DISCOURS LXXVI
De quelques «uires» lieui par lesquels on prouTt, en l'Eâcriture que la prière, raumosne, •! It»
CONTROTEMBS
action! meritoiret ,Mrfeiit aa fonlagemeni des defTunts.
Donnons un second argument que nous tirons de la saincle parole, pour la preuve du purgatoire, et le prenons du second Jivre des Macliabées , au chap» 2 , là où l'Escriture remarque, « que Judas Mâcha- Léo envoya en Jérusalem douEO mille dragmes d'argent, pour faire oflrir le sacrifice pour les morts > et après elle adjoute : ff Sancta ergo et salubrisest cogitatio pro defunctis exorare, ut à peccatis solvantur. » Voicy nostre raisonnement : ni ifcst une chose saincte et profitable de prier pour les morts , il y a donc encore un temps et un lieu après la mort pour la re* mission de leurs péchés ; or cecy ne peut Mtre ny l'enfer ny le paradis , c'est donc le purgatoire i cet argument est si bien fait, 81 fort et si pregnant) que pour y répondra, DOS adversaires ont nié tout franc 1 authorité du livre des Machabées, et le tiennent pour apocryphe ; mais à la vérité ce n'est que par faute d'autre réponse, car ce livre a esté tenu pour authentique et pour sacré pa< )e (4)3. concile de Oarthage , au canon i, par Innocent I, en l'epistre ad Exu^ perum; et par sainct Augustin, c. 40 de la Cité de Dieu , chap. 36, duquel voicy les expresses paroles ; « LibrosMachabaeorum non Judaei sed Ecclesia pro canonicis habet; > et le mesmc sainct Augustin au I. % de Doctrine chrisîiand , chap. 8 , et le pape Damase au décret des livres canoniques, qui fut fait et lu en un concile de septante evesques, avec plusieurs autres anciens pères, qu'il scroit ennuyeux de nommer, l'ont approuvé; ainsi ceux qui nient témérairement l'authorité du livre, nient quant et quant rauthorilé de Tanliquilé chrestienne. On sçait bien tout ce qu'on apporte pour soutenir cette négative, mais la pluspart ne fait que montrer la difficulté qu'il y a dans les livres, plutost que de la fausseté; nous voulons bien repondre aux deux ou trois plus fortes objections que font nos adversaires: en la première, ils disent, que la prière auroit esté faite pour montrer simplement la bonne intention que Judas Machabée avoit à l'endroit des deffiints, non pas qu'il crust réellement qu(» Icsdiffiinls en eussent aucun besoin :
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' mais l'Escriture dit exprès oes claire.^ pt-
'■ rôles , « Ut à peccatis solvantfir. » En la ; seconde, que c'est une manifeste erreurde ; prier pour la résurrection des morts, avant le jugement, car c'est présupposer, ou que les âmes ressuscitent , et par conséquent meurent, ou que les corps ne ressuscitent pas, si ce n'est par l'entremise des prières et des bonnes actions des vivans, ce qui seroit contre l'article c Credo resurrectionem mortuorum: » cette prétendue errear n*est rien qu'un prétexte pour écarter ot lieu des Machabées; il' est visible par !• sens des paroles : « Nisi enim eos, qui ce* ciderant, resurrecturos speraret, super»
fluum videretur et vanum , pro defunctis orare. » On repond aisément, qu'en cet endroit, Judas ne prétend pas qu'on prit pour la résurrection de rame ny du corpS| mais seulement pour la délivrance des âmes ; en quoy ces prians ont présupposé rimmortalitéde l'ame.car s'ils eussent cm que Tamefust morte avec le corps ils n'eus* sent point pris le soin de leur délivrance ^ et parce que parmy les Juifs la croyance de l'immortalité de l'ame et de la resurreo* tion des corps, estoient tellement jointes par ensemble, que qui nioit l'une, nioit l'autre; pour faire voir que Judas Machabée croyoit on l'immortalité de l'orne, il dit qu'il croyoit encore en la résurrection des corps, ainsi il met en preuve la résurrection des corps par l'immortalité de rame, car il ne se peut faire que l'ame fust immortelle sans la résurrection des corps , comme on lit en la première aux Corinlh. 45. a Quid mihi, si morlui non resurgunt? comedamuset bibamus, cras enim moriemur. » Or il ne s'ensuivroit aucunement qu'il fallust ainsi s'abandonner , encore qu'il n'y eust point de résurrection , car l'ame qui demeureroit en son estre souifriroit la peine deuë à ses pecliez, et pourroit recevoir la recompense de ses vertus; mais sainct Paul en cet endroit, meten compte la résurrection des morts pour l'immortalité de l'ame, parce que do son temps, qui croyoit l'un, croyoit l'ijutre; il n'y a donc aucune raison de refuser le témoignage^ des Machabées en preuve d'unesi juste créance; que si à tout rompre nous ne le voulons prendre que comme un témoignage d'un simple , mais grave historiogriiphe , ce qu'on ne nous peut ni*
DE S. rRANÇOUI DE SALES.
moins faudroit-il confesser que ' ;ue ancienne croyoit un purgaaque toute cette année-là fut Bt ai employée à prier pour les
par abondance de droit , nôud »re des marques visibles de cette ïnvers les deflfbnts en d'autres B TEscriture , qui nous doivent réception de ce livre, que nous alléguer, en Tobie, 4. chap.
