LE CŒUR BLESSÉ DE MARIE
diarie porte dans le cœur un glaive cruel :
Le péché mortel a blessé son sein virginal.
Si ce cœur si tendre languit, percé, Il a été percé par toi, ô pécheur!
I. Le cœur de Marie percé, blessé ! Qui donc a percé, blessé un cœur si tendre ? C'est vous, vous pécheurs endurcis ; vous l'avez percé par votre malice, vos péchés ont été autant de traits qui ont pénétré d'outre en outre le cœur de Marie. Ah! cœur béni! cœur aimable de mon auguste reine! vous allez ce soir nous servir de pierre de touche pour discerner vos véritables serviteurs des pécheurs endurcis et tout à fait perdus. Ceux d'entre vous, mes frères, qui, en voyant cette Mère de douleur le cœur percé, seront touchés et prendront la résolution de changer de vie, peuvent se consoler; car c'est un signe manifeste que la sainte Vierge répand sur eux du haut du ciel sa sainte bénédiction. Mais si quelqu'un, à la vue de ce cœur sacré si cruellement blessé, ne fait que s'endurcir de plus en plus, quel signe plus évident voulez-vous de son éternelle réprobation? Dites hardi-
ment que pour celui-là il n'y a point de paradis ! Aux preuves donc, aux preuves. Serviteurs de Marie, préparez vos larmes pour contempler cette divine Mère, votre patronne, plongée dans une mer de douleurs. Et vous qui ne professez aucune dévotion pour la sainte Vierge, partez à l'instant, ou baissez les yeux, et n'ayez pas l'audace de la regarder ; car la regarder et n'en être pas touché, ce serait la perte de votre âme. Mes chers frères, souvenez-vous que Marie est votre mère, et une mère si généreuse, une mère si tendre, qu'elle vous veut tout le bien possible. Comment donc pourriez-vous retenir vos larmes en voyant votre auguste mère agonisant au milieu des croix et des douleurs? Ah ! contemplez-la tous... La voilà, pécheurs, voilà votre tendre mère, la reconnaissez-vous pour telle? Que dites-vous de cet aspect si triste, de ce glaive qui lui perce si cruellement le cœur, de ce sein virginal si douloureusement entr'ouvert? Qu'en dites-vous? Mérite-t-elle votre amour, une Vierge si accablée de douleur pour votre bien ! Voyons, en signe que vous l'aimez, saluez-la tous encore de bon cœur ; dites tous trois fois, et à haute voix : Vive Marie !
II. Ah! langue sacrilège, je t'ai entendue ! oui, oui, je t'ai entendue ; au lieu de dire : vive Marie, savez-vous ce qu'a dit ce misérable? Ah! bouchez vos oreilles et frémissez ! il a osé crier : mort à Marie. Blasphème affreux, et pourtant c'est ainsi. Voyez- vous là cet endurci qui ne veut pas quitter telle fréquentation criminelle : eh bien! celui-là a dit : mort à Marie; mort à Marie, a dit aussi cette jeune fille scandaleuse qui ne veut pas mettre fin à ses maudites liaisons; mort à Marie, a dit • ce vindicatif qui ne veut pas entendre parler de paix; mort à Marie, a dit ce médisant, ce sacrilège, cet oppresseur des pauvres ; mort à Marie. Mais c'en est trop, arrêtez, de grâce, car je me sens défaillir. Non,
mon cœur ne peut supporter d'aussi horribles blasphèmes. 0 Vierge sainte, j'ai cependant découvert ce soir tous ceux qui vous trahissent : ce sont ces obstinés, ces endurcis qui même pendant ce saint temps ont continué à vivre comme auparavant et pis que jamais. Ils sont en petit nombre heureusement, c'est l'écume des pécheurs, ce sont, les plus pervers, qui même pendant ces derniers jours ne veulent entendre parler ni de conversion ni de confession. Ah ! tendre mère, que j'éprouve de compassion en vous voyant le cœur percé par la perfidie de ces malheureux ! Mais cependant que faisons-nous ce soir? Ah! mes pauvres pécheurs, tandis que vous lancez vos malédictions contre Marie, cette auguste Vierge répand ses bénédictions sur vous, elle prie pour vous, et désire donner son sang pour vous. Et vous, à la vue de ce cœur percé de Marie, vous restez insensibles, vous ne fondez pas en larmes? Mais que parlé-je de larmes? Des larmes, des larmes ! Si Marie, comme elle l'a révélé à une de ses fidèles servantes, a plusieurs fois versé des larmes de sang sur nos péchés, n'est-il pas de notre devoir de donner aussi notre sang pour l'amour de Marie? Du sang donc, mes pauvres pécheurs, du sang pour l'amour de Marie ! Si vous n'avez pas le courage d'en faire autant, donnez au moins des larmes, et pleurez vos péchés, pleurez. Pour moi, je veux verser mon sang pour l'amour de Marie, et je voudrais le verser jusqu'à la dernière goutte. Du sang donc, du sang... Mais non, arrêtez. La sainte Vierge ne demande pas votre sang, mais bien votre cœur. Voilà, pécheurs, ce que vous demande ce soir la très-sainte Vierge : un cœur contrit, un cœur pénétré de douleur, un cœur décidé à se donner tout à Dieu. Voyons, que ceux qui veulent se convertir sincèrement et de cœur, et briser la glace de leur cœur, le témoignent ouvertement; qu'ils saluent la sainte Vierge, mais de bon cœur et de
manière à être bien entendus, en disant trois fois à haute voix : Vive Marie ! vive Marie! vive Marie!
