‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 31 sur 101 · MARIE, REFUGE DES PÉCHEURS · texte numérisé non relu

MARIE, REFUGE DES PÉCHEURS

cheurs, notre avocate, la consolatrice des affligés. Pour moi je ne vous trouve pas telle; depuis si longtemps que je vous prie, je n'ai jamais pu obtenir de vous une seule grâce. Les églises sont pleines (Vece-voto, les livres de miracles qui attestent votre bienfaisance ; les saints Pères assurent d'ailleurs que quiconque a recours à vous est toujours exaucé. Moi seul, malheureux et abandonné, je ne suis pas digne de recevoir de vous la moindre faveur. » — La sainte Vierge lui apparut toute belle et toute gracieuse : « Quel sujet as-tu, lui dit-elle, de te plaindre de la sorte? Je n'exauce pas tes prières et je ne t'accorde aucune grâce ! Ingrat, tu ne sais donc pas que les faveurs dont je t'ai comblé jusqu'ici sont presque infinies? Dis-moi, combien de fois, sans mon secours, aurais-tu succombé à la tentation, jusqu'à tomber dans un abime d'iniquités? Combien de tes amis n'as-tu pas vus mourir misérablement et à l'improviste? Combien d'autres ont été ruinés, exilés, assassinés ! et combien sont tombés en enfer ! Et si tu n'y es pas toi-même, à qui le dois -tu ? qui t'en a préservé, si ce n'est moi ? Sois persuadé que tu ne m'as jamais rien demandé sans que je t'aie exaucé; que si je n'ai pas toujours accordé ce que tu désirais, je t'ai obtenu à la place quelqu'autre faveur plus profitable pour toi. » Et cela dit, elle disparut.

III. A vous maintenant, pécheur, qui vous plaignez de n'avoir jamais rien reçu de la très-sainte Vierge. Ingrat que vous êtes ! combien de fois, vous aussi, vous auriez succombé dans telle et telle occasion ! Depuis combien de temps brùleriez-vous déjà en enfer, si Marie ne vous avait tendu la main ! C'est à elle que vous devez d'avoir échappé à cette maladie si dangereuse, à elle, d'avoir triomphé de cette tentation si violente, à elle, d'avoir persévéré dans le bien jusqu'à présent. C'est à elle que vous devez la haine du péché, le désir de la

vertu, et l'horreur de toute sorte de vices. Bien plus, c'est à elle que vous devez la prospérité de votre maison, de vos enfants, de vos affaires; ce sont là autant de grâces de Marie, mais des grâces dont on ne tient pas compte. Voyez donc quelle obligation vous avez d'aimer et de servir Marie, elle qui nous délivre d'une foule de maux et nous comble d'une infinité de biens. Et vous, pécheur, loin de la remercier, vous vous êtes plaint de son indifférence, et vous l'avez oubliée, autant que si elle n'existait pas pour vous. 0 créature ingrate! jetezvous aux pieds de cette puissante souveraine, et demandez-lui humblement pardon. Pardon, ô Vierge sainte, pardon ! mon ingratitude, hélas ! a été portée à son comble. Ah! pardonnez-moi, ô tendre Mère! Pardon, pardon ! — Voyons, détrompez-vous tous ce matin et comprenez la nécessité extrême où nous sommes de chercher asile dans cette cité de refuge, je veux dire, de nous recommander à la très-sainte Vierge, et de mettre notre confiance dans sa protection. En effet, il est aussi important d'invoquer Marie, qu'il l'est d'obtenir les grâces de Dieu ; c'est là une vérité infaillible; la raison en est que Dieu n'accorde aucune grâce sans l'intercession de sa mère, comme le dit saint Germain : JSioïinisi per matrem dat sua dona Deus. Bien plus il est aussi important de recourir avec piété à cette sainte cité, qu'il l'est d'entrer au ciel, parce qu'on n'entre pas au ciel sans aimer Marie. Nullus est qui salvus fiat nisi per te, ô Virgo Maria : « Nul ne se sauve que par vous, ô Vierge Marie ! »

La pratique que je vous recommande, c'est, de réciter Y Angelus le matin, à midi et le soir, pour saluer la sainte Vierge, et la remercier d'avoir consenti à être mère de Dieu. — Salve Regina.

