L'ASSISTANCE FREQUENTE A LA MESSE
I. C'est un grand sacrement, et en même temps un grand trésor que nous possédons dans la divine Eucharistie; un trésor précieux, avec lequel nous pouvons nous enrichir de tous les biens, et nous délivrer d'une infinité de maux. Nous avons contracté envers Dieu quatre dettes principales. Nous devons d'abord le louer, à raison de son infinie majesté qui est digue de louanges infinies; en second lieu, le remercier pour les innombrables bienfaits dent il nous a comblés ; en troisième lieu, satisfaire à sa justice pour tant de péchés que nous avons commis ; et quatrièmement enfin, le supplier comme distributeur de toutes les grâces. Or, comment pourrions-nous jamais satisfaire à toutes ces dettes, nous misérables créatures, qui avons besoin de recevoir jusqu'à l'air que nous respirons? Savez-vous comment Ì C'est en assistant fréquemment à la sainte messe ou se consacre ce divin Sacrement. Oh ! quel trésor que celui que renferme le saint sacrifice de la îuesse ! Avec lui nous pouvons acquitter toutes les dettes que nous avons contractées envers Dieu. Voulez-vous donc le louer comme il faut? entendez souvent la sainte messe. Voulez-vous le remercier de tant de bienfaits reçus? assistez à la sainte messe. Voulez-vous satisfaire pour lant de péchés commis, et le supplier dignement, afin d'obtenir les plus grandes grâces que vous puissiez désirer? entendez beaucoup, beaucoup de messes. Vous ne m'en croyez pas, peut-être? Ecoutez un fait remarquable.
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II. Un homme de la campagne soutenait sa famille à la sueur de son front, et avant de se rendre au travail, il avait coutume chaque jour d'assister à la messe. Il se rendit un jour de grand matin sur la place pour trouver un maitre qui le louât ajournée, mais entendant sonner la messe, il alla à l'église pour y assister. Une seconde messe ayant succédé immédiatement à la première, il l'entendit encore pour satisfaire sa dévotion, puis retourna sur la place ; mais il n'y trouva plus d'ouvriers, tous ayant été pris et envoyés à leur besogne. Le brave homme se trouvant sans travail pour la journée, résolut de s'en retourner chez lui. Il rencontra en chemin un riche bourgeois de la ville, qui, le voyant si abattu, lui demanda ce qu'il avait. — Que voulez-vous? lui répondit le pauvre homme, j'ai perdu ce matin ma journée pour ne pas perdre la messe. — Ne vous mettez pas en peine, reprit le bourgeois, allez entendre encore une messe à mon intention, et je vous paierai votre journée. — Le pieux ouvrier retourna à l'église et assista à toutes les messes qui se dirent dans la matinée, les offrant pour celui qui l'avait envoyé. Celui-ci, le soir, lui donna douze sous ; c'était le salaire ordinaire d'un journalier dans le pays. Comme il s'en retournait tout content chez lui, il rencontra un grand personnage qu'il ne connaissait pas ; c'était Nôtre-Seigneur Jésus-Christ, lequel lui demanda ce qu'on lui avait donné pour une journée si bien emploj-ée; et apprenant qu'il n'avait eu que douze sous: Quoi! si peu, reprit-il, pour une oeuvre d'un si grand prix? Allez, retournez chez cet homme, et dites-lui que s'il n'augmente pas la rétribution, ses affaires iront mal. — Le paysan retourna et raconta ce qui lui était arrivé. Le bourgeois mit la main a la bourse, lui donna encore cinq sous et le renvoya en paix. Le brave homme s'en retourna content; mais cette augmentation ne satisfit pas Notre-Seigneur, qui,
lui apparaissant une seconde fois, lui dit: Cela ne suffît pas encore; retournez de nouveau chez votre maître, et dites-lui que s'il ne vous donne pas davantage, il doit s'attendre à un terrible malheur. — Le paysan s'acquitta de son message, et le riche, touché intérieurement, lui donna cent sous avec un bel habit neuf. Qu'en dites- vous? Pour moi je m'écrie : 0 bienheureuse messe ! ô bienheureuse messe! Mais ce n'est pas tout; la nuit suivante, Jésus-Christ apparut à ce riche, et l'avertit que, grâce aux messes entendues par le pauvre paysan, il avait été préservé d'une mort subite qui, cette nuit-là même, devait le surprendre en état de péché mortel, et le précipiter en enfer. Le bourgeois profitant de cet avertissement se confessa, réforma sa vie, devint plus charitable qu'auparavant, et à partir de ce moment assista tous les jours à la sainte messe.
III. Que dites-vous maintenant? Commencez-vous à ouvrir les yeux et à reconnaître le trésor qui est renfermé dans le saint sacrifice de la messe? Il nous enrichit de tous les biens, seul il suffit pour acquitter toutes les dettes que nous avons contractées envers Dieu. Mais, hélas ! ce trésor si excellent n'est guère connu d'un grand nombre, et guère apprécié par d'autres. L'un va à la messe par habitude, l'autre pour sauver les apparences, celui-ci pour satisfaire une coupable passion, celui-là pour traiter d'affaires, ou pour y rencontrer telle et telle personne. Faut-il s'étonner après cela si co trésor de mérites nous appauvrit au lieu de nous enrichir, et provoque de plus en plus la colère de Dieu au lieu de l'apaiser? Comment avez-vous entendu la sainte messe jusqu'ici? Avec quelle légèreté, quelle irrévérence! Plaise à Dieu que vous ayez satisfait au précepte les jours d'obligation en y assistant comme vous l'avez fait, c'est-à-dire en jasant, en restant assis et en sommeillant. Ah ! demandez pardon d'une Ielle impiété.
Pardon, ô Jésus présent sur cet autel, pardon ! Si vous vous fussiez trouvés sur le Calvaire au moment où s'y accomplit le sacrifice sanglant, que de larmes n'auriezvous pas versées à la vue de Jésus crucifié ! Comment donc ne fondez-vous pas en larmes, de regret d'avoir commis tant de péchés pendant que le Fils de Dieu s'immolait pour vous sur l'autel, puisque le sacrifice offert à la messe est le même, absolument le même que celui de la croix. Demandez donc pardon, en disant: Pardon, ô aimable Sauveur, pardon ! — et prenez la sainte résolution de vous tenir comme des anges à l'église, spécialement pendant qu'on y célèbre le redoutable sacrifice de la messe, mais cela ne me suffit pas.
Si l'on ne disait la messe qu'une fois l'an, ou même une fois tous les cinq ans, avec quel empressement n'y accourriez-vous pas? Faut-il, parce que Jésus est plus libéral, plus généreux envers nous, que nous soyons plus négligents, plus ingrats? A Dieu ne plaise ! Voici donc l'importante pratique de ce soir : désormais vous assisterez tous à la messe tous les jours. Point d'excuse ; une messe vaut plus que tous les intérêts temporels. Ainsi donc, à la messe tous les jours. Heureux celui qui m'écoutera !
IXe EXHORTATION.