JOAN
I. Que nous répandions des larmes à la mort de nos amis et de nos proches, et que nous les accompagnions au cimetière de nos regrets et de nos pleurs, je ne m'en étonne pas ; notre cœur est si faible, qu'il est également disposé, et à rire par légèreté de caractère, et à pleurer par sensibilité. Mais si nous voj'ons pleurer celui qu'on ne voit jamais rire, il faut bien convenir que la source de ces larmes remonte plus haut : « Le Sauveur verse des larmes, dit saint Augustin, pour apprendre à l'homme à faire meilleur usage des siennes : " Quare Chrisius flecit, nisi quia fiere hominem docuit? Chacun de ses soupirs nous découvre un grand mystère. Vous vous trompez donc, ô Juifs, en pensant que Jésus pleure par amour pour lo défunt : Dixerunt ergo Juclœi : ecce quomodo amabat eum^ . \\ n'en est rien; ces larmes du divin Rédempteur ne sont pas pour votre frère, ô Marthe, ô Madeleine, elles ne sont pas pour vous, ò Lazare. Mais pour qui sont-elles? Ah! ce sont des larmes mystérieuses, les larmes d'un Dieu versées pour Ja
ii)IJoan. li. 36.
DU PÉCHEUR d'habitude. 203
conversion d'un [lécheur d'habitude. 0 larmes précieuses, gage de la grâce, rescrit de pardon, symbole do raiséricorde! je voudrais aujourd'hui bien comprendre votre langage, pour l'exprimer avec efficacité, et faire entendre à tous ceux qui se sont familiarisés avec le vice, qui vivent continuellement plongés dans le péché, qui veillent et qui dorment dans le péché, qui croupissent dans le péché les nuits et les jours, et peut-être, ce qu'à Dieu ne plaise ! des années entières ; je voudrais, dis-je, leur faire entendre combien il est difficile, pour ne pas dire impossible, de briser les chaînes d'une mauvaise habitude invétérée : ce qui fit pousser à saint Augustin cette exclamation : Quant difficile surgit^ giiem moles malœ consuetudinis premiti « Qu'il est difficile de se relever, quand on est accablé sous le poids d'une mauvaise habitude ! » Pécheurs d'habitude, vous qui, non-seulement morts à la grâce, mais ensevelis dans le péché comme dans un suaire, gisez dans le tombeau du vice, écoutez-moi bien ce matin : je vais, non sans effroi, vous montrer qu'un pécheur esclave d'habitudes vicieuses se convertit très-difficilement, — parce que, aveuglé dans son esprit, il ne verra jamais, sans un grand miracle, le danger qu'il court, premier l)0int; — parce que, immobile dans son sépulcre, c'està-dire endurci dans sa volonté, il n'aura pas la force, sans un insigne miracle, de fuir le danger, second point; — enfin, parce que Dieu ne voudra pas faire de miracles pour le convertir, troisième point. — En un mot, le pécheur d'habitude se convertit difficilement, parca qu'il se trouve dans un état de damnation presque infaillible, vu qu'il y a peu de différence entre vivre dans l'habitude du péché et vouloir opiniâtrement l'enfer. Oh ! c'est bien ici, mon Jésus, qu'il faut vos larmes : Domine, veni, et vide. Et lacrymatus est Jesus. Commençons.
2Gi SERMON XXVil.
PREMIER POINT
II. Entre toutes les créatures visibles, la plus noblo c'est l'homme; la portion la plus noble de l'homme, c'est l'âme, et ce qu'il y a de plus noble dans l'âme, c'est l'intelligence. Elle est donc bien à plaindre l'âme qui vient à perdre l'intelligence! Comment pourrait-elle apercevoir l'abîme où l'ont jetée ses iniquités, si elle en a tout à fait effacé la connaissance? Comment pourraitelle se convertir sans un insigne miracle, si elle ne voit plus le danger où elle est? Croyez- vous peut-être quo l'on n'arrive pas à perdre l'intelligence de ses égarements, quelque graves qu'ils -soient? Qui ne sait à quel point le cœur humain est tyrannisé par ses passions maudites, surtout lorsqu'elles sont fortifiées par l'habitude ? Elles épaississent tellement l'esprit, elles l'obscurcissent et l'aveuglent si bien, qu'il ne peut, pour ainsi dire, plus élever un regard vers le ciel. Il ne pense plus aux maximes éternelles, il ne se souvient plus de l'autre vie, croupissant dans sa fange, où il n'aperçoit rien quo la terre, et l'on voit se vérifier en lui les menaces fulminées par le prophète Isaïe contre le peuple hébreu, dont Notre-Seigneur Jésus-Christ a dit : Incrassatum est cor populi hujus, . . . nequando intelUgant, et convertantur^ : « Le cœur de ce peuple s'est appesanti, de peur qu'ils ne comprennent et ne se convertissent ; » figure vivante d'un pécheur d'habitude, dont l'entendement s'obscurcit et va même jusqu'à se perdre totalement, au point de rendre sa conversion, je ne dirai pas seulement difiîcile, mais presque impossible. — Ne venez pas me dire : comment peut-il se faire qu'un pécheur perde Tentendement? cette faculté n'est-elle pas une partie essentielle de l'âme ! ou plutôt qu'est-ce que
(1) Match. 13, 15.
DU rÉCHEUR d'haoitude. 2G5
l'entendement sinon l'àrae elle-même en tant qu'elle entend? Comment donc le pécheur d'habitude pourraitil perdre l'entendement sans perdre l'àme en même temps? — On peut distinguer dans l'homme deux entendements, s'il est permis de parler ainsi : l'un qui nous est inné, l'autre qui est le fruit de notre travail; l'un, l'ouvrage de Dieu, qui le donne à qui il lui plait, l'autre, notre œuvre propre, que chacun se forme à son gré. C'est de celui-ci que parlait le prophète-rojal , quand il disait : Intellectus bonus omnibus facientibus cum^ : « Ceux-là ont une intelligence vraiment droite qui se la font telle, en observant la loi de Dieu. « Il est certain qu'une mauvaise habitude ne prive pas l'homme du premier entendement, qui n'est, après tout, qu'une simple puissance d'entendre, de concevoir : mais elle lui ôte le second, et par là le laisse aveugle, de telle sorte qu'il ne comprend plus ses véritables intérêts. Qui croirait que le riche de l'Evangile pût adresser à son âme ce discours insensé par lequel il l'encourage à boire, à manger et à faire bonne chère : Anima mea... comede, bibe, epulare ^. Il me semble que c'est plutôt à son corps qu'il devait parler ainsi. C'est le corps, en effet, ô impie, qui se nourrit de la sorte et non pas l'âme; c'est le corps qui mange, et qui s'enivre, l'âme aspire à un aliment plus digne et plus noble. Mais abstenons-nous d'en vouloir à ce malheureux, car il a l'esprit aveuglé ; il parle ainsi ou parce qu'il s'imagine n'avoir plus d'âme, ou parce qu'il croit avoir une âme toute de chair. Aveuglement épouvantable, qui faisait gémir le saint roi David : Ad nihilum redactus sum et nescivi'; aveuglement qui arrachait pareillement des larmes à saint Augustin : Miser eram, nec cognoscebam; aveuglement enfin qui devrait terrifier tous les pécheurs
(1) Ps. 110. 10. (2) Liic. J2. 19. (3) Ps. 72, 22.
