DISCOURS LXX
De la forme des sacrement.
La meilleure manière pour eclaircir cette ; doctrine, c'est de commencer par ce point; j l'Eglise catholique tient de tout temps pour '■ la forme des sacremens « les paroles consecratoircs. » Les ministres prétendus ont voulu reformer cette forme , disant avec une insoutenable passion, que les paroles consecratoires sont des charmes, et que la vraye forme des sacremens n*est autre que la prédication que font les ministres de la saincte Escri lu re : pour rétablissement de cette rcformation, ils citent deux passages seulement, au moins pour les plus evidens, l'un de sainct Paul , et l'autre de sainct Matthieu ; le premier parlant de l'Eglise , dit que Nostrc-Seigneur l'a sanctifiée par lebaptesme en la parole de la vie éternelle: « Mundavit lavacro aquae, in verbo vitse. » Et Nostre-Seigneur mesme en sainct Matthieu , fît ce commandement à ses disciples : « Docele omnes gentes , baptizantcs eos in nomine Patris, et Filii , et Spirilûs sancti. » Voicy des passages qui leur semblent bien clairs, pour montrer que la prédication est la vraye forme des sacremens. Mais qui leur a dit qu^il n'y a point d'autre verbum vitœ, que la prédication? Je soutiens au contraire que cette invocation : a Je te baptise au nom du Père , du Fils, et du Sainct-Esprit , » est encore un verbum vitœ , comme l'ont dit sainct Clirysoslomc et Theodoret. Aussi sont bien les autres prières et invocations du nom de Dieu, qui ne sont pas pourtant la prédication. Si sainct Jerosme, suivant le sens mystique, veut que la prédication soit une sorte d'eau purifiante, il ne s'oppose pas pourtantaux autres pcrcs, qui ontentendu par le lavoir d'eau , le baptesme précisément, et par la parole de vie, l'invocation (le la tres-sainte Trinité , afin d'interpréter le passage de sainct Paul , par Tautre de sainct Matthieu : « Enseignez toutes les gens , les baptisant au nom du Père , du
Fils , et du Sainct-Esprit. > Quant à ce dernier passage , personne ne nia jamais que l'instruction dust précéder le baptesme , à l'endroit de ceux qui en sont capables , suivant la parole de Nostre-Seigneur, qui met l'instruction devant , et le baptesme après : ainsi nous arrestant précisément à la mesme parole , nous mettons l'instruction devant (comme une disposition requise, en celuy qui a Tusage de la raison) et le baptesme à part, d'où s'ensuit que l'un ne peut oster la forme de l'autre ; c'est-à-dire , que le baptesme n'oste point la disposition de la prédication , ny la prédication , la forme du baptesme : que si neantmoins Tun des deux devoit estre la forme de l'autre , le baptesme seroit plutost la forme de la prédication, que la prédication du baptesme, puisque la forme ne peut précéder, ains doit survenir à la matière ; et que la prédication précède le baptesme , et le baptesme survient par après à la prédication. Sainct Augustin n'avoit-il pas bien pensé, quand il disoit : « Accedit ad verbum olementum, et fit sacramen.
tum. » Pourqnoy donc ne disoit-il pas : « Accedit elementum ad verbum? » Ces deux passages ne sont pas avenans ny à propos pour vostre reformation , neantmoins voilà tout.
Je vous ad voue que vos prétentions seroient en certaine façon plus tolerables, si nous n'avions pas en l'Escriture de raisons contraires plus expresses que les vostres ne sont , hors de toute comparaison ; les voicy : a Qui crediderit , et baptizatus fuerit(1). » Voyez- vous la créance qui naist en nous par la prédication , séparée du baptesme? Ce sont donc deux choses distinctes , la prédication et le baptesme ? Qui doute que sainct Paul n'ait catéchisé et instruit à la foy plusieurs Corinthiens , qui par après ont esté baptisez? que si l'instruction et la prédication estoit la forme du baptesme, sainctPaul n'avait pas raison de dire « Gratias ago Deo , quod neminem baptizavi, nisi Christum et Caïum, etc. » Car donner la forme à une chose, n'est-ce pas la faire ce qu'elle est? II n'est rien de plus clair, sinon cccy, que saint P;iul met à part Taction de ba{)tiser, de colle de prèscher, u Non me misit Christus biiplizare, sed ev««nge!i:.nro. » El i)0ur montrer que ie
(1) Marc. XVI, K.
