‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 10 sur 101 · PROFANATION DU SAINT-SACREMENT · texte numérisé non relu

PROFANATION DU SAINT-SACREMENT

munier le chien. L'animal aussitôt s'agenouilla sur les pattes de devant, inclina la tète et avança la langue. Le prêtre y posa l'Hostie d'une main tremblante ; et le chien, comme s'il eût eu l'usage de la raison, alla la déposer sur le corporal déplié sur la petite table; puis, transporté de rage, au rapport de l'histoire, il sauta sur le lit de son maître, et d'autres chiens ayant apparu subitement, ils le prirent, les uns par le cou, les autres par les bras ou par les pieds et l'emportèrent en corps et en âme au plus profond de l'abime, où il portera éternellement la peine d'un si horrible sacrilège.

III. Que d'outrages, hélas! que d'outrages se commettent tous les jours contre cet adorable Sacrement ! Et que faisons-nous, mes frères? Nous laisserons-nous vaincre en piété par un chien? Ce chien s'humilia, s'inclina, adora en quelque sorte son Créateur. Inclinonsnous donc aussi, et inclinons-nous jusqu'à terre, et pendant que nous sommes ainsi prosternés, laissez-moi dire au nom de tous : Je vous adore, ô mon Dieu, et je vous reconnais pour mon Créateur, mon Sauveur, mon bien, mon tout. Me voici prosterné à vos pieds comme un ver de terre, qui se traîne dans la poussière. Je me réjouis de savoir que vous êtes si grand, que vous êtes mon roi, mon souverain, mon Dieu ; et je me réjouis aussi de ce que je ne suis rien, que je ne puis rien et que je ne vaux rien. Ah! comment pourrais-je m'humilier autant que l'exigent et votre grandeur et mon néant ? J'inviterai du moins toutes les créatures à s'humilier devant vous : Venez, âmes fidèles, venez, peuples de la terre, venez tous ; adorons le Seigneur, et tombons à ses pieds : Venite , adoremus , et procidamus ante Deum1. Ah! mon Dieu que je voudrais compenser par cet acte d'adoration tant d'outrages que vous font les

(1) Ps. 94.

Turcs, les hérétiques, et ce qui vous est bien plus sensible, beaucoup de chrétiens. — Vous-mêmes, combien do fois n'avez- vous pas ri, causé ou folâtré en présence du tres-saint Sacrement? Demandez-lui donc humblement pardon, frappez-vous la poitrine et dites-lui avec larmes et soupirs : Pardon, ô mon Jésus ici présent, pardon ! — Vous l'avez maltraité trop souvent pis qu'un chien, cet adorable Sacrement, par tant d'énormi tés commises en sa présence. Renouvelez donc votre douleur, en disant: Pardon, mon Jésus, pardon ! — Oui, mes frères, Jésus est prêt à vous pardonner, pourvu que vous soyez disposés de votre côté à réparer les injures que vous lui avez faites parle passé. Et comment les réparer? Voici le moyen.

Embrassez tous la pratique que je vous propose ce soir; c'est de vous faire inscrire dans la Confrérie de l'Adoration perpétuelle du très-saint Sacrement, et de passer une heure chaque année en adoration au pied des sacrés tabernacles.

VIIe EXHORTATION.

I. Que de merveilles la foi nous découvre en ce divin Sacrement ! Vous voyez exposé sur cet autel, mes frères, le prodige des prodiges, le chef-d'œuvre qui surpasse tous les autres chefs-d'œuvre du Très-Haut, la grâce au-dessus de toutes les grâces. O Sacrement admirable, qui contient en soi la vie de nos âmes, le remede à nos blessures, la consolation dans nos peines, le mémorial d'un Dieu crucifié, le soulagement de notre pèlerinage,

la joie de notre exil, et le gage le plus assuré de notre béatitude ! 0 Sacrement admirable ! Et cependant comment est-il traité par les chrétiens de nos jours, nonseulement lorsqu'il reste incognito, pour ainsi dire, dans son tabernacle, et parfois dans un tabernacle grossier, mal arrangé et sans ornement, mais même lorsqu'il parait en public, et qu'on le porte processionnellement aux malades? Je ne connais pas l'usage de votre pays ; pieux comme il est, je suppose que le saint viatique y est porté avec toute la pompe et les honneurs qu'il mérite Mais je sais bien qu'ailleurs je n'ai pu m'empêcher de rougir en voyant un Sacrement si vénérable accompagné seulement d'un petit nombre de pauvres femmes, avec quelques lumières, sous un dais malpropre et usé, sans aucun appareil, sans aucune démonstration de religion et de foi. 0 sainte foi, si tu nous révèles d'étonnantes merveilles dans ce divin Sacrement, tu nous découvres aussi notre impiété ! Ecoutez bien.

