‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 16 sur 26 · VI. 0 Vierge sainte, auguste Mère, puissante Reine · texte numérisé non relu

VI. 0 Vierge sainte, auguste Mère, puissante Reine

SUR LA FKÏE DE l' ANNONCIATION. 333

rendez-moi cligne de vous louer : Dignare me laudare te, car je me confonds et je me perds dans l'abîme de vos grandeurs. Je soutiens que prétendre énumérer toutes les prérogatives, les privilèges et les grâces extraordinaires que Dieu vous conféra, comme à sa mère, ce serait vouloir compter les étoiles du ciel, les grains de sable des rivages, les brins d'herbe des prés, les feuilles des arbres, les gouttes d'eau de l'océan, les atomes de l'air, les rayons du soleil. Vos richesses sont innombrables, ineffables, inénarrables. Si un seul degré de grâce donne à l'âme une telle beauté, qu'elle ravit le cœur de Dieu, remplit d'admiration tout le ciel, et répand un éclat incomparablement plus brillant que celui du soleil, quelle beauté au-dessus de toute beauté a dû donner à l'âme de la sainte Vierge cet abime de grâce, dont le Tout-Puissant l'a ornée, pour faire éclater en elle les magnificences de sa divinité ! Et en effet, l'Aréopagite, en contemplant cette beauté surhumaine et presque divine, en fut tellement frappé, qu'il courut risque de prendre la sainte Vierge pour Dieu, et il l'aurait fait, nous assure-t-il, s'il s'en était rapporté à luimême plutôt qu'aux Ecritures qui lui disaient le contraire. C'est ce qu'il écrit à l'apôtre saint Paul, son maitre : Testvr Deum qui aderat in Virgine, nisi me divina docuissent eloquia, hanc verum Deum credidissem.. Il donne une belle raison de sa méprise, c'est qu'il lui semblait que la vue de Dieu seul put produire un contentement, une félicité semblable à celle qu'il goûtait en contemplant Marie : Quoniam nulla palesi videri major gloria beatorum, quam félicitas illa quam ego tune gustavi. 0 Marie! qui de nous ne tomberait pas à vos pieds, en vous proclamant la créature la plus favorisée de Dieu, puisque le degré de grâce où vous êtes élevée est si sublime, que vous avez pu être prise pour Dieu même par celui qui fut le maître des

théologiens ? En est-ce assez, mes chers frères ? Dieu; je vous le demande, pouvait-il faire davantage en faveur de Marifi?

SECOND POINT

VII. Eh bien, le Très-Haut ne s'est pas contenté d'honorer lui-même sa mère, en l'enrichissant de ces trésors immenses de grâce que nous venons de voir ; il a voulu en outre qu'elle fût comblée d'honneurs et d'hommages de la part des hommes, et exaltée par eux autant qu'elle a été favorisée par lui. Et remarquez ici les délicates attentions d'un Dieu pour attirer doucement les hommes à reporter vers sa Mère les hommages qui n'étaient naturellement dus qu'à lui seul. Que flt-il? il lui confia sa toute-puissance de miséricorde, et remit entre ses mains les trésors de sa bienfaisance, dont il l'établit dispensatrice. « Il vous a tellement exaltée, dit saint Anselme, qu'il a voulu que tout vous fût possible avec lui : y Te sic exaltavit, ut omnia secum possibilia essti donaverit. Voyez-vous notre Reine devenue la plénipotentiaire de Dieu, ayant en mains sa toute-puissance, el répandant partout des grâces et des faveurs? Que n'a-t-elle pas fait et que ne fait-elle pas chaque jour pour l'homme? Remarquez comme elle agit en maîtresse absolue : elle commande à la tempête, et la tempête se calme ; à la guerre, et la guerre cesse; à la peste, et la peste s'enfuit; à la disette, et l'abondance renait; à la mort, et l'on revient à la vie : il n'y a aucune créature qui ne trouve en elle soulagement et secours. Cette source de bienfaits une fois ouverte en Marie, tous les peuples ont rivalisé de zèle pour lui prodiguer tous les témoignages possibles de vénération et d'amour. Les autres saints limitent, en quelque sorte, leur protection soit à une ville ou un royaume, soit à un genre particulier d'infirmité ou de besoin. C'est ainsi qu'on honore

