POUR LE DIMANCEIE DE L\ PASSION
Jesus autcm aisccndit se.
Mais Jésus se có.cà::. f oa:<. E, 59.
I. Sairts Anges, esprits bienheureux qui entourez au ciel le trône du Dieu tout-puissant, aidez-moi aujourd'hui à exprimer les plus belles et les plus douces prérogatives de cet auguste monarque qui ravit les cœurs de tous ceux qui l'aiment, et embaume les lèvres de quiconque prononce son nom^ Aidez-moi, anges saints, à dire quel est ce grand -roi, quel est... Mais non, ditesle plutôt vous-même, illustre archange, qui le manifestâtes le premier à Marie sa mère, et qui, pour cela, êtes parmi tous les anges du ciel le plus béni de notre terre. Dites-le, Ò Gabriel, vous qui, avant de le faire connaître, saluâtes celle qui devait le recevoir dans son sein virginal, en lui disant : Ave, grafia plena^ : « Je vous salue, pleine de grâce. » Dites-le^ vous qui, en l'annonçant, l'adorâtes comme le Fils du Très-Haut : Filius Altissimi vocahitur^ . Dites-le, vous qui, apparaissant à sa Mère dans une attitude pleine de déférence i et de respect, avez désigné son nom, en disant : Ecct concipies in utero, et paries filimn"^ : « Voilà que vous! concevrez et enfanterez un fils : » Et vocabis nomer]
l^l)Lw. 1,2S. [î) ma. V. 32. [3] Jbid. V. 31.'
ejua... Oh! arrêtez, et permettez qu'avant de l'entendre nommer, je me prosterne à genoux par terre et que je vous supplie les mains jointes, ange saint, de purifier mes oreilles, mon cœur et mon âme, afin que je sois capable de savourer les douceurs de ce nom adorable. Prononcez-le maintenant, ô illustre archange : Et vocahis nomen ejus... Jesum : « Et vous l'appellerez du nom de... Jésus. » Jésus, voilà ce grand roi qui règne sur tous les rois de l'univers : Rex regum et Dominus dominantium ' ; et dont le règne n'aura point de fin : Et regnabit in domo Jacob in ceternum^. D'où vient donc que je vois aujourd'hui couvert d'un voile le visage ravissant de ce grand roi, qui est la joie de toute la cour céleste ? Ah ! c'est que la perfidie des Juifs l'a obligé de se cacher : Jesus autem abscondit se. Pour moi, je vais tâcher de vous le montrer iei qu'il est, roi des. cœurs, époux des âmes, l'âme du paradis, vrai Dieu et vrai homme, souverain Seigneur de l'univers, qui, comme un aimant puissant, devrait attirer à lui toutes, nos affections, faire fondre nos cœurs d'amour, et nous faire goûter par anticipation les délices du ciel. Je veux donc faire ce matin un effort suprême afin que ce divin Maître, Jésus-Christ Notre-Seigneur, soit connu et aimé. Pour cela je vais vous montrer — que celui-là n'aime pas Jésus qui ne le connaît pas, premier point : : — que celui-là ne connaît pas pleinement Jésus qui ne l'aime pas, deuxième point : — enfin que celui-là n'aime ni ne connaît Jésus, qui ne porte pas, gravé dans son cœur, le tres-saint et très-doux nom de Jésus, troisième point. — C'est à vous que je m'adresse présentement, ô Roi de gloire ! et prosterné devant le trône de votre adorable Majesté, avec l'humilité la plus profonde, J'amour le plus ardent que mon pauvre cœur soit capavi) 1 Ti.n. G. 15. (2) Luc. J, 3S.
294 SERMON XX Vili.
ble de concevoir, je vous supplie de bénir ma languô ; bénissez-la, aimable Jésus, bénissez-la, afin que je puisse bien parler de vous, ò grand Roi du ciel ! Faites que toutes mes paroles soient aujourd'hui autant de rayons de lumière qui portent votre connaissance dans les âmes, et autant de flammes qui embrasent les cœurs de votre amour; afin que vous connaissant et vous aimant parfaitement en cette vie, nous devenions dignes de vous connaître et de vous aimer éternellement dans l'autre, au sein de la gloire. Commençons.
PREMIER POINT
II. Si vous embrassiez dans un seu^ concept toutes les pensées les plus nobles, quelle magnifique conception n'auriez-vous pas! et cependant cela ne suflSrait pas pour connaître parfaitement, adéquatement Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont la grandeur s'élève au-dessus de toutes nos conceptions. Si vous désirez, mes frères, parvenir aujourd'hui à connaître un peu Notre Seigneur, pour l'aimer ensuite, bannissez de votre esprit deux erreurs trèsrpernicieuses : l'une qui le regarde comme inférieur, en tant que Dieu, à son Père, l'autre qui le croit égal à lui, comme homme. Notre-Seigneur Jésus-Christ, Fils unique du Très-Haut, seconde personne de la très-sainte Trinité, vrai Dieu et vrai homme, est, en tant que Dieu, égal en tout à son Père éternel ; mais comme homme, il lui est inférieur. Aussi toutes les fois que vous m'entendrez nommer Jésus, gardezr yous soit de séparer la divinité de l'humanité, ou l'humanité de la divinité, soit de vous représenter une personne qui soit seulement Dieu, ou seulement homme : yous devez reconnaître en lui une seule personne qui est Dieu et homme tout ensemble, et deux natures, la nature divine et la nature humaine. Voyez l'homme :
deux substances concourent à sa formation, le corps et lame ; et quoique dans l'homme , le corps et l'âmo soient deux choses différentes, cependant unis ensemble, le corps et l'àrae forment l'homme. Ainsi en Jésus- Christ, quoique la nature divine, c'est-à-dire l'être divin, soit autre chose que la nature humaine, c'est-à-dire l'être humain, néanmoins l'être divin et l'être humain unis ensemble sont un seul et même Jésus-Christ, cet auguste Médiateur, qui a réconcilié Dieu avec l'homme. Dieu, ayant été offensé, voulait une satisfaction : cette satisfaction ne pouvait venir de l'homme, être vil en soi et d'une vertu trop limitée; il fallait quelqu'un qui ne fût ni seulement Dieu, ni seulement homme; je dis, ni seulement Dieu, parce que ne pouvant souffrir, il n'aurait pu satisfaire; ni seulement homme, parce que Dieu n'aurait pu recevoir d'un homme une pleine satisfaction. Il fallait donc qu'il fût Dieu et homme à la fois, ei tel fut Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est venu sur la terre afin de satisfaire à la dette immense que l'homme avait contractée envers Dieu : Qui propter nos homines, et propter nostrum salutem descendit de cœlis.
