‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 23 sur 26 · LES CONSOLATIONS DE LA VIE DÉVOTE · texte numérisé non relu

LES CONSOLATIONS DE LA VIE DÉVOTE

Sœc dies quant fecit Dominut- exuttemut et

lœtemur in ea.

Voici le jour que le Seigneur a fait, tressaillons

«t réjoui»soiM-BOtj£ aujoardlim. (ï,iTURe.)

I. Je vous rends grâces, ô sainte Eglise, tendre mère, de ce qu'après quarante jours de larmes, vous annonoez par un message si agréable ce jour, dont les chants jojeux et les alleluia répétés adoucissent l'amertume de ces tristes memento qui, au début du carême, étouffèrent sous les cendres de notre mortalité toute la joie de nos cœurs. Salut donc, ô jour brillant, jour précieux et ardemment désiré, principe de notre joie, terme de nos misères, présage radieux d'une aurore plus claire encore, de l'aurore de ce jour éternel, qui, déployant ses splendeurs à la face de la mort éteinte et détruite, sera un jour de vie inaltérable. C'est avec raison, illustre Grégoire, que vous appelez ce grand jour, le jour de Dieu, l'honneur et la gloire de l'auguste Trinité. C'est avec raison, ò Epiphane, que vous l'intitulez l'amiral, le capitaine, le roi de tous les jours. 0 jour mille fois heureux ! 0 le plus fortuné des jours ! où les instruments et les voix s'accordent pour chanter partout des vivat sans fin en l'honneur de mon Jésus, non plus mort, déchiré, crucifié, mais entier, glorieux

et triomphant. Vive donc le vainqueur de la mort et de l'enfer, dont la victoire éclatante nous montre Lucifer foudro^-é, les furies enchaînées, la mort tuée, la vie ressuscilée, la nature restaurée, le péché pardonné, la grâce rendue, la gloire promise, et les portes du ciel ouvertes ! Que nous reste-t-il à désirer en un jour si beau, si heureux? Bénie soit donc la sainte Eglise, qui nous remplit le cœur d'allégresse, et nous exhorte à fêter avec des transports de joie la solennité de ce grand jour! Hœc dies quam fecit Dominus; exultemus et lœtemur in ea. Aussi, respectables auditeurs, en vous souhaitant du haut de la chaire de bonnes fêtes de Pâques, et que j'ai instamment sollicitées pour vous à l'autel, je ne trouve rien de mieux à faire, que de vous enseigner le secret de convertir tous les jours de votre vie en autant de jours de Pâques, en jours d'allégresse et de contentement, sans même excepter le jour fatal de la mort, vous apprenant la manière de changer ce jourlà même en un jour de triomphe et de vie. Oh ! quel précieux secret! Voulez- vous donc que je vous l'enseigne? Le voici : appliquez-vous tous à mener une vie nouvelle, toute spirituelle, toute dévote, et so^-^ez assurés que tous les jours de votre vie seront des jours de Pâques et de joie. En doutez-vous? Eh bien ! je vais vous prouver, — que la dévotion remplit la vie de joie, ce sera le premier point ; — et qu'elle procure, à la mort, une joie et un contentement ineffable, ce sera le second point. — Je ne puis mieux vous souhaiter les bonnes fêtes de Pâques, qu'en vous donnant le moyen d'être toujours dans la joie et pendant la vie et à la mort. Commençons.

PREMIER POINT

IL C'est une ruse très-habile du démon, afin de multiplier les partisans du vice, de dépeindre la vertu sous

les dehors (fnne maîtresse pauvre, austère, ennuyeuse, dénuée de tout, et riche seulement en dégoûts et en tristesse, comme si elle ne pouvait donner aux siens d'autre récompense que des soupirs. Pour mieux réussir dans son dessein, il nous représente notre Dieu, si bon, sous les traits les plus épouvantables, avec un caractère sévère, inhumain et fier, ayant toujours le glaive à la main. Son but en cela est de fixer dans l'imagination de tous ceux qui voudraient s'adonner à une vie pieuse et réglée, cette fausse appréhension que