SUR LA FÊTE DE l'aNNONCIATIOX. SSS

d'un culle spécial saint Janvier à Naples, saint Ambroiso à Milan, saint Denis en France, saint Jacques en Espagne , saint Stanislas en Pologne , saint Nicolas en Grèce, saint Thomas dans les Indes. C'est ainsi encore que sainte Lucie est invoquée partout contre les maux d'yeux, sainte Apolline, contre le mal de dents, saint Biaise contre les maux de gorge, et d'autres saints contre d'autres misères. Mais pour la très-sainte Vierge, elle a été constituée la protectrice et l'avocate du monde entier, et pour tous les besoins, tant du corps que de l'âme. Et de fait, les grâces qu'elle répand, les prodiges qu'elle opère partout en faveur de ceux qui ont recours à elle, sont si nombreux, que je crois pouvoir dire, sans être soupçonné d'exagération, que si l'on mettait d'un côté tous les ex-voto suspendus devant les images de la sainte Vierge, en témoignage des grâces reçues par son intercession, et de l'autre ceux qu'on trouve suspendus devant les images de tous les autres saints ensemble, les premiers l'emporteraient autant sur les derniers qu'une grande montagne sur une petite colline. On peut invoquer en preuve de cette vérité le monde catholique tout entier. Où trouverez-vous une ville, une terre, un village, si petit que ce soit, qui ne possède une ou plusieurs images miraculeuses de la sainte Vierge, au point que les miracles opérés par chacune d'elles fourniraient matière à des volumes entiers? Qui pourrait jamais raconter les faveurs obtenues par les images miraculeuses de Notre-Dame deLorette, de sainte Marie de la Fontaine à Constantinople , de Montaigu dans le Brabant, de l'Annonciade à Florence, du Chêne à V'ilerbe, d'Oroppa à Verceil, de la Garde à Bologne, et de tant d'autres non moins miraculeuses à Orviéto, à Trapani, à Cagliari, à Mondovi, à 1^ Guadeloupe, à Boeza, à Montserrato, et ailleurs? Mais ce qui doit vous étonner plus encore, c'est que vous trouverez dans le

monde beaucoup plus d'images miraculeuses de la sainte^ Vierge que de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est cependant l'auteur de toutes les grâces. Notre Dieu veut évidemment nous montrer par là combien il désire que sa Mère soit honorée ; puisque dans les bienfaits; qu'il nous accorde il cache sa main, pour en faire rejaillir tout l'honneur sur cette auguste Vierge, par les mains de qui il veut que passent toutes ses grâces, nous donnant ainsi à entendre qu'autant il l'a comblée d«, gloire, autant il veut qu'elle soit exaltée par l'homme.

VIII. De là vient que l'Eglise, secondant les intentions du Très-Haut, qui témoigne tant de zèle poiiP l'honneur de sa Mère, a aussi inventé diverses industries propres à engager les fidèles à l'honorer. A cette fin, elle a institué pendant l'année sept fêtes principales en son honneur, sans compter tant d'autres solennités qui se célèbrent chaque jour dans les diverses parties du monde, en mémoire de l'origine de quelque image miraculeuse, ou de grâces signalées obtenues par elle. Elle lui a consacré, chaque semaine, un jour qu'elle fait sanctifier par l'abstinence; elle a établi que trois fois par jour, au matin, à raidi et au soir, on donnerait le signal de la cloche, pour inviter tous les fidèles à se prosterner en l'honneur de la sainte Vierge, et à lui adresser par trois fois cette belle salutation par laquelle l'ange lui annonça qu'elle avait été choisie pour être Mère de Dieu. Elle a institué les litanies, sortes de catalogues de ses titres les plus glorieux, des chapelets, des offices, et d'autres prières semblables, pour engager ses enfants à rendre de fréquents hommages à cette auguste mère; elle veut même que les prières publiques, et les offices divins que les prêtres récitent, chaque jour, commencent et finissent toujours par l'invocation de Marie. Elle nous exhorte en outre à honoï-er les autres saints par des prières à l'adressé de la'