III. Après nous être formé une juste idée de la personne adorable de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de cet Homme-Dieu, annoncé par tant de prophètes, de patriarches, d'oracles et de ^ybilles, figuré par tant de symboles, adoré par tous comme le Saint des saints, et que tous ont salué de loin ou de près en s'écriant : Tu solus sanctus, tu solus Dominus, tu solus A Itissimus, Jesu Christe; après nous être, dis-je, formé une juste idée de ce grand Roi, mettons-nous à contempler d'abord sa beauté. Je ne parle pas de la beauté de sa divinité, car nos regards ne peuvent pénétrer aussi haut ; mais de sa beauté en tant qu'homme, vu que Jésus-Christ n'est pas seulement un homme vraiment Dieu, mais aussi
295 SERMON xxviri.
un Dieu vraiment homme, selon l'expression de saint Augustin : Idem homo qui Deus, idem Deus qui homo. Mais où pourrons-nous trouver des couleurs assez vives pour peindre les traits ravissants de cet Homme- Dieu? Oh? ici je m'avoue vaincu, car c'est là une entreprise au-dessus des forces de l'esprit humain. On rapporte que le roi Abgare, ayant entendu raconter des merveilles de Notre-Seigneur JésuSrChrist, envoya un excellent peintre pour qu'il prit son portrait d'après nature ; mais la beauté de ce visage divin était si extraordinaire, les rayons qui sortaient de ses yeux étaient si resplendissants, que le pauvre peintre en fut tout ébloui et que sa vue se troubla. C'est pourquoi Jésus, d'après ce qu'on lit dans Baronius, touché do compassion pour la peine que cet homme s'était donnée en vain, prit un linge, se l'appliqua sur la figure, et y laissa l'empreinte de ses traits, comme si elle eût été tracée par le pinceau le plus délicat, puis l'envoya au pieux monarque qui la désirait. Que l'Epouse des sacrés Cantiques célèbre les charmes de son Bien -Aimé : Dilectus meus candidus et mtbieundus ' ; qu'elle nous dépeigne Jésua-Cbrist blaBC et rose, comme la rose la plus belle, je la crois san» peine. Figurez-vous, en effet, l'Homme-Dieu avec les manières les plus gracieuses, la conversati&H la plu» affabl«, la vie la plus pure; voyez quel air de eemmandemeat dans eette tête divine, quelle majesté et quelle gloire sup ce front, quelle amabilité et quelle grâce sur ce visage, quelle suavité sur ces lèvres, quelle douceur sur cette langue, quel amour dans ce cœur. Son regard seul attendrit, sa parole ravit; ses actions sont des bienfaits et charment le cœur. N'est-ce donc pas avec raison qu'il a été écrit de lui -qu'il est le plus beau des enfants des hommes?
(1) Cant. 5. Ut.
iSpeciosus forma prœ filiis hominum *. Sainte Brigitte nous assure même que la beauté de Jésus était accompagnée d'une telle grâce dans ses gestes , dans ses paroles, dans toutes ses démarches, qu'il ravissait les cœurs de tous ceux qui Je voyaient; aussi ses disciples pe pouvaient-ils se détacher de leur bon Maitre, et comme il leur demandait uî\ jour s'ils voulaient l'abandonner comme les autres : « A qui irions-nous? » lui répondirentrils tous d'une voix avec attendrissement : Ad quem ihiinus? Verba vitœ œternœ habes^ : « A qui irions-nous ? Vous avez les paroles de la vie éternelle. " Mais que dis-je, les disciples? Tout le monde courait après Jésus ; les populations entières se pressaient autour de lui, et le suivaient à travers les mon-: tagnes, les déserts et le long des plages de la mer, abandonnaat comptoirs, barques, boutiques, père, mère, tout en un mot, ne s'inquiétant pas de rester plusieurs jours sans manger, enchaînés qu'ils étaient par les attraits ineffables de l'aimable Sauveur, Bien plus, toute la ville de Nazareth se rassemblait souvent devant la boutique de Joseph, pour voir travailler Jésus, et conr templer cette grâce, cette modestie merveilleuse qui enchantait tout le monde. S'il y avait dans l'endroit quelque affligé, quelque pauvre, il se disait aussitôt : je vais voir Jésus, le fils de Marie; et la vue de Jésus chassait soudain la douleur de son cœur, et l'angoisse de son âme, et réconfortait tout son être. En un mot, Jésus était si beau que les gentils eux-mêmes, les infi-^ dèles, les barbares venaient de loin en disant : « Nous voulons voir Jésus : » Volumus videre Jesum. Il y a plus encore, jusqu'aux animaux, comme il fut révélé à sainte Brigitte, lorsqu'ils voyaient passer Jésus par les chemins, laissaient leurs pâturages, et tpus, avec les
. (1) Ps. 44, 3. (2) Jçan. G, 69..
298 SERMON xxvni.
plus vives démonstrations de joie, couraient à la route par où il passait, l'attendaient tranquillement, le regardaient en silence, et baissant la tête avec respect, manifestaient à leur manière leur admiration, leur soumission et leur amour envers lui. 0 beauté surhumaine de mon Jésus, qui faisait impression jusque sur les animaux eux-mêmes ! Ah ! hommes ingrats, où avez- vous le cœur? Est-il possible que vous ne soyez pas attendris à la vue d'une beauté si aimable? La cause de votre insensibilité est palpable : si vous n'aimez pas Jésus, c'est que vous ne le connaissez pas. Pécheur, mon frère, quelle est la chose qui a le plus de pouvoir sur votre cœur? La beauté, n'est-il pas vrai? Pourquoi ne tournez-vous donc pas votre amour vers cette beauté si pure et ai sainte de Jésus ? Ah ! si vous saviez, mon frère, si vous saviez comme il est beau, mon Jésus, et quelle beauté achevée que la sienne! — « Aime-moi, ma fille, dit-il un jour à une vertueuse vierge à laquelle il apparaissait, aime-moi, ma fille, car je suis beau, généreux et noble de cœur. " — Oui, ô mon aimable Jésus ! vous êtes beau, certes, et vous avez, par votre seule beauté, amolli les cœurs les plus obstinés dans le mal. Bernard Colnago se trouvait dans une auberge avec cinq brigands et une méchante femme ; que fit-il pour lés convertir ? Ouvrit-il l'enfer sous leurs j'eux? Non, mais prenant une contenance religieuse, il leur dit d'un air grave et modeste : Oh! que Jésus est beau! que Jésus est beau ! Ces paroles furent des traits qui percèrent ces cœurs de pierre, et tous se convertirent. Je reviens à vous, mon pauvre pécheur, à vous, qui vous laissez éblouir en un instant par un rayon de beauté terrestre, de beauté vile et dégradée; dites-moi donc comment vous avez le cœur assez dur pour résister' à la beauté ineifable de Jésus ! Je réclame votre cœur ce matin, mes bien-aimés, je veux que ce cœur soit captivé par la beauté de mon
Jésus, beauté si douce qu'elle vous rendra beareux çq eette vie, et heureux pendant toute l'éternité; beauté si merveilleuse qu'elle fait les délices du paradis même» et que quand il n'y aurait autre chose é. contempler au ciel que la beauté si pure, si sainte, si ravissante de Jésus, ce serait encore un séjour d'inettablesjouissances.
IV. Mais si les attraits divins et la beauté suréminente de Jésus n'ont pu blesser vos cœurs, j'espère que la douceur incomparable de son cœur le fera. 0 Cœur aimant de mon Jésus, donnez à ma langue la force d'exprimer ces touchantes prérogatives qui vous rendaient si bon, si bienveillant, si miséricordieux envers tous, que l'Apôtre, pour amollir les cœurs des pécheurs les plus endurcis, ne trouvait point de moyen plus efficace que de les conjurer par la mansuétude du cœur de Jésus, et l'admirable modestie de son visage : Obsecro vos per mansuetudinem, et modestiam Jesu Christi^, Ah ! il était si bon, si tendre, si compatissant, ce divirj Sauveur, qu'il ne pouvait voir pleurer personne sans se n^ettre aussitôt à pleurer avec lui. Voyez-en la preuve dans l'E valgile. Marthe et Madeleine piçurent leur frère défunt : Jésus mêlant ses larmes aux leurs les accompagne au tombeau, et leur x'end ce frère ressuscité et vivant. Il rencontre sur sa route une pauvre veuve, qui suivait en pleurant son fils mort ; en étendant la main, il rend la vie au fils et essuie les larmes de la mere. La femme adultère était sur le point d'être lapidée, et quoique Jésus ait en horreur le vice dont elle est accusée, il se baisse pour écrire quelques mots sur la poussière, prend ia défense de la malheureuse et la sauve. Il a rendu à cent, à mille autres l'ouïe, la vue, la parole, et non content de leur faire jouir de la lumière corporelle, il éclairait intérieurement leur
(1) n Cor. iO. 1,
SOO SERMON xxyiir.
