‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 66 sur 365 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Gomme la volonté gouverne TappMit sensoel.

La volonté doncques, Theotime, domine sur la mémoire, l'entendement, et la fantaisie , non par force, mais par authorité; en sorte qu'elle n'est pas tousjours infaillil blement obeïe, non plus que le père de famille ne l'est pas aussi tousjours par ses onfî!!)^ ot serviteurs (2). Or c'en est de mer 111' Je l'appétit sensuel, lequel, comme dit suiML t Augustin, est appelle convoitise en nous autres pécheurs , et demeure subject à la volonté et à l'esprit, comme la femme à son mary; parce que tout ainsi qu il fut dit à la femme, « tu te retourneras » à ton mary , et il te maistrisera , aussi » fut-il dit à Caïn , que son appétit se re- » tourneroit à luy, et qu'il domineroit sur » iceluy : » et se retourner à l'homme ne «eutdire autre chose que se soubmettre et s'assujettir à luy. « 0 homme, dit sainct » Bernard (3), il est à ton pouvoir, si tu » veux , de faire que ton enneniy soit Ion «serviteur; en sorte que toutes choses » te reviennent à bien ; ton appétit est sous » toy , et tu le domineras. Ton ennemy » peut exciter en toy le sentiment de la » tentation; mais tu peux, si tu veux, » donner , ou refuser le consentement. Si » tu permets à l'appétit de te porter au » péché, alors lu seras sous iceluy, et il te » maistrisera, parce que quiconque fait le » péché , il est serf du péché : mais avani » que tu fasses le péché, que le péché » n'est pas encore en ton consentement, » mais seulement en ton sentiment, c'est- » à-dire qu'il est encore en ton appétit , et » non en ta volonté , ton appétit est sous » toy, et tu le maistriseras. » Avant que l'empereur soit créé , il est soubmis aux électeurs qui dominent sur luy ; pouvant ou le choisir à la dignité impériale , on le

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TRAITÉ DK L'AMOUR DE DIRU.

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Icv(3 pur eux, ils sont dès lors sous luy, et il don)ino sur eux. Avant que la volonté consente à l*appctit, clic domino sur luy ; mais après le conscnlcmont elle devient son esclave.

En somme, cet appétit sensuel est à la vérité un subjet rebelle, séditieux, remuant : et faut confesser que nous ne le sçnurions tellement desfaire , qu*il nes*esleve, qu*il n'entreprenne, et qu'il n'assaille la raison : mais pourtant, la volonté est si fort au-dessus de luy , que si elle veut, elle peut le ravaler, rompre ses desseins , et les repousser , puisque c'est assez le repousser, que de ne point consentir à ses suggestions. On no peut empescher la concupiscence de concevoir, mais ouy bien d'enfanter , et de parfaire la péché.

Or cette convoitise , ou appétit sensuel, a douze mouvemens, par lesquels, comme par autant de capitaines mutinez , il fait sa sédition en l'homme. Et parce que pour l'ordinaire ils troublent l'ame , et agitent le corps : en tant qu'ils troublent l'ame , on lo« appelle perturbations : en tant qu'ils inquiètent le corps, on lesappelle passions, au rapport do sainct Augustin. Tous re-< gardent le bien ou le mal ; ccluy-lâ pour racquerir, celuy-cy pour l'éviter. Si le bien est considéré en soy selon sa naturelle bonté, il excite l'amour, première et prinoipalo passion : si le bien est regardé comme absent, il nous provoque au desir : si estant désiré on estime do le pouvoir obtenir, on entre en espérance : si on pense de ne le pouvoir pas obtenir, on sent le désespoir 1 mais quand on le possède comme présent, il nous donne la joye.

Au oontraire, si tost que nous cognolssons te mal, nous le haïssons : s'il est absent , nous le fuyons : si nous pensons de ne pouvoir l'éviter , nous le craignons : si nous estimons de le pouvoir éviter, nous nous enhardissons et encourageons; mais si nous le sentons comme présent, nous nou» attristons ; et lors Tire et le courroux accourt soudain pour rejetter et repousser le mal , ou du moins s'en venger : que si Ton no peut , on demeure en tristesse : muis si l'on a repoussé , ou que l'on sesoii vengé^f on mseni la satisfaction et assoU^* vissement, qui est un pl«ûiir dt triomph»!

le cœur, la victoire oontre le mal ossontU le courage. Et sur tout oe peuple des passions sensuelles , la volonté tieni son empire , rejettent leurs suggestions, répons» sant leurs attaques , empeschant leurs e^ fects, et au fin moins, leur refusant for* tement son consentement, sans lequel elles ne peuvent l'endomlnager, et par le refos duquel elles demeurent vaincues, voire mesmeàla longue, abbattues, allangou* ries, efflanquées, reprimées , et sinon do tout mortes, au moins amorties , ou inor* tifiées.