DE S. FRANÇOIS DE SALES
iptonme est de Nostre-Scigneur, non do ihiyquiradininistrejl neditpas: «Niimlid in prsedicatione Failli baptiznli eslis. » lis plotost : Numquid in noniinc Pauli iptîzati estis? Montrant que qiioy que la ^ication précède , si n'esl-clle pas do ttsence du baplesme, qui est altribué par ;cellenc« à celuy, le non) duquel y est in- M|ué(4). Pourvray, celuy qui regardera ) près le premier baptesme qui fut fait Nres la Penlecoste , verra clair comme le nr, que la prédication est une chose , et baptesme une autre : « His auditis ; » lilà la prédication d'un costé; « cornmcti sunl corde, etdixerunt ad Pelrum, ad reliquosapostolos :« Quid faciemus, ri fralres? Petrus verô ad illos : Pœnilenim, inquit, agite, etbaptizetur unus quisle vcstrùm, in nomine Jesu-Christi, in reîssionem peccalorum vestrorum. » Voilà baptesme d'un autre costé , et mis à irt : (9) autant en peut-on remarquer au iptesme de ce dévot eunuque d'Ethiopie , en celuy de sainct Paul^ auquel il n'y eut nnt de prédication ; et en celui du bon religieux Cornélius. Quant à la trèsinte eucharistie , qui est Tautre sacreeDt , que les ministres font semblant de cevoir, où trouveront - ils jamais que Mtre - Seigneur y ait usé de prédicam? Sainct Paul enseigne aux Corinthiens •mme il faut célébrer la cène, mais on ne 3uve point qu'il y soit commandé de -escber, et afin que personne no doutast 16 la cérémonie qu'il proposoit no fûsl gitime , il dit qu'il l'avoit ainsi appris de istre-Seigneur. « Ego enim accepi à Doino y quod et tradidi vobis. » Nostre-Seileur fit certes un admirable sermon après cène, recité par sainct Jean ; mais ce ne t pas pour le mystère de la cène, qui toit déjà parfait et accomply : on ne dit » qu'il ne soit convenable d'instruire le 'uple chestien de la doctrine des sacreens qu'on luy confère ; mais seulement le cette instruction n'est pas la forme des cremens. Que si en l'institution de ces vins mystères, et en la pratique mesme, His trouvons de la différence entre la edication et les sacremens , à quelles enignes les confondrons-nous? ce c^uo Dieu séparé, pourquoy le conjoindrons-nous?
^) Act. U, r. — (t; Act Tiii, U. 86, 97, S8 ; Aot ix, 18; IL S, *T, %9. I
En ce point donc , selon l'Escrlture , nous l'emportons tout net , et les ministres sont convaincus de violation de l'Escriture , qui veulent changer l'essence des sacremens contre leur propre institution.
Ils violent encore la tradition et l'authorite de l'Eglise et des saints conciles , des papes et des pères , qui tous ont cru , et croyent encore, que le baptesme des petits enfans est vray et légitime ; mais comme veut-on que la prédication y soit employée? Les enfans n'entendent pas ce qu'on y dit, car ils ne sont pas encore capables de l'usage de la raison, à quoy faire les instruire? On pourroitbicn prescher devant eux, mais ce seroit pour néant, car leur entendement n'est pas encore ouvert , pour recevoir l'instruction ; comme l'instruction ne les touche point , ni ne peut leur estre appliquée , «juel effet peut-elle donc faire en eux? Le baptesme leur seroit donné en vain , puisqu'il seroit sans forme ; et ainsi la forme du baptesme n*est pas la prédication.
