doctrine une si profonde humilité, ou entre tant de diversité une si grande fraternité , car tous, comme de célestes abeilles , ménagent en la ruche
de l'Eglise , et y composent le miel de l'Bvangile , pour le bien du christianisme ; ceux-là par les prédications , ceux-cy par des compositions , d'autres par des medi* tations et oraisons continuelles; les uns par des leçons et disputes publiques pour l'instruction ; qui pour le soin des malades, qui pour l'administration des sacremens , et tout cela sous l'auihorité des pasteurs : qui pourra jamais obscurcir la gloire de tant de religieux de tous les ordres , de tant de prostrés et bons ecclésiastiques , qui laissant volontairement leurs patries, ou pour mieux dire leurs propres mondes , se sont exposez aux vents , aux orages , aux périls et aux alarmes , pour accoster les gens du nouveau monde , afin de les conduire à la vraye foy , et éclairer de la lumière evangelique? Ceux-cy sans autre appointementqueceluy d'une saincla confiance en la providence de Dieu y sans autre attente dHnterest , que celle des travaux , misères et martyres , sans autres prétentions que l'honneur de Dieu , et le salut des âmes , courent parmy les Canibales , les Canariens, les Nègres , lesBrassiliens, Moluchiens, Japponois, et autres étrangères nations , et s'y sont confinez , se bannissant eux-mêmes de leurs propres païs terrestres , afin que ces pauvres peuples ne fussent point bannis du paradis céleste. Je sçay que quelques-uns de vos ministres y ont esté : mais ils y sont allez avecdebonsappointemenshumaios, quand ils leur ont fBitly,ilà s'en sont revenus s^ans ' faire au ire conqueste , parce qu'un singe est toujours singe ; mais les noslres y sont demeurez en perpétuelle continence, pour y peupler l'Eglise de ces nouvelles plantes; en une extresme pauvreté pour enrichir ces peuples du trafic evangelique , et enfin plusieurs y sont morts en esclavage , pour mettre en liberté chrestienne ce nouveau monde.
Mais vostre envie, au lieu de faire un bon profit de ces exemples , et conforter vos cerveaux tournoyans par la suavité d'un si saincl parfum , a tourné les yeux vers certains endroits , où la discipline monastique est du tout abbatuë et abolie , (<) et où il n'y a plus rien d'entier que
(1} En ce tanips où ie Minet prolat ««crivolt . la dboipUne munastiqao ••toit grandement rclasch^e ca direct endroits.
DE S. rniNçou be ralrs.
rbabitextsrÎBurivouaniscflTiMindmdc TOUS dire, que vous oherchei iaioloaquee el Ic^ voicrie*, non pss les jardina ot 1m Ik-Suz vergers de la niuliion : loua Iw lions ralholiques regrettent le malhvur do c«fi gens-là, et blasment rumbilion ou la ne- ^igcnce des pasteurs , qui délaissent oes pauvres amcs : car voulant tout niamer ■ ois|M]ser et gouverner , ils cmpesclienl l'elet'lion légitime des supérieurs, et l'ordre de lu disciplina , pour s'attribuer la biep lempurel do ceiEHli^». Quo voulea-voiis?
k maistre y avoit semé l:i bonne semence, miiis l'ennemi T s lurwmé la zizanie. Cependant l'Eglise assemblée au concile de Trente, y a'/elt mis bon ordre , mais il est mcsprisé pur ceux monmequiludavreicnl mettre en exécution ; taol s'en faut que les docteurs et prélats callioliquas oonseotent Ice nmllieur, qu'ils eslimentau contraire tsiru un grand pecbâ . dkintrer dans c«& Keux ainsi deeordonnez: Judas n'empesta
Eint l'honneur de l'ordre apostolique, ny ciferceluyde la ^inctelédes bons in- |Mi nr Nicolas celuy du diaconat) ainsi cts egarei ne doivent point empeicber la bonne edtime de tant de beaux et dévots monastères , que l'Egliiie catholique a con- Hrvez panny toute la dissolution de noslre ■iecle tout de fer , afin que pas une parole de son espoux ne deneurut enSosiina astre ptactiquée.