20t) SERMON XXVII.
d'habitude, et troubler la sécurité avec laquelle ils s'endorment dans leurs désordres : Nescierunt neque inteliexerunt ^ : « Ils n'ont ni connu, ni compris ; » mais pourquoi, ô saint prophète? Parce qu'ils « marchent au milieu des ténèbres : » In tenebris ambulant"'^ et qu'il est impossible de vivre dans Thabilude du crime sans perdre la raison, comme il est impossible de marcher dans l'obscurité sans perdre le bon chemin. Donnez-moi un aveugle de cette espèce, qui ne voie plus le péril qu'il court et n'apprécie plus son mal, et dites-moi s'il ne faut pas un grand miracle pour qu'il se convertisse.
III. Mais pour voir le cas en pratique, interpellons un de ces pécheurs d'habitude : Réponds-moi, misérable, infortuné que tu es ! Tu as amoncelé les ténèbres, n'est-il pas vrai, et la nuit s'est faite? Posuisti tenebras, et facta est nox^. Mais comment as-tu été réduit à un état si déplorable? Comment peux-tu vivre si enfonce dans le vice, que tu n'aies plus aucune crainte de Dieu ni des hommes, que tous les regards, toutes tes paroles, toutes tes pensées soient des péchés? lit peccatis natus es totiis*. — Interrogez quelqu'un de ceux qui ont connu ce pécheur dans son enfance, ils vous diront que c'était un jeune homme piviux, assidu à s'approcher des sacrements, tout adonné aux exercices de piété, d'une conscience délicate ; mais que surpris sans doute à l'impreviste par une violente tentation, par une occasion dangereuse, que sais-je? il succomba. Pensez aveo quelle frayeur il commit ce premier péché, quelle peur il eut que l'air même n'en eût connaissance; il en serait mort de honte, si le fait fût arrivé aux oreilles des siens : aussi a-t-il acheté à tout prix le silence de ses complices, et à plus forte raison l'a-t-il gardé lui-même, même à. l'égard de son confesseur, en lui cachant, pendant des
(1) Ps. 81, 5. (2) Ibid. 13) laid. 103. 20. (4) Joaiu 9, 34.
DU PÊCHEUR d'habitude. 267
années, ses premières chutes. Dans les commencements, il était tourmenté sans cesse paries remords de sa conscience, il tremblait comme une feuille au moindre souffle, il frémissait à chaque coup de tonnerre, et, comme un cerf blessé, il portait partout avec lui ses craintes et ses épouvantes. Mais maintenant il n'en est plus ainsi ; il faut le voir dormir, manger, et se rire de ses frayeurs d'autrefois, en disant- : Eh! que m'est-il arrivé de fâcheux ? la foudre ne m'a nullement frappé, et. la terre ne s'est pas entrouverte sous mes pieds : Peccavi,... quid mihi accidit triste ' ? Il s'enfonce dans le péché, il s'y vautre, il s'y perd; il pèche, et il s'en fait gloire; il pèche, et il en tire vanité; il pèche, et il s'en réjouit ; l'appéiit est devenu faim, la faim s'est changée en fureur, la fureur en caprice, le caprice en nécessité, la nécessité en habitude, l'habitude en nature, la nature est devenue péché, et le poison même nourriture; il s'est infiltré dans les veines, et jusque dans la moelle des os ; le péché qui est la mort de l'âme est devenu, en quelque sorte, la substance même de l'âme, et l'on va jusqu'à se glorifier de son infamie, jusqu'à regretter de n'avoir pas débuté plus tôt dans la carrière du vice, jusqu'à rougir de sa faiblesse, parce qu'on n'ose pas commettre avec plus d'effronterie encore le mal dont on se vante tant : Qui lœlantur cum malefecerint, et exultant in rebus pessimis"^. Mais dites-moi, je vous en prie, mon pauvre frère, d'où est venu un changement si étrange? Vos péchés no sont-ils plus ce qu'ils étaient jadis? Ils l'emportent, au contraire, et par le nombre et par la gravité ! N'êtes-vous plus le même homme? Vous n'avez fait, au contraire, qu'affaiblir votre constitution avec les années. Pourquoi donc, dans le principe, tant de frayeur du péché, et aujourd'hui tant
(1) EccU. 3, 44. (2} Prov. H, 14.
de paix, tant de sécurité? La raison, la voici; c'est parce que vous avez accumulé les ténèbres, et plongé votre esprit dans une nuit profonde, c'est parce ([ue vous vous êtes familiarisé avec le vice par une habitude invétérée, et que vous avez perdu la connaissance de Dieu, de l'éternité, de la malice du péché, que vous avez perdu l'intelligence enfin. Aussi longtemps que votre malice était, pour ainsi dire, à l'état d'enfance, la lumière de la raison et la lumière de la foi vous avertissaient que ce contrat était usuraire, que cette liberté était dissolution, que l'attachement à telle créature était péché, que cette passion était déréglée, que cet amour était très-dangereux ; mais une fois que de simple pécheur vous fûtes devenu un pécheur d'habitude, les licences vous ont paru politesses, les impudicités les plus révoltantes pure fragilité, les vols une industrie, les liaisons frivoles une mode, le blasphème un usage; encore une fois, quelle est la cause d'un changement si déplorable? La cause, je vous le répète, et saint Thomas de Villeneuve la confirme, c'est que votre raison est dépravée par la longue habitude du péché, et qu'ayant perdu la lumière de l'entendement, vous êtes comme changé de nature : Ratio longa peccandi consuetudine depravatiir, et lumine amisso judicii in aliam degenerasti naturam. N'ai-je pas raison de désespérer de votre conversion sans un grand miracle ? Votre maladie, hélas ! a pris un caractère si malin, que Dieu luimême, par la bouche du prophète Osée, désespère de pouvoir vous en guérir : Et ipse non poterit sanare eos, nec solvere poterit a vobis vinculicm^.
IV. Quelle misère! quelle déplorable extrémité! Le pécheur d'habitude arrive à ce point qu'il perd toute espérance, comme si son mal était sans remède. En
(1) Os. 5, 13
DU PÉCHEUR d'uabitude. 269
voulez-vous un exemple, venez avec moi au fond de ce bois. Voyez cette infortunée créature, qui n'ayant plus rien de l'homme, apparaît recouverte de poils épais, marche à quatre pieds, fait retentir la forêt de ses mugissements, et fuit effrayée la compagnie des hommes. C'est là, si vous ne le savez pas, le roi Nabuchodonosor. — Nabuchodonosor! ce monarque superbe et indomptable? — Lui-même; ses péchés en avaient fait une bêle féroce sur le trône, le châtiment l'a rendu une bête féroce au fond des bois. Il se promenait avec orgueil dans son palais, quand tout à coup il entendit une voix d'en haut qui lui dit : Tibi dicitur, Nabuchodonosor rex : habitatio tua cum bestiis erit et feris ^ : « Roi Nabuchodonosor, écoute : Tu habiteras avec les animaux et les bêtes féroces. » Quel étrange événement ! et pourtant c'est un fait qui est de foi. Ces paroles suffirent pour transformer en bête un monarque puissant. Aussitôt il fuit de son palais comme un animal sauvage, il s'enfonce dans une forêt, il se cache, et traine sur l'herbe, comme vous voyez, ce front superbe qui tout à l'heure était ceint du diadème; il broute l'herbe des champs, et boit l'eau des marais ; sans défense contre les injures' des saisons, il est exposé aux ardeurs de l'été, au froid de l'hiver, à la pluie, à la neige, au vent, à la grêle. Ce qu'il y a de bon pour lui, c'est que ce châtiment ne durera que jusqu'à ce qu'il ait confessé qu'il y a au monde un maitre plus grand que lui : Donec scias quod dominatur Excelsus^ . Il me semble vous voir tous émus de compassion à la vue de ce spectacle, et crier à l'infortuné monarque : Nabuchodonosor, que fais-tu? une pensée vers le ciel, un acte d'humiliation devant Dieu suffit pour le replacer sur le trône. Que lardes-tu? Hàte-toi de le tourner vers Dieu. — Allez!
