ORAISON DEDICATOIRE
fres-saîncte roere de Dieu, vaisseau d*iocomparable élection, élection de la souveraine dilection , vous êtes la plus aimable , la plus amante et la plus aimée de toutes les créatures. L*amour du Père celeste pritsoDiboD plaisir en vous de toute éternité, destinant votre chaste cœur à la perfection du sainct amour , a6n qu'un jour TOUS aimassiez son Fils unique de l'unique tmoar maternel , comme il Taimoit eterleUement de Tonique amour paternel. 0 iesus , mon Sauveur ! à qui puis-je mieux dédier les paroles de vostre amour , qu'au cœur tres-aimable de la bien-aimée de vostre ame?
Mais» 6 mère toute triomphante 1 qui peut jetter ses yeux sur vostre majesté I sans voir à vostre dextre celuy que vostre Fils voulut si souvent, pour l'amour de TOUS, honorer du titre de père, le vous ayant uni par le lien céleste d'un mariage tout virginal , à ce qu'il fust votre secours elcoadjuteur en la charge de la conduite et éducation de sa divine enfance? 0 grand sainct Joseph , espoux tres-aimé de la mère du bien-aimé , hé 1 combien de fois avezvous porté l'amour du ciel et de la terre entre vos bras, tandis qu'embrasé des doux embrassemens et baisers de ce divin enfant , vostre ame fondoit d*aise lorsqu'il prononçoit tendrement à vos oreilles (6 Dieo , quelle suavité ! ) que vous étiez son grand «m j ai son cher père bien-aimé ?
On mettoit jadis les lampr» de l'ancien temple sur des fleurs-de-iys d'or. 0 Marie et Joseph, pair sans pair, lys sacré d'incomparable beauté entre lesquels le bienaimé se repaist , et repaist tous ses amans 1 hélas ! si j'ay quelqu'esperance que cet escrit d'amour puisse esclairer et enflammer les enfans de lumière , où le puis-je mieux colloquer qu'emmy vos lys ? lys esquels le soleil de justice , splendeur et candeur de la lumière éternelle , s'est si souverainement recréé qu'il y a pratiqué les délices de l'ineffable dilection de son cœur envers nous. 0 mère bien-aimée du bien-aimé / ô espoux bien-aimé de la bien-aimée I pros^ terne sur ma fnce devant vos pieds qui portèrent mon Sauveur, je vous dédie et consacre ce petit ouvrage d'amour à l'immense grandeur de votre dilection. Hé 1 je vous conjure par ce cœur de vostre doux Jésus, qui est le roy des cœurs , que les vostres adorent , animez mon ame et celle de tous ceux qui liront cet escrit , de vostre toute puissante faveur envers le Saincl-Bsprit , afin que nous immolions meshuy en holocauste toutes nos affections à sa divine bonté , pour vivre , mourir et revivre à jamais emmy les flammes de ce céleste feu que Nostre-Seigneur vostre Fils a tant désiré d'allumer en nos cœurs , que pour cela il ne cessa de travailler et soupirer jusques à la mort» et la mort de la croix.
VIVE lESDS.
PREFACE
piendissaotes el si mj^niinlement dorétt, que leur or les rend plus vWemept ookH rées ; car eo cette coosideratioa le prophète royal diisoit aux IsraW^e^ :
Qaolqve raOsetion tom fane le TfMgt « ▼oftre toint deiormalf m Terra r«aMni|>laiil Ani éltlM d'tofe |ri|«oi , 9k rariMI est tremMiM. Il doM Por bmaUiMt ntf «Mt >• ptiMi^l* (t).
Certes , l*B^li9e est parée d'une variété eKcellented^etiAeignemeas, sermons, trafc tés et livres piçux , tous grandement beaux et aimables à la veuë, à dausedu meelanga admirable que le soleil de Justice fait des rayons de sa divine sagesse avec les lan* gués des pasteurs qui sont leurs plumes , et avec leurs plumes qui tiennent aussi quelquesfois lieu de langues, et font le riche pennage de cotte colombe mystique. Mais parmy toute la diversité des couleurs de la doctrine qu'elle publie , on descouvre partout le bel or de la saincte dilection qui se fait excellemment entrevoir, dorant de son lustre incomparable toute la science des saincts , et la rehaussant au-dessus de toute scienœ. TgutestàlHunour^ en Tamour, pour Tamour et d*amour en la saincte Eglise, couleurs si agréables à voir qu'elles sup-J Maiscomme nous sçavons bien que toute
Le Sainct-Esprit enseigne que les lèvres (4) de la divine espouse , c'estrà-dire de l*Eglise , ressemblent à Tescarlate et au bornai qui distille le miel , afin que chascun sçache que toute la doctrine qu'elle annonce , consiste en la sacrée dilection , plus esclatante en vermeil que l'escarlate, à cause du sangde Teepoux qui Fenflammey plus douce que le miel à cause de la suavité du bien*aimé qui la comble de délices. Ainsi ce céleste espoux voulant donner commencement à la publication de sa loy, jetta sur rassemblée des disciples qu'il a voit députés à cet office , force langues de feu (2), monstrant assez par ce moyen que la prédication evangelique estoit toute destinée à Tembrasement des cœurs.
