‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 57 sur 365 · TRAITE DU PURGATOIBB, ET DES SUFFRAGES IK)UR LES MORTS · texte numérisé non relu

TRAITE DU PURGATOIBB, ET DES SUFFRAGES IK)UR LES MORTS

DISCOURS LXXU.

nSFACB DE 8. FRANÇOIS DE SALES.

A Messieurs de la ville deThonon.

Sans doute, messieurs, la saincte Eglise lêsté très-témérairement accusée, par les novateurs de noslre asge, de superstition , en la prière qu*elle fait pour les fîdelles trépassez, d'autant que leur usage doit sopposer deux veritez , que Ton prétend n'estre point du tout , à sçavoir , que les unes en Tautre monde, soient en nécessité et indigence , et que Ton les puisse secourir : voici comment raisonnent nos adversaires : « Les défunts sont , ou damnez ou nnvez; les damnez sont veritablemen t dans les peines ; mais elles sont irrémédiables^ les sauvez sont comblez de tout plaisir, et n*ont point besoin de secours ; ainsi aux ans manque Pindigencc, aux autres le moyen de recevoir de Taide ; d*où s'ensuit, qu*il n'y a aucune raison de prier pour les trépassez. » Voilà les deux chefs de Taccusation ; mais , certes , on doit informer à fond tout le monde pour faire un juste jugement , sur cette procédure , que les réformateurs sont des personnes particulières : et l'accusé est le corps et TEglise universelle ; neantmoins, parce que l'humeur de nostre siècle veut , qu'on soumette au oontre-roole et à la censure d'un chacun , tontes les choses les plus sacrées , les plus religieuses et authentiques, plusieurs sçavans, personnes d'honneur et de marque , ont pris le droit de l'Eglise en main , pour la défendre , estimant ne pouvoir mieux employer leur pieté et leur doctrine, qu'en la défense d'une mère , du sein et par les mains de laquelle ils ont receu tout leur bien spirituel , comme sont , le baptesme, la doctrine chrestienne et les Escritures mesmes ; leurs raisons sont si fortes , que SI elles étoient bien balancées et contrepesées avec celles des accusateurs, on connoistroit incontinent leur bon calibre : mais quoy ? on a porté sentence sans ouïr les perties ; n'avons-nous pas raison tous

autant que nous sommes de domestiques enfqns de l'Eglise , de nous porter pour appelans, de nous plaindre do la partialité des juges? Laissant donc à part, pour cette heure , l'incompétence de leur tribunal , au moins nous appelions des juges non instruits aux mesmes mieux instruits , et des jugemens faits parties non oiiyes , à desjugemens parties entendues; suppliant ceux qui voudront juger sur ce différent, de considérer nos raisons et allégations d'autant plus attentivement , qu'il s'y agit non pas de la condamnation d'une partie supresme accusée (qui. ne peuj^élre condamnée par ses inférieurs) , mais de l'absolution et du salut de ceux-là mesmes qui en jugeront.

DISCOURS Lxxm.

Do nom do pargatoire.

Avons-nous pas raison de soutenir que l'on peut prier pour les fîdelles trépassez , que les suffrages et bonnes actions des gens de bien vivans , les peuvent beaucoup soulager et leur sont profitables , parce que tous ceux qui descendent en la graco de Dieu , et qui par conséquent sont du nombre de ses eleus , ne vont pas tous , ny tousjours de premier abord en paradis ; mais plusieurs vont en purgatoire , où ils souffrent en satisfaction une peine temporelle , que nos prières et bonnes œuvres , faites en bonne disposition , peuvent aider et servir tres-utilement. Voilà le gros de nostre difficulté.

Nous sommes d'accord que le sang de nostre Rédempteur est le vray purgatoire des âmes pécheresses ; car c'est par son mérite que toutes les âmes du monde sont netoyées : sainct Paul l'appelle , aux Hébreux , I : a Purgationem peccatorum facientem : » les tribulations que souffrent les fidelles sont pareillement de certaines purgations , par lesquelles nos âmes sont rendues plus pures ; de mesmeque l'or est affiné en la fournaise : Eccl. il. « Vasa figuli probat fomax : iustos autem tentatio