(1) Dan. 4. tS. (2) Ibid. -l, 29.
VOUS pouvez crier tant que vous voulez, c'est en vain. Que dis-je? l'obstiné, levant un front altier, vous répond : Juxta voluntatem suam facit^ : « 11 agit selon sa volonté. » Que dis-tu, téméraire? « Selon sa volonté? " Pourquoi ne confesses-tu pas que Dieu a agi comme il fallait en t'infligeant un châtiment proportionné à tes crimes ? — Oh ! quant à cela, non, répond l'orgueilleux, c'est ce que je ne dirai jamais : je soutiens, au contraire, qu'il agit d'après sa volonté; c'està-dire, suivant l'interprétation ordinaire, il m'a puni parce qu'il était plus puissant que moi ; il a agi selon le droit du plus fort, mais non selon la raison. — Ah! effronté, arrogant, créature impudente ! c'est donc toi qui auras droit, et le tort sera du côté du Très-Haut? Grand Dieu ! qu'il est vrai que le pécheur d'habitude peut déposer son extérieur, mais ne dépose pas son vice ; car le malheureux perd jusqu'au sentimejit de son mal, il est comme pétrifié dans ses désordres, et tellement aveuglé sur son propre compte, que les menaces ne peuvent l'effrayer, ni les raisons le convaincre, ni les prières l'émouvoir, ni les larmes l'amollir, et que les coups et les fléaux, loin de le briser, ne font que l'endurcir comme le diamant sous le marteau. Aussi, je ne crains pas de dire qu'il est semblable à un damné, avec cette différence que celui-ci est renfermé en enfer et comme enseveli dans ce lieu d'horreur, au lieu que le pécheur habitué au vice renferme l'enfer dans son sein, et se trouve enveloppé d'affreuses ténèbres, qui obscurcissent tout à fait son intelligence, et l'empêchent d'élever jamais sa pensée vers Dieu. C'est de cette sorte de pécheurs que parle le prophète Osée, quand il dit qu'ils ne penseront point à revenir à leur Dieu, parce que l'esprit de fornication est au milieu d'eux : Non
(1} Dan. V. 32.
DU PÉCHEiJH d"iIAIìITUI>E. 271
lìahunt cogitationes suas ut revertantur ad Deura suum, quia spiritus fornìcationum in medio eorumK Et ce que le prophète affirme des impudiques, dites-le pareillement des vindicatifs, des usuriers, des blasphémateurs, des ambitieux, des joueurs et de tous les outres pécheurs endurcis. Non, ils ne songeront pas à revenir à leur Dieu. Que Dieu les précipite du trône, qu'il les fasse Habiter parmi les bétes, qu'il les châtie tant qu'il voudra , vous les verrez bien confus mais non contrits, humiliés mais non humbles, flagellés mais non pénitents, parce qu'ils ont perdu l'intelligence : ne connaissant plus le danger où ils sont, loin de se convertir, ils n'en auront pas même la pensée : Non dabunt cogitationes suas ut revertantur ad Deum suum. Hélas ! je crains bien de répandre en vain mes sueurs aujourd'hui, et d'être obligé de dire à la fin de ce sermon ce que répondit Diogene à quelqu'un qui lui demandait ce qu'il faisait en essayant de ramener un pécheur d'habitude par des admonitions fraternelles : Je lave un Ethiopien, dit-il : Ethiopem lavo. J'en devrai dire autant : car de même qu'un Ethiopien, quoiqu'on le lave, ne changera pas de couleur, sans un miracle, ainsi un homme habitué au vice n'apercevra pas, sans miracle, le danger qu'il court et ne se convertira pas. Qui dit cela? L'Esprit-Saint le dit, et le dit très-clairement : " Si un Ethiopien peut changer sa peau. » remarquez cet oracle de la vérité infaillible, « si un Ethiopien peut changer sa peau, vous aussi vous pourrez faire le bien, après avoir appris le mal : » Si mutare potest yEthiops l^ellem suam,... et vos poteritis benefacere cum didiceritis malum^. Allez encore maintenant mettre en doute s'il est difficile ou non à un pécheur d'habitude de se convertir, aprjs que l'Esprit-Saint a parlé en ter-
(1) Os. 5. 4. (2) Ps. 13. 13.
272 SERMON xxvir.
mes si clairs et si précis. Mallieur à vous, pécheurs, qui êtes pris à la glu du vice ! malheur à vous qui avez mis les pieds dans ses filets!
SECOND POINT
V. Vous vous étonnez, mes frères, de la grande difficulté qu'éprouve à se convertir un pécheur enfoncé dans le mal, à cause du bandeau fatal qui lui couvre les yeux et l'empêche de voir le danger de son état : mais pour moi, je suis bien plus effrayé de cette pierre qu'il a sur le cœur, et qui endurcit tellement sa volonté, qu'ii n'a quasi plus la force de se soustraire au danger : je dis même que sans un grand miracle, il n'y échappera pas et ne se convertira pas. Pour bien pénétrer cette vérité, cherchons quels sont ces pécheurs qui ont la volonté enchaînée au mal, et dorment immobiles dans leurs sépulcres, accablés sous le poids d'une habitude invétérée, comme sous une lourde pierre. Ecoutons saint Augustin qui, avec sa profondeur et sa clarté accoutumée, voulant nous les faire connaître, distingue d'abord trois degrés par lesquels l'àme descend jusqu'au péché : le premier consiste en imaginations coupables et en suggestions mauvaises, le second en une délectation dangereuse dans l'objet proposé, et le troisième et dernier en un consentement délibéré. Puis il s'arrête à considérer dans le péché lui-même trois différences, lesquelles constituent trois sortes de pécheurs : il y a d'abord le péché commis dans le secret du cœur, et qui ne va pas jusqu'à l'acte ; il constitue les pécheurs figurés par ces morts qui, venant de rendre le dernier soupir, sont encore étendus dans leur lit, dans la même chambre où ils ont expiré, comme la fille du chef de la synagogue, à laquelle Jésus-Christ n'eut qu'à dire : « Jeune fille, lève-toi, " pour qu'aussitôt elle se levât :
DU PÉCHEUR d'habitude. 273
Puella, surge, et confestim surrexit puella^ , Il y a, en second lieu, le péché qui passe du secret du cœur à l'acte extérieur ; il constitue les pécheurs figurés par CCS morts que l'en emporte de chez eux pour les conduire au cimetière. Tel était le fils de lu veuve de Naïm, à qui Jésus-Christ dut commander d'une voix haute et impérative de se lever : « Jeune homme, je te l'ordonne, lève-toi : » Adolescens, Ubi dico, surge^. Enfin les pécheurs les plus misérables de tous, ce sont les pécheurs d'habitude ; ils sont représentés par ces morts qu'on a portés de leur maison à l'église, dont on a célébré les obsèques, qu'on a mis en terre et recouverts d'une pierre sépulcrale, sur qui chacun a fait une croix et auxquels on ne pense plus même, bien loin d'espérer qu'ils reviennent à la vie. Tel est Lazare de l'Evangile de ce matin, pour la résurrection duquel Jésus-Christ « frémit en son esprit, se troubla, pleura et cria d'une voix forte : » Infremuit spiritu, turhavit seipsum..., lacrymatus est..., voce magna clamavit^. Arrêtez ici, dit le saint Docteur, et remarquez que, pour que la pauvre volonté humaine devienne esclave d'une mauvaise habitude, il ne faut pas les années de Nestor ; le Sauveur ne ressuscita pas le bisaïeul ou le trisaïeul de Marthe, mais pour nous donner l'image d'un pécheur d'habitude, il ressuscita son frère Lazare, qui était encore en vie quatre jours auparavant. En effet, lorsque la matière est bien disposée, la chair fort fragile, les sens très-ardents, on arrive en quelques jours à contracter une mauvaise habitude, on y parvient dès ses plus tendres années et sur le seuil de la vie, et l'adolescent, à peine sorti de l'enfance, peut être déjà un grand pécheur d'habitude, il ne faut pour cela, dit le saint, que trois sauts et quatre pas : Ad istam
(1) Marc. 5. 41-42. [i] Luc. 7, 14. (3) Jor^n. 11, .33 4.5-43.
