‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 58 sur 365 · DISCOURS LXXIV · texte numérisé non relu

DISCOURS LXXIV

De ceux qui ont nié et aboly le Purgatoire, el def moyen» de le prouver cqpire les novateur^.

Or , la doctrine du purgatoire n'est pa^ une opinion receuëà la volée , ny nouvelle

DE S. FRANÇOlfi PK SALES. 118

peebes, ce qui ne ie pouvant faire ny en DISCOURS LXXY.

enfer , ny en paradis , il g*ensuit qu'il y a qn purgatoire : de plus elles nous appren<» nent encore, que plusieurs âmes , avont que d*arriver en paradis , doivent passer pBP un lieu de peine , qui ne peut eslre que le puqi;atoire; davanli)ge elles prouvent que les âmes de quelques-uns sont tirées d'un lieu , d*où elles vont rendre honneur et révérence à Nostre Seigneur : ce qui marque nécessairement le purgatoire, puisque cela ne se peut dire de ces pauvres tuserablea qui sont en enfer ; enfm l'Escritvre nous fournit plusieurs autres passages , d'où Ton tire des conséquences , toutes peantmoins bien à propos ; et en cecy Ton doit d'autant plus déférer à nos docleurs , que les mesmes argumens , qu'ils allèguent maintenant , ont esté apportera ce mesme sujet par nos anciens pères et devunéiers qui, pour deiïendre la vérité de l'article du purgatoire , ne sont point allée forger de nouvelles interprotjtions ; œ qui montre assez la candeur avec laquelle nous cheminons et allons en besogne , là où noe accusateurs à crédit tirent des conséquences de TEscriture , qui n'oni jamais esté pensées cy-devant , et qui sont mises tout de nouveau en œuvre , pour seulement combattre Tauthorité de l'Eglise. Voicy donc , messieurs , nos raisons, que noua allons ranger en ordre (4) : Premièrement nous cotlerona les textes de l*Escriture. Secondement lea saincts condlos. Troisiesmement les pères du plus grand crédit ; après nous accorderons ces raisons en treelïes-mesmes; enfin nousexar minerons les argumens du party contraire, et nous en montrerons le peu de valeur ; ain^i nous conclurons pour la croyance de TEglise catholique , et il ne restera à nos adversaires que l'aveuglement de leur pas- ; sion , à qui nous souhaitons la grâce de | penser attentivement au mérite et à Tei^ceilenco de nos preuves, et les jetter'am pieds de la bonté divine, pour qu'ils luy , puissent dire en toute humilité avec David: ; « Da mihi intellectum, et scrulabor legcm tuaoï , et custodiam illam in toto corde meo. » S'ils le font , je ne doute point qu'ils reviennent au giron de leur merq l'Eglise catholique.

0) li*oNrt «t U fin de M Traité da parfatolrt.

Textes de Tq SA incteRfcrUore, où il est parlé di| temps, do lieu et des peines delà purgaMon I des amos après celte vie.

Hcpondez, messieurs, si vous le pouvex, ' voicy le premier argument, etilest invincible. S'il est vray qu'il y a un lieu de pur- I gatiqn pour les âmes après cette vie mor* i telle, il s'ensuit avecxîertitude qu'il y a un I purgatoire , puisque l'enfer no peut reco- I voir aucune purgation, et que le paradis : ne peut recevoir aucune chose qui ait besoin de purgation : or qu'il y ait un temps , et un lieu de purgation après celte vie, I voicy la preuve do l'Escrituro :

4. Au psalme 65. « Trunsivimus per ignem et aquam, et cduxisti nos in refrigerium ; » ce lieu est interprété de la peine du purgatoire par Origine, homel. 25 sur les Nombres, par sainct Ambroise sur le psalme 36 et au ï^erm. 3 sur le psalme 415, où il expose par l'eau, le baptesme. et par le feu , le purgatoire,

à. En Isaye au i chapitre, « Pur^avît Dominus sordes filiorum et filiarum Sion, et sanguinem emundavit de medio eorum, in spiritu judicii, et combustionis : » cetto purgation faite en esprit de jugement et de bruslement, est entendue du purptoiro par sainct Augustin , au liv. 20 de la Cité de Dieu, chap. 25, et de fait les paroles précédentes favorisent cette interprétation , dans lesquelles il est parlé de la salvation des hommes ; et encore à la fin du mesme chapitre , où il est parlé du repof des bienheureux, donc ce qui est dit, a purgavit Dopoinus sordes , » se doit entendre de la purgation, qui se doit faire en esprit d'ardeur et de bruslement, et ne se peut bonnement interpréter que du purgatoire etdu feu purifiant.