Au contraire, mesneurs, il est visibt* que voetre Eglise prétendue méprise cet ttiat de perreclion , et le detei te tant qu'elle peut par se* médisances. Calvin au quatriesme livre des Institutions , ne vise qu'à l'abolissement des conseils evangeliques , et vous ne m'en sçaurici montrer aucun usage ny bonne volonté parmy vosiré r&fbnno prétendue, car jusquesaux ministn>s chacun se marie, chacun LraGquepour assembler et accumuler des richesses; personne ne recoonoist autre supérieur entre vous,quo(xluyquelufurceluyfailavoiîer, si^ne évident que cette pretendutf Bglise n'est pas celle pour laquelle onnous a pre*ché e( tracé le tableau da tant de beaui exemples : et de fait, ai chacun croit cstre obligé de se marier , quu ileviendra l'advis de sainct Paul? c Bunum est iiomini muUerem non langcre. ■ Si ctiucun court à l'argent, aux richesses, ot aux possessions , i qui s'adressera la parglo de Nostre-Ssi-
gncurf I Noliliitliojmirii'ircv[tl>isthes:!Uros in lerrfl. x Et cet autre : a Vada . vendu omnit, etda pnuperibui. » gichacun veut gouverner A son tour, où se trouvera la pratique do cette si solennelle sentence ^ «Quivultveniropost me, abnegel semeliptum. * Si dono voslre E^ise w osemeltre en comparaison avec la nostre , la seul'» ' catholique sera la vraye espousa:qui prafttique BdellanMut toutes les paroles d« km espoux , et ne laisse pas un eonaeil de l'Ëscriture qui ne aoit observé, la vosire sera fautaa , qui n'écouta pas la voix de l'espoux, mais la méprise: il n'B-tpasratsonnable que pour maintenir la vostra ea crédit, on rends vaine la moindre syllabe de l'Escriture , laquelle ne s'adroaiant qu'A la vraye Eglise, seroit vaine , inutile, et abrogée, si son sele n'empJoye toutes eat pièces de l'Evangile , qui sont mespriaées dans VDSlre reforme tres-diSbrmée.
DISCOURS LVUI.
I>« rnaivsrMlItt oa MUtelteluae da llillss.
Reportons ce que dit ce grand homiM Vincent de Lirins; en un tres-ntile traité qu'il a fait, Il dit de bonne gracfl, qu'on ■ doit avoir grand soin de croire ce qnt i esté cru partout. ■
OBSBRVATIOn OD PREMIER BOTTEinL
Le manuierll est Ironqnt et defcctiiHIi n cet endroit, nd le reite de ce diKoaif ne ta renopnire point; It y s de l'sppirenee qa'll t'wa sM ig«r4 qaelqoM eahlcN miUeri t et t* ernijec Inra tn tsl d solsnt plut probtlM. qa* It saiiMl prclal avoLl promii dini ido projet , i|u'tl Iral- (ero)l de la*impiiMU 4» ta fat, tl la glaif de l'Evangilt. l^ fragment qui Hill en «*t ans preuve ; iiout t'svopi mil Icy. at i mm idvii , Il eit i\ conforme t l'idie du titre du diKi>nn , que noos (voni crd à propoi de l'i^oaler en ce lieu, eomme oae pleee qui estoll égirM da bsttlmenl, et qnln'avoil lucane oenaeiiUivea ■Knne snlre rotUsr* di eelhs qal mmI eipllqutet daoi Mt ouviace.
11 est vray que la foule da vos gens , les cabaretiers.loschauderonniers.avectouta la lie des peuples do vustre reforme , nom appellent les ealhotiqaet, mais uuus y tuliaui- wca'hoh'quttroHutini , pour in*
CONTROVEBSES
i>lruire les gens du siège de Fevesque^qui est le pasteur gênerai et chef visible de l^Eglise; déjà du temps de sainct Àmbroise , ce n'estoit autre chose d'eitre romain dû communion , et d^eêtre eatho^ liqu0.
Mais quant à tostre Eglise, on rappelle partout huguenoUe, ealvinisie ^ zutngliene^ hérétique, prétendue, profestanie, nouvelle ou saeramentaire. Yoslre Eglise n'estoit point du tout devant ces noms , et ces noms n'esloient point devant vostre Eglise, parcequ*ils luy sont propres : personne ne vous nomme catholiques, vous ne Tosez quasi faire vous-mesmes. Je sçay bien que parmy vous, vos Eglises s'appellent reformées : mais les luthériens ont ce titre commun avec vous, aussi bien que les ubiquitairesy anapaptisies, trinitaires et nutres sectes et engenees de Luther : et ceux-cy ne le vous quitteront jamais ; le nom de religion est commun à l'Eglise des Juifs et des chrestiens ; à Tancienne loy et à la nouvelle; mais le nom de catholique est le propre titre de l'Eglise de Nostre-Seigneur ; le nom de reformée est un blasphesme contre sa sagesse , qui a si bien formé et sanctifié son Eglise par le mérite do son sang, qu'elle ne doit jamais prendre une autre forme, d^espouse toute belle, de colomne et fermeté de vérité. On peut reformer les abus des peuples et les particuliers, mais non TEglise ny la religion ; car si elle estoit Eglise et religion , elle estoit bien formée , la difformation s'appelle hérésie et irreligion ; la teinture du sang de Nostre-Seigneur est trop vifve et trop fine pour avoir besoin de recevoir nouvelles couleurs.