âme. En un mot, il avait le cœur si tendre que, se faisant tout à tous, il ne pouvait être témoin d'aucune paisère sans y compatir. Aussi veut-il que nous l'appelions du doux nom de père : Pater noster qui es in in cœlis^. Comme un bon pèfe fait à l'égard de ses enfants, il nous caresse, il compatit à nos peines, il nous pardonne nos égarements avec une extrême indulgence. Jésus était même si prompt à remettre les péchés, qu'il semblait que ses lèvres bénies ne pussent proférer que des paroles de pardon , comme celles-ci : Fili, remittuntur Ubi peccata tua^. Vade in pace^ : « Allez en paix, mon fils, je vous pardonne tous vos péchés. « Jésus entrait dans le temple, des pécheurs le suivaient : Jésus, j'ai péché. — Allez en paix, mon fils, allez, vos péchés vous sont remis. — Il passait dans les rues, et les pécheurs se rassemblaient en foule autour de lui : Jésus, j'ai péché. — Allez en paix, mon fils, allez, vos péchés vous sont remis : Remittuntur tihi peccata tua. Jésus entrait dans les maisons, et des pécheurs se jetaient à ses pieds : Jésus, j'ai péché. — Allez en paix, mon fils, vos péchés vous sont remis : Remittuntur Uhi peccata tua. — N'est-ce pas ainsi qu'il en a usé avec la Madeleine, avec la Samaritaine, avec Pierre, cet même avec un larron? Ah! c'est que l'aimable Sauveur voulait que les portes de sa miséricorde fussent toujours ouvertes, ouvertes à tous les pécheurs, pour qu'à toute Ijeure ils pussent recevoir le pardon. Saint Pierre le voyant si enclin à faire grâce aux pécheurs, lui demanda combien de fois il devrait pardonner à ceux qui viendraient se confesser 4 lui, si c'était bien jusqu'à sept fois. — Que dites- vous, sept fois? lui répondit Jésus : je ne vous dis pas sept fois, mais soixante-dix fois sept fois : Non dico, tibi us^ue septies,
(l) Malth. 6. 9. (2) Ibld. 9. i', (3) Luc. 7. 50.
scd usque septuagies septies^. Comme s'il avait voulu dire, selon l'explication de plusieurs interprètes : Ecoute, Pierre, pourvu que les pécheurs viennent à toi bien dispesés, pourvu qu'ils apportent une sincère douleur et un bon propos de s'amender, et qu'ils quittent l'Occasion (ce qu'il voulait dire nécessairement afin de détromper ceux qui abusent de ce passage), pourvu donc qu'ils viennent à loi bien disposés, ne mets point de limite au pardon; pardonnez-leur toujours, toujours. Ah! pécheurs, mes bien-aimés frères, voire cœur ne tressaillet-il pas de joie en considérant cette immense bonié de Jésus? Peut-on le connaître et ne pas l'aimer? Brisez donc ce cœur de pierre, et pénéirez-vous de sentiments généreux pour les offrir à un Homme-Dieu si bon, si tendre, si aimant, qui fait fondre d'amour quiconque réfléchit à sa tendresse et à sa bonté excessives.
V. Mais entretemps permettez que je m'élève icr contre ceux qui, doutant de la miséricorde de Jésus, au souvenir des offenses qu'ils ont faites, se disent en euxmêmes : qui sait s'il me pardonnera? Parole impie, blasphème indigne qui frappe Jésus au cœur, parce qu'ilattaque sa miséricorde. Qui sait si Jésus me pardonnera? Ah! pécheurs ingrats, plût à Dieu que vous eussiez autant de désir de vous repentir, de vous confesseï» et de vous amender, que Jésus en a de vous pardonner !• Qui sait si Jésus me pardonnera? Savez-vous pourquoi vous parlez ainsi? Parce que vous ne connaissez pas Jésus. Non, noji, vous ne savez pas jusqu'à quel point il est bon et généreux. Oh [ ignorance barbare qui est la ruine du monde et le précipice de tant d'âmes ! Que faites-vous, zélés prédicateurs, prêtres et confesseurs vertueux? que faites-vous? vous passez le temps à enseigner une foule de petites pratiques de dévotion, bonnes-
{!-) JlaUk. IS, S2.
et saintes, sans doute ; mais la vraie, la solide dévotion l'enseigaez-vous? Et quelle est-elle? La voici : connaître et aimer Jésus. C'est là la véritable dévotion, c'est là notre gioire, notre vie, tout notre bien : Hœc est vita œterna ut cognoscant te solum Deum verum, et quem misisti Jesum Christum^. Que faites-vous donc, je le répète, prédicateurs, prêtres et confesseurs? que faitesvous ? pourquoi n enseignez-vous pas aux pauvres gens, pourquoi ne faites-vous pas connaître au monde Notre- Seigneur Jésus-Christ? Et vous, mes frères, à quoi pensez- vous, si vous ne pensez pas à Jésus? de quoi parlez- vous, si vous ne parlez pas de Jésus? de quoi vous occupez-vous, si vous ne vous occupez pas de Jésus? Jésus, Jésus, notre divin Sauveur^ voilà l'objet le plus digne de vos pensées, de vos discours, de vos affections. 0 mon doux Jésus! Jésus mon souverain bien! Jésus de mon âme! qui me donnera que tous mes membres deviennent autant de langues pour vous faire connaître du monde entier? Monde ingrat, quand ouvriras-tu les yeux pour connaître un si grand bien? Eh! à quoi vous servent vos sciences, ô savants! à quoi aboutissent vos spéculations, o philosophes, sans cette divine science? Connaître et aimer Jesus, telle est la science des saints : Bœc est vita œterna, ut cognoscant te,... et quem misisti Jesum Christum. Et vous, mes frères,, que faites-vous? que ne demandez-vous à Di^u cette précieuse lumière? Dites-lui donc : Domine, ut videam,'-', donnez-nous la lumière, ò mon Dieu, la lumière de l'esprit, afin que nous ne soyons pas si aveugles sur un point de cette importance. Levez tous les yeux et le cœur vers le ciel : Esprit-Saint, éclairez-nous : Accende' lumen sensibus ; ouvrez notre intelligence, répandez la lumière dans nos cœurs pour nous faire connaître ce
(1) Joan. 17, a. (2) Ibid. 18. 41.
DE LA PERSONNE DE N.-S. J.-C. 303f
souverain Seigneur. Oh! quelle céleste lumiôre! quelle précieuse consolation! qui pourrait jamais l'offenser après l'avoir connu? Dieu bon, Dieu tout aimable, vt)ici la grâce que je vous demande, et pour moi-même et pour tous, c'est de connaître Jésus pour l'aimer ensuite.
SECOND POINT
VL Éh bien! que prétendez- vous? Connaître Jésus pour l'aimer ensuite? En voici le secret : aimez-le et vous le connaîtrez, car pour le connaître il faut l'aimer. On allume le feu avec le feu, et plus le feu est grand, plus grande aussi est la lumiôre et l'éclat qu'il répand. Il en est de même de l'amour : il s'allume avec l'amour,, et plus l'amour est grand, plus grande est la connaissance de l'objet aimé. Afin donc d'allumer un si beau feu dans vos cœurs, considérez les bienfaits immenses dont il vous a comblés, et les tourments inouïs qu'il a endurés pour votre amour. Pour les bienfaits, jetez un coup d'œil sur l'ordre de la nature et sur l'ordre de la grâce ; tout cela est un don gratuit de Notre-Seigneur Jésus-Christ - Omnia per ipsum, et in ipso creata simt^. Jésus-Christ, voilà notre souverain maître et Seigneur ; c'est donc de sa généreuse libéralité que dépendent les bonnes récoltes, les saisons et les températures favorables, la fertilité des champs, l'abondance, la paix, la vie et tous les biens. Tout, dit saint Thomas, tout ce qui peut concourir en quelque manière à notre prédestination, absolument tout nous vient de Jésus-Christ, le chef des prédestinés. C'est de lui que nous viennent tant d'adorables mystères, tant de sacrements augustes, tant de divines Ecritures, ainsi que la prédication, la grâce, les vertus infuses, les dons de
(1) Coios. 1. la..