consuetitclinem quarto quodam. progresau pervenii anùna ; prima est enim quasi titillatio delectationis in corde, secunda consentio , tertium factum, quarta consiœtudo. Mais la mauvaise habitude une fois formée, sera-t-il aussi facile de s'en défaire? Oh ! qu'il s'en faut bien! c'est ici que les larmes de Jésus sont nécessaires; car, sachez-le bien, ces morts déjà pourris dans leurs tombeaux ne ressuscitent point sans un miracle insigne. Il est si difficile à une âme de se dégager d'une mauvaise habitude, dit saint Bernard, qu'il ne faut rien moins pour cela que le bras de la toute-puissance de Dieu, et un secours extraordinaire de sa grande et trèsgrande miséricorde; la miséricorde ordinaire ne suffit pas, il faut celle dont il est parlé dans le psaume : Miserere mei. Deus, secundum magnam misericordiam tuam. Hœc est illa magna misericordia necessaria .
VI, Je voudrais, si vous me le permettez, vous faire toucher au doigt la dureté de cette pierre qui accable les pauvres consuétudinaires, les épuise, et les met dans l'impossibilité morale de se relever et de se convertir, sans un effet extraordinaire de la miséricorde divine. Pour aller au fond de la question, ap*pujons-nous sur les enseignements de la philosophie tant naturelle que morale. L'un et l'autre posent ce principe, que les mœurs suivent le tempérament : Mores sequuntur tempera' menium. Donnez-moi un tempérament de feu, riche en esprits vitaux et subtils, vous le verrez prompt, agile, actif en tout ce qu'il entreprend ; il ne peut se lenir tranquille, on dirait qu'il bondit sur terre. Qu'il essaie d'agir doucement, lentement, posément, il le fera deux' ou trois fois avec peine, mais habituellement c'est impossible, l'ardeur qui le dévore ne le lui permet pas. Donnez-moi, au contraire, un tempérament froid et lymphatique, qui semble dormir debout, tant il est lent
DU PÉCHEUR d'habitude. 275
et pesant dans ses mouvements ; vous aurez beau le secouer et l'exciter, vous ne lui ôterez point sa nonchalance. Donnez-moi un tempérament sombre et mélancolique ; il est tout rempli de soupçons : si c'est, au contraire, un tempérament léger et versatile, il change de sentiment et d'avis cent fois par heure, et tourne à fout vent comme une girouette. Or, il est incontestable que l'habitude parvient à corriger en partie ces tempéraments, mais à les changer, jamais; bien plus, la grâce elle-même doit s'accommoder doucement à la nature de chacun. De là vient que dans les caractères doux, comme saint François de Sales, la sainteté apparaît douce ■et suave; dans les caractères ardents, comme saint Ignace et saint Dominique, elle revêt la forme du zèle ; dans les caractères flegmatiques ou mélancoliques, comme chez la plupart des anachorètes, elle a quelque chose de sauvage, et recherche le silence et la solitude. C'est que le tempérament est une chaîne bien lourde qui, sans óter à la volonté sa liberté, l'incline fortement d'un côté plutôt que d'un autre. Vous en convenez vousmêmes, lorsque vous vous sentez esclaves de quelque passion, et souvent il vous arrive de dire : Je suis ainsi fait ; mon penchant est tel, que voulez-vous? j'ai puisé ce vice dans le sein de ma mère. Que voulez-vous exprimer par là, sinon une certaine impossibilité d'agir en sens opposé? Ainsi vous m'accordez tout ce qui vient d'être dit, n'est-ce pas ? Laissez-moi maintenant formuler mon argument. Un tempérament sanguin et bouillant, par exemple, a peine à se contenir, parce qu'il est naturellement enclin au plaisir, n'est-il pas vrai? Or, si à celte inclination naturelle vous ajoutez l'habitude des plaisirs déshonnêtes, comment vous contiendrez-vous ? comment serez-vous chaste? J'en demande pardon aux philosophes et aux théologiens, ils ne montrent pas toute la force do l'habitude en affirmant simplement que
c'est uue seconde nature, ce n'est pas assez dire ; ponr moi, je ne crains pas d'avancer qu'une mauvaise habitude, régulièrement parlant, est une seconde nature renforçant la première, que c'est une inclination plus forte surajoutée à une autre, qui l'était déjà. Si vous ajoutez une pente à une autre, qu'avez-vous ? un précipice : de même si à une inclination naturelle vous ajoutez une autre inclination, fruit d'une mauvaise habitude, qu'au rez-vous! une quasi-nécessité. C'est saint Bernard qui vous le dit : Actus crebro peccandi consuetudinem parit, consuetudo quasi agendi necessitatem, nécessitas impossibilitatem , impossil^ilitas desperationem, desperatio damnationem. Remarquez, pécheurs consuétudinaires, remarquez cette pente rapide par laquelle vous descendez en enfer : la nature est déjà gâtée, le premier péché la gâte encore davantage ; si vous multipliez les péchés, l'habitude s'engendre, la mauvaise habitude forme une quasi-nécessité, la nécessité rend le retour sur soi-même moralement impossible; l'impossibilité vous ôte à vous-mêmes l'espoir de vous amender, et le désespoir vous pousse en enfer, si Dieu, par un miracle de miséricorde extraordinaire, ne vous tend la main pour vous retenir.