1 se donner à Dieu, c'est faire un éternel divorce avec toute sorte de plaisir. Eh ! de grâce abattez cette idole; ce n'est point là notre Dieu, qui est si bon. Un Dieu sévère! un Dieu terrible! un Dieu qui refuse toute consolation à ceux qui s'adonnent à la vertu ! ah ! quelle contre-vérité! quelle plus grande injure pourrait-on faire à la bonté de notre Dieu? J'en appelle à vous, âmes magnanimes, à vous qui, par amour pour lui, n'avez pas craint d'affronter les bourreaux les plus barbares; à vous qui, abandonnant vos parents, vos amis les plus chers, vous êtes laissé ensevelir dans d'obscures prisons, rassasier de souffrances et abreuver de larmes amères ; à vous qui, avec un courage intré-

.pide, avez marché sur des charbons ardents, comme sur un sol jonché de fleurs, qui, placés sur les roues et les chevalets, la chair en lambeaux, vous riiez de vos tyrans, (t leur disiez, en face que leurs plus cruelles tortures se tournaient pour vous en délices : dites-nous s'il est dans la nature de notre Dieu de maltraiter ceux qui le servent, et de dégoûter ceux qui l'aiment. Et vous, ô saints pénitents, qui, fatigués du monde, avez cherché votre bonheur" en ce Dieu, si aimable jusque dans ses rigueurs, c'est à vous qu'il appartient de nous dire ce qu'il est. Je vous vois enfoncés dans vos grottes profondes, uniquement occupés à macérer votre corps

par les jeûnes, à vous déchirer par des ohftînes et des ciliées, à vous consumer par les veilles, à vous acheter, au prix de vos sueurs, un terrain stérile, couvert de ronces, et qui ne produit que douleurs et amertumes : dites-moi, je vous en prie, quel trésor vous y trouvez qui puisse vous rendre si af^réable ce qui ne nous inspire que de l'horreur? Quel trégop? me répondent-ils, quel trésor? Ah ! nous y trouvons tant de bonheur et de contentement, tant d'allégresse et de satisfaction, que c'est pour nous un paradis anticipé, et que nous y goûtons combien le Seigneur est doux pour ceux qui l'air ment : Tu, Domine, suavis et mitis... omnibus invor cantibus teK Vous voyez donc combien se trompent ceux qui s'imaginent que Dieu ne songe uniquement qu'à maltraiter ses serviteurs en cette vie, pour les récompenser, comme ils disent, plus abondamment dans l'autre. Il est bien vrai que notre Dieu nous réserve une belle couronne après cette vie mortelle, mais il ne laisse pas entretemps de nous donner, dès ici-bas, un avant-goût de ces célestes consolations. On promet au soldat une généreuse récompense après la victoire, et malgré cela on lui don^e une paie convenable pendant tout le temps qu'il se bat. On promet au moissonneur une bonne récompense à la fin de la récolte, et cela ne l'empêche pas de recevoir une subvention honnête peuT dant la moisson. En un mot, « aux ouvriers qui travaillent pour le siècle, dit saint Bernard, on a coutume de donner la nourriture pendant le travail, et la récom-; pense à la fin : «• Nimiruni et operariis hujus sœculi solet cibus in opere, et merces in fine dari. Et en effet, quel a été le dessein de Dieu en créant l'horamQ ? A-t-il voulu que la terre ne lui produisit que des épines et des chardons, des ipisères et des tribulations? Qhi

quelle noire calomnie contre la bonté de Dieu que de le prétendre! En voulez-vous la preuve? Où Dieu créa-t-il Adam? Quelle habitation lui prépara-t-il avant de lui donner l'existence? Est-ce quelque bois sauvage, quelque solitude inculte? Non pas; il étala, au contraire, sous ses yeux un monde de jouissances, et le mit en possession d'un paradis de délices. Il est vrai qu'Adam pécha, et mérita par sa désobéissance d'être chassé de ce fortuné séjour; mais il est vrai aussi qu'un Homme- Dieu répara, au prix de son sang, une si grande ruine. Or, depuis qu'il a versé ce sang, « il n'y a plus de sujet de condamnation, comme l'Apóire nous le fait entendre, pour ceux qui sont en Jésus-Christ, et qui ne marchent pas selon la chair : » Nihil damnationis est lis qui sunt in Christo Jesu, qui non secundum, carnem ani' hulant^. Oh! quelle douce consolation pour les âmeS qui s'adonnent à une vie fervente! puisque l'Apôtre leur assure que pour elles reviendra l'âge d'innocence et qu'elles nageront dans un océan de délices, comme si la sentence portée contre Adam n'avait aucune prise sur elles : Nihil damnationis, etc.