TEsprit-Saint, les grâces actuelles, les bonnes pensées,les saintes affections, les salutaires inspirations, les consolations, et mille autres trésors, comme le dit saint Paul : In omnibus divites facti estis in illo^. Nous avons été enrichis de tous les biens par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Sans le soleil que serait le monde? Il n'y aurait que ténèbres, horreur, stérilité et misère affreuse. Et sans Jésus que serions-nous? Hélas! nous serions privés de tout bien, accablés de toute sorte de maux, nous serions comme des démons incarnés. S'il en est ainsi, Jésus, notre divin Sauveur, est la source de tout notre bien ; et soyez certains que si le Père éternel nous regarde d'un œil de bienveillapce, il le fait par amour pour Jésus ; s'il nous pardonine nos péchés^ c'est grâce à Jésus ; s'il nous délivre des maux temporels et éternels, c'est par lés mérites de Jésus ; si enfin ce bon Père verse sur nous à pleines Èaains les faveurs tant spirituelles que temporelles, il le fait uniquemenit en considération de fiotfe divin Sauveur Jésus-Christ : Effudit in nos àbunde per Jesum Christum Salvàtorem nostrum^. C'est pourquoi la sainte Eglise termine toutes ses oraisons, toutes ses demandes par l'invocation des mérites dé Jésus-Christ, en répétant cette formule : Per Dominum nostrum Jesum Christum,. Quel est donc tout notre trésor? C'est Jésus, Jésus-Christ Notre-Seigneur. Ah! t)éni soit notre Dieu, mes frères, béni soit notre Dieu de nous avoir donné un trésor aussi précieux que Jésus- Christ, et de nous avoir comblés par Jésus-Christ de toutes sortes de bénédictions ! Qui, parmi vous, pourrait demeurer insensible? Est-il quelqu'un assez barbare, assez ingrat pour cela? Mais, grand Dieu! si un petit chien, remarquez bien, mes frères, si un petit chien accourt à votre rencontre quand vous rentrez chez vous,-'
{\)ICoi-. i,5. (?) TU. 3, 6.
voos caresse et vous fait fête, ne vous affectionnezvous pas à cette petite bête? ne lui donnez-vous pas aussi quelque marque d'attachement? Et tant de témoignages d'amour que Jésus vous prodigue ne peuvent vous attendrir? Ce Jésus qui vous a donné tout ce qu'il a pu vous donner, puisqu'il s'est donné lui-même tout entier à vous par sa grâce, et qu'il veut se donner encore pour toujours par la gloire; ce Jésus qui, par une insigne bonté, veut bien s'appeler votre frère, et en qualité de frère, non-seulement partager avec vous son héritage dans le ciel, mais vous le céder tout entier, et vous faire asseoir sur son trône pour régner éternellement avec lui; ce Jésus qui se déclare l'époux de votre âme, et en qualité d'époux ne demande d'autre dot que votre cœur et votre amour, ce Jésus qui proteste qu'il est votre véritable ami, ami fidèle, ami éternel, ami qui vous aime avec plus de passion que ne pourraient vous aimer toutes les créatures ensemble, quand même elles n'aimeraient que vous ; ce Jésus, dont l'amour pour vous n'a pas eu de commencement, vous ne commenceriez pas encore à l'aimer? ah! quelle monstruosité^! Jésus vous a aimés sans mesure, et vous voudriez l'aimer avec tant de réserve ? Votre amour lui a coûté plus cher que celui de tous les anges, puisqu'il l'a acheté au prix de tout son sang, et malgré cela il ne pourrait pas encore l'obtenir? Ah ! mes frères, si vous trouvez un ami plus dévoué que Jésus, tournez le dos à Jésus, abandonnez cet ami divin, j'y consens ; mais si Jésus est cet ami unique, éternel, désintéressé, qui vous a aimés immensément et veut immensément vous aimer, comment pourriez-vous jamais l'abandonner? Une caresse de la part d'un petit animal suffit pour vous attacher à lui ; un amour immense, suprême, éternel de la part de Jésus ne suffit pas pour lui gagner vos coeurs! Etes-vous des hommes ou des bêtes féroces? Encore les bêtes féroces aimentp. M. IV. 26
elles celui qui leur fait du bien. Ah ! mon Dieu, mon souverain bien, comment mon cœur ne se brise-t-il pas? non, mon Dieu, je n'en puis plus! ou ôtez-moi la vie, ou donnez-moi votre amour, et puisque je n'ai rien de bon que cette pauvre langue, je veux du moins l'employer, ô mon Dieu, et je l'emploierai toujours à louer et à bénir Jésus-Christ, mon Sauveur. Accordez-moi ce soulagement, mes frères, sans cela il me serait impossible de continuer; permettez-moi d'éclater de toute ma voix et de tout mon cœur en louanges et en bénédiction» envers mon Sauveur Jésus. Oui, oui, qu'il soit mille et mille fois béni, qu'il soit mille et mille fois loué, mon divin Sauveur Jésus-Christ î Béni et loué soit Jésus- Christ ! Unissez-vous à moi pour louer et bénir Jésus ; dites donc tous à haute voix, mes frères, dites tous : Béni et loué soit Notre-Seigneur Jésus-Christ! Encore une fois : Béni et loué, etc. 0 bon Jésus! mon doux Jésus, mon aimable Jésus! quand sera-ce que tous nos cœurs se fondront d'amour pour vous ? De ce feu d'amour, mes bien-airaés, jaillit la lumière, et soyez sûrs que plus vous aimerez Jésus, mieux vous le connaîtrez.
VII. Et comment ne pas aimer Jésus, mes frères, lui qui non-seulement nous a enrichis de tous les biens, mais de plus nous a délivrés d'une infinité de maux, et cela, non à force de paroles et d'intercessions, en priant son Père pour nous, mais à force de souffrances, d'opprobres, de délaissements de la part du ciel et de la terre, tels qu'aucun homme n'en a jamais éprouvé de pareils? Si l'un de vous devait brûler une heure entière au milieu des flammes, quelle reconnaissance n'aurait-il pas pour celui qui le délivrerait de ce supplice? Quelle reconnaissance ne dois-je donc pas, quelle reconnaissance ne devez-vous pas tous à notre bon Jésus qui nous a délivrés des flammes éternelles, auxquelles nous étions con-
damnés, non pour une heure seulement, mais pour des heures, des jours, des années, des siècles infinis, sans remède ni soulagement? Et que n'a-t-il pas fait, bon Dieu ! pour nous délivrer d'un si grand mal? Pour nous arracher à l'enfer, il s'est soumis lui-même aux suppôts du démon ; pour nous arracher à l'enfer, il s'est laissé emprisonner, conspuer, fouler aux pieds, flageller, et mettre toutes les chairs en lambeaux ; pour nous arracher à l'enfer, il est mort sur une croix entre deux larrons, et il a étouffé dans son sang la colère de la justice divine irritée contre nous : et en présence d'un tel excès d'amour, nous pourrions rester froids et insensibles? Si Jésus était mort d'une mort douce, par amour pour nous, ne devrions-nous pas encore en être vivement touchés et lui rendre amour pour amour? Comment donc, en voyant qu'il est mort à force de souffrances, et de souffrances inouïes, notre cœur ne se brise-t-il pas de compassion et d'amour? Criez donc, ô grand Apôtre, criez : Qui non aìnai Dominnm Jesum, sit anathema^ ; que celui qui n'aime pas le Seigneur Jésus, soitanathème à jamais ; ce n'est que trop juste. Et que sera-ce de celui qui songerait encore à l'offenser ? Ah ! il faudrait fabriquer pour lui un enfer tout exprès, avec des feux sept fois plus dévorants, des démons sept fois plus implacables, des supplices incomparablement plus atroces. Offenser celui qui non-seulement nous pardonne, mais est mort pour nous pardonner, quel excès ! Offenser celui qui est mort pour nous donner la vie, et la vio éternelle, quelle énormité ! Pareil crime ne se trouverait pas dans le procès de tous les démons... Quoi»donc, mes frères ? y aurait-il parmi vous un mojistre capable d'un tel attentat? Oh ! non ; il me semble plutôt vous voir attendris et tout disposés non-seulenaeftt à aimer Jesus,
(1) / Cor. 16, S2.
