‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 89 sur 365 · CHAPITRE Vffl · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vffl

Combieii Diea detire que noat Taimiont.

Bien que la rédemption du Sauveur uous soit appliquée en autant do différentes façons comme il y a d'ames, si est-ce néant, moins que l'amour est le moyen universel

(i) L Cor. ni, T.

da nostre salut qui se mesle partout ; et sans lequel rien n'est salutaire , ainsi que nous dirons ailleurs (4). Aussi le chérubin fut mis à la porte du paradis terrestre avec son espée flamboyante , pour nous apprendre que nul n'entrera au paradis céleste , qu'il ne soit transpercé du glaive do l'amour. Pour cela , Theotime , le doux Jésus qui nous a rachotex par son sang , désire infiniment que nous Taymions, aûn que nous soyons éternellement sauvez ; et désire que nous soyons sauvez , afin que nous Taymions éternellement , son amour tendant à nostre salut, et nostre salut à son amour (2). Hé , dit-il , je suis venu » pour mettre lô feu au monde; que preatens-je sinon qu'il ardo? » Mais pour déclarer plus vivement l'ardeur de ce desir, il nousQommandû cet amour en termes admirables : « (3) Tu aymeras , dit-il , )o » Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de » toute t€fn ame , de toutes tes forces ; » c'est le premier et le plus grand com- B mandement. »

Vray Dieu , Theotime , que le cœur divjn est amoureux de notre amour 1 Ne suflisoit-il pas qu'il eust publié une permission , par laquelle il nous eust donné congé de l'aimer (4) comme Laban permit à Jacob d'aimer sa belle Rachel , et de la gaigner par ses service»? Mais non , il déclare plus avant sa passion amoureuse envers noua, et nous commande de Tainior de tout nostre pouvoir ; afin que la considération de sa majesté, et de nostre misore, qui font une tant inflnie disparité et inégalité de luy à nous, ny autre prétexte quelconque ne nous divertist de l'aimer. En quoy il tesmoigne bien, Theotime, qu'il ne nous a pas laissé d'inclination naturelle de l'aimer pour néant : car afin qu'elle ne soit oiseuse, il nous presse de remployer par ce commandement gênerai ; et afln que ce commandement puisse esire pratiqué, il ne laisse homme qui vive , auquel il ne fournisse abondamment tous les moyens requis à cet effect. Le soleil visible touche tout de sa chaleur vivifiante , et comme l'amoureux universel des choses inférieures il leur donne la vigueur requise pour fiiire leurs productions : et de mesme la bonté divine anime toutes les âmes, et encourage

(1) G«aM. tu, tk . (S) L«e, XII, M.

(t) Mâtt. mu, IT, ti... (4)

1BARÉ DE L'AMOUR DE DIEU

touslescoBonà son aiiioar,8an8 qu'homme quelconque soit caché à sa chaleur. (4)c La

> sapience éternelle, ditSalomon, presche

> tQut en public, elle fait retentir sa Toix » emmy les places , elle crie et recrie de* » vant les peuples , elle prononce ses pa- » rôles es portes des villes, elle dit : Jus- » ques à quand sera-ce, 6 petits enfans , » que vous aimerez Tenfance ; et jusques 1 à quand sera-ce que les forcenez desi- » reront les choses nuisibles , et que les » imprudens haïront la science? Couver^ » tissez-vous , revenez à moi sur cest ad- » vertissement : hé 1 voicyque je vous offre B mon esprit , et je vous monstreray ma » parole. > Et cette mesme sapience poursuit en Ezechiel , disant : « (2) Que per- » sonne ne die , je suis emmy les péchez , » et comment pourray-je revivre? Ah non 1 B Car, voicy que Dieu dit : Je suis vivant , » aussi vray que je vis , je ne veux point » la mort de Timpie , mais qu'il se conver- » tisse de sa vaye, et qu*il vive. > Or vivre selon Dieu, c'est aimer ; et « (3) qui n*ayme » pas , il demeure en la mort. > Voyez donc , Theotime , si Dieu désire que nous l'aimions?

Mais il ne se contente pas d'annoncer ainsi son eztresme désir d'estre aimé en public, en sorte que chascun puisse avoir part à son aimable semonce ; ains il va mesme de porte en porte hurtant « (4) et » frappant, protestant que si quelqu'un ou- » vre, il entrera chez luy, et soupperaavec luy, » c'est-à-dire, il luy tesmoignera toute sorte de bienveuillance.

Or, qu'est-ce à dire tout cela, Theotime? Sinon que Dieu ne nous donne pas seulement une simple sufi&sancede moyens pour l'aimer et en l'aimant nous sauver ; mais que c'est une suffisance riche, ample, magniGque,et telle qu'elle doit estre attendue d'une si grande bonté comme est la sienne. Le grand apostre, parlant au pécheur obstiné : « (5) Mesprises-tu, dit-il, les riches-

> ses de la bonté, patience, et longanimité

> de Dieu? Ignores-tu que la bénignité de » Dieu t'ameine à pénitence? Mais toy, se- » ion ta dureté et ton cœur impénitent, tu » le fais un thrcsor d'ire au jour de Tire. > Mon cher Theotime, Dieu n'exerce pas donc

(l)Pfalio. xviii. 7. ProT. i.lOet Mq.

(t) Etecb. xsxiii, 10. 11- — (t) I. Joaa. tu, 1*.

tk) Ap«c u^ M. — (»i Rom. u, 4, f.

une simple suflBsance de remède pour convertir les obstinez, mais employé à cela les richesses de sa bonté. L'apostre, comme vous voyez, oppose les ridiesses de fa bonté de Dieu aux thresors de la malice du coBur impénitent, et dit que le cœur malicieux est si riche en iniquité, que mesme il mesprise les richesses de la debonnaireté par laquelle Dieu l'attire à pénitence. Et notez que ce ne sont pas simplement les richesses de la bonté divine, que l'obstiné mesprise, mais les richesses attrayantes à pénitence ; richesses qu'on ne peut bonnement ignorer. Certes cette riche, comble et plantureuse suffisance de moyens, que Dieu eslargit aux pécheurs pour l'aimer, paroist presque partout en l'Escriture : car voyez ce Dieu amant à la porte, il ne bat pas simplement, il s'arreste à battre, il appelle lame : « (4} Sus

> leve-toy, ma bien-aimée ; depesche-toy ;

> et met sa main dans la serrure, » pour voir s'il pourroit point ouvrir. S'il presche enmiy les places, il ne presche pas simplement , mais il va criant , c'est-à-dire, il continue à crier; s'il exclame qu'on se convertisse , il semble qu'il ne l'a jamais assez répété : c (2) Convertissez- vous, con-

> vertissez-vous, faites pénitence, retoui^ » nez à moy; vivez. Pourquoy mourrez- » vous, maison d'Israël? v En somme, ce divin Sauveur n'oublie rien pourmonstrer que c (3) ses miserations sont sur toutes » ses œuvres ; que sa miséricorde surpasse » son jugement; que sa (4) rédemption est » copieuse ; » que son amour est inGny ; et comme dit l'apostre, qu'il « (5) est ri- » che en miséricorde ; » et que par conséquent , il « (6) voudroit que tous les hom- » mes fussent sauvez , et f7) qu'aucun ne » perist. »

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