VII. Le mal n'est pas aussi grand que vous le supposez, reprend un consuétudinaire ; je sais qu'il est toujours en mon pouvoir de dire je veux, et cela me suffit. Quand la volonté, qui est libre, veut vraiment une chose, il n'y a montagnes de difficultés si escarpées qu'elle ne surmonte. — Celui qui tient ce langage a une haute idée de sa volonté, preuve qu'il la connaît peu et qu'il en use encore moins. Je sais me commander, disait, de nos jours, un prince à un de ses sénateurs. — Je ne doute pas, prince, reprit le sénateur, que vous ne sachiez vous commander ; l'important, c'est de savoir vous obéir à vous-même. — Je dis la même chose à ce pécheur d'ha-
rtu PÉCHEUR d'habitude. 277
Tiitude, et je m'appuie sur l'expérience de saint Augustin : Je remarque en moi, dit cet illustre docteur, iin désordre monstrueux, et j'en cherche la cause : Unde hoc monstrum, et quare istudi Ce désordre, le voici : Imperai animus corpori, et paret staiim; imperai animus sihi, et resistit. L'âme commande au corps, et il obéit incontinent ; que la main se meuve, et la main se meut ; que le pied marche, et il marche ; que les yeux roulent dans leur orbite, et ils roulent; l'obéissance est si prompte, qu'on peut à peine distinguer l'exécution du commandement, et cependant le corps qui obéit n'est pas la volonté qui commande. Au contraire, la volonté se commande à elle-même, elle se commande de vouloir : Imperai ut velit ; et quoique ce soit la faculté qui donne et reçoit l'ordre, elle n'obéit pas : Imperai animus ut velit animus, nec alter est, nec facit tamen. Quelle chose étrange que cela? Commander, c'est vouloir ; refuser, c'est ne pis vouloir; si la volonté commande, elle veut donc ; si la volonté refuse, elle ne veut donc pas, et si elle ne veut pas, pourquoi commande-t-elle? et si elle veut, pourquoi refuse-t-elle? et si elle commande et refuse en même temps, comment veut-elle et ne veut-elle pas à la fois? Quel amas d'excentricités, de contradictions et d'impossibilités! Unde hoc monstruin et quare istudi Oh ! je le comprends, dit saint Augustin, il n'y a rien là de si étrange, c'est l'infirmité de notre volonté : Non monstrum partim velie, partim nolle, sed œgritudo animi est. Il en est ainsi; notre pauvre volonté, affaiblie par l'habitude dont elle est esclave, n'a pas la force de dire généreusement : je le veux; celui-là se trompe étrangement qui se vante de pouvoir le faire : ou sa volonté malade est tellement dominée par l'habitude qu'elle ne veut pas, ou son vouloir, si elle en a un, est inefficace et stérile ; la malheureuse se trouve enlacée, et de même p. M. IV. 24
que le ver à soie élabore, du fil qu'il tire de ses propres entrailles, la prison qui l'enferme, ainsi notre âme se forme, de ses propres actes, la chaîne de l'habitude dont le démon se sert pour la tyranniser et l'entraîner a sa suite. Augustin fut longtemps retenu par ces liens, et sous ce joug pesant il s'en allait gémissant et répétant : Vincere consuetudinem dura pugna : « Que c'est une lutte pénible d'avoir à vaincre une habitude ! » Voulez-vous en avoir la preuve, ordonnez à un de ces consuétudinaires de renoncer à cette fréquentation, de restituer ce bien mal acquis, de se réconcilier, il ne dira plus : je le ferai; il ne dira plus : j'en ai le temps ; il ne dira plus : je ne veux pas ; mais il dira d'une manière absolue : je ne le puis pas, je ne le puis pas! Femme naturellement emportée, et que l'habitude de la colère a rendue si irritable qu'on vous prendrait pour une vipère, de grâce, un peu plus de patience. — Je ne le puis pas. — Joueur, laissez-là le jeu. — Je ne le puis pas. — Blasphémateur du saint nom de Dieu, mettez un frein à votre langue, ne vous emportez pas si aisément contre le Ciel. — Je ne le puis pas. — Impudique, sortez de cette maison, finissez-en avec ces désordres et ces turpitudes. — Je ne le puis pas. — Vous avez cependant le libre arbitre? — Mon libre arbitre est lié. — Comment lié, par qui? — Non ferro alieno^ sed mea ferrea voluntate : « Elle l'est, non par une chaîne étrangère, mais par ma volonté de fer. « L'aveu est^e saint Augustin; ma longue habitude du péché, ajoute-t-il, m'entraînait à de nouveaux péchés : Velie meutn tenehat inimicus et inde mihi catenatn fecerat^ et constrinxerat me. La nature, la mauvaise habitude et le démon, formant un triple lien, me faisaient pécher malgré moi ; je voulais et je ne voulais pas, et, entraîné par l'habitude, je péchais. Oh ! qu'il est dur d'avoir à combattre contre l'habitude 1 Vincere consuetudinem
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dura pugna. Tirez-vous maintenant de ces filets sans un miracle.
VIII. Mais il y a quelque chose de plus monstrueux encore, c'est que le pécheur d'habitude pèche nonseulement par force, mais même avec le dégoût de son péché. Il est certain que celui qui pèche le fait par goût, et cependant l'habitude entraine un malheureux à pécher sans goût, voire même à pécher avec dégoût de son action criminelle. Voyez ce joueur ; il n'a d'abord cherché dans le jeu qu'un passetemps raisonnable. Le jeu avec le temps est devenu de récréation usage, puis occupation, ensuite habitude ei en même temps nécessité. Il joue à la vérité, mais avec fureur, avec dégoût et à contre-cœur. 11 maudit cent fois le jeu, tout en jouant; il jette avec indignation ses cartes, puis les reprend et joue encore; il jure et fait serment qu'il no jouera plus, et il se remet à jouer; il fait vœu de ne plus jouer, son confesseur lui interdit le jeu, et il joue toujours. Il est entraîné à jouer, non par l'appât du gain, car il perd toujours; non par le plaisir, il ne fait que se tourmenter; non par ses compagnons, il est le premier à les chercher, à les solliciter ; il est entraîné à jouer uniquement par la force de l'habitude. De même ce buveur est porté à s'enivrer même sans goût pour lu boisson ; ses parents s'indigent, le médecin gronde, tout le monde se scandalise, ei malgré cela il boit et s'enivre. Cette femme habituée à la vanité est portée à se parer et à s'embellir, quoique vieille et toute ridée, alors que les parures et les ajustements, loin de la rendre belle, ne font que l'enlaidir, et lui attirent plus de moqueries que d'éloges. « Misérable fragilité! s'écrie saint Bernard, même sans démangeaison de la concupiscence, sans désir violent, en vertu de l'habitude seule on est entraîné au mal : » Miserabilis fragilitas, sine pruritu concupiscentiœ, sine impetu desidera, sola consuetu-