308 SERMON xxvirr.
mais à vous livrer à des transports d'araour. Au moins consacrons nos voix et nos cœurs à le louer et à le bénir. Pour moi, je ne puis m'empêcher d'éclater de nouveau en louanges envers Jésus-Christ mon Sauveur : Béni et loué soit Notre-Seigneur Jésus-Christ! Vous aussi, louez, et bénissez Jésus, répétez tous en chœur : Béni et loué, etc. Mes chers frères, nous pourrions nous sauver sans la dévotion aux Saints, mais jamais sans la dévotion à Jésus. Nous devons donc nous efforcer de le connaître pour l'aimer, et de l'aimer pour lé bien connaître-
TROISIÈME POINT
VIII. On n'aime pas Jésus quand on ne le connaît point, on ne le connaît point quand on ne l'aime pas. M'accordez-vous cela ? Dans ce cas, vous m'accorderez aussi que l'on n'aime ni ne connaît Jésus, quand on ne porte pas imprimé dans son cœur le IrèSTsaint et trèsr doux nom de Jésus. C'est là le chiffre ravissant qui forme le plus bel ornement de la couronne de notre auguste souverain, et renferme en soi comme l'abrégé des vertus les plus rnerveilleuses, des prérogatives les plus subliines, des ineffables perfections de ce bon maitre. Ah ! mes frères, si ce nom sacré de Jésus ne ravit pas vos cœurs, quel cœur avez- vous donc? Ce n'est pas un cœur d'hopame, mais un cœur de brute, ou moins encore; car les brutes elles-mêmes et les créatures 'l insensibles cèdent aux charmes séduisants de ce nom adorable. C'est là ce grand nom « par lequel il faut que nous soyons sauvés : » Nec enim aliud nomen est... in quo. oporteat nos salvos fieri ' ; et afin d'affectionner
VOS cœurs à un nom si doux, si délicieux, écoutez ce que je vais dire, Jl est certain, d'après saint Den;)s l'Aréopagite, que Dieu n'a pas de nom : Deus non habet nomen. Le nom ep effet étant, comme dit Aristole, une définition abrégée qiii exprime l'essence de l'objet qu'il sert à désigner, qui pourrait embrasser dans un seul pool l'être incompréhensible d'un Dieu, d'une nature infinie, d'une l'orme invisible, d'une essence ineffable ; d'un Dieu trés-simple en substance, éternel en durée, immense en grandeur, irrésistible en force, inaltérable en bonté; d'un Dieu tres-saint, très-haut, tout-puissant^ infini en tout genre de perfections? De là vient que no sachant quel nom lui donner, l'Ecriture le désigne soua une multitude de noms, l'appelant tantôt Sadaï, c'està-dire robuste, tantôt Eloim, c'est-à-dire juge, tantôt CadoSf c'est-à-dire Saint, tantôt Elion, c'est-a-dire sublime, tantôt Jéhovah, le fameux tétagram maton, qui veut dire celui qui est, et qui forme l'être de tout ce qu existe. Mais tous ces noms étaient comme les surnoms de Dieu ; c'est qu'il était si économe de ses grâces sous l'ancienne loi, qu'|l faisait comme le sourd, et ne voulant pas exaucer les vœux des hommes, il paraissait ne pas les entendre et tenait caché son nom propre : Nomen meum ahsconditum. Lea saints patriarches essayèrent de frapper ^ux portes du ciel pour en obtenir l'entrée. Quel nom invoquez- vous? leur demandaitron. — Le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, répondaient-ils : Deus Abraham, Deus Isaac, Deus JacobK — Ce n'est pas là le nom auquel s'ouvriront pour vqijs les portes du ciel; retirez-vous. Les saints prophètes accouraient ensuite, faisant appel, à leur tour, aux gardiens du céleste séjour. — Quel nom invoquez-vous? leur demandait-on. — Le Dieu fort, le Dieu de la paix, le
(1) Exod. 3.
310 SERMON xxvnr.
Dieu des armées, le Dieu admirable : Deus fortis, Devm pacis, Deus exercituum. Deus admirabilis^. Ce n'est pas là le nom qui vous donnera la clef du ciel ; retii'ezvous. Le? rois, les princes, les chefs des armées, tous les saints personnages du peuple élu se présentaient, et invités à dire en quel nom, ils répondaient : Adonaï, Sadaï, Eloïm, Jéhovah. — Non, non, ce n'est pas là le gi'and nom qui doit ouvrir les cieux ; retournez sur vos pas. — Ainsi Dieu n'étant pas disposé à exaucer ceux qui l'invoquaient, tenait caché son nom propre, afin de tenir le ciel fermé : Nomen meum absconditum. Mais enfin est venue la plénitude des temps, et les cieux attendris ont distillé comme une huile le nom du Seigneur : Oleum effuswn nomen tuum^. Nous pouvons maintenant dire le nom qu'il faut invoquer pour entrer au ciel. Quel est ce nom béni? C'est le nom divin, le nom très-saint, le nom suave de Jésus : Vocatum est nomen ejus Jesus ^. Voila le nom auguste qui nous â ouvert les portes du ciel. 0 baume de vie et de vie éternelle, ò recette assurée du salut, ò source vive de tous les biens ! Nous avons enfin trouvé la clef du ciel, mes bien-aimés. Voulez-vous vous sauver? Invoquez avec une foi vive le saint nom de Jésus, et votre salut est en sûreté, car ce nom sauve tous ceux qui l'invoquent : Quicumque invocaverit nomen Domini salvus erit*. Ne vojez-vous pas, dit le vénérable Bede, queilii multitude d'àmes, ce nom à peine connu, ont pris leur essor vers le ciel de toutes les parties de la terre? Oh ! quel concours, quelle affluence continuelle d'hommes de toutes les nations et de toutes les contrées, vers le paradis ! Qui leur ouvre la voie? C'est le nom sacré de Jésus; car il n'a point été donné aux hommes d'autre nom sous le ciel en vertu duquel nous puissions être
(1) Isa. 9. 17. (2j Cant. 1. 2. (3) Luc. 2. 21. (4) IbicU
sauvés : Per nomen Jesu omnibus gentibus via in cœlum patefacta est; negue enim est aliud nomen sub cœlo datum hominibus in quo oporteat nos salvos fieri * .
