CHAPITRE IX
Comme l'amour éternel de Dieu en?en nous prévient nos cœurs de son inspiration , afln que iMtus Taimions.
c (8) Je t'ay aimé d'une charité perpe- » «uelie, et partant jo t'ay attiré, ayant pitié et miséricorde de toy ; et de réchef je » te reedifieray, et seras editiée, toi vierge
(1) Caal. Il, 10. Gant. t. 4 — (S) Esech. zxziii , ii. . (I) pftl. QXUT. 9. Jac. Il, is.
(4) PMlm. QUix, 7. — (S; Ephes. ii. «. k (S) I. Tlm. II. 4. — (7} II. Peir. m. a^ tf^Jenn. uzi, a.
UTRE n, CHAPITRE IX.
• dlBraël. » Ce sont [laroleB de Dieu , par nous mourons voirement
Mequelles il promet que le Sauveur venant an monde establira un nouveau règne en •on Eglise, qui sera son espouse vierge, et c (4) vraye Israélite spirituelle. »
Or, comme vous voyez, Theotime,c[ (2)ce 9n*a paaesté par aucun meritedes œuvres » que nous eussions faites, mais selon sa 9 miséricorde , qu'il nous a sauvés, » par eette charité ancienne, ains étemelle, qui a esmeo sa divine providence de nous attirer à soy. Que « (3) si le Père ne nous eust » tirez , jamais nous ne fussions venus au iFiia nostre Sauveur, ny par conséquent tan salut. >
n y a certains oyseaux, Theotime, qu'Aristote nomme Apodes, parce qu'ayant les jambes eztresmement courtes, et les pieds MBS force, ils ne s'en servent non plus que ails n'en avoient point. Que si une fois ils prennent terre, ils y demeurent pris, sans qœ jamais d'eux-mesmes ils puissent reprendre leur vol; d'autant que n'ayant nul ange des jambes, ny des pieds, ils n'ont pas non plus le moyen de se pousser et rebncer en l'air, et partant ils demeurent là croupissant, et y meurent, sinon que quelque vent propice à leur impuissance, jettant ses bouffées sur la face de la terre, les fienne saisir et enlever comme il fait pluneoTB autres choses. Car alors, si employant leurs aisles, ils correspondent à cet ealan et jjremier essor que le vent leur donne, le mesme vent continue aussi son secours envers eux , les poussant de plus en plus au vol.
Theotime, les anges sont comme les oygeauK, que pour leur beauté et rareté on appelle oyseaux de paradis, qu'on ne void jamais en terre que morts. Car ces esprits eelestes ne quittèrent pas plutost l'amour divin , pour s'attacher à l'amour propre, qœ soudain ils tombèrent comme morts ensevelis es enfers ; d'autant que ce que la mort fait es hommes, les séparant pour jamais de cette vie mortelle, la cheule le fit èa anges, les séparant pour tousjours de la vie étemelle : mais nous autres humains, jious ressemblons plutost aux Apodes. Car s'il noua advient de quitter l'air du sainct amour divin, pour prendre terre, et nous attacher aux créatures, ce que nous faisons toutes les fois que nous offensons Dieu i
(1) JtM. i,«r.» (•) TIt. m, 1. " (t) JOM. IT, Mb
mais non
d'une mort si entière, qu'il ne nous reste un peu de mouvement , et avec cela des jambes et des pieds, c'esté-dire quelques menues affections qui nous peuvent faire faire quelques essays d'amour : mais cela pourtant est si foible, qu'en vérité nous ne pouvons plus de nous-mesmes desprendre nos cœurs du péché, ny nous r'elancer au vol de la sacrée dilection, laquelle, chetifii que nous sommes, nous avons perfidement et volontairement quittée.
Et certes nous mériterions bien de demeurer abandonnés de Dieu , quand avec cette desloyauté nous l'avons ainsi abandonné. Mais son eternellecharité ne permet pas souvent à sa justice d'user de ce cbastiment! ains excitant sa compassion , elle le provoque à nous retirerde nostre malheur; ce qu'il fait , envoyant le vent favorable de sa tres-saincte inspiration, laquelle venant avec une douce violence dans nos cœurs, elle les saisit et les esmeut, relevant nos pensées, et poussant nos affections en l'air du divin amour.
Or ce premier eslan ou esbranlement, que Dieu donne en nos cœurs» pour les inciter à leur bien, se fait voirement en nous, mais non pas par nous, car il arrive à l'improuveu, avant que nous y ayons ny pensé, ny peu penser, puisque « (4 ) nous n'avons » aucune suffisance, pour de nous-mesmes, » comme de nous-mesmes, penser aucune » chose qui regarde nostre salut ; mais » toute nostre suffisance est de Dieu, i lequel ne nous a pas seulement aymez avant que nous fussions, mais encore afin que nous fussions, et que nous fussions saincts: en suite de quoy, il nous « (2) prévient ôs » bénédictions do sa douceur p paternelle, et excite nos esprits, pour les pousser à la saincto repen tance et conversion. Voyez, je vous prie, Theotime, le pauvre prince des apostres tout engourdy dans son péché, en la triste nuict de la passion de son maistre; il ne pensoit non plus à se repentir de son péché, que si jamais il n'eust cogneu son divin Sauveur, et comme un chetif Apode atteré, il ne se fust oncques relevé, si le coq (3) comme instrament do la divine Providence, neust frappé de son chant à ses oreilles, à mesme temps que le doux Rédempteur, jett;inl un regard sa-
(l)n. Cor. in.!. - (t) PhI. n»4. - (t) tM.
TRAITÉ DK L'AVOCm Dfi WEC:
luuiirt' commotineBag^UeM'amitur, tninsperça ce cœur de pierre , qui rendit por après tant dcatix, à guise de Tancionne pierre, lursqu'elle fut frnp|)éc par Moyse au désert. (<) Mnis voyez do rcchof ce apostre B>'M'Té dormant dan? la pri«oii d*Herodes, lié de deux chai<«nes ; il est lA en qualité do martyr, et neantmulns il représente lo pauvre homme qui dort emmy le péché, prisonnier et esclave de Satan. Heias 1 qui le délivrera ? L'ange descend du ciel, et a (2) frappant sur le flanc du gratid » painct Pierre prisonnier, le reveille, disi^unt: Sus, leve-toy : » et rinsplrntion vient du ciel, comme itn ange, laquelle battant droit sur le cœur du pauvre pécheur, Texcite ailn qui! se levé de son iniquité. N'esl-il pas donc vray, mon cher Theotimo, que cette première esmotion et secour^so que l'amo sent , quand Dieu la preveriani d*amour, l'eaveille et Texcite à quitter lo péché et se retourner à luy : et non-r<eulemeni cette secousse, ains tout le resveil, se fait en nous et pour nous? Nous sommes csveillez , mais nous ne sommes pB^ esveilleKde nous^mesmes ; c'est Tinspiration qui nous a esveillez , et pour nous osviMJler elle nous a esbranlez et secouez. € (3) Je dormois, dit celte dévote espoiise, » et mon oï^poux qui est mon cœur, veil- ■ loit. » lié! le voicy qui m'osveille, m*appellanl par le nom do noî» amours, et j'entends bien que c'est luy à sa voix. C'est en sursaut et à Timprouveu que Dieu nous appelle et resveille par sa tres-saincto inspiration. En ce commrnrrment de la grâce reli'ste nous ne faisons rien que sentir Tesbranlemeni que Di<Mi fait on nous, comme dit sainct B^'rnard , mais sans nous.