3, En Miche , au 7 cap. c Quia cecidi , consurgam ; cum sedero in tenebris Dominus lux mea est; iram Domini portabo, quoniani peccavi ei , donec cau:^am meam judicet , et faciat judicium meum , educet me in luccm , videbo justitiam pjus : » ce lieu esloit déjà en train pour prouver le purgatoire parmy les catholiques du temps de sainct Jorosme, il y a environ 4200 ans* ainsi que lo mesnie sainct le témoigne sur le dernier chapitre d'Isaye, là où ce qui ostdit: « Cum sedero jq (en^brifii Jraffl

COimtOTERSES

Domini portabo, doneccausam meam judicet , » ne se peut entendre d'aucune peine si proprement, que de celle du purgatoire.

i. En Zacharie, c. 9. a Tu autem in sanguine testamenti tui eduxisti vinclos tuos, de lacu in quo non est aqua. » Ce lac duquel sont tirez ces prisonniers , n*est autre que le purgatoire, duquel Nostre-Scigneur les délivra lors de sa descente aux enfers, et cecy ne se peut entendre du lymbe où, esloient les saincts pères avant la résurrection de Nostre-Seigneur , dans le sein d*Âbrahain, parce que là il y avoit un lieu de consolation et d'espérance, comme Ton peut voir en S. Luc. 46. Aussi S. Augustin en Tepislre 99 ad Fvodium, dit, que Noslre-Seigneur visita ceux qui estoient tourmentez dans les enfers , c'est-à-dire dans le purgatoire, et qu'il les en délivra; d'où s'ensuit qu'il y a un lieu, où quelques fidelles sont tenus prisonniers, et duquel ils peuvent estre délivrez.

5. En Malachie , 3. chap. a Et sedebit constons et emundans argentum , et purgabit filios Levi , et colabit eos, quasi aurum et quasi argentum , etc. » Ce lieu est exposé d'une peine puri^antc parOrigene, hojnil. 6 sur l'Exode ; par sainct Âmbroise SQP le psal. 36 ; par S. Augustin , au liv. 20 de la Cité de Dieu, chap. 25; par sainct Jorosme sur ce mesme texte. Nous sçavons bien qu'ils Tentendcnt de la purgation qui se fera à la fin du monde par le feu, et de la conflagration générale, là où seront purgez les restes des péchez de ceux qui seront trouvez vivans ; mais nous ne laissons pas d'en tirer un bon argument pour noslre purgatoire , qui doit purifier les âmes avant que de ressentir l'effet de la bénédiction du juge supresme : pourquoy est-ce que quelques-uns de ceux qui meurent avant ce temps n'en auroient pas besoin, puisqu'il s'en peut trouver qui auront à la mort quelque reste d'imperfection?

Pour vray, si le paradis ne peut recevoir aucune tache en ce temps-là , il ne le peut non plus maintenant ; sainct Irenée à ce propos , au chap. 29 du h 5, dit qu'en ce dernier temps l'Eglise montera dans le cejeste paradis de son espoux , et qu'il n'y aura plus de temps de purgation , parce que les fautes et pochez seront tout incontinent purgez par ce feu qui précédera le jugement universel.

6. Je laisse à part le passage du psal. 97. « Domine , ne in furore tuo arguas me, neque in ira tuâ corripias me ; » lequel saiod Augustin interprète de l'enfer et du purgatoire, de sorte que , c in furore ai^, > soit dit pour la peine éternelle, « in ira corripi , » soit dit pour la peine du pur* gatoire.

7 . En la première aux Corinthiens, c Dies Domini declarabit, qui in igné revelabitur, et uniuscujusque opus qualesit, ignis probabit i si cujus opus manserit, quod super edificavit, mercedem accipit, si cujus opus fuerit, detrimentum autem patitur ; ipso tamen salvus erit , sic tamen quasi par ignem. » On a tenu tousjours ce passage pour l'un des plus illustres et des plus difficiles de toute l'Escriture ; or, dans ce texte , comme il est aisé de voir à celuy qui regardera de près tout le chapitre , l'apostre use de deux similitudes ; la première est d'un architecte qui fonde une maison précieuse, et de matière solide sur un roc ; la seconde , est celuy qui sur un mesme fondement dresse une maison de matière non ferme, mais de matière combustible ; imaginons maintenant que le feu se mette en l'une et l'autre maison , celle qui est de matière solide sera hors de fortune , et l'autre sera incontinent réduite en cendre; si l'architecte se trouve dans la première , il y demeurera sain et saulve ; 'au;contraire s'il est dans la seconde, et qu'il se veuille échapper, il faudra qu'il se jette à corps penlu à travers le feu et la flamme , et se sauvera tellement, qu'il portera les marques de l'incendie, « ipse autem, salvus erit, sic tamen quasi per ignem : » le fondement sous-entendu en cette similitude , c'esl Nostre-Seigneur, de qui S. Paul a dit, a Ego plantavi , et ego ut sapiens architeclus fundamentum posui : » et puis après, a Fundamentum enim aliud nomo potost ponerc, praeter id quod positum est, quod est Christus Jésus; » les architectes sont les prédicateurs et les docteurs de l'Evangile , comme l'on peut connoistre en considérant attentivement les paroles de tout cechapislre, et comme l'interprète sainct Ambroise et Sedule , sur ce lieu ; le jour du Seigneur , duquel il est parlé , s'entend de celuy du jugement, lequel en l*Escriture a coutume d 'estre appelle le