IX. Ce nom propre du Fils de Dieu fait homme est sorti des secrets éternels de l'intelligence divine, et il a été révélé avant tout a la Vierge-Mère et a saint Joseph, son époux. Oh! quelle lète ce dut être là-haut parmi les chœurs des anges ! Si nous en croyons une âme éclairée d'En-Haui, ce nom fut apporté pour la première fois par une troupe de séraphins et de chérubins, gravé en traits de lumiere sur un magnifique écusson, pour être montré à toute la cour céleste et annoncé à la terre. Quelle pompe, quelle jubilation universelle ce fut alors ! A la premiere apparition de ce nom adorable, auquel toutes les grâces faisaient cortège, toutes les sphères célestes, les planètes, le soleil, la lune et les étoiles parurent se courber par respect; en entendant prononcer le nom sacré de Jésus, l'enter bouleversé frémit; Jupiter, Saturne, Vénus, Mars, Mercure et tous les autres faux dieux tombèrent de leur trône ; depuis que le nom de Jesus est connu dans le monde, on ne les a plus entendu et on ne les entend plus nommer ; on les voit, au contraire, méprises, foulés aux pieds, et le nom de Jésus seul court partout victorieux. Le nom dé Jésus écrit sur les étendards y attache la victoire, le nom de Jésus gravé sur la cime des rochers les affermit, le nom de Jésus écrit sur les antennes des vaisseaux les fait aborder en sûreté au port, le nom de Jésus écrit sur les phares des écueils protège la course des navigateurs, le nom de Jésus tracé sur les portes des habitations attire sur les familles une pluie abondante de bénédictions célestes. Au nom de Jésus la peste disparait,
(l) Rom. 10, 18.
812 SERMON xxvm.
raboudance renaît, les guerres cessent, la paix triomphe, les Etats se consolident, les couronnes s'affermissent. Bien plus, tout ce qu'il y a de vertus et d'efficacité dans les plantes et dans les herbes pour guérir, toutesles influences bienfaisantes qui découlent des astres, c'est au nom de Jésus qu'on les doit, dit saint Vincent. Ferrier : Omîtes virtutes quas Deus posiiit in herhis, verbis, plantis, stellis, constellationibus, omnes sunt in hoc nomine Jesu. Si les remèdes ont quelque valeur, si les herbes ont quelque saveur, si lea minéraux ont quelque vertu, c'est grâce au nom adorable de Jésus. En un mot, c'est par ce nom sacré, ce nom béni, ce nom de vie que nous sommes comblés de tous les biens, (de toutes les bénédictions.
X. Mais que dis-je ? non-seulement noiis avons en lui la source de tous les biens, mais aussi le préservatif contre tous les maux. Les démons eux-.mêmes ne pouvant tenir contre la vertu toute-puissante de ce nom divin, prennent la fuite dès qu'ils l'enlendent, furieux de sentir leurs forces s'évanouir au souffle de la bouche qui le prononce. Si vous en voulez un exemple, accompagnez-moi en esprit à Alexandrie. Vous vojez là retirée dans son cabinet, une jeune fille, noble, belle, à la fleur de l'âge, d'un esprit vif, et élevée au milieu des aises de la vie : c'est Justine, novice encore dans la pailice du Christ. Un jeune homme nommé Anglaide s'est épris d'elle ; et ne pouvant arriver à ses fins, il a recours à un magicien : Trouve-moi, lui dit-il, un dépaon qui me fasse parvenir au but de mes désirs. — Volontiers, répond l'autre ; et il le conduit dans une caverne souterraine, oii, traçant un cercle sur la poussière, d'un coup de sa baguette magique, il fait apparaître sur-le-champ un affreux démon : Que me veuton? dit le monstre. — Va vite trouver Justine, reprend le magicien, empare-toi de son cœur et fais en sorte
qu'il soit tout à fait à la disposition de ce jeune homme. Je t'accorde peu de temps, car tu as affaire a une enfant sans force et sans expérience. — Le démon s'en va, et souffle dans le cœur de Justine un feu infernal. Aux premières atteintes qu'elle en ressent, la vertueuse fillè se recueille en elle-même, fait le signe de la croix et dit par trois fois : Jésus, Jésus, Jésus. Soudain le diable est mis en fuite, et il se retire tout confus de sa défaite. - — Ah I misérable, lui dit le magicien ; va-t'en ensevelir ta honte dans les ténèbres. Je laisse aux furies infernales le soin de te châtier comme tu le mérites. Il jette de nouveau sa baguette à terre, et voila qu'apparait un autre démon plus horrible encore : Va vite trouver Justine, et fais qu'elle consente aux convoitises de ce jeune homme. — L'esprit malin obéit; mais Justine, avec le nom de Jésus sur les lèvres et dans le cœur, le chasse ignominieusement. Le magicien furieux invoque Lucifer : Viens, lui dit-il, prince des ténèbres, c'est toi que je veux ; il y va de ton honneur et du mien. Lucifer parait au milieu du cercle : Voyons, prends tous les moyens pour triompher du cœur de Justine. Lucifer prend un corps humain, et se travestit en femme, afin de séduire plus aisément la jeune fille par ses promesses fallacieuses. (Attention, mères de famille; quand certaines femmes viennent chez vous pour s'entretenir avec vos tilles, ouvrez les yeux, car ce sont quelquefois des diables travestis.) Justine s'aperçoit de la ruse du tentateur ; elle s'arme^ selon sa coutume, du signe de la croix et prononçant par trois fois le nom de Jesus, elle met en fuite le prince des ténèbres, lequel, honteux et confus, dit au magicien qu'il n'y a point de force capable de résister au nom que prononce Justine. — Comment? reprend Cyprien, c'était le nom du magicien, tu es donc impuissant contre le nom de Jésus? S'il en est ainsi, tu m'as trompé, maudit ^ car je croyais (jue ton p. II. IV. 21
nom était le plus puissant de tous les noms. Puisque le nom de Jésus te renverse, j'adore ce nom sacré, et je foule aux pieds ton orgueil. Vive Jésus! moi aussi je suis chrétien. — Cyprien jeta au feu tous ses livres de magie et demanda le baptême ; dans la suite, il donna son sang pour la foi, et de magicien qu'il avait été, devint martyr, aussi bien que sainte Justine; tous deux sont vénérés sur nos autels comme de glorieux trophées de la vertu du nom de Jésus. Eh bien ! mes frères, ne vous sentez-vous pas un ardent désir d'honorer tous un nom si saint? Le nom de Jésus est, pour ainsi dire, une des plus précieuses reliques que possède l'Eglise de Dieu pour mettre les démons en fuite ; l'Ecriture sainte,-, comme le dit saint Chrysostôme, est une relique vénérable, parce que c'est la parole de Dieu : c'est pourquoi anciennement, au rapport de Baronius, on la gardait avec le Saint-Sacrement dans un même tabernacle, et les fidèles avaient coutume d'en porter sur eux quelque partie, comme par exemple l'Evangile de saint Jean, ou ces paroles : Et Verbum caro factum est. Ne pou- Vons-nous pas regarder comme un objet bien plus précieux encore le nom sacré de Jésus, qui résume en quelque sorte en lui-même tout l'ordre de notre prédestination et de notre salut? Ncque enirn est aliud nometï Sub cœlo datum hominibtis, in quo oporteat nos salvos fieri. Ah ! le nom adorable de Jésus est un objet si précieux, que tout fidèle chrétien devrait le porter constamment sur son cœur, comme la, chose du monde qui iui flit la plus chère. Et en effet, notre glorieux saint Bernardin, prêchant à Florence sur les vertus de ce divin nom, enflamma tous les habitants d'une telle dévotion, qu'on fit tracer dans toutes les maisons le nom de Jésus,, et que chacun le portait sur soi, en forme de médaille ou d'image, comme une relique précieuse; et les au-leurs du temps rapportent qu'on ne se serait pas permis
dans eette ville de porter un enfant au baptême, sans que le nom de Jésus fût imprimé sur ses langes. Oh ! que je serais heureux de pouvoir allumer en vous tous la même ferveur pour le très-saint nom de Jésus ! Mères qui m'éeoutez, mettez ce nom sacré comme un ornement au cou de vos enfants; chefs de famille, imprimezle sur la porte de vos maisons ; portez-le tous sur vous comme la relique la plus précieuse, comme le plus riche capital que vous puissiez posséder sur la terre.