Luther respond , que les enfiins i . .oiitent en ce moment des mouvemens actuels de la foy, par la vertu de la prédication : n'est-ce pas là démentir et violer l'expe- '. rience , et le sentiment mesme ? Certaine- I ment la pluspart des baptesmes qui se font [ en TEglise catholique , se font sans predir I; cation ; ils ne sont donc pas vrays baptes- I mes, puisque la forme y manque ; que ne ' rebaptisez-vous donc tous ceux qui vont de nostre Eglise à la vostre ? car , selon vous , c'est un anabaptiste. Or sus , voilà selon les règles de la foy, et principalement selon TËscriture saincte , comme vos mi* nistres vous abusent , quand ils vous enseignent que la prédication est la forme des sacremens. Mais voyons si ce que nous en croyons est plus conforme à la saincte parole. Nous disons , que « la forme des sacremens est une parole consecratoire de bénédiction et invocation : » y a-t-il rien de si clair dans l'Escriture ? « Docete omnes gentes , baptizantes eos in nomine Patris , et Filii , et Spiritûs sancti. » Cette forme énoncée, au nom du Pore, etc., n'esta elle pas invocatoire? Certes le mesme sainct Pierre qui a dit aux Juifs : « Poenitentiam agite, et baptizetur unus quisque vestt ùm in nomine Jesu Christi , in remissionem peccatorum vestrorum (4), » dit peu après
(1) Act. II, it.
GONniovciunss
au boiteux devant In b«lle porte (4) : t In nomlne Je&u Chrisli Nazareni , surge et ambula. » Qui ne voit que cette dernière parole est invocatoire , et pourquoi non la première, qui est de mesme substance?
Ainsi sainct Paul ne dit pas : « Calix prsadicationis de quo prœdicamus, nonne communicatio sanguis Christ! est? » Mais au contraire : t Calix benedictionis. • 4. Cor. ch. 40 , et T^. 46. Ainsi au concile de Laodicée , ch. «6 : t Non oportel diaconum calicem benedicere , quem benedicimus. »
On le consacroit donc, et on le benissoit. Sainct Denis , disciple de sainct Paul , les appelle eanêeeratoires (î) ; «t en la description de la liturgie ou de la messe , il n*y met point la prédication , tant s'en faut qu'il la tienne pour forme de Teucharistie. Au concile de Laodicée , où il est parlé de Tordre observé en la messe , il ne se dit rien de la prédication, comme estant chose de dehors , et non de Tessence de ce mystère (3). Justin , martyr, décrivant l'office ancien que les chrestiens faisoient le dimanche, entre autres choses dit , qu'après les prières générales , on offroit pain , vin et eau ; et alors le prélat fnisoit do tout son pouvoir des prières et actions de grâces à Dieu , le peuple benissoit , disant : ^men : « HiseucharistisB consecraiis unus quisque participât, eademque absenlibus dantur, à diaconis perferenda. • Plusieurs choses sont ici remarquables : l'eau se mesloit au vin , on ofîroit , on consacroit , on en portoitaux malades ; mais si nos reformateurs eussent esté là, il eust fallu lever l'eau, l'offrande , et la consécration , et porter simplement la prédication aux malades , ou sans elle , cette communion eust esté pour néant ; car comme dit Jean Calvin (4) : « Myslerii explicatio ad populum , sola facil , ut mortuum elementum incipiat esse sacramonlum (5). Mais sainct Grégoire Nicene dit mieux : a Ecco nuncetiam verbo Dei sanctificatum panem ; • et parle du saint sacrement de l'autel : c In verbi corpus credimur immutari. » Et après il adjoutç, quo ce changement se fait , « virtute benedictionis. > Le grand sainct Ambroise dit de mesme : c Potest, qui panis est , corpus esse Christi , consecratione. »
fl) Aet. III, f.
(t) D« EccL Uleroa , e. nit — (8) C za, Apol. t.
