SERMONS, ETC. 1G
légitime du défunt. Le premier saisit l'arc sur-le-champ et tira, mais il n'atteignit pas le but. Le second tira ensuite, et frappa pareillement à côté. Le troisième voulut essayer à son tour, mais à peine eut-il l'arc en main, qu'il commença à trembler de la tête aux pieds, et qu'un torrent de larmes l'empêcha même de voir le cadavre: alors jetant l'arc et les flèches par terre, il éclata en sanglots à la vue de son bien-aimé pere. Il n'en fallut pas davantage pour faire connaître aux juges qu'il était bien réellement le fils légitime du défunt.
II. Pour nous, mes frères, nous avons trouvé dans cet endroit-ci un mort ; nous l'avons porté processionnellement dans les rues, on ne sait pas précisément à qui il appartient. Il pourrait se faire que ce fût le père de quelques-uns d'entre vous. Regardez-le, je vous en prie, regardez-le ; mais auparavant préparez vos larmes pour le cas que ce fût le cadavre de votre bon et tendre père. Allons, prêtres vénérables, découvrez ce mort... Le voilà, le voilà, ce pauvre mort abandonné et trahi par les siens. Que dites-vous ? le reconnaissez-vous? — Ala ! certes, nous ne le reconnaissons que trop : c'est notre bon Jésus, c'est notre tendre père! — Cela n'est pas vrai, pécheurs, pardonnez-moi, cela n'est pas vrai. Vous prétendez tous, à la vérité, être ses enfants, parce que tous vous aspirez à l'héritage d'un si bon père en paradis; mais en réalité vous ne l'êtes pas tous. Aux preuves donc, aux preuves. Celui qui percera le cœur de Jésus avec une flèche, celui-là sera réputé son enfant légitime. — Comment! vous frémissez ! Eh! quoi ! ce bon Sauveur qui jadis a consenti à avoir les jeux bandés, le visage couvert de crachats, et à être foulé aux pieds par des bourreaux, veut bien ce soir être exposé au pilori comme un esclave ; il tient donc son côté ouvert et ses jeux bandés pour que vous tiriez après son cœur. Levez-vous tous, pécheurs, vous, vin-
dioatifs, vous médisants, vous impudiques, vous tous, pécheurs obstinés, tirez sur Jésus, prenez son cœur pour point de mire, percez-le... Arrêtez, arrêtez; si vous ne lavez pas atteint au cœur, vous ne l'avez que trop blessé aux mains, aux pieds, à la tête ; vous avez été jusqu'à lo fouler aux pieds ; allez, allez, vous n'êtes pas dignes de la qualité précieuse d'enfants de mon Jésus. Ah! mon aimable Sauveur, d'où vient tant de dureté ce soir? Dans une si nombreuse assistance, pas un seul qui, en vous voyant pâle et sans vie, jette par terre arc et flèches, pour pleurer ses péchés, se- frapper la poitrine, et vous proclamer par ses larmes son père bien-aimé! Je veux, moi, puisqu'il en est ainsi, vous rendre cet hommage. Mes frères, je suis le fils le plus dénaturé qu'ait Jamais eu Jésus -Christ, mais méchant, bien méchant. Une chose cependant me console ce soir, c'est de pouvoir appeler Jésus du doux nom de père; par cela seul, j'espère bien blesser le cœur de ce divin Sauveur. L'enfant prodigue, par ce seul mot Pater, « mon père, » blessa le cœur de son père, l'attendrit et se le rendit tout à fait favorable. Laissez-moi donc aussi blesser le cœur de mon Jésus par cette tendre appellation : Pater. Je me jette au cou de mon bienaimé père... Pater. Mon père ; Jésus est mon père, il est mon père ! Ah ! pere saint, regardez les larmes de votre pauvre enfant qui met toute sa confiance en vous, son tendre père. Père dévoué, père généreux, pardon ! père bien-aimé, pardon! — Venez aussi, pécheur mon frère, venez blesser le cœur de Jésus ; préparez-vous à proférer ce doux nom : Pater; dites-le, vous aussi : Mon père, Jésus est mon père, il est mon père, un père plein d'amour et de bonté. Pardon, père bien-aimé, pardon! Comment, comment! cela ne suffit pas encore pour toucher votre cœur? Eh bien! donc, tournez les flèches .contre vous, blessez votre chair indigne par la
pénitence, et vous réussirez à blesser le cœur de Jésus, en vous attirant son amour. Ecoutez ce que vous prêche Jésus de ce lit de mort : Pénitence, mes enfants, pénitence ! Répondez tous : Pénitence, pénitence ! ou plutôt faisons tous pénitence; frappez-vous la poitrine, et criez tous : Pardon, mon Jésus, pardon ! etc.