III. Je m'aperçois que beaucoup d'entre vous se prennent à rire de ce que je dis, et regardent ces vérités comme un paradoxe ou une pompeuse exagération de prédicateur. En quoi consiste, en effet, la vie dévote, me dites-vous, sinon à parler peu, à pleurer beaucoup, à se laisser tourner en ridicule tantôt par l'un, tantôt par l'autre; à supporter la pauvreté, les infirmités, les affronts dans son honneur, les torts dans ses intérêts, à souffrir intérieurement une mer d'amertume, d'ennuis, d'aridités, de délaissements même de la part de ses pères spirituels, qui accroissent vos peines par leurs reproches, leurs épreuves indiscrètes et leurs mortifi-

(1) Rom. 8. i.

cations ? Une telle vie n'est-elle pas une sorte d'enfer portatif, un amas de misères et de peines? — A n'en juger que par les apparences, je serais de votre avis ; car, réellement, à voir les personnes spirituelles marcher toujours les yeux baissés, l'air modeste, le front grave ; à les voir si sérieuses dans toutes leurs démarches, il semble que Dieu les traite au plus mal, et ne leur donne que du fiel à mâcher. Mais comme nous nous trompons! Oh! si vous saviez quelle joie, quel contentement, quelle ineffable suavité se cache sous cette écorce si rude en apparence ! Quasi tristes, semper autem gaudentes^. Je ne nie pas que pour un pécheur esclave de mauvaises habitudes, la première entrée dans la voie de Dieu ne doive paraître pénible et difficile ; les premiers pas, certes, sont douloureux : mais je vous assure qu'à mesure que vous avancerez, vous sentirez croître en vous la vigueur et le contentement. Considérez le peuple hébreu fuyant la servitude de l'Egypte, voyez Pharaon qui, l'épée à la main, et entouré d'une nombreuse armée, le poursuit, le presse, l'atteint ; il se prépare à en faire un affreux carnage. Les Israélites arrivent troublés, inquiets, effrayés sur les bords de la mer. Reculer, c'est se livrer au fer de l'ennemi ; se jeter à la nage, c'est s'abandonner à une mort certaine et devenir la proie des monstres marins. Quel désespoir! quels frémissements! quelle agonie! Moïse lève sa verge toute-puissante : les eaux se divisent, les monstres disparaissent, les vagues se calment; Pharaon en est étourdi d'étonnement, son armée stupéfaite; une route assurée, un gazon émaillé de fleurs s'offre aux Israélites au fond de la mer, ainsi que le dépeint la samte Ecriture : Campus germinans de profundo nimio'. Peut-on imaginer un portrait plua

(l) II Cjr. 6, 1. (2) Sap, 19, 1,

410 SSRMON XXXI.

naturel de ces âmes dévouées, qui quittent l'Egypte de ce monde, pour suivre Jésus-Christ dans la voie qu'il leur trace avec sa croix ? Avant de s'^ engager, oh î que de craintes! que de défiances! que de regrets! Comment renoncer à cette amitié, briser cette liaison, mortifier cette sensualité, vaincre cette aversion, modérer ce luxe, restituer ce bien, laisser ces vanités, retrancher cette affection? Comment dire un éternel adieu aux jeux, aux récréations, aux divertissements, pour vaquer à la prière, vivre dans la retraite et ne m'occuper que de choses sérieuses ? Que dira le monde? Que de plaisanteries ! que de railleries sur mon compte ! Combien de fois on se moquera de moi en me traitant de bigot, d'hjpocrite ! Moi, m'exposer à toutes ces dérisions ! Ah ! que de difficultés ! que d'obstacles ! — Allons! âmes lâches, mettez-vous en rotìte, commencez et vous verrez bientôt s'ouvrir devant vous un sentier semé de fleurs. Il est vrai que ces fleurs préparées aux justes sont comme cachées au fond de la mer; mais elles n'en sont que plus suaves. Ah ! quel contentement intérieur réjouit les âmes pieuses au milieu de leurs adversités ! C'est là cette manne céleste qui réunit toutes les saveurs et les délices les plus exquises : Manna ahsconditum,.,. quod nemo scit nisi qui accipit^. J'attends de vous^ chrétiens mes frères, la preuve la plus forte de cette consolante vérité ; c'est à vous à donner à ma démonstration toute sa rigueur, ce qui arriverait infailliblement, si, au lieu d'en croire les autres sur parole, vous en veniez vous-mêmes à l'expérience. Essayez, de grâce^ essayez combien est douce cette eau vive, qui jaillit au milieu de cet océan d'amertume, dont la vie dévote est comme enveloppée, et qui prend sa source au fond d'une bonne conscience. Oh! quelle douceur! Ame

(il Apoc. 2, n.