Représentez-vous de belles colombesaux rayons du soleil , vous les verrez varier en autant de couleurs comme vous diversifierez le biais duquel vous les regarderez ; perce que leurs plumes sont si propres à recevoir la splendeur , que le soleil voulant métier sa clarté aveo leur pennage , il se fait une multitude de transparences , les* quelles produisent une grande variété de nuances et changemens de couleurs , mais
passent toutes couleurs et Temail encore des plus belles pierreries , couleurs res-
(1) Cant CêBL »«. il. — (^ A0I. u, t.
la clarté du jour provient du soleil , et disons neantmoins pour Tordinaire que le
(1) Pial. uni, 14.
PREFACE
loleil n'esclaire pas , sinon quand à desoouTert il darde ses rayons en quelque endroit : de mesme » bien que toute la docbÎDe chrestienne soit de Tamour sacré , si estrçe que nous n*bonoroD8 pas indistinctement toute la théologie du titre de ce ditId amour, ains seulement les parties d*i« celle qui contemplent Torigine , la nature, lesproprietez et les opérations d'iceluy en particulier.
Orc*est la vérité que plusieurs escritains ont admirablement traité ce sujet , ^tout ces anciens pères , qui , servant tres-amoureusement Dieu , parlaient aussi divinement de son amour. 0 qu'il fait bon ooyr parler des choses du ciel Saint Paul , qui les avoit apprises au ciel mesme , et qu'il fait bon voir ces âmes nourries dans b sein de la dilection escrite de sa saincte suavité ! Pour cela mesme entre les scbotestiques, ceux qui en ont le mieux et le plus discouru, ont pareillement excellé en pieté. Sainct Thomas en a fait un traité digne de sainct Thomas. Sainct Bonaventure et le bienheureux Denys-le-Ghartreux sa ont fait plusieurs tres-excellens sous divers titres ; et quant à Jean de Jerson , chancelier de l'université de Paris , Sixte le Siennois en parle ainsi : Il a si dignenenl discouru des cinquante propriétés du divin amour qui sont çà et U déduites au Cantique des Cantiques , qu'il semble que loy seul ait tenu le conte des affections de rÂmour de Dieu. Certes cet homme fut extresmement docte , judicieux et dévot.
liais aûn que Ton sceust que cette sorte d*escrita se font plus heureusement par la dévotion des amans que par la doctrine des sçavans , le Sainct-Esprit a voulu que plusieurs femmes ayent fait des merveilles en cela. Qui a jamais mieux exprimé les célestes passions de Tamour sacré que Sainte Catherine de Gennes , saincte As*» gelé de Foligny, saincte Catherine de Sienne , saincte Mathilde ?
En nostre âge aussi plusieurs en ont escrit , desquels je n*ay pas eu le loisir de lire distinctement les livres , ains seule* ment par*cy par*là i autant qu'il estoit re*
quis pour voir si celui-cy pounrolt enooM trouver place. Le père Louys de Grrenade, ce grand docteur de piété , a mis un traita de l'amour de Dieu dans son mémorial qu'il suffit de dire estre d'un si bon autheur pour le rendre recommandable. Di»* gue Stella , de Tordre de saint François » en a fait un autre grandement affectif et utile pour l'oraison. Christofle de FonseoBv religieux augustin, en a mis en lumière un encore plus grand, où il dit diverses belles choses. Le père Louys Richeome , de la compagnie de Jésus , a aussi publié un livre sous le titre de l'art d'aimer Dieu par les créatures ; et cet autheur est tant aimable en sa'personne et en ses beaux escrits , qu'on ne peut douter qu'il ne le soit encore plus , escrivant de l'amour mesme. Le père Jean de Jesus-Maria , de l'ordre des carmes deschaussez, a composé un livret qui porte de mesme le nom de l'Art d'aimer Dieu , lequel est fort estimé. Ce grand et célèbre cardinal Bellarmin a aussi depuis peu fait voir un petit livret intitulé l*Escalier pour monter à Dieu par les créatures , qui ne peut estre qu'admi* rable, partant de cette tres-sçavante main et trèa-devote ame , qui a tant escrit et si doctement pour le bien de l'Eglise. Je ne veux rien dire du Parenetique de ce fleuve d'éloquence qui flotte meshuy parmy toute la France par la multitude et variété de ses sermons et beaux escrits. L'estroite Consanguinité spirituelle que mon ame a contractée avec la sienne, lorsque par l'inn position de mes mains il reçut le carao* tère sacré de l'ordre episcopal pour le bonheur du diocèse de Belley et l'honneur de l'Eglise , outre mille nœuds d'une sincère amitié qui nous lient ensemble , ne permet pas que je puisse parler au crédit de ses ouvrages , entre lesquels ce Paresetique de l'amour divin fut une des premières saillies de la nompareille affluence d'esprit que chacun admire en luy.
