‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 6 sur 101 · II. Une vertueuse fille, nommée Thérèse, que Dieu · texte numérisé non relu

II. Une vertueuse fille, nommée Thérèse, que Dieu

favorisait de diverses grâces, s'entretenant un jour en

travaillant avec sa mère, tomba tout à coup à genoux, le

visage tourné vers la rue, et pria sa mère d'en faire

autant, parce que le saint Sacrement passait. La mère,

ne voyant rien, se moqua de sa méprise. — Eh ! ma

mere, je ne me trompe pas, répondit-elle : voyez-vous

ce prêtre qui passe ? il n'y a qu'un instant qu'il a célébré,

et la sainte hostie n'est pas encore consommée dans ses

entrailles. Aussi voyez-là Jésus, et avec Jésus quelle

multitude d'Anges ! A genoux, ma mère, à genoux. —

Ah ! mes frères, si Jésus vous ouvrait une fois les yeux,

vous verriez, vous aussi, avec quelle suite il vient vous

visiter dans le très- saint Sacrement, vous verriez des

troupes d'anges, des troupes d'archanges, des troupes

de chérubins et de séraphins, occupés à l'adorer, à le

bénir, à le louer. A la vue de ces merveilles, vous seriez

comme ravis en extase, et vous n'auriez pas le cœur de

sortir de l'église sitôt après la communion, sans faire la ■

moindre action de grâces. Chose étrange! vous êtes si

polis, si obséquieux avec les hommes, et avec Dieu si r. m. vi. 2

18 QUATRIÈME EXHORTATIO-V.

impolis ! Je voudrais voir reprendre l'ancienne pratique de saint Philippe de Néri, lequel, s'apereevant que quelques prêtres, le saint sacrifice à peine terminé, sortaient immédiatement de la sacritie et de l'église, sans faire leur action de grâces, les fit accompagner plusieurs fois par des clercs avec des flambeaux allumés, les avertissant ainsi d'une manière gracieuse de leur ingratitude. Voilà ce qu'il faudrait faire avec vous, lorsque vous sortez de l'église en quittant le banc de communion ; il faudrait vous faire accompagner avec des cierges allumés, non pour vous faire honneur, car vous ne le méritez pas, mais pour honorer le saint Sacrement que vous portez au dedans de vous.

III. Dites-moi donc, mes pauvres pécheurs, combien de fois n'avez-vous pas fait cet outrage à Jésus dans le Sacrement de son amour ! Combien de fois ne l'avezvous pas porté par les places, dans les magasins, dans les cercles, au milieu des conversations les plus frivoles ! Ah ! prosternez-vous devant cet adorable Sacrement, frappez-vous la poitrine et demandez-lui pardon de tant d'irrévérences. Pardon, ô mon Jésus ici présent, pardon ! — Combien de fois, hélas ! n'avez-vous pas scandalise votre prochain, en passant immédiatement de la table sainte à la promenade, ou dans un lieu public, pour y causer de nouvelles ? Aveugles ! ingrats que vous êtes ! Ah ! demandez-en pardon du fond du cœur : Pardon, ô très-doux Jésus, pardon ! Mon aimable Rédempteur, pardonnez-nous, oui, pardonnez-nous; car si nous avons été si grossiers à votre égard par le passé, il n'en sera plus ainsi désormais. Nous sommes bien résolus à employer maintenant le peu de temps pendant lequel vous daignez demeurer avec nous. Oh ! quel temps précieux ! Sainte Thérèse disait que c'était le moment de traiter avec Dieu, et de lui demander toutes les grâces que nous pouvons désirer. — Mais, mon

père, je ne sais que lui demander. — Vous ne savez que demander? Quelle honte ! Eh bien ! je vais vous apprendre ce que vous devez faire. Après la sainte communion, retirez-vous à l'écart, et là, dans un religieux silence, excitez votre foi, et contemplez Jésus au-dedans de vous, puisque vous avez alors dans votre poitrine ce même Jésus, qui demeura neuf mois dans le sein virginal de Marie. Ainsi recueilli à ses pieds, faites le pauvre et dites-lui : Seigneur, sauvez-moi ; Seigneur préservez-moi du péché mortel ; Seigneur, donnez-moi la grâce de la persévérance finale, accordez-moi une bonne mort, et le ciel après cette vie ; Seigneur, protégez ma famille, sanctifiez mes enfants. — Demandez îardirnent, demandez, et demandez avec une grande ;onnance, et soyez assurés que vous obtiendrez toutes sortes de biens. Oh ! qu'ils sont précieux les moments que Jésus veut bien passer avec nous ! ne les perdons pas, je vous en prie.

C'est pourquoi la dévotion que je vous recommande ce soir, sera d'entendre deux messes toutes les fois que vous communierez, une avant la communion, et l'autre après. Dans la première, vous aurez soin de vous préparer par les actes de foi, etc., comme je vous l'ai dit hier; dans la seconde, vous remercierez Notre-Seigneur et vous lui demanderez les grâces dont vous avez besoin. C'est alors que vos communions seront fructueuses, et rempliront votre âme de grâces, de mérites et de toutes sortes de biens.

Ve EXHORTATION.

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