III. Mais vos larmes ne suffisent pas, pécheurs. Je vois entretemps la sainte Vierge gémir et souffrir avec ce glaive dans le cœur; c'est pourquoi je m'adresse à vous, pieux serviteurs de Marie. Comment pouvez-vous supporter de voir votre tendre Mère en proie à des peines si cuisantes? Ah! je veux que ce soir nous arrachions ce glaive cruel du Cœur de Marie. Mais comment, comment? Savez-vous comment? Par une tendre, une très-tendre compassion ; et pour attendrir vos cœurs, sachez que ce glaive a deux tranchants, dont l'un fut aiguisé par l'amour que Marie porte à Jésus, l'autre par l'amour qu'elle porte aux pécheurs. Voulez-vous vous faire une idée de la douleur qu'il cause sous le premier rapport, interrogez une de ces mères : si ce soir, en rentrant chez elle, on déposait entre ses bras ce cher enfant qu'elle aime tant, mais tout ensanglanté, tout déchiré, expirant, déjà mort, quelle ne serait pas sa douleur? Oh ! quelle douleur, je vous le demande, dut éprouver le cœur de Marie lorsqu'elle reçut entre ses bras le corps inanimé de son bien-aimé Fils, qui était tout à la fois et son fils et son père, son fils comme homme, son père comme Dieu ; ce doux Fils qui était le plus beau, le plus sage, le plus gracieux des enfants des hommes ; ce doux Fils qu'elle aimait plus que toutes les mères ensemble n'aiment leurs enfants, parce que c'était un Fils qu'elle avait engendré de son sang le plus pur, qu'elle avait nourri, allaité, élevé par elle-même; ce doux Fils, en un mot, qu'elle aimait du fond de ses entrailles, de toutes ses forces, de tout son cœur, et pour qui elle aurait sacrifié, si elle l'avait pu, une infinité de vies, au point, que sa vie tout entière était transformée en un acte d'amour pour ce cher et divin Fils! Pauvre mère! pauvre mère ! Que dites-vous,
mes frères? Si la douleur marche de pair avec l'amour, quelle douleur indicible a du remplir son âme lorsqu'elle le vit entre ses bras, tout ensanglanté, tout meurtri, et sans^vie! Douleur si grande, héias! que saint Bernardin de Sienne n'a pas craint de dire que, partagée entre tous les hommes, elle eût encore suffi pour les faire tous infailliblement mourir. Ah ! pauvre mere! pauvre mère ! quel supplice, quel tourment que le sien! Serviteurs de Marie, que faites-vous ? Comment la compassion pour une mère si affligée ne vous arrache-t-elle pas des torrents de larmes? Donnez-lui du moins un regard, et dites-lui, les yeux baignés de pleurs : 0 reine des martyrs ! reine de douleur ! mère désolée ! oh ! quel glaive vous perce impitoyablement le cœur ! Qui donc ne compatirait pas à vos peines ?...
