‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 14 sur 26 · SUR LA. FÊTE · texte numérisé non relu

SUR LA. FÊTE

Fiat mlhi secundum verbum luum.

Qu'il me soit fait selon votre parole. Luc 1, 38.

I. Qui aurait jamais pu s'imaginer que la sainte Vierge, en recevant aujourd'hui l'ambassade d'En-Haut» eût agi comme elle le fart ? L'archange Gabriel lui apparaît pour lui annoncer l'incarnation du Verbe, et en même temps lui offrir l'honneur insigne de la maternité divine, à laquelle elle est appelée par le Tout-Puissant : Ecce concipies in utero : « Voici, lui dit avec respect l'envoyé céleste, que vous concevrez dans votre sein, et que vous mettrez au monde un fils ; » et paries filium^. Moi mère ! répond aussitôt la Vierge intimidée ; ditesmoi de grâce de quelle manière, car je ne ôonnais point d'homme : Quomodo fiet istudi quoniam, virum non cognosco^. C'est comme si elle eût dit : Ange saint, s'il me ftiut cesser d'être vierge pour devenir mère, gardez pour d'autres l'honneur que vous venez m'offrir: retournez au ciel, et dites à toute la cour céksle que je n'accepte point d'être mère nrême d'un Dieu, au prix de ma virginité. — Ne craignez point, reprend l'archange; vous pouvez être mère sans cesser d'être vierge, car' l'Esprit-Saint descendra en vous : Spiritus Sanctus

(1) £!«. i, 3i. (2) Ibul. V. 34.

3*-;i4 SERMON XXIX.

superveniet in teK C'est même parce que vous êtes vierge, et vierge immaculée, que vous allez devenir mère ; si vous n'étiez pas vierge, vous seriez indigne d'être mère d'un Dieu. — S'il en est ainsi, répond Marie, si telle est la volonté du Très-Haut, je consens : Fiat mihi secunditm, verbum tuum. 0 fiat tout-puissant! fiat qui, prononcé Jadis avec empire par un Dieu, tira du sein du néant les cieux, la terre et les mers, tout un monde de créatures, et prononcé avec humilité par Marie, tira du sein du Père son Fils unique. 0 fiat! parole fortunée pour Marie, dans le sein de laquelle elle répandit un torrent de grâces, de bienfaits et de faveurs, en la rendant mère d'un Dieu, et partant la plus privilégiée entre toutes les créatures. O fiat! parole heureuse pour nous tous, puisque Marie, en devenant mère de Dieu en notre faveur, est devenue en même temps pour nous la meilleure, la plus tendre, la plus compatissante mère. 0 fiat! parole d'amour, par laquelle l'auguste Vierge gagna à la fois le cœur de Dieu et le cœur de l'homme : le cœur de Dieu, parce qu'en devenant sa mère, elle devint l'objet de ses. plus tendres îiffections; le cœur de l'homme, qui, comblé par elle de l)ienfaits, en a fait aussi l'objet de ses plus amoureux transports. Pourquoi donc vous troubler, ó Vierge sainte, à l'annonce d'une dignité qui vous élève au comble des grandeurs après Dieu, et brise les chaînes de notro antique esclavage? Jouissez donc, auguste Reine, de votre beau titre de mère, sans rien perdre de l'éclat de votre virginité! Pour moi, en vous contemplant à ce poste sublime de Mère d'un Dieu, je serai heureux de vous proclamer — la créature la plus favorisée de Dieu, ce sera le premier point de mon discours; — et la plus honorée de l'homme, ce sera le second. — Je

(1) Luc. 1, 35.

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