CHAPITRE XL
Qall ne Uent pat à la divine bonté que noat n'ayons an tret-exceUent amour.
0 Dieu , Theotime, si nous, recevions les inspirations célestes selon toute Testenduë* de leur vertu , qu'en peu de temps nous ferions de grands progrez en la sainctelô ! Pour abondante que soit la fontaine, ses eaux n'entreront pas en un jardin selon leur afiluence , mais selon la petitesse ou grandeur du canal par où elles y sont conduites. Quoyque le Sàinct-Esprit , comme une source d'eau vive , aborde de toutes parts nostre cœur, pour respandre sa grâce en iceluy ; toutesfois ne vuolant pas qu'elle entre en nous, sinon par le libre consentement de nostre volonté, il no la versera point que selon la mesure de son bon plaisir et de nostre propre disposition et coopération, aiUsi que dit le sacré concile, qui aussi , comme je pense, à cause de la correspondance de nostre consentement avec
(I) la. «¥. 11. ^ (1) Prof, u, it. - (•) Ofléa. uu, %
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TRAITft DR VkHOtSK DE DIEU.
la grâce, apelle la réception (l*icellc, le- • Dieu comme sainct Augustin , amBCfcPirwi ception volontaire. çois, saincte Catherine de Sienne, ou
En ce sens sainct Paul nous c (4) exhorte > de ne point recevoir la grâce de Dieu en
saincte Françoîset Theotime, c'est parce que Dieu ne nous en a pas fait la grâce.
» vain. > Car comme un malade, qui ayant i Mais pourquoy est-ce que Dieu ne nous en
reccu la médecine en sa main, ne l'avaleroit pas dans son estomach , auroit voirement receu la médecine , mais sans la recevoir , c'est-à-dire il i'auroit reccue en une façon inutile et infructueuse : de mesme nous recevons la grâce de Dieu en vain, quand nous la recevons à la porte du cœur, et non pas dans le consentement du cœur. Car ainsi nous la recevons sans la recevoir, c'est-à-dire, nous la recevons sans fruit, puisque ce n'est rien de sentir de l'inspiration, sans y consentir. Et commele malade, auquel on auroit donné en main la médecine , s'il la recevoit seulement en partie, et non pas toute elle ne feroit aussi l'opération qu'en partie, et non pas entièrement; ainsi quand Dieu nous envoyé une inspiration grande et puissante pour embrasser son sainct amour, si nous ne consentons pas selon toute son estenduë, elle ne profitera pas aussi jusqu a celte mesurelà. Il arrive qu'estant inspirez de faire beaucoup , nous ne consentons pas à toute rins|)iration,ains seulement a quelque partie d'icelle, comme firent ces bons personnages de l'Evangile, qui , sur Tinspiration que Nostre-Scigneur leur fit de le suivre, vouloient reserver, l'un « (2) d'aller premier ensevelir son pore » et l'autre d'aller prendre congé des siens.
(3) Tandis que la pauvre veuve eut des vaisseaux vuides, l'huile de laquelle Hcliséeavoit miraculeusementimpotré la multiplication, ne cessa jamais de couler; et quand il n'y eut plus de vaisseaux pour la recevoir , elle cessa d'abonder. A mesure qiie nostre cœur se dilate, ou pour mieux parler , à mesure qu'il se laisse eslargir et dilater, et qu'il ne refuse pas le vuide de son consentement à la miséricorde divine , elle verse toujours et respand sans cesse dans iceluy ses sacrées inspirations , qui vont croissant, et nous font croistrc de plus en
a pas fait la grâce? Parce que noas dV vous pas correspondu comme nous devions à ses inspirations. El pourquoy n'avonsnous pas correspondu? Parce qu'estant libres nous avons ainsi abusé de nofltre liberté. Mais pourquoy avons-nous abusé do nostro liberté? Theotime, il ne faut pas passer plus avant : car , comme dit sainct Augustin , la dépravation de nostre volonté ne provient d'aucune cause , ains de la défaillance de la cause qui commet le péché. Et ne faut pas penser qu'on puisse rendre raison de la faute que l'on fait au péché; car la faute ne seroit pas poché, si elle n'estoit sans raison.
Le dévot frère RuGn , sur quelque vision qu'il avoit eue de la gloire à laquelle le grand sainct François parviendroit par son humilité, lui fit cette demande : Mon cher père, je vous supplie de me dire en vérité quelle opinion vous avez de vous-mesme : et le sainct luy dit : Certes, je me tiens pour le plus grand pécheur du monde , et qui sert le moins Noslre-Seigneur. Mais, répliqua frère Rufîn , comment pouvez-vous dire cela en vérité et conscience, puisque plusieurs autres , cemme l'on void manifestement, commettent plusieurs grands péchez, desquels, grâces à Dieu, vous estes exempt? A quoy sainct François respondant : Si Dieu eust favorisé , dit-il , ces autres desquels vous parlez, avec autant de miséricorde comme il m'a favorisé, je suis certain que, pour meschans qu'ils soyent maintenant, ils eussent esté beaucoup plus recognoissans des dons de Dieu que je ne suis , et le serviroient beaucoup mieux que je ne fay ; et si mon Dieu m'abandonnoit jecommettroisplusde meschancelez qu'aucun autre.
Vous voyez, Theotime, l'advis de cet homme, qui ne fut presque piis homme , ains un si*raphin en terre. Je sç^iy qu'il
plus en l'amour sacré. Mais quand il n'y a I parloit ainsi de soy-mesme \^r humilité; . __ . mais il croyoit pourtant esire une vraye
vérité, qu'une grâce esgale, faictt* avec une p;ireille miséricorde, puisse cstn* plus utilement employée piir l'un dos jH'cheurs
pins de vuide, et que nous ne preslons pas
liavantajze de consentement , elle s'arresle.
A quoy tient-il doncques que nous no
soinmes \iQs si advancez en l'amour de
11. Cor. ▼!. 1 -(f)Mami Tiii.ii. — ^3; IV. Réf. iv. , que jMir l'autre. Or je tions iKuir oracie le