‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 91 sur 365 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Que nous repouiisons bien soavent l'UispiraUon , pi refusons d'Aimer Dieu

c (4) Malheur à toy, Coroznïn, malheur » à toy, Bolsaïda ; car, si en Tyr e! Sidon » eussent esté faictes les vertus qui ont p estéfaicto.4 en toy, ils eussent faici peni- » tence avt»c la haire et la cendre b : c'est la|)aroledu Sauveur. Oyez (hmc , je votis prie, Theotime, que les h;d)itnntsdeCorozaïn ctBetsaïda, ensri'jncz en la vravere-

(1) Num. xz. 11. Act. XXII.— ;S)Nainxx, 11. Act.iii. ( - GaaL GMI. f.<.-^4) Mlllh. XI, SI-

ligion , ayant féMQ d6d fotsiifB il gAIndS qu'elles eussent ert efibct converty la payons mesmes ; neantmoins Ils demeurV rerentobstineï, et ne vouluretiloncqiA s'en prévaloir, r(*jellalit cette saincte Idmiertfi par tme rébellion incomparable Certes «t (1] au jour du jugement lesNini v vîtes et la revne de Snba s'esleveroft » contre les Juifs, et les convainch>nt d*el » tre dignes de damnation; » parce que (piantauxNinivites, estant idolastres 6 de nation*; barbares , c à la voix dd JoilM « ils se convertirent et firent peniténcie; i et quant d la reyne de Saba , quoyqu'élh fust engagée dans les affaires d'un royaii* me, nenntmoins ayant ouy la renotnrtiéi delasngesse de Salomon,ellequittdtôlil pour le venir ouyr. Et cependant les JuiA oyant de leurs oreilles la divine sagesse dt vray Salomon sauveur du monde , voyniU de leurs yeux ses miracles, toUchddtA leurs mains ses vertus et bienfaicls, M laissèrent pas de s'endurcir et résister d h grâce qui leur estoit offerte. Voyez don derechef, Theotime , que ceux qui ont ffr ceu moins d'attraits, sont lirez à la peni* tence , et ceux qui en ont plus receu, s*ob stinent : ceux qui ont moins de subjectdi venir, viennent A Toscole de la sagesse, e ceux qui en ont plus, demeurent en leui folie.

Ainsi se fera le jugemenldecomparaison comme tous les docteurs ont remarqué qui ne peut avoir aucun fondement , sinoi en ce que 1rs uns ayant esté favorisez d'au tant ou plus d'attraits que les autres, au ront neanlmoins refusé leur cofisentemen i\ la miséricorde , et les autres assiste d'attraits pareils, ou mesme moindres auront suivy l'inspiration , et se seron rangez à la tres-saincte pénitence. Ca; ccmime pourroil-on autrement reproche; avec raison aux imponilens leur impenl^ tence, ])ar la comparaison de Ceux qui si sont convertis?

Cortex Noslrc-Seigncur monstre claire ment, et tons les chrestiens cnltMident sim ploment qu'on ce juste jugnnrnt on con damnera les Juifs par comparaison de; Ninivitos ; parce que cetix-lA ont on boiiu coup de faveur, et n'ont eu aucun amour

beaucoup d'assi»» tance, et nulloropeiitance ceux-cy moins de faveur, et beaucoup d'à

(1 Lac. X), 31. ïs.

mour, moins d'assistance» e( beaucoup de pemlence.

Le grand sainct Augustin dôbne une

Cinde clarté à ce discours, par celuy qu'il lau livre douziesme de la Cité de Dieu, èbapitreseyï, 8 et 9. Car encore qu'il re^ firde particulièrement les anges , si est-ce toutefois ^u'il apparie les hommes à eux pour ce pomct.

Or après avoir estably au chapitre 6 Jeux honunes entièrement esgaux en bonté et en toutes choses, agitez d'une mesme ietitation, il présuppose que l'un puisse iesister, et l'autre céder é l'ennemy. Puis ia chapitre 9 ayant prouvé que tous les tnges furent créez en charité , advenant encore comme chose probable que la grace û chanté fût esgale en tous eux , il deinande comme il est advenu que les uns ont persévéré et fait progrès en leur bonté josques à parvenir à la gloire, et les autres ont quitté le bien , pour se ranger au mal jnsqaes à la damnation. Et il respond qu'on ae sçaiiroit dire autre chose , sinon que les •DS ont persévéré , par la grâce du Creakeiir« en l'amour chaste qu'ils recourent en leor création , et les autres, de bons qu'ils ^toient, se rendirent mauvais parleur propre et seule volonté.

liais» s'il est vray , comme sainctThomas le prouve extresmement bien, que la grâce ait esté diversiâée es anges à proportion et salon la variété de leurs dons naturels, les séraphins auront eu une grâce incomparablement plus excellente que les simples anges du dernier ordre. Gomme sera*t-41 doftc arrivé que quelques-uns des sera-^ pbins» voire le premier de tous» selon la plus probable et commune opinion des anciens, soyent decheus, tandis qu'une mul* titude innombrable des autres anges , inteieurs en nature et en grâce , ont cxceU lemment et courageusement persévéré?

D'où vient que Lucifer, tant eslevé par na^ tore , et sureslevé par grâce, est tombé, et ^e tant d'anges , moins advantagoz , sont demeurez debout en leur fidélité? Certes ceux qui ont persévéré en doivent toute la louange à Dieu , qui par sa miséricorde les a créez et maintenus bons : mais Lucifer et tous ses sectateurs à qui peuvent-ils at* tribuer leur chute, sinon, comme dit sainct Augustin , à leur propre volonté , qui a par sa liberté quittéla grâce divine qui lesavoit

uyhg 11^ OHAPiTAK XI. ih

si doucement prévenus? « (4) Gomment » es-tu tombé, é grand Lucifer 1 » qui tout ainsi qu'une belle aube sortois en ce monde invisible, revestu de la charité première , comme du commencement de (2) < la clarté d'un beau jour, qui devoil crois- » tre jusqu'au midi de la gloire éternelle?» La grâce ne t'a pas manqué, car tu Pavois, comme ta nature la plus excellente de tous, mais tu as manqué à ta grâce. Dieu ne t'avoit pas destitué de l'opération de son amour ; mais tu privas son amour de ta coopération : Dieu ne t'eust jamais rejette, si tu n'eusses rejette sa dilection. 0 Dieu tout bon I Vous ne laissez que ceux ({ui vous laissent : vous ne vous osiez jamais foB dons , sinon quand nous vous osions nos cœurs.

Nous desroborts les biens de Dieu, si nous hous attribuons la gloire de nostre salut : mais nous deshonorons sa miscri* oorde . si nous disons qu'elle nous a manqué. Nous offensons sa libéralité, si nous ne confessons ses bienfaicts; mais nous blasphémons sa bonté, si nousnionsqu\>lle ne nous ait assistés et secourus. En somme, . Dieu crie haut et clair à nos oreilles : « (3) » Ta perte vient de toy, ô Israël , et en s moy seul se trouve ton secours. >

Page 1