Nous voyons de plus un grand et ma* gnifique palais que le R. P. Laurent de Paris, prédicateur de l'ordre des capucins, basUt à l'honneur de ramoor divin ; lequel
PRKPACE.
DBtant achevé sera un cours acromply i!e la science de bien aimer. Mais enfin la bienheureuse Thérèse rie Jésus a si bion escrit des mouvemens sacrés de la dilection en tous les livres qu'elle a laissés , qu'on est ravy de voir tant d'éloquence en une si grande humilité , tant de fermeté d'esprit en une si grande simplicité ; et sa tres-sçavante ignorance fait paroistre tresignorante la science de plusieurs gens de lettres , qui après un grand tracas d'estude, se voyent honteux de n'entendre pas ce qu'elle escrit si heureusement de la practique du sainct amour. Ainsi Dieu esleve le throsne do sa vertu sur le théâtre de nostre infirmité, « se servant des choses foibles pour confondre les fortes (1). »
Orquoyque ce traité que je te présente, mon cher lecteur, suive de bien loin tous ces excellons livres, sans espoir de les pouvoir acconsuivre, si est-ce que j'espère tant en la faveur de deux amans célestes auxquels je le dédie , qu'encore te pourra-til rendre quelque sorte de service , et que tu y rencontreras beaucoup de bonnes considérations qu'il ne te seroit pas si aisé de trouver ailleurs, comme réciproquement tu trouveras ailleurs plusieurs belles choses qui ne sont pas icy. Il me semble mesme que mon dessein n'est pas celui des autres, sinon en gênerai , en tant que nous visons tous à la gloire du sainct amour : mais de cccy la lecture t'en fera foy.
Gestes j'ay seulement pensé à représenter simplement et naïfvemcnt , sans art et encore plus sans fard, l'histoire de la naissance , du progrès , de la décadence , des opérations , propriétés, advantages et excellences de l'amour divin. Que si outre cela tu trouves quelqu^autro chose, ce sont des surcroissances qu'il n'est presque pas possible d'éviter à celui qui , comme moy, escrit entre plusieurs distractions. Mais je croy bien pourtant que rien ne sera sans quelque sorte d'utilité. La nature mesme qui est une si sage ouvrière , projettani la production des raisins , produit quant et quant comme par une prudente inadver- (i)LCor. i,rr.
tance tant de feuilles et de pampros, qu'il y a peu de vignes qui n'ayent besoin en leur saison d'estre effeuillées et esbour geonnées.
On traite maintenant les escrivaîns trop rudement , on précipite les sentences que l'on rend contre eux , et bien souvent avec plus d'impertinence qu'ils n'ont pratiqué d'imprudence en se hastant de publier leurs escrits. La précipitation des jugemens met grandement en danger la conscience des juges et l'innocence des ao* cusez. Plusieurs escrivent sottement, et plusieurs censurent lourdement. La douceur des lecteurs rend douce et utile la lecture ; et pour t'avoir plus favorable , mon cher lecteur, je te veux icy rendre raison do quelques points qui autrement à l'adventure te mettroient en mauvaise humeur.
Quelques-uns peut-estre trouveront que j'ay trop dit , et qu'il n'estoit pas requis de prendre ainsi les discours jusques dans leurs racines. Mais je pense que le divin amour est une plante pareille à celle que nous appelons angelique, de laquelle la racine n'est pas moins odorante et salutaire que la tige et les feuilles. Les quatre premiers livres et quelques chapitres des autres pouvoient sans doute estre obmis au gré des âmes qui ne cherchent que la seule pratique de la saincte dilection : mais tout cela neantmoins leur sera bien utile, si elles le regardent dévotement. Cependant plusieurs peut-eslre aussi eusst?n!
troftvé mauvais de ne voir pas icy toute la suite de ce qui appartient au traité du céleste amour. Certes j'ai eu en considération la condition des esprits de ce siècle , et je le devois : il importe beaucoup de regardei en quel asge on escrit.