II. Pour vous animer ce soir à accompagner avec plus de pompe le saint viatique aux infirmes, je ne vous proposerai pas pour modèle une Catherine de Gènes, une Thérèse de Jésus, une Marie-Madeleine de Pazzi, qui auraient passé à travers les épées nues pour former cortège a leur divin Sauveur; je vous citerai un prince séculier, l'empereur Léopold, lequel ayant sucé avec le lait la piété autrichienne envers le très-saint Sacrement, lui voua, dès sa tendre enfance, un amour, une dévotion singulière. Il ne passait aucun jour de dimanche, aucune fête de la sainte Vierge, ou de ses saints patrons, sans se nourrir du pain des anges, à la grande édification de toute la cour. Mais il fit surtout éclater sa piété en faisant en sorte que le saint viatique fût porté aux malades avec toute la pompe et l'honneur qui sont dus à la souveraine Majesté, et qu'il fût toujours escorté d'une multitude de cierges. Son exemple, du reste,

suffisait pour exciter tous les autres à cette belle dévotion. Toutes les fois que, dans les rues de Vienne, il rencontrait le viatique qu'on portait aux infirmes, il descendait aussitôt de cheval ou de carrosse, et se jetait à genoux par terre pour l'adorer, alors même que le sol étai| humide ou boueux; puis, prenant un flambeau à la main, il l'accompagnait avec un profond respect jusqu'à l'église. Un jour qu'il suivait ainsi le prêtre la tête découverte, il commença à tomber une pluie battante ; aussitôt les courtisans l'invitèrent, dans l'intérêt de sa santé, ou à se couvrir la tête, ou à se mettre sous le baldaquin à côté du Saint-Sacrement. Mais il répondit: Est-ce qu'on doit craindre la pluie quand on est au service d'un Dieu pour lequel on devrait verser son sang? — Ah ! mes frères, voilà ce que c'est que d'avoir un cœur éclairé par une foi vive ; alors on croit vivement à ce qui est contenu dans ce divin Sacrement.

III. Eh bien ! quelle impression fait sur vous l'exemple d'une piété si distinguée ! Que vous en dit le cœur? La conscience ne vous reproche-t-elle pas votre négligence à accompagner le Saint-Sacrement aux infirmes? Combien de fois, dans la crainte d'attraper un peu de froid, ou de souffrir quelque incommodité, parfois même pour ne pas interrompre une conversation, avez-vous laissé passer votre Dieu dans la rue sans le suivre ? Vous mériteriez qu'il ne se trouvât personne pour l'accompagner lorsque vous aurez si grand besoin de sa visite, à votre dernière heure; vous mériteriez de mourir sans sacrements, comme des bêtes. Mais non, Jésus est trop bon. Tournez-vous tous vers le très-saint Sacrement, et demandez-lui pardon, en vous frappant la poitrine, du mauvais exemple que vous avez donné à vos voisins, à vos domestiques, à vos concitoyens, par votre nonchalance à accourir promptement pour lui former cortège. Ah ! mon Dieu, pardonnez-nous le peu

de respect que nous vous avons témoigné. Pardon, ô Jésus ici présent, pardon i Hélas! la foi semble éteinte parmi nous! Où est la ferveur de ces premiers chrétiens, qui, en face des tyrans, bravaient les tortures et le martyre, quand il s'agissait de se montrer fidèles à Jésus dans le Sacrement de son amour? Et nous, nous cédons à un vil respect humain, nous craignons de nous imposer la moindre incommodité ! Ah ! demandons-en pardon du fond du cœur : Pardon , aimable Sauveur, pardon ! — Voyons, prenez tous la ferme résolution de laisser votre travail, vos affaires, tout, en un mot, pour aller aussitôt accompagner le Saint-Sacrement ; qu'il y ait rivalité entre les paroisses à qui lui témoignera le plus de vénération, et que chacune s'efforce de mériter la gloire de le porter avec le plus de pompe et d'honneur.

La pratique sera celle que je vous ai déjà insinuée autrefois, savoir que dans chaque maison il y ail un flambeau ou un cierge, qu'on nommera le flambeau ou le cierge du Saint-Sacrement; on l'enverra chaque fois que le viatique sera porté aux infirmes et il ne servira qu'à cet usage. Et pour vous montrer combien cette dévotion est agréable à Notre-Seigneur, je vous citerai ce qui arriva à un habitant de Sarzane : celui-ci ne manquait jamais d'envoyer une torche pour acompagner le Saint-Sacrement, toutes les fois qu'on le portait aux malades; or, pendant deux ans, elle ne souffrit aucune diminution. Dieu, il est vrai, ne fera pas pour vous de ces miracles visibles et éclatants ; mais il en fera d'invisibles, et le principal sera de vous procurer le saint viatique à la mort.

VIIIe EXHORTATION.

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