XXV. Si parmi tant de cœurs contrits^ il se trouvail
(1; Luc. 23, 3i
réellement quelque obstiné qui, loin de pleurer ses péchés, pensât encore aux fréquentations, aux impudiciiés, aux haines, aux rancunes, ou qui du moins ne se souciât pas d'aimer Jésus, ah ! souffrez qu'armé des foudres de saint Paul, je lui crie anathème : Si quis non amaf Dominum Jesum, sit anaihema ' . S'il est quelqu'un qui, aujourd'hui, ne pleure pas ses péchés, s'il est quelqu'un qui n'aime pas Jésus, qu'il soit anathème : Anathemasit, qu'il soit excommunié, ce n'est que trop juste. Ciel, foudrojez-le ; terre, engloutissez -le; créatures, écrasez-le ; il le mérite bien, le scélérat : A nathema sit. Qu'il soit excommunié et doublement excommunié celui qui n'aime pas Jésus. Mais quel est donc ce pécheur si endurci, si obstiné? Je vous le dirai, mes bien-aimés, mais je vous le dirai avec larmes : c'est moi, oui, mes frères, c'est moi. Filate, Anne, Caïphe, les Juifs, les bourreaux sont innocents comparés à moi, indigne pécheur. Filate l'a condamné, mais il ne le connaissait pas; les Juifs l'ont fait mourir, mais ils ne le connaissaient pas ; les bourreaux l'ont crucifié, mais ils ne le connaissaient pas. Je suis ce perfide qui, après avoir connu Jésus, après l'avoir confessé pour mon Dieu, après l'avoir vu crucifié pour moi, l'ai trahi et crucifié de nouveau. Moi seul, je ne mérite aucun pardon. Et pourtant j'oserai aussi ce matin demander pardon de mes crimes. Ah! mes bien-aimés, aidez-moi de vos larmes, pendant que je baise une à une ces saintes plaies, et que je demande pardon à ces membres sacrés, broyés, déchirés pour moi, à ce front adorable que mes péchés ont couronné d'épines, à ces yeux bénis qui ont versé pour moi tant de larmes, à ces saintes mains déchirées par mes iniquités, à ces pieds divins transpercés pour moi avec tant d'impiété, à ce côté sacré
(1) / Cor. 16, 22.
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ouvert et blessé pour moi, à ce cœur divin de mon Jésus abreuvé de douleur, à ce précieux sang, que j'ai tant de t'ois versé et foulé aux pieds. — Ah! mon doux Jésus ! mon aimable Rédempteur mis à mort pour moi, j'ai une telle «onfiance en vous que non-seulement je sollicite et j'espère de vous mon pardon, mais que j'espère même que vous me l'obtiendrez de votre Père éternel. Bouche bénie de mon Sauveur, que je baise avec respect; plaies sacrées, que je vénère humblement, faites pour moi en particulier celte prière que vous avez faite pour tous : Pater, dimitte illis. — Une bonne nouvelle, pécheurs, mes frères, une bonne nouvelle : le cœur me dit que Jésus, en ce saint jour, nous a pardonné à vous et à moi ; mais remarquez les termes de la prière que Jésus en croix fit pour vous et pour moi : Pater, dimitte illis, quia nesciunt quid faciunt : « Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font; " voulant dire • Père éternel, quant aux péchés commis par le passé, l'ignorance, l'inadvertance y eut une grande part, et si la malice y fut pour quelque chose, les pécheurs ne réfléchissaient point à ce que j'ai souffert pour eux : pardonnez-leur donc. Mais si quelques-uns, après avoir entendu le récit de ma Passion, après avoir appris tout ce que j'ai enduré pour eux, recommençaient à pécher, oh! pour ceux-là, il n'y aura point de prière, ei peut-être point de rémission, car ils savent ce qu'ils font. — Pour conjurer un si grand malheur, promettons tous au pied de cette croix d'en finir avec le péché : Oui, mon Dieu, nous voulons mourir ou commencer une vie sainte, une vie nouvelle, et persévérer dans le bien jusqu'au dernier soupir.
Pour que tout le fruit de ce sermon ne se réduise pas à quelques larmes, posons la base de cette vie sainte que nous voulons commencer dès aujourd'hui ; pour cela, embrassons la croix, et de cet arbre béni auquel
la vie est suspendue, que chacun de bohs cueille cinq fruits, correspondant aux cinq plaies de Jésus.
Le premier est une grande, une entière confiance dans la miséricorde de Dieu, en voyant son Fils unique mort en croix pour nous. Quelque graves que soient nos péchés, nous devons toujours avoir gravée dans l'esprit et dans le cœur cette maxime : que la miséricorde de Djeu surpasse toute notre malice; c'est pourquoi nous répéterons cent fois, mille fois le jour : Mon J.ésus, miséricorde !
Le second fi'uit est un amour immense envers Notre- Seigneur, qui s'est laissé broyer Sous le pressoir des pjus cruels tourments par amour pour nous.
Le troisième est une grande estime de notre âme, en vo^-ant tout ce qu'a fait le Fils de Dieu pour la sauver. Nous sortirons d'ici fermement résolus de tout faire pour sauver notre âme, et en répétant à plusieurs reprises : 0 mon Jésus ! je veux sauver mon âme.
Le quatrième est une profonde douleur de nos péchés, qui ont condamné un Dieu si bon à mourir pour nous. I^pus retournerons donc cùez nous en nous frappant la poitrine, en soupirant et en produisant, le long de la route, les actes de la contrition la plus intense.
Le cinquième est une haine souveraine au péché mortel, qui a attaché à la croix et fait mourir notre bon J.ésus, et un propos bien ferme, bien eflScace de ne jamais plus pécher.
Voyons ! pour nous disposer à recevoir la bénédic-? tion, renouvelons tous ce bon propos de ne jamais plus commettre de péché mortel. Que celui qui ne l'a pas fait le fasse, que celui qui l'a fait le confirme, et le renou? velie en présence de ces plaies sacrées, en disant trois fois : Plus de péché, etc.
Et vous, mon doux Jésus, rendez-nous dignes de yptre sainte bénédiction : je la donne à tout ce peuple
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comme un lietireux présage de la vie sainte que chacun promet de mener dès ce moment. Présentez-vous donc avec confiance, pécheurs, mes frères ; Jésus-Christ, en ce jour de rédemption universelle, les bras ouverts, du sein de son Père éternel, vous donne à tous, par la main de sa très-sainte Mère, paix, pardon et bénédiction : Benedictio Dei omnipotentis , Patris, et Filii, et Spiritus Sancti, descendat super vos, et maneat semper, semper, semper. Amen.