Je cite aucunes fois l'Escriture sainctt en autres termes que ceux qui sont portés par l'édition ordinaire. 0 vray Dieu ! mor cher lecteur, ne me fais pas j)0ur cela ce tort de croire que je veuille me départir df cette edit ion-là : ha non ! car je sçay que le Sainct-Esprit l'a autorisée par le sacre \ concile de Trente, et que partant doui
PRCFACB.
looijrdefoiis toosarrester; ains au contraire Je n'employé les autres versions que pour le service de celle-cy , quand elles expliquent e^ confirment son vrai sens. Par exemple , ce que l'espoux celesto dit à son espouse : « Tu as blessé mon cœur (4 ) » , est fort esclaircy par Tautre version : a Tu I m'as emporté le cœur », ou « Tu as tiré let ravy mon cœur. » Ce que Nostre-Seiigneur dit : c Bienheureux sont les pau-^ >vres d'esprit (2) », est grandement am« plifié et déclaré selon le grec, «Bienheu- I reuz sont les mendians d'esprit ; » et ainsi des autres.
J*ay souvent cité le sacré psalmiste en vers , et ça esté pour recréer ton esprit, et selon la facilité que j'en ay eue par la belle traduction de Philippe des Portes, abbé de Tiron , de laquelle neantmoins je ne suis quelquefois departy , non certes caidant de pouvoir faire mieux les vers que ce fameux poète ; car je serois un grand impertinent si , n'ayant jamais seulement pensé à cette sorte d'escrire , je pretcndois d'y reiissir en un asge et une condition de fie qui m'obligeroil de m'en retirer si jamais ]*y avois esté engagé ; mais en quelques endroits où il y pouvoit avoir plusieurs intelligences , je n'ay pas suivi ses vers , parce que je ne voulois pas suivre son sens : comme au psaime CXXXII il a entendu un mot latin qui y est , des /rait- §et de la robbe (3), que j'ay estimé devoir estre pris pour le collet ; c'est pourqooy j'ai fait la traduction à mon gré.
Je ne dis rien que je n'aye appris des autres : or il me seroit impossible de me ressouvenir de qui j'ay receu chaque chose en particulier. Mais je t'asseure bien que si j'avois tiré de quelque aulheur de grandes pièces dignes de quelque remarque , je ferois conscience de ne luy en rendre pas la louange qu'il en meriteroit ; et pour t*oster un soupçon qui te |)ourroit venir en Tespi it contre ma sincérité , pour ce regard je t'advertis que le chapitre Xlli du aeptiesme livre est extrait d'un sermon que je fis à Paris , à Saincl-Jean en Grève ,
(1> GâQl. eut. 99, t.- (i) Mtli. ▼, s. . (•) v. t.
le jour de l'Assomption de Nostre-Dame , l'an 4602.
Je n'ay pas tousjours exprimé la suite des chapitres : mais si tu y prends garde , tu trouveras aisément les nœuds de leur liaison. En cela et plusieurs autres choi^es, j'ay eu grand soin d'épargner mon loisir et ta patience. Lorsque j'eus fait imprimer l'Introduction à la vie dévote, monseigneur l'archevesque de Vienne , Pierre de Villars , me fit la faveur de m'en escrire son opinion en termes si advantageux pour ce livret etpour moy , que je n'oserois jamais les redire ; et m'exhortant d'appliquer le plus que je pourrois de mon loisir à faire de pareilles besongnes, entre plusieurs beaux advis desquels il me gratifia , l'un fut que j'observasse tousjours , tant que le subjet le permettroit , la brièveté des chapitres : car tout ainsi , ditnl , que les voyageurs sçachant qu'il y a quelque beau jardin à vin^t ou vingt-cinq pas de leur chemin , se détournent aisément de si peu pour l'aller voir , ce qu'ils ne feroient pas s'ils sçavoient pas qu*il fusl plus esloigné de leur route : de mesme ceux qui sçavent que la fin d'un chapitre n'est guère esloignée du commencement , ils entreprennent volontiers de le lire : ce qu'ils ne feroient pas , pour agréable qu'en fust le subjet , s'il falloit beaucoup de temps pour en achever la lecture. J'ay donc eu raison de sui* vre en cela mon inclination , puisqu'elle fut agréable à ce grand personnage, qui a esté l'un des plus saincts prélats et des plus sçavans docteurs que l'Eglise ait eus de nostre âge , et lequel , lorsqu'il m'honora de sa lettre , estott le plus ancien de tous les docteurs de la faculté de Paris.