VIe ENTRETIEN.

I. Je voudrais, ó pieux serviteurs de Marie, tirer ce matin de vos cœurs des soupirs et des larmes pour compatir aux souffrances et aux douleurs de notre généreuse protectrice. Jusqu'ici j'ai tâché de vous inspirer la dévotion envers Marie, en tant qu'elle vous est utile ; aujourd'hui je voudrais vous la recommander, en tant qu'elle est utile à Marie. Et pour exciter la compassion dans vos âmes, permettez que j'emprunte les paroles de Jérémie, et que je vous dise, au nom de cette auguste Vierge : O vos omnes, qui transitis per vicini, attendue et viclete si est dolor similis sicut dolor meus « O vous tous qui passez par le chemin, considérez et voyez s'il est une douleur pareille à la mienne. » Oui, mes chers auditeurs, jetez un regard sur cette Mère affligée et dites-mui s'il y a au monde une douleur comparable à la sienne. Attendue, considérez bien, mettez dans la balance, d'une part, tout ce qu'ont souffert de plus rude, de plus cruel, de plus barbare, et les martyrs sous les tyrans, et les solitaires dans leurs cavernes, et les pénitents dans leurs déserts ; et d'autre part les douleurs cuisantes de Marie, et vous trouverez que les- travaux, les peines, les tourments, les supplices des martyrs et des pénitents n'ont rien été en comparaison des angoisses du cœur de Marie. C'est saint Bernard qui nous l'assure : Quidqidd crudelitatis inflictum est corporibus Martyrum leve fuit, aut potius nihil, in comparatione passionis Mariœ. Ces paroles vous étonnent peut-être ?

Etonnez-vous plutôt que le cœur si tendre de Marie ait pu supporter de si grandes douleurs. Si de plus vous voulez savoir laquelle a été la plus grande de toutes, je vous le dirai : c'est votre ingratitude. Oui, ce fut là la peine la plus sensible à son cœur; et vous, vous pensez si peu à ses cruelles souffrances. Elle se plaignit ellemême un jour de cet oubli à sainte Brigitte : Respicio si forte aliqui sint, qui eompatiantur mihi, et recogitent dolorerà meum, et valde paucos invento : « J'examine, lui dit-elle, si parmi les hommes il en est quelques-uns qui pensent à mes douleurs et y compatissent, et à vous dire vrai, j'en trouve bien peu. » Mais que de faveurs Marie réserve à ceux-ci! vous allez le voir par un exemple.

II. Sainte Brigitte parle, au troisième livre de ses Révélations, d'un certain noble, fort riche des biens de la terre, mais pauvre de vertus, ou plutôt plongé dans un abîme d'iniquités. Etant tombé gravement malade, ce malheureux ne pensait pas plus à son âme que s'il n'en eût pas eu. La sainte en ayant reçu avis, pria plusieurs fois le Seigneur de convertir ce pécheur obstiné. Jésus lui apparut, et lui dit : « Va trouver son confesseur et dis-lui de se rendre auprès du malade pour l'exhorter à la pénitence. » — Le confesseur y alla et s'acquitta de sa mission. «Grâces à Dieu, lui répondit le malade, je n'ai pas besoin de confession. » — Notre-Seigneur ordonna à sainte Brigitte de lui renvoyer de nouveau son confesseur. Celui-ci y alla et reçut la même réponse. Alors Notre-Seigneur découvrit à la sainte que ce malheureux était au pouvoir de sept démons, et il lui commanda néanmoins de dire à son confesseur qu'il promit de sa part au malade le pardon de tous ses péchés, s'il consentait à faire une bonne confession. A ce troisième message, le coupable touché de componction s'écria en pleurant : « Je puis donc