dine trahitur ad illicita. C'est ce qu'éprouvai, ce jeune homme qui, s'étant fait moine, ne pouvait jeûner comme les autres ; cédant aux conseils de la faim, il se mit a dérober chaque jour un morceau de pain, pour le manger dans sa cellule, par pure nécessité. Avec l'âge, l'appétit et le besoin disparurent. Cependant il continuait à dérober son morceau de pain qu'il cachait sous la paillasse de son lit. Et que fait là ce pain? — Il durcit, il noircit. — Vous ne le mangez donc plus? — Non, je n'en ai pas besoin. — Pourquoi alors en priver le monastère qui est pauvre? — Je vole sans nécessité, je vole par habitude, ma main accoutumée à prendre du pain en cachette, s'y porte d'elle-même, et je pèche comme par force, je pèche malgré moi, je pèche sans aucune satisfaction à pécher. — Ah! pauvres consuéiudinaires ! Peut-on trouver un état plus déplorable que oelui-là? Pécher comme par force, pécher avec fureur, pécher avec dégoût, et pécher malgré cela? Connaître clairement que dans cette fréquentation, à ce jeu, à ce vice, je perds fortune et honneur, je sacrifie ma vie et mon âme, et quoique je ne veuille pas me perdre, me pécipiter néanmorins à ma perte, n'est-ce pas là un véritable ensorcellement? Oh! qu'il est dur de combattre une mauvaise habitude ! Vides quant maie fadas, quant detestahiliter fadas, et fads tamen; devincere consuetudinem dura pugna. — Cependant, dites-vous, cette violence de l'habitude n'est propre qu'à la jeunesse et ne dure qu'aussi longtemps que le sang bout dans les veines; mais une fois arrivé à l'âge mûr, on se marie, on a une famille, et on change de vie. « Nous en voyons beaucoup , dit Cicéron , redevenir sages après s'être livrés dans la jeunesse à la volupté : » Multos vidimus, cum totam adolescentiam voluptatibus dédissent, se ad bonam frugem recepisse. Pouvez- vous nier cela? — Et nous en voyons encore plus, dit saint Ambroise, qui,
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après avoir été adonnés au vice dans leur jeunesse, y Ijeròév'èrent jusque dans la vieillesse, et tout en se composant un peu à l'extérieur, ne laissent pas, malgré leurs cheveux blancs, d'être intérieurement esclaves de leurs habitudes tjranniques ; à votre tour, pouvez-vous nier cela? Plerique luxuriam corporis nec habenti erubuere sanitie, et usque ad extremam senectutis œtatem vitam produxere maculosam. L'habitude une :bis contractée et le mal enraciné, les cheveux blanchissent, mais non la conscience, le sang se refroidit mais non la passion, le pouvoir fait défaut mais non la volonté, et l'on voit chez des vieillards décrépits le feu qui les brûle intérieurement se trahir encore au dehors par des larmes ; sous les glaces et les neiges de la vieillesse, vit encore la flamme qu'ils ont conçue dans les premières années de leur ardente et orageuse jeunesse ; et pourquoi cela? Parce que la mauvaise habitude les entraine et les accable en même temps. Demandez-leur pourquoi ils ne sortent pas de leur bourbier : Hélas! vous répondent-ils en soupirant, nous ne le pouvons pas, c'est impossible. C'est un si rude combat d'avoir à lutter contre l'habitude. C'est saint Augustin qui vous fait ce sermon : Forte me audiunt immundi, lasdvii, quibus dicimus : nolite hoc facere ne pereatis ; dicunt : non possumus, non possumus tolli a consuetudine nostra; vincere consuetudinem dura pugna.
IX. Ah ! ce que vous dites de cette impuissance n'est que trop vrai; la mauvaise habitude, hélas! est une trop lourde chaîne pour qu'un bras, si fort qu'il soit, puisse la briser aisément. — Je m'aperçois bien que je lave un Ethiopien ce malin, et que je m'épuise vainement. L'enfer se remplit chaque jour de pécheurs cousue tud inaires, qui, excités par les salutaires remords de leur conscience à secouer le joug indigne de leurs passions, à sortir du vice et à réformer leur conduite, ou
demeurent insensibles, ou sont tellement énervés par la mauvaise habitude, que tous leurs efforts ressemblent aux eiforts d'un moribond, lequel essaie de se soulever un peu, et trop faible retombe aussitôt de tout son poids, comme l'a si bien exprimé saint Grégoire : Cono.tur et lahiiur. Que dire d'une âme qui se trouve dans un état si déplorable, gémissant sous le joug d'une mauvaise habitude ? Quel pronostic dois-je tirer de son salut éternel? Il faut bien que je le dise et je ne puis le dire sans pleurer : une âme esclave de l'habitude, ayant perdu l'intelligence, n'est plus capable de connaître ce qui est mal ; une âme qui ne connaît pas ce qui est mal, ne saurait avoir la volonté de le détester ; donc, par une conséquence fatale, une âme en cet état « se sentira comme captive dans le cercle de ses vices, c'est toujours saint Augustin qui parle, et l'impossibilité de les surmonter se dressant devant elle comme un mur, elle ne trouvera point d'issue pour s'évader : » Inclusain se sentiet difficultate viiiorum, et tanquam muro impossibilitatis erecto, portisque clausis, qua évadât non inveniet. Par conséquent, sans un miracle de la miséricorde divine, cette âme emportée par une sorte de vertige, tournera sans cesse autour de sa chaîne, ne cessera de se rouler. dans la fange de ses iniquités, de vivre dans l'esclavage de ses passions et de ses attachements criminels; par conséquent, disant un éternel adieu à Jésus-Christ, à la sainte Vierge, à tous les Saints, elle ne se convertirapas, elle se perdra éternellement. — 0 mon père, vous agissez en médecin de mauvais augure, en condamnant si hardiment les âmes qui sont malades. Le pape saint Léon, qui était un autre médecin que vous pour la science, ne désespérait jamais de leur guérison, quelque mortels qu'apparussent les symptômes du mal ; et de sa plume, plume vraiment d'or, est sorti ce précieux aphorisme : » Tant qu'il y a
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vie, il ne faut désespérer de personne : » Dum in hoc corpnre vivitur , nulliiis est desperanda reparatio. D'ailleurs , quand même on vous accorderait qu'un pécheur d'habitude ne se convertira pas sans un miracle, est-ce que Dieu ne pourrait pas employer sa toutepuissance à le convertir? Est-ce que Dieu ne pourrait pas éclairer son esprit, enflammer sa volonté, et faire, comme il a fait tant de fois, d'un grand pécheur un grand Saint? Pourquoi donc toutes ces épouvantes comme si le monde allait finir? — Vous avez raison, Dieu le peut ; je vais même plus loin que vous, en affirmant qu'il peut beaucoup plus que vous ne dites. Mais voudra-t-il tout ce qu'il pentì Ma frayeur vient de ce que je ne puis me persuader qu'un pécheur d'habitude, après s'être si longtemps moqué de Dieu, parvienne ensuite, en retour de tant d'infidélités, à arracher des mains de Dieu un miracle pour se convertir. Je soutiens même que sa conversion est trèsdifficile, non-seulement parce qu'aveugle selon l'esprit il ne connaîtra pas le péril où il est, parce qu'endurci selon la volonté, il n'aura pas la force de s'y soustraire ; mais en outre parce que Dieu ne voudra point faire de miracle pour le convertir, vu qu'il n'y a guère de différence entre vivre dans une habitude criminelle, et vouloir ré f' ment se Jamner. Laissez-moi me reposer d'abord, et vouò verrez.