Un grand serviteur de Dieu m'advertit naguère que l'adresse que j*avois faite de ma parole à Philothée en l'Introduction à la vie de vote , a voit empesché plusieurs hommes d'en faire leur profit, d'autant qu'ils n*estimoient pas dignes delà lecture d'un homme les advertisscmeos faits (vour uno femme. J'admiray qu'il se trou vast des hommes qui , pour vouloir paroistie hojnmos , ^ti inoatnissent en cilet si peu bom*
PItfiFàGM.
mes : car je te laisse à penser , mon cher lecteur , si la dévotion n*cst pas esgelement pour les hommes comme pour les femmes, et 8*il ne faut pas lire avec pareille attention et révérence la seconde epistre de sainct Jean , adressée à la saincte dame Blecta , comme la troisieâfne qu*il destine à Caïus , et si mille et mille lettres ou exœllens traitez des anciens pères de l*£glise doivent estre tenus pour inutiles aux hommes d'autant qu*ils sont adresses à des sainctes femmes de ce (emps-là. Mais outre cela , c'est l'ame qui aspire à la dévotion que j'appelle Philolhëe; et les hommes ont une amo aussi bien que les femmes.
Toutefois , pour imiter en cotte occasion te grand apostre, qui s*estimoit redevti' è/0(4) à tous t j'ay changé d'adresse en ce traité, et perle à Theotime. Que si d'adventure il se trouvoit des femmes (or cette impertinence seroit plus supportable en elles) qui ne voulussent pas lire les enseignemens qu'on fait à un homme , je les prie de croire que le Theotime auquel je perle , est Tesprit humain qui désire faire progrès en la dilection saincte, esprit qui est également èa femmes comme es hommes.
Ce traité donc est fait pour aider Tame desjà dévote à ce qu'elle se puisse advancer en son dessein , et pour cela il m'a esté force dédire plusieurs choses un peu moins cogneues au vulgaire, et qui par conséquent sembleront plus obscures. Le fond de la science est tousjours un peu plus nalaisé à sonder , et se trouve peu de plongeons qui veuillent et sçachent aller reeuetlllr les perles et autres pierres précieuses dans les entrailles de l'Océan. Mais si j tu as le courage franc pour enfoncer cet escrtt , il t'arrivera de vray comme aux plongeons, lesquels, dit Pline, estantes plus profonds gouffres de la mer y voyent dairemcnt la lumière du soleil : car tu trouveras es endroits les plus malaisez de ees discours une bonne et amiable clarté. Et certes commo je n'ay pas voulu suivre ceux qui mesprisent quelques livres
qui traitent d'une certaine vie aarani»
nento en perfection , aussi n*ay-Je pas voulu parler de cette sureminence : car ny je ne puis censurer les aulheurs , ny au* thoriser les censeurs d'une doctrine que tu n'entends pas.
J'ay touché quantité de poincisde théologie , mais sans esprit de contention, proposant simplement, non tant ce que j'ay jadis appris es disputes , comme ce que l'attention au service des âmes et eraploy de vingt-quatre années en la saincte pre« dication m'ont fait penser estre plus coa« venable à la gloire de TEvangile et de l'Eglise.
Au demeurant , quelques gens de marque de divers endroits m*ont adverty que de certains livrets ont esté publiez sous les seules premières lettres du nom de leurs autheurs, qui se trouvent les mosmes avec celles du mien , qui a fait estimer à quelques-uns que ce fussent besoignes sorties de ma main, non sans un peu do scandale de ceux qui cuidoient que je me fusse détraqué de ma simplicité pour enfler mon style de paroles pompeuses, mon discours de conceptions mondaines, cl mes conceptions d'une éloquence allierc et bien cmpanacliée. A cetto>cause, mon cher lecteur, je te diray que comme ceux qui gravent ou entaillent sur les pierres précieuses, ayant la veuo lassée à force de la tenir bandée sur les traits déliez de leurs ouvrages, tiennent Ires- volontiers devant eux quelque belle esmeraude, afin que la reganiani de temps en temps, ils^puissent recréer en son verd, et remettre en nature leurs yeui allangouris : de mesme en cette variété d'aiïaires que ma condition me donne incessamment, j'ay tousjours de petits projets de quelque traité do pieté que je regarde, quand je puis, pour alléger et da» lasser mon esprit.