XI. Mais quel est le moyen le plus efficace de vous embraser tous d'un ardent amour envers Jésus et d'une tendre dévotion pour son saint nom? Je n'en trouve point de plus puissant que de vous faire contempler Jésus lui-môme expirant sur une croix par amour pour l'homme. Par là, chacun de vous restera convaincu qu'en réalité on n'aime pas Jésus, parce qu'on ne le connaît point, et qu'on ne le connaît point, parce qu'on ne l'aime guère ; de plus, en voyant que ce bon Sauveur a consacré sa croix avec son divin nom, voulant qu'il y fût attaché au-dessus de sa tête comme le plus beau trophée de son amour, dans ces mystérieuses paroles : Jesus Nazarenus, rex Judœorum, vous parviendrez tous à comprendre, que pour connaître et aimer Jésus, il faut porter ce nom sacré gravé dans son coeur. Si ce nom divin de Jésus signifie Sauveur, qui ne voit que Jésus a voulu, par ce nom béni, enrichir sa croix et nous donner un gage assuré de salut? Elargissez dono vos coeurs, mes frères, et préparez vos larmes. Si vous ne croyez pas à tout ce que j'ai dit jusqu'ici de la beauté, de la douceur, de la bonté et de l'amour passionné de Jésus, contemplez-le de vos propres yeux. A genoux donc tous... Mais avant de vous le faire voir, je voudrais savoir de vous, mes bien-aimés, quelle idée vous avez de notre divin Sauveur? Jésus n'est-il pas cet Homme-Dieu dont l'excessive beauté ravit le ciel et la
-terre, et l'objet le plus aimable qui ait jamais paru ou qui puisse paraître en ce bas monde? Comment vos entrailles ne seraient-elles donc pas émues en le voyant aujourd'hui tout déchiré, défiguré, et mort par un excès d'amour pour vous? Jésus n'est-il pas ce père plein d'amour et de tendresse qui vous a donné tout ce que vous possédez en cette vie, qui vous a comblés de bienfaits, qui vous a délivrés d'une infinité de maux, qui vous a pardonné tant de péchés et qui est disposé à vous couronner de gloire pendant toute l'éternité dans le ciel ? Comment donc, en voyant un père si bon et si généreux, mort pour vous, votre cœur ne serait-il pas touché? Jésus n'est-il pas votre époux, votre frère, votre ami fidèle? N'est-il pas tout pour vous? Or, le voilà anéanti pour vous : retenez vos larmes si vous le pouvez... Ah! si un pécheur reste insensible à ce spectacle, il n'y a plus d'espoir de salut pour lui. Mais qu'il n'en soit pas ainsi, mes bien-airaés, donnez tous au moins quelque signe de douleur à la vue de votre bon Père, qui a donné sa vie pour vous sur l'arbre de la croix... Le voilà, mes frères, ce Père si dévoué, ce Jésus si beau : regardez comme il est défiguré, couvert de sang, de plaies et de meurtrissures. Voilà votre époux, âmes pieuses ; voilà votre DieU, pécheurs, déchiré et mis à mort pour vous. Eh bien ! que demande de vous ce Dieu cruxîifié? Un soupir et rien de plus, un soupir, une larme, un peccavi; et ce peu qu'il demande, vous le lui refuseriez? Ah ! ingrats, seriez-vous capables d'une telle dureté? Non, mes bien-aimés, non, à Dieu ne plaise! Au contraire, frappez-vous tous la poitrine, éclatez en sanglots, et élevez la voix pour ' demander pardon à Jésus de l'avoir si cruellement maltraité. Pardon, mon Jésus, pardon ! Répétez-le avefì les larmes aux yeux : Pardon, mon Jésus, pardon ! Ce n'est pas assez, mes ,chors frères, ce n'est pas assez de lui demander pardon,
je veux que vous l'aimiez, ce bon Sauveur. Jésus est votre père, mes frères, et vous êtes ses enfants; un père si généreux ne mérite-t-il pas votre amour? Que ceux donc qui se glorifient d'avoir Jésus pour père lui demandent pardon d'une voix attendrie, avec des accents dictés par l'amour ; qu'ils disent avec moi : O mon doux Jésus, ma vie, mon souverain bien, Jésus de mon âme, pardon, ô mon Jésus, pardon ! pardonnez, Père bien-aimé, pardonnez à vos pauvres enfants, tout méchants qu'ils sont; pardonnez, ô doux Jésus, pardonnez. — Mais quoi! pouvez-vous satisfaire avec quelques larmes à l'amour que vous devez à Jésus, à Jésus qui a tant fait pour vous aussi bien que pour moi? N'a-t-il pas, en effet, sacrifié son sang, sa vie, tout en un mot? N'est-il donc pas juste que nous lui rendions sang pour sang? Du sang, par conséquent, du sang pour Jésus, et de votre part des larmes, pécheurs, mes frères ; frappez-vous la poitrine, demandez-lui pardon... {La discipline). Mais pour l'amour de qui versons-nous, moi ce sang, et vous ces larmes? Pour l'amour de Jésus, n'est-il pas vrai? Ces larmes sont donc des larmes d'amour. 0 délicieuses larmes! ò belles! ô touchantes larmes! Qu'il est doux de pleurer et de souffrir pour Jésus ! Je verserai donc du sang et vous des larmes, mes frères ; et en signe d'amour, répétons encore une fois tous en chœur : 0 mon bien-aimé Jésus! ma vie et mon bien suprême, Jésus de mon âme ! pardon, pardon ! — Oui, mes bienaimés, Jésus vous pardonne, et il vous pardonne de bon coeur toutes vos iniquités, parce qu'il est votre père, et le meilleur des pères. Cependant, il attend de vous deux choses : la première, c'est que vous changiez de vie. Avez-vous compris, pécheur, c'est que vous changiez de vie, que vous laissiez là cette mauvaise habitude, cette liaison dangereuse, cette maudite correspondance, que vous restituiez ce bien injustement possédé, que von.* p. M. IV. 27*
VOUS réconciliiez avec votre ennemi, que vous confessiez exactement tel péché, en un mot, mon cher frère, que vous changiez de vie. La seconde , que vous portiez gravé dans votre cœur son saint nom, en le bénissant et en le louant à toute heure. Est-il rien de plus juste? Commencez donc dès maintenant à bénir et à louer Jésus, et dites tous : Loué et béni soit Notre-Seigneur Jésus-Christ. Encore une fois : Loué et béni, etc.