TROISIEME POINT
X. Vous attendez donc un miracle, pécheurs d'habitude? Ainsi, vous espérez que la miséricorde de Dieu, un jour, vous donnera plus de lumières pour dissiper vos ténèbres, et plus de grâces pour amollir la dureté
de votre cœur, et vous vous bercez du fol espoir quM la bonté divine compatira à vos misères, vous attendra à résipiscence, et par un secours extraordinaire et miraculeux vous donnera la force de briser toutes les chaînes de vos mauvaises habitudes, de sorte que vous réussissiez à vous convertir. Ah ! craignez, malheureux, que tandis que vous attendez un miracle de la miséricorde, vous ne soyez frappés d'un coup de foudre de la justice. L'Esprit-Saint vous a prévenus, et vous arrachant cette fausse espérance, il vous dit clairement : « N'accumulez pas péché sur péché ; » c'est à vous qu'il s'adresse, consuétudinaires : « N'accumulez pas péché sur péché, et ne dites pas : la miséricorde du Seigneur est grande; car sa colère a les yeux fixés sur les pécheurs : » Ne adjicias peccatum super peccatum, nec dicas, miseratio Domini magna est : in peccatores enim respicit ira illiiis ' . La miséricorde de Dieu est grande, c'est vrai, mais sa justice ne l'est pas moins, et pendant que vous êtes résolu de vivre dans le désordre, n'envisageant la miséricorde que pour en abuser et pécher plus librement, la colère de Dieu vous frappe justement : In peccatores enim 7'espicit ira illius. Quelle folie que la vôtre, pécheurs d'habitude! pour faire un Dieu clément et miséricordieux, vous forgez un Dieu de plâtre, vous imaginez en Dieu une miséricorde qui ne serait qu'une faiblesse indigne du Tout- Puissant ! Vous prétendez que Dieu doive protéger vos crimes, patroner votre insolence à l'offenser, et par un miracle vous arracher des mains du démon, après que vous en serez restés, pendant de longues années, l'esclave fidèle et constant! Vous m'étonnez. Quid clamas super contritione tua^i Pourquoi, vous dit l'Esprit-Saint luimême, par la bouche de Jérémie, pourquoi ces bruyan-
(1/ EccU. 5, 5 6. (2) Jerem. 30. 15.
Dr PÉCHEUR d'uauitudr. 285
tes supplications, pourquoi tant de gémissements et do sanglots importuns? Insanahilis est dolor tuus propter mulfitudinem hiiquitatis tuœ ' . Est-il possible, demande je Seigneur, est-il possible, pécheurs, qu'après tant de récidives, après tant d'outrages faits à mon honneur, il y en ait encore parmi vous qui espèrent et qui implorent le salut? Non, non, il n'y a plus de salut pour vous; votre mal, entendez-le bien, malheureux consuétudinaires, votre mal est incurable : Insanabilis est dolor tuus. Voilà ce que Dieu vous dit. Votre mal est incurable de votre côté, ajouté-je, parce que votre intelligence étant dépravée par les mauvaises habitudes, vous ne connaissez plus le danger où vous êtes, et que votro volonté étan'. endurcie, vous n'avez plus la force de vous y soustraire; il est incurable du côté de Dieu, qui n'entend pas, faire de miracles pour vous guérir. Qui pourrait donc douter qu'aveugles dans votre esprit; endurcis dans votre volonté, et abandonnés de Dieu, vous ne mouriez en réprouvés?
XI. Mais cela étant, il ne nous reste plus que le désespoir. — Le désespoir? le désespoir? Ah! on voit bien que, semblables aux araignées, vous ne savez tirer, même des fleurs les plus salutaires, que du poison. Vous voulez donc que ce soit là le fruit de mes sueurs, et que je me sois époumoné jusqu'ici pour vous envoyer en enfer avec un péché de plus? Non, mes bien-aimés frères, non, je ne veux pas, et je ne puis vouloir votre ruine ; je veux, au contraire, et je dois vouloir votre salut éternel. C'est pourquoi, écoutez-moi bien : c'est difficile de se défaire d'une habitude invétérée, il est vrai, mais la chose n'est pas absolument impossible. Tout ce qui a été dit jusqu'ici milite contre ceux qui veulent persévérer opiniâtrement dans l'habitude crimi-
(l) Jerem. 30. 12
nelle, contre ceux qui n'apprécient pas la force de l'habitude; mais quant à celui qui, touché par la grâce, veut résolument en sortir, pourquoi ne pourrait-il pas ce que tant d'autres ont pu? Que faut-il donc faire? Ce que firent Marthe et Madeleine pour obtenir la résurrection de leur frère Lazare, figure d'un pécheur consuétudinaire. Elles pleurèrent aux pieds de Jésus, elles se recommandèrent à lui du fond du cœur, elles supplièrent avec gémissements et avec larmes. Pleurez, voilà l'unique remède pour vous; mais il faut pleurer sincèrement, il faut le faire promptement, et embrasser una pénitence fervente ; car, comme il faut un miracle de la miséricorde pour vous ressusciter, vous ne l'obtiendrez jamais que par des larmes de repentir, que par des prières et des instances réitérées. Et puis, si Dieu, dans sa bonté, daigne vous exaucer, que vous rest^ra-t-il à faire pour sortir de vos liens? Remarquez ce qui se passe à la résurrection de Lazare. Appelé par le Sauveur, il obéit, il sort de son tombeau, vivant à la vérité, mais lié et enveloppé dans son suaire, sans pouvoir faire un mouvement. C'est pourquoi Jésus, se tournant vers ses disciples, leur dit : « Détachez-le et laissez-le aller : » Solvite eum et sinite abire^. Miracle sur miracle. Cette voix toute-puissante qui avait suscité un mort du fond de son sépulcre, ne pouvait-elle pas briser aussi ses liens et le faire marcher? Oui, sans doute. Pourquoi donc ne le fit-elle pas ? pourquoi confia-t-elle ce soin à ses disciples? Afin de nous faire entendre que pour rendre la vie à un pécheur d'habitude, il faut en premier lieu un secours spécial de Dieu, qui l'appelle d'une voix forte et impérieuse, c'est-à-dire par un miracle de sa miséricorde. Mais cela sufflt-il? Non, il faut encore, pour le dégager de ses mauvaises habitudes, la maiu
{VJoan. 11, 43.
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das disciples de Jésus-Christ, c'est-à-dire la main d'un confesseur expérimenié, discret, plein de bienveillance, qui l'entoure de soins affectueux et assidus, et par sa puissance sacerdotale relâche peu à peu et délie ces funestes chaînes qui le captivent, comme le dit saint Augustin : Ille suscitavit mortuum, illi solverunt liga' timi. Vénérables confesseurs, vous qui avez en mains le trésor inestimable du Fils de Dieu, ah! souffrez que, le front dans la poussière, j'ose vous donner un avis : lorsque quelqu'un de ces pécheurs consuétudinaires vient, envoyé par Jésus-Christ, se jeter à vos pieds, quoique vous le voyiez enveloppé, comme un cadavre dans son linceul et ne pouvant se mouvoir, prenez gnrde de le décourager, usez, à son égard, de bonté et de charité ; s'il tombe entre vos mains, ne désespérez pas, car la cure est longue et difficile; et si, de la part de Dieu, elle exige un miracle de miséricorde, de la part du pécheur une prompte résolution de se remettre à flot, elle réclame aussi de vous une patience, une dextérité et une charité singulière, elle réclame des larmes et d'abondantes larmes de compassion.
