‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 9 sur 101 · PROFANATION DU SAINT-SACREMENT · texte numérisé non relu

PROFANATION DU SAINT-SACREMENT

I. C'est un grand sacrement que la divine Eucharistie; mais aussi quel sacrilège que de l'outrager par des paroles, des actions, ou de mauvais exemples ! Comment le ciel ne lance-t-il pas ses foudres et ses tonnerres contre les impies qui osent traiter un Dieu si indignement? Que de fois la sainte Hostie n'a-t-elle pas été jetée aux chiens, aux poissons, aux corbeaux, à la voirie, dans les cloaques les plus infects, comme la boue la plus vile de la terre ! Combien de fois n'a-t-elle pas été percée à coups de poignards ou d'aiguilles, souillée de crachats, foutée aux pieds, jetée au feu ! Combien de fois d'impurs magiciens n'ont-ils pas employé comme instrument de mort celui qui est la source de la vie ! 0 patience admirable de Jésus dans le Sacrement de l'autel ! Mais doucement, cependant, doucement, car je ne trouve pas que Dieu ait jamais manqué de châtier un si horrible sacrilège. Ecoutez.

II. Un certain comte, ou plutôt un tyran, pour vivre avec plus de licence, demeurait habituellement dans une de ses terres, et là, n'ayant aucune sujétion à l'égard de personne, il menait un genre de vie plus digne d'un épicurien et d'un athée que d'un catholique, s'abandonnant à toutes sortes d'impudicités, de rapines, de crapules, de violences, d'impiétés et de scélératesses. Dieu lesup-

porta pendant quelque temps, mais enfin il le frappa, et lui envoya une fièvre aiguë qui l'étendit sur un lit de douleur et le mit à deux doigts de la mort. Le curé du lieu crut qu'il était de son%devoir d'aller le visiter, et de l'exhorter clans cette extrémité à se munir des sacrements, pour se préparer à bien mourir. Le comte, feignant des sentiments de piété, lui répondit : Vous voulez, monsieur le curé, que je reçoive les sacrements? bien volontiers. Allez chercher le saint viatique, et pendant ce temps-là je ferai venir mon confesseur et me réconcilierai avec Dieu. — Le bon curé s'en alla, et ayant réuni les fidèles, il se dirigea avec le Saint-Sacrement vers le château du comte. Entretemps, celui-ci avait ordonné à ses serviteurs de 'ne laisser entrer que le curé avec le saint ciboire, et de faire rester à la porte tous ceux qui l'accompagnaient. Puis ayant appelé deux brigands, armés de pistolets et d'autres armes, il les avait fait cacher derrière le lit avec un énorme chien. Le curé arriva, et étant entré seul dans la chambre, selon l'ordre qui avait été donné , il' plaça le Saint- Sacrement sur une petite table préparée à cet effet; puis, après les prières et les cérémonies prescrites par l'Eglise, il prit en main une hostie pour communier le comte. Alors celui-ci, se levant sur son séant, dit au curé : Arrêtez, monsieur. Et vous autres, paraissez, et amenez-moi ce chien. — Se tournant ensuite vers le curé : Voyons, monsieur le curé, lui dit-il, communiez cet animal. — Comment! monsieur le comte, le trèssaint Sacrement à un chien ! — C'est ainsi , vous allez communier ce chien, ou vous allez mourir. Mettez-lui les pistolets sur la poitrine. — Grand Dieu ! à quelle épreuve se trouve soumis ce pauvre prêtre ! Il tremblait de tous ses membres, et, dans son trouble, il ne savait à quoi se résoudre. A la fin, il pensa que Jésus-Christ saurait bien défendre sa cause et il se prépara à corn-

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