DE S. FRANÇOIS DE SALES

îigneur, en Joël. 2. « Veniet elles » En Sophonie , a Juxta est dies » puis encore par ce qui est )ies Domini revelabit ; » car c'est >urnce-Iàque seront déclarées et es toutes les actions du monde :

ind i'apostre dit , « Qui in igné ir, » il montre assez que c'est le )ur du jugement. En la seconde îaloniciens , a In revelatione Dotri Josu Christi de cœlo , cum tûtes ejus in flammâ ignis. » Au 6 : a Ignis ante ipsum prsecedet ; »

ne par lequel l'homme se sauve , tem salvus erit, sic tamen quasi n , » ne se peut entendre d'autre îu du purgatoire : car quand l'a- . qu'il se sauvera, il exclud le feu , duquel personne ne se peut jatpper ; et quand il ajoute qu'il se «r le feu , et qu'il parle de celuy t qui a sur-ediéé le bois, la canne ime , il montre qu'il ne parle pas i , qui précédera le jour du jugelisque par iceluy passeront nont ceux qui auront sur-edifié l'or it, mais tous les hommes qui se- 1 vivans. Celte interprétation (ou- ) s'accorde très-bien avec le texte) tres-aulhentique, pour avoir esté commun sentiment de tous les ►ères. Sainct Cyprien , 1.48, 2, lire allusion pour le purgatoire à ;e; sainct Ambroise aussi sur ce me ; sainct Jerosme sur le i sainct Augustin sur le psal. 37 ; regoire , Rupert et les autres , y clairs. Entre les Grecs , Origene elle 6 sur l'Exode; Ecumene sur ;e, où il allègue S. Bazile etTheoposé par sainct Thomas en 1 opusmier contre les Grecs. On dira e qu'en cette interprétation il y a voque et du mal entendu, en ce u , duquel il est parlé, est pris ;u du purgatoire , ou pour celuy rdcra le jour du jugement sans n. On repond que cette extraoraçon de parler s'entend par la ition des textes ; car voyez tout ( la sentence : le jour du Seigneur iré par le feu qui le précédera, et î jour sera éclairé par le feu, ainsi ". îQur par le jugement éclairera le

prix et 1er mérite de chaque œuvre bonne ou mauvaise ; et comme chaque œuvre sera éclairée , ainsi les œuvres qui auront esté opérées avec imperfection , seront examinées pour le salut par le feu du purgatoire : mais outre cecy , quand nous dirions que sainct Paul use diversement d'un mesme mot en un mesme passage , ce ne sera pas chose nouvelle ; car il en use de cette manière en autres lieux, mais si proprement , que cela sert d'ornement à son langage : comme en sa seconde aux Corin* thiens, c. 5, 4 5 : « Qui non noverat peccatum , pro nobis peccatum fuit, » là où l'on void que le mot peccatum dit pour la première fois, se prend proprement pour l'iniquité, et la seconde fois il est pris en figure pour celuy qui porte la peine du péché. On dira encore qu'il n'est pas dit, qu'il sera sauvé par le feu, et que partant on ne peut pas conclure le feu du purgatoire : certes je reponds , qu'il y a de la similitude en ce passage, car I'apostre veut signifier que celuy duquel les œuvres ne sont pas tout à fait solides, sera sauvé, comme l'architecte qui s'échappe du feu , ne laissant pas pour cela de passer par le feu , mais un feu d'autre calibre que n'est le feu qui brûle en ce monde. Il suffit que de ce passage on conclud ouvertement , que plusieurs de ceux qui doivent prendre possession du royaume du paradis , passeront par le feu ; et celuy-cy n'est pas le feu d'enfer , ny le feu qui précédera le jugement, c'est donc le feu de purgatoire.

J'avoue que le passage est difficile et mal aisé , mais bien considéré il nous preste la main , et fait conclusion pour noslre preuve. Voilà les lieux de l'Escriture, d'où l'on peut tirer raisonnablement, qu'après cette vie il y a un temps et un lieu de purgalion où quelques-uns sont transférés pour se purifier : l'authorité des livres des Machabées est claire et évidente comme le jour, et c'est simplement poureluder leur crédit, que nos adversaires les rejettent, mais trèsmal à propos, comme nous l'avons montré cy-dessus. Les livres 4 et 2 des Machabées sont justifiez au chap. 49, contre les hère* tiques qui les rejettent.

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