luutn et vlnum tuum super sejusti constitue , et noii ex eo 3 et bibere, cum peccatorlbus. »
fesser que ce pain et ce vin ne se pour autre sujet sur la sépulture , sinon pour les fîdelles, afin que leffunt en fUst aidée par ces âusiim'es pour les pauvres, comme imunement les interprètes sur ce peut-estre que ces messieurs dire que ce livre est apocryphe ,
l'antiquité l'a tousjours tenu en Le , et pour vray la coutume de viande, pour les pauvres, sur les » est très-ancienne , mesme en atholique, car sainct Chrysosvivoit il y a plus de douze Cents bom. 32 sur le 5, de sainct Mat- [Mirle de cette façon : « Cur post lorum, pau pères convocas?cur os, ut pro eis orare velint, ob-
Mais que penserons-nous des . des austeritez que faisoient les près la mort de leurs amis? ceux ) Gallaades Jeusnerent sept Jours mort de Saill pour ce pauvre iitant en fit David , et les siens esme Saiil , et pour Jonathas et sa suite , au premier livre des ip. 2 , et au 3. livre, chap. 4 . Et n ne peut penser autre chose de , sinon que ce fut pour secourir les de^Tunts, carà quel autre prorter le jeusne de scpl jours? Aussi liau second livre des Roys, chap.
El et pria pour son fils malade , mort cessa de jeusner , et de se
montrant, que quand il le fai- )it pour obtenir do Dieu le secours ie, lequel estant mort, parce roitenfant et innocent, et n'avoit in de secours après sa mort ] il jeusner. 11 y a plus de 700 ans ,
que Bede interpréta ainsi la fin du premier livre des Roys ; de man^f^re qu'en l'ancienne Eglise , la coutume estoit déjà entre les sai actes et dévotes personnes, d'ayder de leurs prières, et du suffrage do i leurs sainctes actions lésâmes des tre- '' passez , ce qui suppose clairement la foy du purgatoire.
C'est de cette coutume que parle ouver*> tement sainct Paul en la première auxCorintb., 45. chap., alléguant comme louable et bon l'usage de ceux , « Qui baptizantea se pro mortuis , si enim mortui non resurgunt , ut qui baptizantur pro illis? » Ce lieu bien entendu , montre clairement la pratique de la primitive figlise, de jeusner« prier et veiller pour les âmes des trespaa^ sez ; car premièrement dans les Escri tares» cstre baptisé se prend fort souvent pour les aUlictions et pénitences, comme en sainct Luc, 42. chap., Nostre -Seigneur parlanl de sa passion, dit : « Baptismo habeo baptizari , et quomodo coarctor , donec perficiatur?» Luy-mesme en sainct Marc, chap. 40. a Polestis bibere calicem , quem ego bibiturussum? et baptismo, quo ego bap> tizor, baptizari? » où Nostre-Seigneur ap* pelle baptesme les peines et afflictions. Voicy donc le sens de cette Escriture : si les morts ne ressuscitent pas , dit sainct Paul ( ce qui s'accorde à la sentence des Machabéescottée cy-dessus), aSuperfluum est et vanum orare pro mortuis , si mortui non resurgunt; » qu'on me tourne et transfigure ce texte en tant d'interprétations qu'on voudra , il n'y en aura pas une qui joigne si bien à la saincte lettre^ que celle» cy ; qui voudroit dire que le baptesme » dont parle sainct Paul est seulement un baptesme de tristesse et de larmes , non de jeusne , ou de prières et autres actions macérantes, avec cette intelligence sa conclusion seroit très-mauvaise , car il s'ensuivroit , que si les morts ne ressuscitent point et si l'ame est immortelle , qu'en vain I on s^afflige pour les morts ; mais je vous I prie, n'auroit-on pas encore plus d'occasions de s'affliger par justice, pour lu mort des amis , s'ils ne ressuscitent point , perdant cette espérance de jamais les revoir, que s'ils ressuscitent? il ent(>nd donc ces baptesmes des actions voluutiiires , que l'on faisoit tres-religieusement , pour impetrer repos aux âmes des defiunis , les-
CONTROVERSES
quelles sans doute on auroit pratiquées en viiin , si les âmes cstoicnt mortelles, ou si les morts ne res9uscitoicnt pas. En quoi il se faut souvenir de ce qui a esté dit cydessus, que Farticle de la résurrection des ' morts , et celuy de l'immortalité de l'ame estoicnt conjoints tellement ensemble , en la créance des Juifs, que qui croyoit Tun , croyoit l'autre , et qui nioit Tun , nioit l'autre; il est donc évident par ces paroles de sa i net Paul , que la prière , le jeusne et autres peines et afflictions, se faisoient tres-louablement pour les defifunts ; or ce n'estoit pas pour ceux qui sont dans le paradis , qui n'en avoicnt aucun besoin , ny pour ceux qui sont dans les lieux de damnation , et qui n'en peuvent aucunement recevoir le fruit , c'est donc pour ceux qui sont dans le lieu de purgatoire : ainsi Ta exposé, il y a mille deux cents ans , saincl Ephrem en son testament , qui demandoit des prières après sa mort ; autant en 6t le bon larron , en sainct Luc , 23 , lorsqu'il s'adressa à Noslre-Seigneur , et luy dit : « Mémento met , dum veneris in regnum tuum ; » car pourquoy se fust-il recommandé au Fils de Dieu , luy qui s'en alloit mourir avec luy, s'il n'eust pas cru que les âmes , après la mort , pouvoient estre secourues et aydécs? Sainct Augustin, liv. 6, contre Julien , c. 5, prouve de ce passage, | que le pardon de quelques péchez est réservé en l'autre monde , comme nous Talions voir au discours suivant.