IM

GONTROVEima

tribulationis. » La pénitence et la contrition sont encore iwe etpecedepurgaioirei David en parle au psalme 50 : « Asperges mp , Domine byMOPQ • et mundabor ] » on .''çnil aussi que le baptesme , dans lequel r.os pochez sont lavez , peut estre appelle pnr<;atoirc ; en un mot , nous pouvons hf nîmcr purgatoire tout ce qui sert à la purgfilion de nos offenses. Mais icy nous appelions proprement purgatoire : a Un lieu dans lequel , après cette vie présente, les âmes qui partent de ce monde , si elles ne sont parfaitement épurées des soiiillures qu'elles ont contractées icy-bas , sont purifiées , ne pouvant entrer dans le paradis sans estre netoyées et purgées des moin-

parmy les chrestiens , il y a lon||-tempa que l'Eglise a soutenu cette créance, envers tous et contre tous les hérétiques : il semble que le premier qui Ta combattue , ait esté ^rrtiM, et depuis luyiesarriens, ainsi que sainct Epiphane le témoigne en Theresie 75 ; sainct Augustin, en Theresie 53 , et Socrate, lib. 2, cap. 35. 11 y a environ deux cents ans que parurent oeFtainei g^ns qui s'appellojent les apostoliques ^ et qui nioient le purgatoire ; il y a cinq cents ans que les patrolnmênt ecartoient cet article de leur créance, comme Tescrit aainci Bernard , sermon 65 et 66 , in cant. et eu rppistre 244 , et Pierre de Cluny , epistra 4 et 2 , et ailleurs , cite cette mesme opi-^

dres taches. « Si on veut sçavoir pour i nion des petrobusien^ , qui fut suivie par

quelle raison ce lieu est plutost appelé sim^ plement purgatoire, que les autres moyens qui servent icy-bas à la purgation des âmes? On repondra que c'est , parce qu'en ce lieu-là on n^ faii autre chose que la purgation des restes du péché , qui sont demeurez dans rame au partir de ce monde; mais au baplewe » en |p pénitence , et aux autres moyens , non-seulement Tame s'épure de SCS imperfections 9 mais encore s'enrichit de plusieurs grâces et dons spirituels : ce qui fait qu'on a laissé le non) de purgatoire à celui de l'autre pnonde , lequel , à proprement parler , n'est pour gur cune autre raison , que pour la purification des âmes ; mais pour le regard du sang de Nostre-Seigncur , nous connoissons telle-: ment la vertu de son mérite , que nous prolestons en toutes nos prières , que la pur-

les Fdudoii , environ l'an 4470 , comme l'a observé Guido?; en sa somme. QuelquM Grecs furent soupçonnez de cette ^reur , eq quoy neantmoins ils se justifièrent an concile de Florence , et encore en leur apch logie , présentée au concile de Basie ; enfiq, iiaher, i^uingUt Calvin, et ceux de l^pr party oqt du tout nié et tronqué de Içur réforme |$i vérité du purgatoire , car quoy que Lqther in iispuiatioM lipêieà, dit qu'il çroyoit très-fermement , et sçavoil tre&-9§suren)enl qu'il y avoitun purgatoire, si est-ce que par pprès il s'en est dédit au livre « P^ al^rogapdâ n^issâ privatâ. » Cer? tes, c'e^t Tordinaire do toutes les factions de nostre ^sge , de se piocquer du purgatoire , et de mépriser les prières qui se font pour les trépassez; mais TEglise ca-

tholique s'est opposée vivement à tous ces gation des âmes, soit en ce monde , soit en \ ennemis, çhacqn en son temps. Elle a l'autre, ne se fait que par la puissance de l'Escriturc saincte en main , de laquelle son application , et nous sommes plusja- nos devanciers ont tiré plusieurs belles loux de rhonneur dû à cette précieuse me- i preuves , car elles nous apprennent que decine, que ceux qui pour la priser en j les aumônes, les prières et autres sainctes méprisent les usages. Ainsi par le purga- actions peuvent soulager les défunts ; d'où toire nous entendons un c^ertain lieu où les 1 s'ensuit qu'il y a un purgatoire , estiint âmes pour un temps, sont purgées des • vray que les âmes des damnez ne peuvent taches vénielles et imperfections quV'lIes • recevoir auciin sepours en leurs peines, et emportent do celle vie mortelle, et pour que les sauvez d'autre part, estant hicn-

heqrcux, nous ne pouvons employer du noslpe uucunq chose pour ceux qui sont glorieux au picl : reste que cela soit pour ceqsqMisontcnqntroisicsmolieu.qiicnous appelions purgatoire; les Eràcritures nous apprennent encore qu'en l'autre monde , quelques défunts ne spnt pas onlieremont d§livrç% doji p^ipes qui sont deuës à leurs

lesquelles elles n'ont point pleinement sa tisfait.

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