III. Nous nous sommes trompés. Ce n'est pas là le moyen d'émouvoir nos cœurs et tous ensemble de blesser le cœur de Jésus. Allons, mettons de côté les disciplines. Voulez-vous éclater en sanglots, et par un torrent de larmes proclamer Jésus votre père bienaimé ? Jetez un regard sur mon Sauveur trépassé ; il est votre père, c'est très-vrai, il est votre père ; mais, comme vous voyez, il a les yeux bandés et ne se soucie pas de vous voir. Ah ! quelle douleur!... Voici donc le moyen de fondre en pleurs : priez Jésus de vous montrer sa face adorable, et de vous accorder, tout mort qu'il est, un regard d'amour. Yeux ravissants de mon Jésus, vous êtes ces traits enflammés qui pouvez seuls blesser nos cœurs. Ainsi la grâce, ô mon doux Jésus, la grâce que vous demande cette pieuse assistance prosternée à vos pieds, c'est de voir vos yeux, votre visage, qui ne respirent qu'amour et compassion ; c'est d'obtenir de vous un de ces regards qui brisent les cœurs les plus durs : Ostende faciem tuam et salvi erimus l : « Montrez-nous votre face, ô divin Rédempteur, vous crientils tous, et nous serons sauvés. » Oui, jetez sur eux un de ces regards amoureux, et vous verrez qu'ils se convertiront tous et pleureront sans fin. Vous avez converti Pierre, et comment l'avez-vous fait pleurer si amèrement? Par un regard qui lui a traversé le cœur, n'est-il pas vrai? Eh bien! par un regard semblable vous les toucherez tous, vous les gagnerez tous. Oh ! que de
(1) rs. 70. 8.
conversions, que de larmes, que de sanglots signaleraient cette soirée, si vous les favorisiez d'un regard de miséricorde ! — Allons, fidèles chrétiens, consolezvous; Jésus veut ravir votre cœur en vous montrant son visage adorable, ces traits aimables dont vous devez vous éprendre ce soir, pour ne plus cesser de l'aimer pendant toute l'éternité. Et qu'avez-vous à faire pendant que ce tendre père vous découvrira son visage bienaimé et abaissera sur vous un regard de bonté ? Ce que fit Pierre, lorsque Jésus fixa les yeux sur lui: vous devez éclater en sanglots en détestant vos péchés, vous devez vous frapper la poitrine et lui demander pardon de cœur. Voyez donc les yeux ravissants de voire généreux père; voyez, les voilà (on lève le voile). Ah ! tous ensemble frappons-nous la poitrine, détestons nos péchés, disons tous: Pardon, mon Jésus, pardon! Mais il ne suffit pas, mes frères, que Notre-Seigneur vous regarde maintenant d'un œil de miséricorde ; nous devons le supplier de ne détourner jamais de nous ses regards. Que chacun de vous lui dise donc à haute voix : Regardez-moi toujours, ô mon Jésus, regardez-moi toujours! ne détournez jamais de moi ces regards miséricordieux : Confirma super me oculos tnvs. Regardezmoi toujours, ò mon Jésus, regardez-moi toujours, toujours ! — Afin que Jésus vous regarde toujours, faites attention à ce que je vais dire.
IV. Je ne voudrais pas, mes chers frères, que tout le fruit de cette soirée se bornât à quelques larmes. Ce que j'ai surtout a cœur, c'est que nous affermissions l'œuvre de notre conversion, que nous rendions cette conversion bien solide, de façon qu'elle dure non-seulement pendant les jours de la mission, ou quelques heures après la procession, mais toujours, toujours. A cette fin nous devons faire le propos le plus ferme, le plus stable, le plus arrêté que nous ayons jamais fait de notre vie de ne
jamais plus pécher, et chacun en particulier doit prendre les résolutions qu'il sait, être les plus nécessaires au salut de son âme. Ainsi donc, faites tous silence, restez bien tranquilles, qu'on n'entende pas le moindre souffle, et que dans ce silence religieux, chacun forme ses résolutions, mais intérieurement, sans que personne les entende, excepté Jésus-Christ,, qui voit le fond des cœurs. Voyons, vous jeune homme, prenez la résolution de ne jamais plus mettre les pieds dans telle maison, de renoncer au jeu de cartes, de quitter tel compagnon, tel cabaret. Vous jeune fille, la résolution de renoncer à ces amours coupables, à ces vanités ; plus de modestie à l'église et d'obéissance à la maison. Vous, chefs de famille, la résolution de ne point autoriser ces bals, ces soirées, ces conversations, de restituer le bien d'autrui. Vous, vindicatifs, de vous réconcilier avec un tel, de saluer ceux qui vous ont offensés. Vous, blasphémateurs, de mettre un frein à vos langues sacrilèges. Vous tous, en un mot, pécheurs, songez à faire cette confession générale, à déclarer exactement tel péché caché depuis tant de temps, à vous choisir un bon confesseur. Allons, mes frères, formez en silence ces saintes résolutions, faites-les tout bas. tout bas. — Mais que dis-je? pourquoi donc ce silence? Aurions-nous à rougir d'être enfants deNotre-Seigneur? A Dieu ne plaise ! Nous devons, au contraire, formuler nos résolutions de manière à être entendus même par les anges du paradis. Protestons donc tous clairement et à haute voix que nous ne voulons plus pécher. Disons tous trois fois: Jamais plus de péché, etc. Oh ! maintenant, oui, Jésus ' fixera sur vous ses regards pour toujours, en voyant que vous lui promettez de si bon cœur de l'aimer toujours. Mettons le sceau à tous ces bons propos en répétant trois fois et à haute voix : Vive Jésus ! Vive Jésus ! Vive Jésus!
SECOND MOTIF