Xn. Levez-vous. Je désire de vous deux choses pour mettre le sceau aux fruits de ce sermon : la première, mes chers frères, c'est que nous formions une sainte ligue pour propager l'amour de Jésus, et que pour cela nous entrions tous dans la Congrégation des vrais Amants de Jésus ' . Sainte Terese, cette grande âme et cette amante passionnée de Jésus, percée jusqu'au vif en voyant l'insensibilité des hommes envers Jésus- Christ, conçut la première l'idée de cette association, mais ne put l'exécuter ; elle fut réalisée plus tard par quelques âmes pieuses avec un fruit notable pour toutes les personnes qui en firent partie. On peut y entrer sans cérémonie aucune, et sans se faipe inscrire sur un registre. Quiconque a l'intention d'en faire partie, y est par le fait inscrit devant Dieu. Les règles de cette congrégation consistent simplement â témoigner son amour à Jésus, en s'abstenant de tout péché mortel ou véniel délibéré, et en cherchant par tous les moyens, à faire connaître et aimer Jésus. Les associés pensent fréquemment à Jésus, parlent souvent de Jésus, et empêchent de tout leup pouvoir qu'il soit oflfensé ; les prêtres, les confesseurs et les prédicateurs font spécialement tous leurs efforts pour que Jésus ne soit pas oflfensé, mais
(1) Les Règles d'une Congrégation des Amants de Jésus et de Marie, et des instructions à l'usage de ses membres, ont été tracées par le Bienheureux, et approuvées par le pape Benoit XIV. Nous les donner f ons à la fin du tome VII.
qu'il soit connu et honoré de tous. En signe qu'on est du nombre des vrais Amants de Jésus, on a coutume de porter sur soi l'image de Jésus crucifié ou toute autre semblable ; on la bajse fréquemment, on la presse sur son cœur, et on fait des actes fervents d'amour envers Jésus. Je voudrais vous voir entrer tous dans cette ligue sacrée des vrais Amants de Jésus, mes chers auditeurs, c'est pourquoi je vous exhorte tous à former, en ce moment, l'intention d'en faire partie. — Oh ! quel bonheur, s'il est vrai qu'à présent même vous devenez tous de vrais amants de Jésus, en ayant soin de porter, en signe de votre engagement, un crucifix sur la poitrine, en dessous de vos vêtements. Procurez- vous donc tous au plus tôt un petit crucifix, portez-le fidèlement sur votre cœur comme marque extérieure de votre agrégation; et lorsqu'il surviendra quelque tentation, aussitôt la main au crucifix pour protester que vous êtes prêts à mourir mille fois plutôt que d'oiFenser Jésus. Dans le même but, vous observerez plus de modestie à l'église, dans les réunions, et en public, faisant rougir ceux qui mènent une vie licencieuse et outragent votre divin Sauveur. Si quelqu'un s'opposait à votre zèle, déclarez-lui ouvertement, sans respect humain, quo vous êtes membre de la Congrégation des vrais Amants de Jésus, et prêt à donner votre sang et votre vie pour empêcher que ce bon maitre ne soit offensé. Oh! quel bonheur ! carême de bénédiction ! dût-il ne produire d'autre fruit, quel grand bien il aurait déjà fait!
XIII. La seconde chose que je souhaite de votre part, c'est une tendre dévotion envers le très-saint et très-doux nom de Jésus. C'est là ce nom augUste, comme vous l'^-vez entendu, ce nom au-dessus de tout nom et sans lequel il n'y a point de salut : In quo oporteat nos salvos fieri. 0 nom sacré, nom de paix, baume (de vie , objet de tous les soupirs des plus fervents
320 8ERM0N 3ÒCVII1.
amants de Jésus I Porter Jésus gravé dans son cœur, prononcer souvent son nom, et le prononcer avec dévotion, voilà le signe qu'on aime véritablement Jésus. L'apôtre saint Paul l'avait i,mprimó si profondément dans son âme, qu'il l'avait à tout moment sur ses lèvres et sous sa plume; il nomme bien cinq cents fois Jésus dans ses Epitres : oh ! quel beau langage ! Saint Ignace, martyr, le portait imprimé en lettres d'or au milieu de son cœur : quel plus bel ornement! Le bienheureux Henri Suson le grava sur sa poitrine avec un canif, en caractères de sang : quelle belle empreinte ! Saint Bernardin de Sienne, de notre Ordre, fut le premier qui l'exposa à la vénération publique sous forme de chiffre ou de monogramme, et c'est armé du saint nom de Jésus qu'il amollit les coeurs les plus durs, convertit les pécheurs les plus obstinés, et réforma presque toute l'Italie. Il voulait voir, peint ou gravé partout, ce chiffre délicieux du saint nom de Jésus, sur les portes des maisons, au chevet des lits, au frontispice des églises. C'est là précisément ce que j'attends de vous, mes chers auditeurs : je désire que tous vous fassiez peindre ou graver le saint nom de Jésus sur les portes de vos maisons, d'après le modèle que voici. Ne me refusez pas cette grâce, qui tournera tout entière à votre avantage. Saint Bernardin de Sienne prêchant à Ferrare, à l'époque où cette ville était désolée par la peste, exhorta les habitants à la dévotion au saint nom de Jésus ; tous, dociles à sa parole, placèrent le nom de Jésus sur les portes de leurs habitations, et furent ainsi délivrés du terrible fléau. Les habitants de Padoue obtinrent la même faveur, après avoir embrassé, sur la persuasion du Saint, cette pieuse pratique. Il promit à ceux do Camajore, terre de la république de Lueques, que s'ils voulaient peindre ou graver le saint Nom de Jésus sur leurs portes, ils ne seraient jamais atteints par la peste;
révûnement justifia sa promesse, quoique à diverses époques tous les lieux circonvoisius aient été désolés par ce mal contagieux. Eh bien, mes chers frères, auriez-vous quelque répugnance à vous imposer cette' pratique? Mais considérez, je vous en prie, le grand bien qui en résultera pour vos maisons : soyez assurés que celles sur lesquelles on verra peint ou gravé le saint nom de Jésus, n'auront plus ni maléfices, ni sortilèges, ni malheur d'aucune sorte à redouter; elles seront préservées' de la foudre et d'une multitude de désastres. Mille et mille fois bénies les maisons qui porteront sur leur frontispice le saint nom de Jésus I Malheur, au contraire, à celle où on ne l'y verra point! elle sera un réceptacle de démons, et sujette à mille disgrâces. Courage donc 1 que ce soit à qui fera la peinture la plus belle ; et ne perdez pas de temps, dès demain que toutes vos maisons soient ornées du monogramme de Jésus. Oh! quel lieu béni que celui-ci où l'on verra toutes les maisons consacrées par ce saim nom! Comme je crois vous voir tous bien disposés, tous enflammés d'amour et de dévotion envers le nom adorable de Jésus, je me sens enhardi à conclure ce sermon en vous adressant cette belle recommandation de i'Apôire : Omne quodcumque facitis in verbo, aut in opere, omnia in nomine Domini nostri Jesu Christi * : « Tout ce que vous faites en paroles ou en œuvres, faites-le au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ. » Oui, faites tout pour l'honneur et la gloire de Jésus et de son très-saint nom. Si vous sortez de chez vous, sortez avec Jésus ; si vous marchez dans les rues, que Jésus vous accompagne; si vous entrez à l'église, que Jésus y entre avec vous comme votre avocat. Que Jésus soit avec vous dans vos travaux, qu'il soit avec vous dans
()) Col. c, i~
vos entretiens, qu'il soit avec vous pendant vos heures de repos. Que l'aurore, à son lever, vous trouve avec Jésus, que le soleil, à son coucher, vous laisse avec Jésus. Que le nom de Jésus soit le premier qui sorte le matin do vos lèvres, que le nom de Jésus soit le dernier qu'elles prononcent le soir. De cette sorte, Jésus recueillera votre ârne entre ses bras à votre dernier soupir : vous mourrez ajant Jésus sous les yeux, Jésus sur les lèvres et Jésus dans le cœur. J'ai la confiance qu'il en sera ainsi, si vous êtes tous associés de la congrégation des vrais Amants de Jésus, et si vous faites peindre ou graver sur les portes de vos maisons le saint nom de Jésus. Protestez tous que vous le voulez, en disant trois fois, à haute voix : vive jésus ! vivi: jésus ! vive Jésus 1
POCR LA FÊTE DF. l'aNNONCIATION (25 MARS).