SUR LA FÊTE DE l'aNNONCIATION. 337

èainlâ Vierge, telles que ses litanies, la salutation angélique et autres semblables, afin qu'ils présentent de îneilleure grâce nos supplications à cette reine commune, et que, pour les rendre efficaces, elle supplée à l'itisuffisance de leurs mérites et à notre indignité. Pour moi, je suis persuadé que la dévotion envers la trèssainte Vierge a toujours été en croissant dage en âge dans l'Eglise. De nos jours surtout, la piété envers Marie s'est répandue partout avec tant d'ardeur, qu'il semble qu'elle ne puisse s'élever plus haut. En effet, que peut-on faire de plus en l'honneur de Marie que ce qu'on fait aujourd'hui ? Jetez un regard sur le monde Catholique, et vous verrez partout les villes pleines de temples, et de temples somptueux dédiés à Marie ; continuellement on lui érige en tous lieux de nouvelles églises, ou on agrandit celles qui existent déjà, sans avoir égard ni aux dépenses, ni aux travaux, quand il s'agit de procurer la gloire de cette illustre Reine. Trouvez-moi une église, sous quelque titre qu'elle soit érigée, qui n'ait pas un ou plusieurs autels dédiés à la ^inte Vierge. Trouvez-moi un chemin public et fréquenté où l'image de Marie ne soit pas exposée à la vénération des passants. Quelle boutique, quel magasin public n'offre pas aux regards de ceux qui entrent cette image bénie avec une lampe brûlant devant elle? Est-il homme si indifférent envers Marie qui ne porte au moins sa médaille suspendue à son chapelet? Et le chapelet qui est en si grand honneur parmi nous, qu'en faire usage est un signe qu'on est catholique, trouverez- Yous un homme, si pervers qu'il soit, qui ne le porte sur lui, et ne fasse profession de le réciter quelquefois, pour montrer de la piété et se donner les dehors d'un homme de bien ? Mais ce qui prouve clairement que Marie est devenue de nos jours la reine des cœurs, a'est la doxiceur toute céleste qu'on ressent à prononcer

S38 SERMON XXlX.

son saint nom ; nom sacré, qui ne peut toucher le bout des lèvres ni Textrémité de la langue sans répandre jusqu'au fond de l'âme comme un nectar délicieux. Le nom béni de Marie joint à celui de son divin Fils Jésus, nous sert souvent d'interjection pour exprimer une foule de sentiments, et notre langue y est tellement accoutumée que souvent nous le proférons sans intention aucune, uniquement par habitude. Ces noms sacrés sont les premiers que nous avons appris de nos mères, et ils sont les derniers, je l'espère, que nous prononcerons lorsque nous prendrons natre essor vers l'autre vie. Or, supposé que chacun de nous veuille consacrer sa langue, sa voix, son cœur, son âme et sa vie à Marie, que pourrait-on faire de plus pour exalter cetteauguste souveraine?

IX. Et cependant la piété chrétienne envers la Vierge- Mère a fait de tels progrès, que, non contente de lui avoir érigé dans les diverses parties du monde une foule de' temples, d'oratoires et de statues, et d'avoir pétri, pour ainsi dire, son nom dans le marbre, elle veut encore continuellement l'imprimer sur des pages plus durables que la pierre, et moins sujettes aux injures du temps ; en effet, les livrés composés en l'honneur de Marie se sont tellement multipliés de nos jours, qu'on pourrait en faire des bibliothèques considérables. Je ne parle pas ici seulement de ce qu'ont 'écrit lessaints Pères et les docteurs de l'Eglise, ainsi que'lesplus célèbres théologiens, parmi lesquels je crois pouvoir avec raison placer au premier rang, pour les ser^ vices rendus, notre Scot, le docteur subtil, qui, éclairé d'une lumière particulière du Ciel, mit en évidence le profond mystère de l'Immaculée Conception, pour la défense duquel, marchant à la suite d'un si grand maître, nous sommes prêts à sacrifier notre sang, notre honneur, notre vie. En le louant de la sorte, je n'òte rie»

SUR LA FÊTE DE l'aNNONCIATION. 339

au mérite de ce qu'ont écrit un Pierre Lombard, le Maître des Sentences, un Albert-le-Grand, un Alexandre de Halos, un Thomas d'Aquin, un Henri de Gand, un Occam, un Cajetan, un Suarez, un Vasquez, un Bellarmin et tant d'autres, qui ont employé si noblement leur talent à écrire de nombreux ouvrages en l'honneur de Marie, Mais j'entends surtout parler ici des écrivains sans nombre qui, tous les jours, consacrent leurs sueurs à célébrer les grandeurs de celte incomparable Vierge. Dans la seule Compagnie de Jésus, on en compte plus de quatre cents, dont la plupart ont publié, non pas un, mais plusieurs volumes en l'honneur de Marie. Joignez-y maintenant tant d'autres écrivains des Ordres plus anciens, lesquels ont constamment fourni de nombreux propagateurs des gloires de Marie;et puis dites-moi si, de nos jours, la sainte Vierge n'est pas devenue l'objet de la vénération des plus sublimes génies, qui s'efforcent avec une sainte émulation de l'exalter autant qu'il est possible. Où trouverez-vous un orateur sacré qui n'ait consacré ses premiers travaux à Marie, et qui ne se glorifie d'employer continuellement à son service sa plume, sa langue et son cœur?- Qu'il me suffise de citer l'exemple du saint pontife Benoit XIII, heureusement régjiant, qui, au rapport de Caraccioli, a fait en diverses circonstances, avec une éloquence digne de sa grande âme et de sa piété, plus de cinq cents sermons en l'honneur de la trés-sainte Vierge. Vous êtes étonnés, mes frères, et avec raison, en apprenant jusqu'à quel point Marie a été favorisée de Dieu ; je ne ie suis pas moins en voyaat combien elle a été exaltée par l'homme. Confessons donc, vous et moi, que Dieu et l'homme ont fait les derniers efforts^ si j'ose le dire, pour élever cette auguste souveraine au comble des honneurs, et laissez-moi conclure avec la réflexion de noire séraphique saint Bonaventure. La