Ï)E tA VIE DÉVOTE. 4ÌÌ

qui m écoutez, à moitié résolue, je vous dirai ce qui fut dit à la Samaritaine : Si scires donum Dei... tu forsù tan petiisses ab eo, et dedisset tibi aquam vivant ' : « Si vous connaissiez le don de Dieu, vous demanderiez peut-être et il vous donnerait de cette eau vive, » Si vous goûtiez, dit saint Augustin, si Vous éprouviez une bonne fois la douceur de cette eau dont le Seigneur désaltère ceux qui le servent, je vous assure que vous prendriez en dégoût toutes les eaux fangeuses des citernes d'ici -bas ; et le monde, désespérant de vous en faire boire, vous laisserait en paix : Si scires, si scires!

IV. Nous ne savons pas ce que c'est que cette source d'eau vive, ou ces consolations intérieures et spirituelles, parce que nous sommes pécheurs, et partant incapables de les goûter. Mais nous savons bien par les philosophes que l'homme est ainsi fait, qu'il ne peut vivre longtemps sans aucune sorte de récréation : son coeur est environné de certaines fumées si importunes qu'elles ne tarderaient pas à l'étouffer et à le faire mourir, s'il ne respirait de temps en temps en se livrant à quelques joies modérées. Nous voyons d'un autre côté que s'adonner à la piété, c'est retrancher toutes ces inclinations naturelles qui sont comme la respiration de nos coeurs, d'où il suit que pour nous, embrasser une vie dévote, ce serait accélérer l'heure de notre mort et nous ensevelir avant le temps. — Oui, vraiment! Eh! comment se fait-il donc que ces saints anachorètes de la Thébaïde, de la Palestine, de l'Egypte, vécurent jusqu'à qu'à quatre-vingt dix ans, cent, cent vingt, et même cent trente ans, comme l'atteste Louis de Grenade ! Quelles récréations, quels plaisirs pouvaient-ils se procurer dans ces affreuses solitudes? Allaient-ils à l'a chasse à travers ces montagnes? s'amuîaient-ils a

(I) Joan. 4, 19.

l'ombre de ces forêts? avaient-ils des réunions joyeuses dans leurs cavernes ? Se donnaient-ils des festins, des bals, des soirées, pour délasser leur esprit fatigué par tant de méditations? Y a-t-il lieu de soupçonner ces saints solitaires de s'êire accordé de pareils divertissements? Comment donc, s'ils furent privés de tous les plaisirs que donne le monde, et, si, comme vous le dites, on ne peut vivre longtemps sans plaisir, comment, dis-je, ont-ils fourni une si longue carrière? comment ont-ils blanchi au milieu des austérités? Force vous est d'avouer qu'il y a des jouissances plus bienfaisantes, plus capables de saiisfaii'e le cœur que tous vos plaisirs : et si ces jouissances n'ont point de cause extérieure, il faut bien convenir qu'elles naissent dans l'âme et qu'elles y ont tout à la fois leur origine et leur siège. Voilà le vrai bonheur, parce qu'il est pur, parce que c'est un bonheur fondé en Dieu et provenant du cœur. Chose étrange! vous êtes continuellement à la recherche de nouveaux plaisirs, vous faites succéder sans interruption les jeux, les bals, les parties de chasse, les soirées, les festins, et vous n'êtes jamais rassasiés? et cependant le Prophète dit que ceux qui ont ces plaisirs en plus grande abondance, comme les princes et les grands, atteignent à peine l'âge de quatre-vingts ans : Si in potentatibus octoginta anni ^ . Et ces saints anachorètes qui n'ont eu qu'une seule jouissance, toute pure, tout intérieure, toute spirituelle, sont parvenus à une extrême vieillesse, et ont vécu heureux, contents et satisfaits. Il faut que vous conveniez que cette unique jouissance équivaut à celles que vous procure le monde, ou les surpasse toutes.

