‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 8 sur 101 · LE SAINT VIATIQUE · texte numérisé non relu

LE SAINT VIATIQUE

y reçoit un Dieu qui est la joie du paradis? Comment nous découragerait-il, tandis qu'il nous donne un Dieu pour défenseur? L'exemple suivant vous montrera quelle joie, quelle félicité le viatique répand dans l'àme.

II. On raconte de l'empereur Othon, qu'étant réduit à l'extrémité, il désirait ardemment recevoir le saint viatique, afin de s'armer de ce bouclier contre les traits des malins esprits ; mais que, ne pouvant se nourrir de ce pain de vie, à cause que son estomac dégoûté ne retenait aucun aliment, il en éprouvait une vive douleur et se plaignait, en disant : Que deviendrai-je sans ce puissant secours? Me faudra-t-il donc mourir sans mon Jésus, sans le bien-airaé de mon âme ? Qu'au moins on me l'apporte dans ma chambre, afin que je puisse expirer sous ses yeux. — Son confesseur alla aussitôt chercher le ciboire, et prenant une hostie en main il la présenta au pieux empereur. Celui-ci, s'étant soulevé .sur son lit, étendit les bras comme pour presser le Sauveur sur son sein. Or, voici que s'échappant de la main du prêtre, l'hostie vole droit sur la poitrine d'Othon, la perce comme un trait d'amour, et pénètre dans son cœur en le remplissant d'ineffables consolations. Alors, cette âme fortunée, comme inondée d'un torrent de délices et rassasiée de la vie, quitta son enveloppe mortelle, et une belle cicatrice marquait sur la poitrine l'endroit par où l'hostie était entfrée.

III. Que pensez- vous maintenant? Dites-vous encore nue le saint viatique attriste lame, abat le courage? Ne voyez-vous pas avec quelle joie on meurt quand on meurt avec le viatique dans le cœur? Ah ! prosternonsnous tous devant le très-saint Sacrement, et demandonslui la grâce de mourir après l'avoir reçu. Si nous nous en sommes rendus indignes pur nos péchés sans nombre, demandons-en pardon à Jésus. Oui, mon Dieu, nous

mériterions de mourir sans sacrements comme des bêtes; mais pleins de confiance en votre miséricorde, nous vous demandons pardon d'avoir si mal employé le temps de notre vie. Pardon, mon Dieu, pardon ! Ah ! ne considérez pas nos infidélités et nos révoltes, ô mon Jésus ! Il n'est que trop vrai que nous vous avons souvent trahi, en abusant plus que Judas de ce divin Sacrement. Mais nous ne voulons plus imiter Judas; non, non ; nous voulons nous confier, que dis-je ? espérer sans mesure dans votre clémence. Pardonnez-nous donc, ô mon amour ! Pardon, divin Jésus, ici présent sous ces voiles eucharistiques, pardon! Une bonne et sainte mort, telle est la grâce que nous vous demandons ; oui, mon Dieu, une bonne mort, et nous espérons qu'elle sera telle, si au moment de mourir nous sommes fortifiés par le saint viatique. — Et vous, pauvres pécheurs, cessez de regarder l'adorable viatique comme un présage funeste de mort ; considérez-le plutôt comme un gage assuré de la félicité céleste; en conséquence, allez dès ce soir trouver votre curé, et priez-le de vous l'apporter à temps. Ne vous contentez pas de cette démarche ; mais vous, mères de famille, priez vos enfants ; vous, enfants, priez vos mères ; vous, maris, vos femmes, de vous avertir de bonne heure du danger de mort lorsque vous y serez, et de vous procurer aussitôt les sacrements de l'Eglise : conjurez-les de ne pas vous faire défaut par une affeefion mal entendue, dans une affaire si importante. Protestez-leur que vous recevrez cet avertissement avec joie, avec reconnaissance et avec mille bénédictions.

Votre pratique sera d'accourir au premier son de la cloche pour accompagner le saint viatique aux infirmes, moyen très-efficace d'obtenir la grâce de le recevoir avant de mourir et de faire une sainte mort. De plus, que chaque famille ait chez elle le cierge du très-saint

Sacrement, et qu'elle ne manque pas de l'envoyer toutes les fois qu'on porte le saint viatique, afin d'honorer Jésus dans le Sacrement de son amour.

VIe EXHORTATION.

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