Ainsi je conclus que vostre Eglise s'appellent reformée , quitte sa part en la formation parfaite que le Sauveur y avoit mise ; mais je ne puis m'empescber de vous reprocher ce que Beze , Luther et Pierre Martyr ont avancé ; Pierre Martyr appelle les luthériens vos associez, et dit que vous estes frères avec eux ; vous estes donc luthériens ; Luther au contraire vous nomme des semi-ariens et des sacramentaires ; Beze, qui s'oublie de soy*mesme en cet endroit , appelle les luthériens consubstantiateurs et chymistes; neantmoins il les met au rang des Eglises reformées. Voilà les uoj}^^ nouveaux que les rapetaceurs
avouent les uns pour les autres. Nostre Eglise donc n'ayant pas seulement le nom, mais reflet évident de catholique , vous ne pouvez vous appliquer en bonne conscience le symbole dressé par les apostres, ou vous reconnoissez vous-mesmes, que confessant l'Eglise catholique et universelle, ce ne peut estre, et ce n'est pas la vostre, qui ne l'est pas effectivement. Si sainct Augustin vivoitmaintenantjl se tiendroitsans doute en nostre Eglise , laquelle de temps immémorial est en possession du nom de catho» lique.
DISœURS LIX,
La vraye Eglise doit estre ancienne.
A dire vray , la vraye Eglise de Jesua- Christ , pour estre catholique , doit estre universelle selon le temps , et pour estre universelle selon le temps, il faut qu'elle soit ancienne : ^ancienneté donc est une propriété de l'Eglise ; et de fait , en comparaison des hérésies , elle doit être plus ancienne, et doit les avoir précédées, parce que , comme dit tres-bien Tertullien , « La fausseté est une corruption de vérité, la vérité par conséquent doit précéder ; » car la bonne semence est semée par le laboureur , avant que Pennemy ait sursemé la zizanie : Moïse fut devant AIbiron , Dathan et Choré : les anges furent devant les diables : Lucifer fut debout et demeura en grâce , avant qu'il chust dans les ténèbres éternelles : enfin la privation doit suivre la forme , non pas la devancer. Sainct Jean dit au sujet des hérétiques , a qu'ils sont sortis de nous. » Ils estoient donc dedans avant que de sortir; la sortie c'est l'heresie , et rentrée à l'Eglise , c'est la fidélité : l'Eglise donc précède l'heresie ; aussi la robbe de Nostre-Seigneur estoit toute entière avant qu'on entreprist de la diviser. Bien qu'Ismaël fust devant Isaac, cela ne veut pas dire que la fausseté soit devant la vérité ; et quoy que l'ombre véritable du judaïsme fust devant le corps du christianisme, l'ombre pourtant n'estoit que pour le corps , comme le dit sainct Paul. Or, messieurs, voicy le point do notre dispute ; nous disons
QUE l'église CATUOLIQUE EST TRES-AN- CIENNE, ET QUE LA PRETENDUE EST TOUtE.
NOUVELLE : PAR CONSEQUENT CELLK-CT n'est point la VRATE EGLISE.
DE S. FRANÇOIS D£ SALES
Dîtes de bonne foy, je vous en prie , où cottez-vous le temps et le lieu , où premièrement vostre Eglise a pris naissance?
Diles-Dous Tautheur et le docteur qui la convoqua? J'useray des mesmes paroles d'un docteur et martyr de nostre asgo , dignes d'estre bien pesées.