(4) Ad Eph — (1) CaiMlMs. de SaoranMoUi. Itotm.
Et plus bat : t Non eitt eorpi» aWm ante consecrationem , sed posl consecm* tionem dire tibi , quod jàm est corpus Christi. » Voyez-le bien au long , car je ma reserve sur ce sujet, quand nous traiteronf de la sa i note messe (4).
Mais je veux finir ce discours par œtlt signalée sentence de sainct Augustin s ' Potuit Paulus significando, pr^dicare Jesum Christum ; aliter per linguam suam; aliter per epistolam ; aliter ppr sar.ramentumcorporis,etsanguinisejus; nec linguam quippe ejus, nec membrana, nec atramentum , nec signifîcantes sonos linguéi oditos, nec signa litlerarum conscripfa pelliculis, corpus Christi , et sanguinem dicimus, sed illum tantùm , quod est fruclibus terra acceptum, et prece myslicâ oonsecratum , rite sumimus (2j. » Si sainct Augustin dit? c Est tanta vis aquœ , ut corpus tangat , et corpus abluat, sed quid? nisi faciente verbo, non quia dici tur , sed quia cred i lur : » nous ne disons rien au contraire ; car à la vérité , les paroles de bénédiction et de ^anctiflcation, avec lesquelles on forme et on parfait les sacremens , n'ont point de vertu ; sinon estant proférées ; et sans la générale attention, elles seroient dites voirement, mais pour néant, parce que, a non quia dicitur , sed quia creditur , diccndo tamen creditur, et credendo dicitur. »
DISCOURS LXXT.
Do PiatenUon requise en r«dmini«tratiop des sacrernenVr
En vérité , je n'ay jamais trouvé aucun*» preuve puisée des Escritures, de l'opinion que vos predicans ont débitée en cet en droit (3). Ils disent que a quoique le ministre n'eust aucune intention de faire la cène, ou de baptiser, ains seulement de se mocquer et badiner , neantmoins , pourvu qu'il fasse l'action extérieure du sacrement, le mystère y est complet. » Tout cory se dit à crédit, sans produire autre chose que de certaines conséquences sans parole da Dieu , par forme de chicanerie.
Au contraire , le concile de Florence , et celui de Trente , déclarent expressément que « si quelqu'un dit quo Tintention au
(1) Nota. C« traité de la Messe ne se troare point dans Itnaouscrlt. — (S) L. s. DesaRctà Trini(.ito, e. 4. (S) Lutb. Iq cap. Babil, c de Uaptis. Col. la antid. $9». y.
DE S. nUMÇOIS M SALES
de flifro ee que fait l'Eglise , n*eei •qoise aux ministres , quand ils eon-
les sacrexnens , il est anaiheme : u it les termes du concile de Trente, eile ne dit pasquMl soit reqtiis d'avoir ition particulière de TEglise ; ear nent les calvinistes ( qui n'ont pas ion au baptesme de laver le péché el) ne baptiseroient pas, puisque e a cette intention ; mais seulement ra en gênerai ce que TËgliso fait
elle baptise, sans particulariser; ny nineren quoy, ni comment. l.e con- I dit pas non plus quM soit nécessaire iiloir faire ce que l'Eglise romaine nais seulement en f.eneral , ce que e fait en supposant « sans parliculaquelle est la vraye F^lise. Ainsi qui, it que TEglise de Giinove prétendue /raye Eglise, limiterait son intention ention de TEglise de Gkneve, se ^roil si jamais homme se trompa , en noissance de la vraye Eglise ; mais ;ention sufflroit en cet endroit , puisore qu'elle se terminast à Tintention Egli9e fausse, si est-ce qu'elle ne s'y leroit que sous la condition et con- 1 de la vraye Eglise ; ainsi Perreur oit que matérielle et non formelle , ) le disent nos docteurs. J'adjoute • qu'il n'est pas requis que nous cette intention actuellement , quand inférons les sacremens; mais il sufGt puisse dire avec vérité que nous faille et telle cérémonie, et disons telle t parole (oemme en jettent Peau nous içons : « Je te baptise au nom (}ul mesmes actions faites à autre fin? Certes,
têt
prommci , enoor qu'il n'ait pae «n ee tenpe la pensée «dressée actuellement à Dieu , si ne peutron pafidire qu'il n'ait pa^ son inn tention à Dieu , puisque c'est ^ n vertu de sa première délibération , qu'il aceomp^it effectivement cette csMvr^ de charité, delÎT berement et de son plejn gré* Cette alte»* tion est du moins requise , et nuÂt mm pour la collation du sacrement.