grandeur de Marie est telle, nous dit-il, que non-s^ule* ment elle dépasse les courtes limites des pensées humaines, mais on peut et l'on doit dire que parmi les pures créatures, c'est l'œuvre la plus parfaite de la main de Dieu, et la preuve la plus magnifique de la puissance de son bras. Dieu, sans doute, peut manifester son pouvoir avec plus d'éclat, en créant des mondes plus vastes, des cieux plus étendus, des sphères plus ravissantes ; mais une mère plus grande, plus belle que la Mère de Dieu, dites hardiment que Dieu ne peut la créer : Majorera mundum potest facere Deus, majus cœlum potest facere Deus, tnajorem quam matrem Dei non potest facere Deus. Or, si ce grand Dieu ne peut faire davantage, si l'homme ne peut rien concevoir au delà, faut-il s'étonner que moi je ne puisse rien en dire de plus?

CONCLUSION

X. Que Marie soit la créature la plus privilégiée de Dieu et la plus honorée des hommes, c'est un point incontestable, comme vous venez de l'entendre. Mais ee qui met le comble à notre bonheur, ce qui doit remplir notre cœur de joie, c'est que Marie est aussi celle qui nous aime le plus tendrement. Elle s'intéresse tellement à notre bien et à notre salut éternel, qu'au sentiment commun des Pères, la dévotion envers la trèssainte Vierge est un des signes les plus certains que nous puissions avoir de notre prédestination et de notre vocation à la gloire. On vous l'a dit plusieurs fois déjà, je le sais ; mais vous n'en êtes peut-être pas restés persuadés faute de preuve; je vais, pour votre consolation, vous en donner une aujourd'hui qui vous convaincra pleinement. Supposé que tous les anges, tous les bien-

SUR LA FÊTE DE L'aNNONCIATION. 341

heureux au ciel ei loutea les âmes justes sur la icira s'employassent pour notre saluJ, et offrissent à Dieu, pour cela, les prières les plus ferventes, ne nous croirions-nous pas surs d'être sauvés? Quelle plus puissante garantie pourrions-nous avoir d'obtenir une grâce, que de la voir sollicitée avec toute la ferveur dont les saints sont capables, par les meilleurs amis de Dieu au ciel et sur la terre, tous prosternés devant son trône? Certes, à ce spectacle, nous croirions tenir déjà le paradis. Or, si Marie est à elle seule plus puissante auprès de Dieu, et plus généreuse envers ses serviteurs que ne le sont tous les saints et tous les anges ensemble, il est égaler ment vrai qu'un serviteur de Marie est plus sûr de se sauver que s'il avait pour avocats tous les saints du paradis, et pour intercesseurs tous les justes qui sont sur la terre. Saint Anselme a donc pu dire avec raison, d'une manière absolue, qu'il est impossible qu'un serviteur de Marie périsse. Et cette vérité, saint Dominique la fil proclamer par un démon, pendant qu'il prêchait à Montpellier : ayant fait monter en chaire un possédé, par la bouche de qui un démon parlait, il commanda à cet esprit infernal, en présence de tout le peuple, de dire clairement si jusque-là il était jamais tombé en enfer quelqu'un qui eût une véritable dévotion à Marie. L'esprit malin ne voulait pas répondre à cette question et se tordait dans la chaire, mais à la fin, contraint de céder au commandement du saint, il dit : j'avoue à ma grande confusion, et forcé par la volonté du Très-Haut, j'avoue que jusqu'à présent il n'est venu en enfer aucun vrai serviteur de la sainte Vierge, et qu'il n'en viendra jamais aucun.