V. Vous n'en convenez pas? Eh bien! venons-en aux faits, et vous verrez que tous vos plaisirs mondains ne

ID Ps. 89, 10.

sauraient rassasier le cœur, qu'il n'y a que les consolations spirituelles qui puissent rendre l'àme heureuse et coniente. Considérez d'une part Alexandre-le-Grand dans son palais : qui fut jamais plus enivré de jouissances que lui? Passez en revue tous les biens imaginables du monde, que lui a-t-il manqué? la renommée, les honneurs, la célébrité? On peut dire qu'il a porté son nom jusqu'aux astres. Les sceptres, les royaumes, les commandements? Il a étendu son empire sur tous les lieux que parcourt le soleil. Les richesses, les pompes, les commodités de la vie? Il fut si opulent que ses présents étaient des couronnes ; il régna sur l'Asie, sur rinde, sur l'Egypte et sur une grande partie de l'Europe : en un mot, il fut souverain absolu d'un monde, et tout ce qu'un monde peut offrir de jouissances fut à sa disposition. Fut-il content avec cela? Non, mesbienaimés, non. Ayant un jour entendu d'un philosophe, ou plutôt d'un cerveau creux, qu'il existe une infinité de mondes? Alexandre, crédule par ambition, se mit à pleurer et à se dépiter, se regardant comme le plus infortuné des mortels, parce qu'il ne régnait que sur un seul monde. Considérez maintenant, d'autre part, dans une des grottes les plus sombres de la Thébaïde, ce vieillard aux cheveux blancs, et d'un aspect vénérable : c'est Paul, le premier habitant des déserts. Il s'est enseveli dans cette retraite dès sa jeunesse et il y a blanchi, inconnu des hommes et connu seulement des bêtes féroces. Voilà qu'un corbeau descend vers lui à tire d'ailes, et lui présente la moitié d'un pain; c'est la portion qu'il lui apporte chaque jour pour sa subsistance dans cette solitude. Mais comment peut-il avoir le cœur content, lui qui n'a d'autre société que celle d'un corbeau, qui ne reçoit les hommages de personne, et ne goûte d'autres délices que celles d'un morceau de pain? Comment peut-il être heureux? Saint Jérôme va vous

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le dire : il représente le vénérable vieillard assis aa bord d'une source qui jaillit de la roche voisine, son morceau de pain à la main, comme s'il tenait un trésor, prenant sou frugal repas, les yeux tournés vers le ciel, et disait avec un air radieux : Ah! mon Dieu, c'est maintenant que je reconnais combien vous êtes bon et généreux envers ceux qui vous servent : vous comblez mes vœux avec ce morceau de pain. Que les monarques gardent leurs richesses, pour moi, je ne désire rien de plus : qu'ils gardent leurs palais, je ne les leur envie point. Vous nie rassasiez avec la faim, vous m'enrichissez avec les peines, vous me couronnez avec la^pauvreté. Soyez béni, ô mon Dieu! Ainsi s'exprime-t-il, et tout en prenant sa nourriture, il semble qu'il ait un piets céleste sur la langue; il brille de joie, il vit heureux et content : Filii hominum usquequo gravi corde ' ? Quand donc déposerez-vous vos illusions, ô mondains? Voilà Alexandre qui pleure sous le diadème et Ja pourpre, et voilà Paul qui est heureux sous sa tunique de feuilles de palmier. Alexandre se plaint de la fortune qui ne lui a rien donné en lui donnant un monde : Paul bénit la Providence qui lui a tout donné en lui envoyant un morceau de pain. Alexandre mourut à la fleur de l'âge, et, arrivé au faîte de ses grandeurs, il expira au milieu des chagrins et des souffrances ; Paul blanchit dans le désert, et y vécut heureux et content jusqu'à l'âge de cent et treize ans, Etes-vous enfin conyaincus ? Confessez donc que Dieu sait mieux rassasier le cœur humain et le rendre content avec un morceau de pain, qu'un monde entier sans Dieu.