encore obtenir le pardon de tant de crimes? » — « Oui, mon fils, reprit le confesseur; la miséricorde de Dieu l'emporte infiniment sur votre, malice; ayez confiance, ne craignez rien. » — « Hélas! mou père, il y a déjà passé soixante ans que je me suis confessé, et je n'ai jamais ressenti intérieurement un bon mouvement qui me portât à me convertir; car j'ai fait un pacte avec le démon et je lui ai livré mon âme. » — « Eh bien ! mon fils, ne désespérez pas, pleurez seulement vos péchés, détestez tout commerce avec le diable, et vous obtiendrez le pardon. » — Il se confessa quatre fois dans la journée, communia le lendemain, et mourut sept jours après. Après sa mort, Jésus apparut à sainte Brigitte et lui dit que cette âme se trouvait en purgatoire, et que bientôt elle entrerait en paradis. La sainte en demeura stupéfaite : « Comment ! Seigneur, lui dit-elle, un homme qui a mené une si mauvaise vie a-t-il obtenu la grâce de faire une si bonne mort, et de demeurer si peu de temps en purgatoire? » — « Ma fille, répondit Jésus, c'est la dévotion aux douleurs de ma divine Mère qui lui a fermé les portes de l'enfer, et lui ouvrira bientôt celles du paradis ; car quoiqu'il ne lui ait jamais porté un amour véritable, il avait néanmoins coutume de se rappeler souvent ses douleurs et de compatir à ses peines, et c'est là ce qui lui a valu la grâce de se convertir et de se sauver. »

III. Voyez combien Marie est bonne, combien cette dévotion est efficace, puisqu'elle a pu obtenir à un pécheur si endurci la vie éternelle! Que devons-nous conclure de cet exemple? Que nous pouvons imiter cet homme dans sa vie criminelle, et compter sur une bonne mort en pensant aux douleurs de Marie ? Oh ! ce serait le comble de la folie! Que diriez-vous de celui qui s'arracherait les yeux, dans l'espoir de les recouvrer ensuite miraculeusement, et cela parce qu'on lit que la

sainte Vierge a rendu la vue à beaucoup d'aveugles? Voulez- vous savoir ce qu'il faut en conclure? C'est qu'à l'avenir nous devons honorer particulièrement la Mère de douleur, compatir aux peines qu'elle a endurées pour nous dans la passion de son divin Fils, les méditer souvent et du fond du cœur. Car si nous lui tenons compagnie dans ses douleurs ici-bas, nous participerons aussi à ses joies dans le ciel. Mais ce qui me perce le cœur, c'est que certains pécheurs, non-seulement ne pensent pas aux douleurs de Marie, mais les renouvellent tous les jours. Et quels sont ces malheureux? Ce sont quelques pécheurs obstinés, qui ne cessent djentasser péchés sur péchés, et par là crucifient de nouveau le Fils de Dieu, et avec le Fils crucifient aussi la Mère! Ah! pauvres pécheurs ! reconnaissez aujourd'hui votre faute, et prosternés aux pieds de la très sainte Vierge, demandez-lui pardon. Ou plutôt que chacun de vous lui dise avec des sentiments de componction: 0 Vierge affligée, pourquoi ce glaive au milieu de votre cœur? A vous sont dus les lis et les roses, mais non les épines. Que ce glaive perce mon cœur au lieu du vôtre, et le pénètre de douleur d'avoir offensé votre divin Fils. Pardonnez-moi, ô reine des martyrs ! Pardon, ô Vierge sainte, pardon ! Me voici prêt à souffrir mille morts plutôt que de pécher de nouveau, et d'accroître ainsi vos douleurs : je veux, au contraire, les honorer désormais d'une dévotion toute spéciale. — Oui, mes frères, honorez les douleurs de Marie, et, comme la sainte Vierge l'a révélé à saint Jean l'Evangélisie, vous obtiendrez par là trois grâces extrêmement précieuses : premièrement, une sincère contrition avant de mourir ; en second lieu, l'assisiance de la sainte Vierge à votre dernière heure, et enfin, la grâce que vous demanderez spécialement à Dieu en l'honneur des douleurs de sa Mère. Trois grâces qui sont autant de trésors ; tâchez de les mériter en prati-

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