XL Eh bien, mes chers frères, en est-il un seul parmi vous qui ne veuille à tout prix se procurer désormais et s'assurer à jamais la protection et la bienveillance d'une si puissante reine? Voyons donc, formons tous Ici p. M. IV. 29

belle résolution d'être dès ce moment, coûte que coûte, les serviteurs dévoués de Marie. Nous le serons infailliblement, si nous observons constamment ces deux points : le premier, c'est de ne pas l'offenser; et il est certain qu'elle regardera comme faite à elle-même toute offense faite à son Fils : celui qui ne vit pas en grâce avec le Fils peut être sûr qu'il ne sera pas davantage en grâce avec la Mère. La première et la principale preuve de dévotion envers Marie, c'est donc de ne pas offenser Jésus, de détester souverainement le péché mortel, et de l'avoir en horreur, non-seulement parce qu'il offense Dieu gravement, mais en outre parce qu'il blesse la sainte Vierge, à qui rien ne déplaît tant que de voir Dieu outragé. En second lieu, nous devons la servir en lui rendant les hommages qu'a coutume de lui rendre la piété chrétienne, comme par exemple, etc. Toutefois, la dévotion la plus solide et la plus belle de toutes, celle que je voudrais qu'on pratiquât fréquemment en l'honneur de Marie, c'est celle-ci : reconnaître la sainte Vierge ponr ce qu'elle est, c'est-à-dire lui témoigner cette vénération spéciale qui est due à la Mère de Dieu. Ce culte n'est pas celui que nous devons en général à tous les saints, et qu'on nomme d'un mot grec culte de dulie, c'est-à-dire servitude, parce qu'il consiste à nous déclarer leurs serviteurs, mais bien celui qu'on appelle hyperdulie, qui dénote une condition supérieure à celle de serviteurs et par lequel nous protestons de notre dépendance spéciale à l'égard de la sainte Vierge. C'est celte dévotion qui gagne le cœur de Marie. Pratiquez-la souvent, mes bien-aimés, et vous saurez par expérience les grâces qu'elle procure. Pour cela, avant de sortir de chambre, mettez-vous à genoux devant son image, pour la vénérer en sa qualité de Mère de Dieu ; faites la même chose en entrant. Pendant les neuvaines qui précèdent ses principales fêtes.

SUR LA FÊTE DE l'aNNONCIATION. 343

renouvelez ces génuflexions neuf fois le jour avec la même intention, et soyez persuadés qu'il n'y a point de grâce que vous n'obteniez par là du cœur si tendre de Marie.

XII. La grâce la plus précieuse cependant que je désire que nous demandions tous à la sainte Vierge, quelle est-elle ? C'est l'amour de Marie elle-même. A genoux donc et les mains jointes, demandons-le chacun du fond du cœur : 0 Mater pulchrœ dilectionisl O tendre Mòre, je voudrais vous aimer comme vous aimez votre divin Fils, ou plutôt comme votre divin Fils vous aime, au moins je voudrais vous aimer de l'amour dont vous m'aimez vous-même. Ah ! fils indigne et ingrat, fils misérable, qui ai besoin de demander d'aimer une mère si belle, si digne, si noble, si bonne, une mère qui m'aime tant, et qui fait les. délices du paradis. — Disons donc, mes frères et mes sœurs, disons tous comme enfants de Marie, et frères chéris de Jésus, disons du fond de l'âme et de tout notre cœur au Fils et à la Mère, avec saint Anselme : Jesu dulcissime. Mater amabilis, nolo oculos nisi ut te videam : « Doux Jésus, Mère aimable, je ne veux de mes yeux que pour vous contempler. » Oui, mes yeux, je ne vous ouvrirai que pour voir Marie et pour l'amour de Marie; je vous ferme donc à toutes les vanités du siècle : Nolo oculos, etc. Je n'emploierai mes mains qu'à servir Marie, je les retire de toutes les iniquités du monde : Nolo, etc. Et toi, mon cœur, pourrais-tu bien aimer autre chose que Jésus et Marie? Ah! oui, je proteste que je ne veux avoir de cœur que pour aimer Jésus et Marie. Jesu dulcissime. Mater amabilis, nolo oculos nisi ut te videam, nolo manus nisi ut tibi serviam, nolo pedes nisi ut ad te curram, nolo, nolo cor nisi ut amem te. Amen. Amen. C'est ce que je vous souhaite.

Page 1