VI. Mais je veux sonder plus profondément cette vérité, afin de la rendre aussi claire que possible ; et puisque vous citez les philosophes, il est certain qu'en

(1) Ps. 4, 3.

philosophie morale on pose en principe que, pour la pleine satisfaction de cœui*, en d'autres termes, pour être heureux, pour vivre gai et content, il faut être exempt de toute affliction. J'expliquerai mieux ma pensée en visitant avec vous un malade; nous sommes au jour de Pâques, il ne sera que juste d'exercer cette oeuvre de miséricorde : supposez que ce soit un personnage considérable ; entrons dans son palais : voyez là, sous le portique, ces pauvres gens qui, étendus par, terre et la tête appuyée sur une pierre, dorment d'un paisible sommeil. Montez au salon : un silence rigoureux y règne, on n'y parle qu'à voix basse; entrez dans la chambre du malade, voyez comme il est couché dans un lit mou et précieux, enveloppé de draps d'une finesse extrême ; les murs de l'appartement récréent ses yeux par les magnifiques tapisseries qui les couvTent; on lui sert, dans des vases de cristal, d'or, ou de porcelaine orientale, de l'or potable, et foute espèce de rafraîchissements recherchés; jour et nuit, il est entouré de parents dévoués, de dames, de gentilshommes empressés à le servir et à le distraire. Néanmoins, remarquez comme il se plaint, s'impatiente, se démène, ne pouvant trouver ni repos, ni sommeil. — Eh! il a sans doute dormi ? — Il y a plusieurs jours et plusieurs nuits qu'il n'a fermé l'œil. — Mais qu'a-t-il donc? — Il est mal. — Il est mal? environné de tant de soins, il est mal ? — Oui, il est malade, il a de violentes coliques, et sur son lit somptueux il est plus tourmenté qu'un criminel sur le chevalet ; tandis que ces pauvres gens que nous avons vus dorment et reposent tranquillement sur la terre nue, comme sur un lit de roses, parce qu'ils sont en santé. Yenons-en à l'application. Trou» vez-moi un pécheur qui soit dans cette condition indispensable, d'être exempt de toute affliction intérieure et extérieure, et je vous accorderai que la vie des pécheurs

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est plus gaie que la vie des personnes pieuses ; mais où le trouverez-vous! Ah! les malheureux, efforcez-vous d'étouffer vos chagrins dans le vin, dans les banquets, dans les sociétés bruyantes ; si vous n'avez pas la santé de l'âme , si votre conscience est en désordre, les cerbères de ce petit enfer que le pécheur porte partout avec lui ne cesseront d'aboyer. Courez les spectacles, les soirées, les bals; si votre cœur n'est pas en repos, tous les divertissements se changeront pour vous en poison. J'en appelle à quiconque en a fait l'expérience : n'est-il pas vrai que quand vous avez la conscience agitée par des remords, si le ciel se couvre, si la terre tremble, si un éclair sillonne la nue, si la foudre éclate, aussitôt un frisson parcourt vos veines et vous glace le cœur? Il n'en est pas ainsi pour une personne pieuse : que le ciel se couvre de nuages, son âme est sereine; que le ciel gronde, elle est en sûreté ; que le Ciel frappe et châtie, elle ne craint rien ; elle vit tranquille au milieu des tempêtes, parce que de la vie elle attend la mort, et de la mort elle espère la vie; et en portant au fond du cœur son Dieu qui peut tout, qui est tout à lui, elle est heureuse, contente et satisfaite.

VII. Ce sont là de belles paroles, mais l'expérience les dément : nous en connaissons beaucoup qui, au vu et au su de tout le monde, vivent dans le péché, entretiennent des liaisons criminelles et pis encore ; cependant on ne leur voit pas le front soucieux, les yeux tristes, le visage morne et abattu ; ce sont, au contraire, les plus gais, les plus enjoués en société, et si l'on veut passer le temps agréablement, il faut être avec eux ; puis, ils sont pleins de courage; il est donc vrai que l'expérience dément ce qui a été dit. — Avant de vous répondre, permettez que je vous demande pourquoi David nous dit avoir reçu de Dieu la joie du cœur?