Vous confessez, et vous n'oseriez le faire autrement, que pour un temps l'Eglise romaine fut saincte , catholique, et apostolique : certes, lorsqu'elle meri toit ces sainctes lo'danges que iuy donne l'apostre , sa foy fut annoncée par tout le monde, a Je fais sans cesse mémoire de vous , » dit ce sainct docteur aux Romains ; a Je sçay que venant à vous, j'y viendrai en l'abondance de la bénédiction de Jesus-Christ : toutes les Eglises de Jesus-Ghrisl vous saliient; car vostre obéissance a esté divulguée par tout le monde. > Lorsque sainct Paul dans une prison librement semoit FEvangile ; lorsqu'on icelle sainct Pierre gouvernoit l'Eglise ramassée en Babylone ; lorsque Clément ( si fort loué par l'apostre] estoit assis à son timon ; lorsque les Césars propbanes, comme Néron , Domitien , Trajau, Antonin , et les autres , massacroient les evesques et les papes de Rome ; lors mesme que Damase, Lucius, Anastase et Innocent tenoient le gouvernail apostolique, selon le témoignage mesme de Calvin , vous avoiiez avec Iuy franchement, que les papes en ce temps- là ne s'estoient point encor égarez de la doctrine evangelique. Or sus , quand fut-ce donc que Rome perdit cette foy toute céleste? quand cessa-t^lle d'estre ce qu'elle estoi t ? en quelle saison ? sous q uel evesque? par quel moyen? par quelle force? par quel progrez de religion étrangère s'empara-t-elle de la cité , et de tout le cercle du monde? quelle voix, quels troubles, quelles lamentations produisit ce divorce? Hé 1 chacun dormoit-il par tout le monde , pendant que Rome, pendant, dis-je, que Rome formoit de nouveaux sacremeos , de nouveaux sacrifices , de nouvelles doctrines? Ne se trouve-t-il pas un seul historien, ny grec, ny latin, ny voisin, ni étranger, qui ait mis ou laissé quelques marques en ses commentaires, ou quelques observations en ses mémoires , d'une chose si grande? Certes, ce seroit une chose merveilleuse si les historiens , qui ont esté si curieux de remarquer jusques aux moin-
dres circonstances des villes et des peuples, eussent oublié le plus notable de tout ce qui se peut faire en ce bas monde, qui est le changement d'une religion universelle , en la ville et province la plus signalée d'un si grand empire, qui est Rome et l'Italie.
Je vous demande, messieurs, après cela, si vous sçavez quand nostre Eglise a commencé de suivre l'erreur prétendue? Ditesle-nous de bonne foy, car c'est chose certaine , comme dit sainct Jerosme , que c hsereses ad origincm revocasse , réfutasse est. j> Montez et remontez dans le récit des premières histoires, jusques mesme au pied de la croix , où a commencé la rédemption : regardons deçà et delà , nous ne verrons jamais en aucune saison , que cette Eglise catholique ait changé de face, c'est tousjours la mesme en doctrine et en sacremens. Âdire vray,.nous n'avons be* soin contre vous en ce point important, d'autres témoins que des yeux de nos pères et de nos ayeux , pour dire quand vostre Eglise prétendue* commença ; ce fut en Tan mil cinq cent dix-sept que Luther ouvrit cette tragédie : en l'an 453i et 4535, on en forma un acte par-deçà; Zuingle et Calvin en furent les deux principaux acteurs : voulez-vous que je vous cotte par le menu comment, et par quel succez et par quelles actions? par quelle force et par quelle violence cette reformation s'empara de Berne , de Genève , de Lozanne , et des autres villes? quels troubles et quelles lamentations elle produisit? Vous ne pren-« drez peut-estre pas plaisir à ce récit, nous le voyons , nous le sentons ; en un mot , vostre Eglise n'a pas encor (4) 80 ans accomplis : son auteur est Calvin ; ses effets sont le malheur de nostre asge : que si vous la voulez faire plus ancienne, apprenez-nous où elle estoit avant ce temps-là ? mais gardez-vous bien de nous alléguer qu^elIe estoit invisible; car si on ne la voyoit point, qui peut dire qu^elle fust en existence? Luther mesme vous contredit; car il confesse qu'au commencement il estoit tout seul qui travailloit à la reforme.
Que si Tertullien déjà de son temp^, atteste que les catholiques deboutoient les erreurs des hérétiques par la postérité et nouveauté , quand l'Eglise n'estoit encore qu'en son adolescence :« Solemus,» disoit-
(1) Le Minel •mqtw p«rle de ion teape, •■ raa IBU.
roNTIlO VERSES
il, « hœrolicos compendii gratiA de postoritate presrribere ; x combien plus d'occasions a*onR-nou5 mninlcniinl de Taire valoir cette anciennelé? Que si l'une de nos deux Eglise doit estra la vraye, ce titre sana douta doit rester è la nostre ^eiilo, qui est tras^ncienne ; et à la Toslre toute nouvelle , rinfame nom d'beresie et de dandeetine.