Et c'est afin d'exercer ses volonteken la vertu et vaillance spirituelle, que cette multitude de passions est laissée en nos âmes, Theotime; de sorte que les stoïciens, qui nièrent qu'elles se trou* vassent en l'homme sage , eurent grand tort; mais d'autant plus que ce qu'îll nioiehten paroles, ils le practiquoient ea effect , au récit de sainct Augustin , qui raconte cette gracieuse histoire (4) : Aulus Geliius s'estant embarqué avec un fameux stoïcien^ une grande tempeste survint , de laquelle le stoïcien estant effrayé , il conn mença à paslir, blesmir, et trembler si sensiblementque tous ceux du vaisseau s'ea apperceurent et le remarquèrent curieu* sèment, quoy qu'ils fussent es mesmes ha* zards avec luy. Cependant la mer enfin s'apaise, le danger passe, et Tasseurance redonnant à un chacun la liberté de causer, voir mesmo de railler ; un certain voluptueux asiatique, se moquant du sloïden, luy rcprochoit qu'il avoiteu peur, et qu'il cstoit devenu hasve et pasie au danger, et que luy au contraire estoit demeuré ferme sans effroy. A quoy le stoïcien rep<irtitpar le récit de ce que Arislippus, philosophe socratique , avoit respondu ô un homme , qui, pour mesmo subjet, l'avoit piqué d'un mesmc reproche : car , luy dit-il, toy tu as eu raison de ne t'estre point soucié pour l'ame d'un meschant brouillon; mais moy, j'eusse eu tort de ne point craindre la perte de l'ame d'ArislIppus ; et le bon de l'histoire est, que Aulus Geliius, tesmoin oculaire la recite ; mais quant à la repartie qu'elle contient, le stoïcien qui la fit, favorisa plus sa promptitude que sa cause, puisqu'alléguant un Compagnon de sa crainte,

(i)iib. iLt dfe eiTitf tàp. fv.

UVIUB I, CHAFITM IT.

Q laissa preuve» par deui irréprochables teamoinsy quêtes stoïciens estoient toudbez de la crainte, et de la crainte qui respnd ses effects es yeux, au visage, et en la contenance; et qui par conséquent est tme passion.

Grande folie de vouloir estre sage d'une iOgesse impossible : TEglise certes a condamné la folie de cette sagesse , que certains anachorètes présomptueux voulurent introduire jadis, contre lesquels toute TEseriture , mais surtout le grand apostre , crie : Que nous avons a (4) une loy en nos f corps, qui répugne à la loy de nostre es- » prit. » (2} Entre nous autres chrestiens, dit le grand sainct Augustin , selon les Bseritures sainctes, et la doctrine saine : «Les citoyens de la sacrée cité do Dieu, •vivant selon Dieu, au pèlerinage de ce B monde, craignent, désirent, se douil- >lent et resjouissent; » ouy mesme le roy loaverain de cette cité a craint, désiré, l'est doulu et resjouyjusques à pleurer, blesrair, trembler, et suer le sang, bien

S'en luy ces mouvemens n'ont pas esté s passions pareilles aux nostres ; dont le grand sainct Hierosme , et après luy l'escole, ne les a pas osé nommer du nom de passions, pour la révérence do la personne en laquelle ils estoient , ains du nom respectueux de propassions, pour tesmoigner Sd les mouvemens sensibles en Nostregneur y tenoyent lieu do passion , bien qu'ils ne fussent pas passions; d'autant qo'il ne patissoit ou souffroit chose quelconque de lu part d'icelles , sinon ce que bon luy sembloit , et comme il luy plaisoit, las gouvernant et maniant à son gré, ce que nous ne faisons pas , nous autres pe^ cheurs, qui souffrons et pâtissons ces mouvemens en desordre, contre nostre gré, avec un grand préjudice du bon estât et police de nos âmes.

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