Puisque la proposition du qoncile eH eclaircie à fond , voyons si elle est • eemam pelle des adversaires , sans fondement de l'EscritMre. On ne peut raisonnablemeni douter , que pour faire la cène de Noatrec Seigneur , ou administrer le baptesme , i) ne faille faire au moins ce que le Fila de Dieu a commandé pour cet effet ; et nonn seulement qu'il |e faille faire , mais qu'il le faille exercer enpor en vertu de ce eoBiv ipapdem^nt et înstitMlion i il est ceFtain que quelqu'un pourrait faire cette actioa en vertu d'une autre raison i que du corn* mandement de Nostre-Seigneur; exemple d'un homme qui en dormant aongeroit et baptiserait , ou d'un homme estant ivre 9 pour vray, les paroles y seroient , et Tele* ment aussi : mais elles n'auroient point de force , ne procédant pas du commande* ment de oeluy qui seul les peut rendre vigoureuses et efficaces : tout ce qu'un juge dit et ce qu'il escrit, ne sont pas des son* tences judiciaires , mais seulement ce qu'il dit en qualité de juge. Or comme pourroi^ on mettre la différence entre leë actions sacramentales , estant faites en vertu du sacrement qui les rend effectives , et
etc. ») en intention de faire réelle out ce que font les vrays chrpstiens; NostrcrSeigneur a Iqy jnesmecom-^ ; quoy que pour lors nous ne soyons I attention , et n'y pensions pas si )ment ; comme il suffit pour dire que ^he pour servir Dieu , et pour le les âmes , si lorsque je me suis voulu er, j'ay dressé cette intention, quoy land je suis présentement en chaire , »e seulement à ce que j'ay à djre , et retenir le ûl en mémoire, sans plus ' à cette première intention : ou 3 celuy qui a résolu de donner cent our TamourdeDieu; puis sortant de ison pour ce faire , pense à d'autres , etneanimoins distribue la somme
la différence n'y peut pstM considérée que par l'intention avec laqéelle on les eos» ploye. Il faut done , après tout , que les paroles soient proférées , avec intention de faire le commandement de Nostre-Seigneur en la cène c c Hoc facite , etc., » au bap* tesme : « Baptizantes eos in nomine Patrie, etPilii, etSpiritùssancti. ■ liais à le dire de bonne foy , n*est<-il pas vray que ee eom* mandement t » Hoo facite , » s'adresse proprement aux ministres de ce sacrementt cela est hors de doute ; or il n'est pas dit simplement, c Hoc facite, ■ mais, « Paeile in meam commemorationem. » Comme donc peut-on faire cette sacrée action , en commémoration de Nostre-Seigneur, sans avoir aucune intention d'y faire oe que
lit
CœiTROTERSBS
NoBlre-Sefgnmir a oommandé, ou du moins ce que les chrestiens disciples do Nostre- Seigneur font, a6n que, sinon immédiatement , au moins par l'entremise de i*inffeliiion des chrestiens , ou de l'Eglise , on liRsse cette action en commémoration de Nostre-Seigneur? Je crois qu'il est impossible d'imaginer qu'un homme fasse la cène en commémoration de Nostre-Seigneur, s'il n'a l'intention de pratiquer ce que Nostre-Seigneur a commandé , ou au moins de faire cequefontceux qui le font en commémoration de Nostre-Soigneur : il ne suffit donc pas do faire ce que Nostre-Seigneur a commandé quand il dit : « Hoc fàcite: »maisil le faut faire selon l'intention que Nostre-Seigneur a commandé ; c'està-dire, « in sut commémora tionem : » sinon avec cette intention particulière, au moins générale , sinon immédiatement, au moins mediatemont, c'est-à-dire, en voulant faire eequeTEglisefait, laquelle