CHAPITRE n
GoDiiie la volonté gooTemo dlveneiiitBt les paisMnees de l'ame.
Le père de famille conduit sa femme , ses en fans et ses serviteurs , par ses or> donnances etcommandemens, auxquels ils sont obligez d'obéir , h en qu'ils puisseni ne le faire pas : que s*ii a des serfs et et» claves , il les gouverne par la force , à la» quelle ils n'ont nul besoin de contredire. Mais ses chevaux, ses bœufs, ses mulets, il les manie par industrie , les liant, bridant| piquant, enfermant, laschant.
Certes la volonté gouverne la faculté de nostre mouvement extérieur, comme un serf ou esclave : car , sinon qu'au dehors quelque chose l'empesche , jamais elle ne manque d'obeïr. Nous ouvrons et fermons la bouche , mouvons la langue, les mains , les pieds, les yeux, et toutes les parties esquellesla puissance de ce mouvement se treuve , sans résistance , à nostre gré , el selon nostre volonté.
Mais quant à nos sens , et à la faculté de nourrir , croistre et produire, nous ne le pouvons pas gouverner si aisément , aine il nous faut y employer l'industrie et l'art. Si l'on appelle un esclave, il vient : si on luy dit qu'il arreste , il arreste . mais il ne faut pas attendre cette obéissance d'un esprevier ou faucon : qui le veut faire revenir , il lui faut monstrer le leurre ; qui le veut accoiser , il lui faut mettre le chapperon. On dit à un valet, tournez à gauche ou à droicte, el il le fait : mais pour faire ainsi tourner un cheval , il se faut servir de sa bride. Il ne faut pas , Theotime, commander à nos yeux de ne voir pas , ny à nos oreilles de n'ouïr pas , ny à nos mains de ne toucher pas , ny à nostre estomach de ne digérer pas , ny à nos corps de ne croistre pas ou de ne produire pas : car toutes cesfacullez n'ont nulle intelligence, et partant sont incapables d'obeïssance.
Nul ne peut adjouster une coudée à sa stature. Ruchel vouloit et ne |)Ouvoit concevoir. Nous mangeons souvent sans estre nourris ny prendre croissance. Qm veut chcvir de ses facullez, il faut user d'industrie. Le médecin traittunt un enfant au berceau , ne luy cunnnande chose (|uelconque , mais il ordonne i)ien à la nourrice - qu'elle luy fasse telle et telle chose : ou