Mais je ne fais pas pourtant profession d'estreescrivain ; car la pesanteur de mon esprit et la condition de ma vie exposée au service et à l'abord de plusieurs ne le me sçauroient permettre. Pour cela j'ay donc fort peu escritt et beaucoup mi/ins
PRÉfACK»
«• iaimre \ %\ pour miTro to oonseil •lia volonté de mes amis y jotedimyquo fl^esl a6n que tu n'attribues pas la loUange du travail d'autruy à oeiuy qui n'en mérite point du sien propre.
U y a dix-neuf ans que me trouvant à TboDoo, petite ville située sur le lac de Ge- Mve, laquelle lors se contertissoit petit à petit à la foy catholique , le ministre adferaaire de rSglise crioit par tout que Tartide catholique de la réelle présence du corps du Sauveur en Feucharistie destrui- «Ht le symbole et l'analogie de la foy (car il esloit bien aise de dire ce mot d'analo? ^, non entendu par ses auditeurs, aOn de paroistre fort sçavant), et sur cela les aotrea prédicateurs catholiques avec les* quels j'estois là , me chargèrent d'escrire goelque chose en réfutation de cette vani« lé; et je Gs ce qui me sembla convenable, dressant une briefve méditation sur le ijmbole des apostres pour confirmer la Torité , et toutes les copies furent distri« buées en ce diocèse où je n'en trouve plus lucuoe.
Peu après son altesse vint deçà les Bonts , et trouvant les bailliages de Cha* blsix , Gaillard et Ternier, qui sont es en- Tirons de Genève , à moitié disposez de recevoir la saincto religion catholique, qui en avoit estoit arrachée par le malheur des guerres et révoltes, il y avoit près de soixante^iz ans , elle se résolut d'en res> tvblir Texercice en toutes les paroisses, et d'abolir celuy de Theresie. Et parce que d*un costé il y avoit de grands empesche* ftcns àce bonheur selon les considérations que Ton appelle raisons d'estat, et que d'ailleurs plusieurs , non encore bien in« struils de la vérité, resii^toient àce tant désirable rétablissement » son altesse surmonta la première difficulté par lu fermeté invincible de son zi^le à la saincle religion, et la seconde par une douceur et prudence extraordinaire : car elle fit assembler les principaux et les plus opiniastres, et baiangua avec une éloquence si aniiablement pressante, que presque» tous, vahicos par la douce violence de son amour
patemei envers eux, rendirent les nrmos de leur opiniastreté à ses pieds » et leurs âmes entre les mains de la sainte Eglise. Mais qu'il me soit loisible i mon cher lecteur, je t*en prie, de dire ce mot en passant. On peut louer beaucoup de riches actions de ce grand prince, entre lesquelles je vois la preuve de son indicible vaillance et science militaire qu'il vient de rendre maintenant admirée de toute l'Europet Mais toulesfois, quant à moi, je ne puis as* sez exalter le restablissement de la soinete religion en ces trois bailliages que Je vreos de nommer , y ayant veu tant de traits de pieté assortis d'une si grande variété d'aotions de prudence, constance, magnanU mité , justice et debonnaireté, qu'en cette seule peiite pièce, il me sembloit de voir comme en un tableau raccourci tout ce qu'on loiie es princes qui jadis ont le plus ardemment servi à la gloire de Dieu et de l'Eglise: le théâtre estoit petit, mais les actions grandes. Et comme cet ancien ouvrier ne fut jamais tant estimé pour ses ouvrages de grande forme, comme il fut admiré d'avoir sceu faire un navire d'hyvoire assorly de son esqutpage , en si petit
volume que les aisles d'une abeille le recouvroient tout : aussi estimé-je plus ce que ce grand prince fit alors en ce petit coin de ses estais que, beaucoup d'actions de plus grand esclatque plusieurs relèvent jusqu'au ciel.
Or , en cette occasion on replanta par toutes les avenues et places publiques de ces quartiers-là les victorieus«^s ensei((nes de la croix ; et parce que peu auparavant on en avoit planté une fort solemnellement à Ennemasse près Genève, un certain mi* nistre fit un petit traité contre l'honneur d'icelle , contenant une invective ardente et vénéneuse , à laquelle pour cela il fut trouvé bon que l'on respondist ; et moa« seigneur Claude de Granier mon predccea* seur, duquella mémoire est en bénédiction, m'en imposa la charge scion le pouvoir qu'il avoit sur moy , qui le rogardois non* seulement comme mon evosquoi mais comme un sainct serviteur de Dieu. Je fis
dooo cette i«ipoi>w amiB le titre de Dtftnu dt rSittndard ia la Croix, et ta dediay A boq allewe , partie pour luy tesmoigner ma tre»4iuiiible subjection, pai^ lie pour luy faire queique remerciement du aoia qu'elle avoit de l'Eglise en ceç Uaux-iA.