a intention de faire ce que N^'-tre-Seigneur a commandé ; eo ce cas on s'en rapporte à l'intention de l'espouse , qui est ajoustée au commandement de Tespoux : pareillement Nostre- Seigneur n'ordonne pas qu'on dise ces paroles : « Ego te baptizo , ' simplement à la lettre , mais il a commandé que le bap» tesme se 6st , a in nomine Patris , » si bien qu'il ne suffit pus qu'on dise en badinant , < Ego te baptizo, » mais il faut que l'aspersion , ou lavement exlériour se fasse a in nomine Patris , » et que cette aulhorité anime et vivifie non-seulement la parole , mais toute l'action du sacrement, laquelle desoy n'auroil point de vertu surnaturelle sans l'intention. En quel sens pourroit estre faite une action au nom de Dieu, qui se foroit pour se moquer de Dieu ? Certainement l'action du baptesme ne dépend pas tellement des paroles , qu'elle ne se puisse faire en une vertu et authorité toute contraire à ces paroles, si le cœur, qui est le moteur des paroles et des actions , les venoit adresser à une fin et intention opposée. De fait ces paroles , a Au nom du Père, etc., » pourroient estre dites au nom de l'ennemy du Père , comme ces paroles, m en vérité , » peuvent estre , et son aou-
ventefois dites , c eo mensonge. » Si doue Nostre-Seigneur ne commande pas qu'on fasse simplement la cliose du baptesme , ny qu'on prononce simplement les paroles, mais veut encor que l'action se fasse et les paroles se disent, « Au nom du Père, etc., » il faut avoir au moins une intention générale de faire le baptesme au nom de Nostre- Seigneur , et en son nom et de sa part : pour le regard de l'absolution sacramentaie, l'intention sans doute y est requise, et ces paroles en fontfoy : « Quorum remiseritis peccata remitluntur eis : « il laisse l'effet de ce ministère à leur délibération , et c'est pour cela que je répète cette belle sentence de sainct Augustin : a Unde tanta vis aquae , ut corpus tangat , et corpus abluat? nisi faciente verbe , non quia dicitur , sed quia creditur. » Ce qui montre que les paroles de foy estant proférées , sans aucune intention et sans foy , n*ont point de vertu ; mais estant dites en intention et en foy, et selon la fin générale de TEglise , elles font cet effet salutaire. S'il se trouve dans nos histoires certains baptesmes , qui semblent avoir esié faits par jeu, ils ont esté approuvez par les circonstances, et il ne le faut pas trouver étrange, parce qu*on peut faire en jeu plusieurs choses , et neantmoins avec l'intontion de les faire véritablement et sans feintise ; si l'on appelle jeu , en ces rencontres , c*est parce que cela est hors de saison.
OBSERVATION DU PREMIER EDITEUR
* II est aisé de voir que ce discours et ce traité n^ont point eu leur achèvement, le sainct auteur avoit promis dans le projet de cette partie* d'expliquer tons les points de controverses, qui regardent l'eucharistie, la pénitence, le mariage, les cérémonies de la messe, la médiation et I invocation des saincts , et plasicars points de grande instruction , dont noas ne trouvons ny cahier, ny cscrit , ny Tragmcns ; la perte en est grandement dommageable , car ces matières plus familières et plus accommodées à ia capacité des peuples , auroient produit des fruits dignes de sa douceur et de la solidité de ses raisonnement. Voicy seulement un petit traité du purgatoire par où finit tout cet ouvrage.
DE S. FRANÇOIS DK SALES