‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 55 sur 365 · G01ITE0VERSE8 DE SAINCT FRANC>0I8 DE SALES, DE LA TBRITÉ · texte numérisé non relu

G01ITE0VERSE8 DE SAINCT FRANC>0I8 DE SALES, DE LA TBRITÉ

DES SACREMEH8.

ET IIAUT*

DisœuBS Lxvm.

PBIPAGE DE S. FRANÇOIS DE SALES

Buwieurt de la ville de Thonon, où il lear déclare ton dessein.

Si les deux fautes fondamentales ^ dans

lesquelles, messieurs , vos ministres vous ont conduits, d*a voir abandonné FEgliseat d'avoir violé toutes les vrayes règles delà religion chrestienne , vous rendent tout à fait inexcusables: c'est justement; car allas sont si grossières , que vous ne pouvez pas

Uê

COMTROVfiRSBS

lei kimétnnolstre ^ et tont si imtK>rtaiite8 , qm TuiMi dM deux suffit pour vous faire perdre le vrav christianisme; puisque la foj hors de ITglise , et l*figlise liors de la foy ne to«^ sçâuroit setiver ; non plus que Toeil hoTB de la teste , et la léle sans œil , ne eçAureit voir la lumière du jour. Celuy donc ou ceux qui ont entrepris de vous séparer de Tunion de TEglise , vous doivent estre suspects , et celui qui méprise si fort les saitacles regles de la foy, doit estre fuy et toepri^é do vous , quelle contenance q«*ii tienne et quoy qu*il allègue ; mais , ■le direz-vous , ils protestent de ne rien proKOnoer, ny avancer, qui ne soit en la fMre , sîttple et naïve parole de Dieu. Je repéifds que vous ne deviez pas croire si leè^rement ; si vous eussiez esté bien avi* set eti vos affaires , vous eussiez reconnu que œ h^estoit pas la parole de Dieu , qalfe tôt!» ^poâûfeni , mais leurs pro* ; près conceptions voilées des mots de I Es*crrlute, el Yous etissiet bientost remarqué qMjaitMffS un si nche habit ne fut fait pour oevvrir un "Si vilain eorps, comme est celuy ëe ttie^dsié : car par supposition , persua- IteK-vousqee jemsris il n*y ail eu d'Eglise» aiy de ootociles , ny de pasteurs , ny de iMietirs , Vf des apestres , et que rEscrilar^ne coniient autre chose que les livres qu*îl pfittist à Calvin , à Beze et à Pierre Martyr de tecevoir ; supposons mesme qti*ll n*y aft point de regle infaillible pour lal)ien eMemdre, et qu'elle soit à la mercy de oeltiy qftfi voudra maintenir quMI peut hjy seulinlcfrpreterl'Escriture par l'Eicri* ture , et par ranalogiè'de -fà foy (comme qui voudroit entendre Âristote par Aristoteet par Tanaiogie de la 4)hilosophie}; avouons tous seulement que celte Escriture est divine. Ce poinct posé, je soutiens devant tout juge equitthle , iqlie %ineii tous, au moins ceux d'entre vous qui avoiefii quelque isonnoissaiitte et suffisance en la doctrine , sont inexcusables , et ne sçauroient garantir leur religion de légèreté et témérité. El voicy où je vous reduils : les ministres ne veulent nous comtoitrev:|ti\iVec l*Escrie«fre, j'y conséMs ; ils M vwleni de i'Bscriture que la partie ^u^ teur plaint , je m'y accorde ; au bout 'de tout iceia , je dis que la créance de TE- IjNse eathofique remporte de tout poinot, T»te'<Iti^Ue a phis de pMaagea pour'sa

doctrine , que Topinion contraire » et ceui qu*elle produit sont plus clairs , plus pursi plus simples , plus raisonnables et mieux interprétez; car ils concluent d'une ma» nière plus sorlable à ce qu'elle établit : ce que je crois estre si certain y que chacun le peut savoir et connoistre : mais de montrer cecy par le menu , ce no seroit jamais fait » il suffira , ce me semble , de le montrer en quelques principaux articles , el avec le secours de Dieu (4).

C'est ce que je pretends faire en cette partie , où j'attaqueray vos ministres sur les sacremens en gênerai ; et en particii* lier sur celuy de l'eucharistie , de la confession et du mariage ; sur l'honneur et invocation des saints ; sur la convenance des ceremonies de la religion en général et en particulier ; sur la puissance de l'Eglise , sur le mérite des bonnes œuvres et la justification ) et enfin sur le purgatoire et les indulgences (2); en tout cecy je n*employeray que la simple et pure pa* role de Dieu , avec laquelle je vous feray voir, comme par essay, vostre fausse doctrine , mais si à découvert , que vous aurei occasion de vous en repentir ; après cela i je vous supplie que quand vous m'aurei vu combattre, et enfin surmonter Ten^ nemy, avec la seule Escriture , vous vous representiez par abondance de droit cette grande et honorable suite de martyrs, prestres et docteurs, qui ont témoigné par leur doctrine , et au prix de leur propre sang , que la foy pour laquelle nous combaltons sous leurs drapeaux, estoil la saincte , la pure et l'aposlolique , et cecy sera comme une surcharge de victoire, certes, quand nous nous trouverions dans le champ de bataille avec nos ennemis , par la seule Escriture , ranciennelé , le consentement , et la sainctclé de nos au- I theurs nous feroient toujours Iriomplier. I Pour aider mon dessein , j'ajusteray tous- ! jours le sens et la conséquence naïve des ' Bscritures, que j'apppli(|ueray aux regles ' de la foy que j'ay pioduiles en la- prece- I dente partie, quoy que mon but principal i ne soit autre que de vous faire essayer et I connoistre la vanité de vos ministres , qui j

j (1) Lé tojet et M <nttrn>oUon des matidros de mU« ^rtle. <— (S) n otnqttA dans cette ptrtie beaucoup «It ctao«e« que It Miool prPiMt, et It perte en eal f raiuleaie»^