Or depuis peu on a réimprima celte défense sous le titre prodigieux do la Pa*tkaiogiv, ow Thretor de la Croix; litre auquel jamais je ne pen&ay, comme en veriU aussi ne suis-je pas homme d'estude, ny de loisir , ny de mémoire pour pouvoir assembler tant de pièces deprii en un livre qu'il puisse porter le litre de Thresor ny de Punthalogie.eicesfrontispiceeinsolens me sont en horreur.
On célébra l'an 460S àParis, où j'estois, les obsèques de ce magnanime Prince Philippe-Emanuel de Lorraine , duc de Mercœur, lequel avoit fait tant de beaux exploits, contre les Turcs en Hongrie, que tout le chrislianisme devoîl conspirer à l'honneur do sa mémoire. Hais surtout madame Marie de Luxembourg sa vcufve, fil de son costé tout ce que son courage et l'amonrdu défunt luy put suggérer pour solemniser ses funérailles ; et parce que mon père, monayeul, mon bissyeul avoient esté nourris pages des trei-'illustres et trefr«icellenB princes de Hurtîgucs ses pères et prédécesseurs, elle me regarda comme servileur héréditaire de sa maison, e(me choisil pour luire la harangue funèbre en cette si grande cek'brilé, où se trouvèrent non-seulement plusieurs cardinaux el prélats, mais quantité de princes, princesses, mareschaux do France , chevaliers de l'ordre , el mesme la cour de parlement en corps. Je fis donc celle orai^cn funèbre et la pronon(8y en cette si grande assentblée dans la grande église de Paris ; et parce qu'elle contenoit un abrogi^. véritable des faits héroïques du prince deiunt, je la Bs volontiers imprimer, puisque la m vaufve le desiroit, et que son de*
^r me devoit astre une loy. Or, Je deffi^
cette piece-là à madame la duchesse de Vendôme (1}t tere encore fille et toute jeune princesse, mais en laquelle M voyoil desjà fort cognoissablement \m trailsde cette excellentevertuet pietéqni reluisent maintenant en elle dignes d»
l'extraction el nourriture d'une si dévote et pieuse mère.
A mesme que l'on imprimoit cette orai- BOn , j'appris que j'avois été fait evesqna, si que je revins soudain icy pour estre consacré et commencer ma résidence, et d'abord on proposa la nécessité qu'il y avoit d'advertir les confesseurs de quelquei points d'importance , et pour cela j'escrivii vingt-cinij advertissemens que je fis in^ primer pour les faire courir plus aisément parmy r«ux A qui je les adressois : mai* depuis ils ont esté reimprimez en divers lieux.
, Trois ou quatre ans après je mis en Inmiere l'introduction à la vie dévote , pour les occasions et en la façon que j'ay remarquées en la préface d'icelle . dont Je n'ay rien à le dire , mon cher lecteur, sinon que si ce livret a receu gencralemeni un gracieux el doux accueil, voire mesme parmy les plus braves prélats et docteurs do l'Eglise; il n'a pas |K)urtant esté exempt d'une rude censure de i|uclque!î-uns qui ne m'ont pas seulement blasmé, mais m'oni aspremcnt bafToué en |>ublic de ce que je dis à Philotée que le bal est une action de soy-mème indinerenle, et qu'en récréation on peut dire des quolibets ; el moy sçachsnt ia qualité de ces censeurs, je loue leur intention que je pense avoir est^ bonne. Mais j'eusse neantmoins désira qu'il leur eust plu da considérer que ta première proposition est puisée de la commune et vcrilable doi-tnnedes plus saiorti el scavans théologiens; que j'escrivoiE pour les gens qui vivent emmy le monde et les cours : <|u'au partir de là , j'inculque soigneuseniunl l'cxlresme péril qu'il y a ëâ danses ; et que quant à la seconde
PRÉPACX.
lif
praposition . avec le mot de quolibet , elle n'eBl pas de moy, mais de cet admirable roy S. Loays , docteur digne d*eslrc suivi eo l'art de bien conduire les courtisans à la vie dévote. Car je croy que s'ils eussent pris garde à cela, leur charité et discrétion n'eust jamais permis à leur zèle, pour figpureux et austère qu'il eust esté , d'armer leur indignation contre moy.