IV. Mais non, réservez vos larmes pour une plus amère douleur. Ah ! la pointe la plus sensible de ce glaive, ce n'est pas celle qui est aiguisée par l'amour de Marie envers Jésus, mais bien celle qui est causée par l'amour que Marie vous porte à vous autres, pécheurs. En un mot, c'est une pensée cruelle qui est fixée dans l'âme très-pure de Marie : elle sait que quelques-uns d'entre vous, malgré toutes les missions passées et ces jours de pénitence, ne se convertiront pas encore, et peut-être ne se convertiront jamais. Voilà, voilà le glaive le plus douloureux qui perce son cœur. Ah! quelle peine! quella torture! Quand une mère met au monde un enfant mort, quelle affliction que la sienne, n'est-il pas vrai? Comme elle se désole! Or, telle est la peine inexprimable qu'éprouve la très-sainte Vierge. Elle sait que quelques-uns parmi vous, morts à la grâce, sont dans un état d'obstination telle, que peutêtre ils ne- se convertiront jamais. Mes pauvres pé~ cheurs, me voici prosterné à vos genoux ; laissez-moi exhaler mes soupirs : que faites-vous, mes bien-aimés ?
à quoi pensez-vous? Ne donnerez- vous jamais le moindre soulagement au cœur sacré de Marie ? Toute la consolation qu'elle attend est cependant entre vos mains. Convertissez-vous, mes frères, convertissez-vous,. mes sœurs; confessez-vous, quittez le péché, et le cœur de Marie sera inondé de joie. Mon pauvre pécheur, que de chagrins vous avez donnés à la très-sainte Vierge dans le cours de votre vie ! Vous le savez, et voulezvous toujours continuer de la sorte? Ah! non, mon frère, non; donnez au moins quelque signe de douleur, frappez-vous la poitrine plusieurs et plusieurs fois, et détestez en silence votre mauvaise vie, détestez-la de cœur, sincèrement. — Et vous, Mère charitable des pécheurs, abaissez un regard de compasion sur ce peuple si touché, et convertissez tout le monde ce soir; qu'il n'y ait pas un seul qui persévère dans son endurcissement. — Ah ! s'il y en a un qui refuse de se convertir aujourd'hui pour l'amour de Marie, dites hardiment qu'il est pire qu'un démon.
V. Aussi bien je ne suis pas encore content. Je ne puis voir ce glaive enfoncé dans le sein de Marie, et je ne m'accorderai ni trêve ni repos que je ne l'en ai vu arraché. Arrachons-le donc, mes frères, arrachons-le de la poitrine sacrée de Marie. Le signe d'une conversion sincère, c'est surtout ce désir de voir ce glaive oté du cœur de Marie. Désirez-le donc tous, et désirez-le ardemment; conjurez même le Seigneur d'envoyer un ange pour l'en arracher. Avez-vous fait cette sainte prière? et l'avez-vous faite du fond du cœur? Soyez-en bénis, s'il en est ainsi, soyez-en bénis, fidèles chrétiens et religieux! Quelle consolation vous venez de procure;au cœur de Marie ! Maintenant, certes, j'espère tout de bon et avec fondement que nous nous reverrons tous en paradis. Mais pour nous en mieux assurer, savez-vous comment on fait en pratique pour òter le glaive du cœur
de Marie? Eh bien! faites silence, et profondément recueillis, jetez d'abord un coup d'oeil sur cette sainte image et un autre sur vous-mêmes, puis renouvelez dans votre cœur toutes les saintes résolutions que vous avez formées dans les motifs précédents Vous, jeune homme, vous, jeune fille, vous, vindicatifs, vous, blasphémateurs, usuriers, médisants, vous tous, en un mot, mes chers frères, ôtez les péchés de vos cœurs par une bonne et sainte confession, et vous ôterez par là même le glaive du cœur de Marie. Mais je voudrais vous le voir enfoncer dans le vôtre; et comment? par un continuel souvenir des douleurs de la très-sainte Vierge, en devenant tous des serviteurs dévots de Notre-Dame des sept douleurs. Qu'en dites-vous, mes frères ? qu'en ditesvous, mes sœurs? Le ferez-vous de bon cœur? Ah! soyez-en bénis, je le répète; soyez-en bénis, fidèles et religieux chrétiens! Oh! quelle douce consolation vous venez de procurer à notre auguste souveraine ! Vous vous convaincrez maintenant que ces courts motifs de pénitence sont quelquefois plus fructueux que les longs sermons de mission. Terminons par un salut cordial à notre bonne mère, qui a daigné toucher vos cœurs et faire tant de bien à vos âmes. Dites donc tous, trois fois, à haute voix, et avec un cœur dévoué : Vive Marie ! Vive Marie! Vive Marie!