XII. Laissez-moi maintenant presser sur mon cœur mon Jésus crucifié et lui demander avec larmes et avec soupirs la vie d'un Lazare mort depuis longtemps, tel qu'il s'en trouve peut-être dans cet auditoire. Tombez tous à genoux aux pieds de Jésus et faisons une sainte violence à son amour. Mon aimable Rédempteur, je vous en conjure par ces larmes bénies que vous ave» versées sur Lazare, rappelez à la vie ce pécheur qui m'écoute. Mes paroles ne suffisent pas, elles ne parviennent pas à toucher son cœur ; faites entendre vousmême une voix puissante, qui pénètre jusqu'au fond de la tombe infecte où git cette âme : Veni foras * :
(1) Joa7i. 11,43.
sortez, ô vindicatif, de cette haine enracinée, vous qui refusez de saluer un parent, de parler à un voisin, ou qui tournez le dos à un concitoyen : Veni foras : sortez de cette rancune invétérée. Veni foras : sortez, jeune homme; de ces amours impurs, de celte fréquentation déshonnête, de ce lieu indigne, de ce service, de ce voisinage. Veni foras : sortez, usurier, de ces contrais illicites, restituez tant de biens mal acquis. Veni foras : sortez, homme ou femme mariée, de celle liaison coupable, de celte correspondanpe secrète. Veni foras : sortez, sacrilège, de ces confessions mal faites, et cessez d'abuser des sacrements. Veni foras : sortez, maintenant que la voix de Dieu vous appelle et vous frappe au cœur, maintenant que vous l'entendez et que vous ne pouvez le nier; maintenant, maintenant même elle vous appelle, elle frappe à la porte : hâtez-vous donc. Veni foras : sortez avant que l'habitude s'aggrave davantage et vous ensevelisse en enfer. Venez, pécheur, venez, c'est Jésus qui vous appelle, qui vous presse les larmes aux yeux, qui vous sollicite par la voix de son cœur ; et vous, que lui répondez-vous? — Je ne puis. — Qu'enlends-je? hélas! Qu'en dites-vous, mon Jésus? Ce pécheur a répondu à votre appel en disant : je ne puis. Ce n'est pas vrai, dit Jésus ; il peut s'il veut, ma grâce est à sa disposition, il ne tient pas à moi qu'il ne se sauve. Courage donc, mon pauvre pécheur, courage, c'est à vous de répondre à l'invitation de votre Dieu, de sortir du tombeau de cette habitude invétérée, de vous jeter à l'instant aux pieds de ce crucifix, les larmes aux yeux, et de lui demander d'abord son secours, puis, avec une foi vive et une douleur sincère, le pardon de tant d'infidélités. Frappez-vous la poitrine et dites-lui du fond du cœur : Pardon, mon Jésus, pardon de tant d'obstination, pardon d'avoir résisté pendant tant d'années à vos amoureuses inspirations ; pardon, mon Jésus,
i>Ù PÉCHEUR c'habitude. 2S^J
{)ardon ! — Ce n'est pas assez, mon cher frère ; pour vous délivrer des liens de tant de mauvaises habitudes, il faut une généreuse résolution de tout faire et d'embrasser tous les moyens de persévérance. Demandez donc à Jésus, comme Saul converti, avec une grande ferveur : Domine, quid me vis facere ^ ? Seigneur, que dois-je faire pour briser mes chaînes ? — Voici ce que vous avez à faire, vous dit Jésus-Christ par ma bouche : rentré chez vous, renfermez- vous seul en un lieu retiré; là, examinez sérieusement les plaies infectes et gangrenées de votre âme, réduite déjà à l'état de cadavre, et vous trouverez qu'à partir de l'époque où vous avez contracté cette mauvaise habitude, toutes vos confessions n'ont fait qu'embrouiller votre conscience, oui, l'embrouiller au lieu de la purifier, parce qu'elles ont manqué toutes de bon propos; vous trouverez que depuis des années et des années, vous ne faites qu'aller d'un confesseur à l'autre pour vous dispenser de changer de vie : remède donc sur ce point ; préparez aussitôt et avec le plus grand soin une confession générale de toute votre vie; et si vous ne vous en sentez pas capable par vous-même, coure/ vite aux pieds d'un sage confesseur, suppliez-le de vous éclairer de ses sages conseils pour vous aider à faire votre examen général, et vous trouverez que dans le cours de votre vie vous avez fait plus de chutes que de pas, vous trouverez que tous les jours de votre vie ont été marqués par quelque désordrespécial, que vous avez entretenu des commerces licencieux, profané les églises, pratiqué l'usure, proféré des blasphèmes, vendu la justice, foulé aux pieds presque tous les préceptes du Déealogue; vous trouverez surtout que vous avez souillé votre âme de toutes sortes d'impudicités ; et ici, si vous vous trouvez tellement lié
(1) Act. 3, G.
qu'il vous semble que vous ne puissiez plus remuer,disposez-vous peu à peu à la persévérance finale, avec l'aide du confesseur, au moyen de quelques petites pratiques : abstenez-vous du mal d'abord pendant un jour, en l'honneur de quelque Saint, puis pendant trois jours en l'honneur de la bienheureuse Vierge Marie, ensuite pendant une semaine en mémoire de ses douleurs,., puis pendant un mois, pendant deux, et combien il vouS' sera facile de la sorte de vous corriger tout à fait, surtout si, suivant le sage conseil de Tertullien, vousopposez l'habitude à l'habitude ! Consuetudini consuetudinem opponens. Vous vous appliquerez à vaincre par de bonnes habitudes les mauvaises , spécialement en évitant tout danger et toute occasion prochaine de péché. Il me semble vous voir respirer, mon 'cher frère, en emtendant ces salutaires conseils j oui, oui, vous avez secoué le joug dégradant qui pesait si lourdement sur vous, oui, vous êtes ressuscité à la vie. Tournez-vous donc vers ce crucifix, et ne me dites plus : je ne puis, je ne puis; mais dites plutôt généreusement avec l'apôtre saint Paul : Quis nos separabit a charitate Christi^i Oui, mon Dieu, je veux être à vouS;, oui, je veux déraciner toutes mes habitudes criminelles, advienne que. pourra! Je sais qu'il ne me manquera pas d'obstacles etde difficultés à surmonter; me voici prêt à tout, et avec l'aide de votre grâce je suis résolu, fermement résolu, de tout entreprendre, je m'en sens le courage. Je ne veux plus tenir compte- ni des amis, ni des parents, ni des richesses, ni des honneurs, ni même de la vie ; je tiens pour ennemi quiconque s'opposera à mon dessein, et désormais je ne connais plus d'autre bien ni d'autre mal sur la terre que ce qui pourra m'être un secours ou un obstacle à votre service» ò mon Dieu! — Soyez-
(1) Rc.n. S, 35.
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en béni! une âme aussi résolue ne connaît plus ni impuissance, ni faiblesse ; les choses les plus ardues, les plus difficiles lui deviennent aisées. Qu'est-ce que les vices, que les inclinations, que les mauvaises habitudes, que le monde, que le démon! tout disparaît, tout fuit devant une âme aussi courageuse. Retournez donc consolé chez vous, mon cher frère, en répétant à plusieurs reprises : Omnis consummationis vidi finem, latiim mandatum tuum nimis^. Quant à celui qui ferme l'oreille à la voix de Jésus-Christ, et à ses invitations si tendres, et s'obstine à vouloir toujours suivre ses passions, à persévérer dans le péché et dans ses mauvaises habitudes, ah! celui-là n'a que trop sujet de désespérer, vu qu'aveuglé dans son intelligence, endurci dans sa volonté, abandonné de Dieu, non-seulemtent it éprouvera les plus grandes difficultés à se convertir, mais déjà il voit à l'évidence que vouloir vivre dans une habitude criminelle, c'est presque courir en désespéré en enfer. Dieu daigne le secourir I,..-
■ (1) Ps. lis,- 96.