Et sur ce propos , mon cher lecteur , je te conjure de m'eslre doux et honteux en la lecture de ce traité. Que si tu trouves le style un peu (quoy que ce sera, je m'asseure , fort peu) différent de celuy dont fay usé escrivant à Philothée, et tous deux grandement divers de celuy que j'ay employé en la défense de la croix, sçache qu'en dix-neuf ans on appn'nd et desapprend beaucoup de choses ; que le langage delà guerre est autre que celuy do la paix ; et que Ton parle d'une façon aux jeunes apprentifs , et d'une autre sorte aux vieux compagnons.
ki certes je parle pour les âmes avancées en la dévotion ; car il faut que je te die que nous avons en cette ville une congrégation de filles et veufvcs, qui , retirées du monde , vivent unanimement au aervice de Dieu sous la protection de sa tres-saincle mère ; et comme leur pureté et pieté d'esprit m'a souvent donné de grandes consolations, aussi ay-je lasché de leur en rendre fréquemment par la distribution d^ la saincte parole que je leur ay annoncée , tant en sermons publics qu'en colloques spirituels , et presque toujours en la présence de plusieurs religieux et gens de grande dévotion , dont il ma fallu traiter maintesfois des sentimens plus délicats de la pieté, passant au delà de ce que j'avais dit à Philothée : et c'est une bonne partie de ce que je te communique maintenant que je dois à celte bénite assemblée , parce que celle qui en est la mère et y préside, sçachant que j'escrivois sur ce subject , et que neantmoins mal aisément pourrois-je tirer la besoigne au jour, si Dieu ne m'aicloit fort spéciale. meot , et que je ne fusse continuellement
pressé, elle a eu un soin continuel de prier et faire prier pour cela , et de me conjurer sainctement de recueillir tous les petits morceaux de loisir qu'elle estimoit pouvoir estre sauvez par-cy par-là de la presse de mes empeschemens , pour les employer à ceux-cy. Et parce que celte ame m'est en la consolation que Dieu sçait, elle n'a pas eu peu de pouvoir pour animer la mienne en cette occasion. Il y a voi rement iong-femps que j'avoîs projette d'escrire de l'amour sacré , mais ce projet n'estoit point comparable à ce que cette occasion m'a fait produire : occasion que je manifeste ainsi naïfvement , tout à la bonne foy à l'imitation des anciens, afin que tu sçaches que je n'escris que par rencontre et occurrence , et que tu me sois plus amiable. On disoit entre les payons que Phidias ne represen toit jamais rien si parfaitement que les divinitez, ni Âpelles qu'Alexandre : on ne réussit pas tousjours également. Si je demeure court en ce traicté , mon cher lecteur , fay que ta bonté s'avance. Dieu bénira ta lecture.
A cette intention , j'ai dédié cet œuvre à la mère de dileclion et au père de l'amour cordial , comme j'avois dodié l'Introduction au divin enfant qui est le Sauveur des amans cl Tamour des sauvez. Certescommo les femmes , tandis qu'elles sont fortes et habiles à produire aisément les enfans, leurclioisissentordinairement des parrains entre leurs amis de ce monde; mais quand leur foiblesse et indisposition rend leurs enfantemens difficiles et périlleux, elles invoquent les saincts du ciel , et vouent de faire tenir leurs enfans par quelque pauvre, ou par quelque personne dévote , au nom de S. Joseph , de S. François d'A?sise, de S. François de Paul , de S. Nicolas , ou de quelqu'autre bienheureux qui puisse impctrer de Dieu le bon succès de leur grossesse et une naissance vitale pour Ton* faut : de mesme avant que je fusse evesque , me trouvant avec plus de loisir et moins d'appréhension pour escrire, je dediay les petits ouvrages que je fis aux prfncesdela terre; mais maintenantqu'ao»
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câblé de ma charge J'ay mille dilBciiltex d'escrire , }e ne consacre plus rien qn^aut princes du ciel , afln qu'ils m'obtiennent la lumière requise ; et que si telle est la volonté divine, ces escrits aient une naissance fructueuse et utile ù plusieurs.
Ainsi Dieu te bénisse , mon cher lecteur, et te fasse riche do son sainct amour. Cependant je soubmets tousjours de tout mon oGBur mes escrits, mes paroles et mes aclidia à la correction de la tres«diicte
Egliia, catholique , apostolique et ro« sçachant qu'elle est « la colomne el » mêlé de la vérité (4) » dont elle ne ny faillir ny défaillir ; et que nul ne avoir Dieu pour père, qui n*aura Eglise pour mère.
(l}I.Tla.ui»it.
A ABM67. !• joor 4M trif-MMlf I S.ri«fft«elS.rMl,iiM.
DIEU SOIT BENII