DE S. rtiA?(ÇOis ne sales.

tfaMÉMil de triét \û saincte Endriiurd, la sftincte Sscriture , tie font rien plus que de violer les plus solides et assurées sentences. Souvenez-vous qu'en l'assemblée (ks princes, qui se fit à Spire , l'an l!S26, ie^ ministres protestans porlolent ces lettres en gros caractères sur la manche droite de leUr vestement : V. D. M. î. par lesquelles ils touloient dire ce verset : « Verbum Domini mdnct in aelernum. » Hé ! ne dirieï-vous pas en sens tout contraire que ce sont eux qui seuls et sans compagnons t Mahietit TEscriture saincte; ils en citent â la vérité quelques morceaux , et à tout propos les débitent en public et eu privé , dit le grand Llrinensis; ils les rapportent M leurs discours , en leurs livres, dans les fties ei panony les banquets. Lisez les Opustoles dePaulus Samozetanus, de Priscilla, d'Eumonius , de Jovinien , et de ces autres ptstes de la religion ; vous y verrez un ffand amas d'exemples, et presque pas une

Cigeou une ligne qui ne soit fardée et coi^e de quelque sentence du vieil et nou- Têau Testament; ils font comme ceux qui veulent faire prendre quelque breuvu<^o imer aux petits enfans , ils frottent et coutredt de miel le bord du gobelet , aOn que ce pauvre enfant, sentant premièrement le doux , n'appréhende point l'amertume , Aâis qui fondera dans le fond de leur doctrine, verra clair comme le jour, que co A'est qu'une happelourde saffranée , telle <|ne celle que le diable produisoit quand iltentoit Nostre-Seigneur, car il alleguoil FEscriture pour favoriser son intention ; ô Dieu , dit le mcsme Lirinensis , que ne fera pas ce séducteur sur les misérables hommes, puisquMlose attaquer avec TEscriture le Seigneur mesme de toute majesté ? Pensons de près à la doctrine do ce passage ; ear comme alors le chef d'un purty parla au chef de l'autre, ainsi maintenant les membres parlent aux membres; à sçavoir, les membres du diable aux membres de Jesuâ-Christ, les perfides aux fidelles, les sacrilèges aux religieux , enfin les hérétiques aux catholiques , mais comme le chef repondit au chef, ainsi pouvons-nous faire aux membres : noslre chef repoussa le chef perfide avec les passages mesmes de l'Escriture, repoussons- les en semblable manière, et par des conséquences solides •t naïfves, déduites de la sainte Escriture ,

tttontrohs 1& Vfltiité et la plpëtid^ ëvee IAs quelle ils veuleht couvrir leurs conceptions des paroles de l'Escriture ; c'est ce que je prétends icy, mais brefvement , et je proteste que je produiray tres-fidellement tout ce que je penseray estre de plus ; apparent de leurcosté» pour puis après, par FEscriture mesme , les convaincre de faux ; ainsi vous verrez que quoy qu'eux et nous maniions la parole , et nous armions de TENcriture saincte, nous en avons neantmoins la réalité et droit d'usage, et eux n'en ont qu'une vaine apparence par manière d'illusion ; non-seulement Moyse et Aaron , mais encore les magiciens animèrent leurs verges, et les convertirent en couleuvres , il est vray qu'enfin la verge d'Aaron dévora les verges des autres, c'est ce que dit lo vieux Tertullien : « Virgam mendacii devoravit virga veritatis. »

DISCOURS LXDC.

La natore des lacrement en général.

A moins de s'obstiner contre la vérité connue , il faut avouer que le mot de sacrement est bien exprès dans l'Escriture selon la mesme signification qu'il a conservée en l'Eglise catholique, puisque sainct Paul parlant du mariage, Tappelle, clairet net, un sacrement; mais nous pourrons voir cecy plus avant , il suffit maintenant de supposer, contre l'insolence de Zuingle (4), et des autres, qui ont voulu rejetterce nom vénérable, que toute l'Eglise ancienne en a usé; car ce n'est pas avec une plus grande authorilé , que les mots de trinité, consubstantialité , personne , et cent autres, sont demeurez en l'Eglise , comme saincts et légitimes. J'avoue que c'est une tres-inutilo et sotte témérité, de vouloir changer les mots ecclésiastiques, que l'antiquité nous a laissez, outre le danger qu'il y auroit qu'après le changement des mots , on n'allast encore auchangedePintelligenceetdo lacreance^ comme on void ordinairement que c'est l'intenlion de ces novateurs et des fabricaleurs de nouvelles paroles. Or puisque les prétendus réformateurs pour la plupart , quoy que ce ne soit pas sans gronder, laissent aller ce mot de aacremeiu en usage parmy leurs livres, arrestons-noiu

(1) Zalof le. Auuo is. I cje vcra et ftUa n'li|i«at.

CONTROVERSES

aux difficultés les plus importantes que nous avons avec eux, sur les causes et les effets de ces sacremens ; et voyons comme ils y méprisent TEscriture saincte , avec les autres règles de la foy.

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