Dedisti lœtitiam in corde meo^. Ne suffisait-il pas de dire qu'il avait reçu un grand contentement, une grande joie, sans ajouter la joie du cœur? Non, répond saint Jean Chrysostôme, ce n'était pas assez; car il y a deux sortes de joie, la joie du cœur qui est vraie et réelle, et la joie des yeux qui n'est qu'éphémère et apparente. Cette 'dernière, qui s'arrête à la superficie, est propre aux pécheurs ; la premiere, qui tranquillise l'esprit, et le fait jouir d'un paradis anticipé, est propre aux personnes pieuses : Non dixit simpliciter : dedisti lœtitiam, sed, in corde, ostendens non esse in rebus externis lœtitiam, quia hœc lœtitia non est cordis, sed oculorvm. Croyez-vous donc que tous ceux-là sont heureux qui paraissent tels ? Oh! si vous voyiez le fond de leur cœur! Un célèbre gladiateur, nommé Curidamante, ayant rencontré un adversaire plus fort que lui, en reçut un coup de poing si violent qu'il lui fit sauter plusieurs dents. Pour ne pas s'avouer vaincu, il les avala et continua à lutter avec la même intrépidité, malgré ces dents qui lui pesaient sur l'estomac. Oh! si vous saviez quels amers morceaux avalent aussi bien des gens qui font belle mine et paraissent joyeux ! Regardez ce jeune élégant si fier de sa mise : si vous voyiez le fond de son cœur! il n'a pas un sou, son luxe l'a ruiné, et il est presque réduit au désespoir. Et cette femme si gaie et si brillante, oh ! si vous voyiez son cœur! vous y trouveriez des douleurs plus cuisantes que celles de l'enfantement : elle n'a pas ce qu'elle aurait voulu, elle n'a pas trouvé ce qu'elle cherchait, et elle cache sous un air de joie affectée le dépit et le chagrin qui la dévorent. C'est d'ailleurs un aphorisme d'Hippocrate qu'un teint rouge et des joues enflammées, loin d'être toujours un signe de bonne santé, sont plutôt

(1) rs. 4, 7,

418 SKRMON XXXI.

un indice manifeste d'un mal intérieur et de poumons gâtés : Fades vivida nimis mala. De même, envoyant certaines personnes se donner un air de gaité empruntée, un physionomiste habile se dit à part soi : pauvres gens ! ils sont bien mal. Ces couleurs vives ne sont nullement un signe de santé, mais bien de maladie; cette joie folâtre indique une conscience troublée, une âme ulcérée. — Et cependant, ils chantent, plaisantent et se divertissent? — Ils chantent! Eh! remarquez ces deux vo3^ageurs marchant la nuit à travers la campagne : l'un, jeune et courageux, l'épée dans le fourreau, marche en silence, d'un pas ferme et assuré ; l'autre, charlatan par caractère, sent son cœur palpiter à chaque pas qu'il fait, et son imagination rembrunie par les ténèbres, lui représente mille spectres effrayants, il croit voir à chaque instant des ombres, des fantômes, des esprits ; il est presque mort de peur. Que fait-il? Il se met à chanter d'une voix forte, "sonore, joyeuse et bruyante qui réveille tous les alentours; plus il a peur, plus il chante, tandis que l'autre ne chante pas parce qu'il ne craint rien. La comparaison est de saint Augustin : Cum viator de nocte solus parum securus incedit, cantare consuevit; verumtamen cantus illos non voluptas, sed timor suadet, oui, sans doute, les mondains chantent, ils jouent, ils dansent; mais ces chants sont inspirés par la crainte, non par le plaisir ; ils s'efforcent de s'étourdir pour ne pas entendre la voix de leur conscience. Par ces musiques, ces bals et ces chants, ils voudraient endormir les soucis et les remords qui leur rongent le cœur. Une personne pieuse, au contraire, qui vit dans la grâce de Dieu, avec Dieu, toute pour Dieu, n'a pas besoin de tout ce bruit extérieur ; elle trouve au dedans d'elle-même la source de son contentement et mène une vie calme et tranquille, goûtant et admirant tout à la fois combien le Dieu

(l'israijl est bon pour ceux qui ont le cœur droit : Quam bonus Israel Deus his qui recto sicnt corde^,

VIII. L'argument serait pressant, nous en convenons, si les personnes pieuses étaient exemptes de peines; mais nous savons qu'elles sont plus que d'autres en butte à toute sorte d'afflictions tant intérieures qu'extérieures, aux tribulations du dedans et aux persécutions du dehors. Donc... — Que prétendez-vous en conclure? que les personnes pieuses ne jouissent pas d'une paix véritable, et ne mènent pas une vie heureuse et contente? Vous vous trompez étrangement. Je ne nie pas qu'elles n'aient aussi leurs tribulations ; elles seraient privées, sans cela, de la plus belle portion de leurs mérites ; mais je dis que ces peines et ces traverses deviennent, pour elles, la matière d'une plus grande joie, tandis qu'elles sont pour les libertins un aiguillon qui les pousse avec plus d'impétuosité vers le précipice. Pour vous en convaincre, remarquez quels sont ceux qui sentent davantage les accidents sinistres qui arrivent journellement, ceux qui en reçoivent une plus grave blessure. Est-ce l'homme de bien ou le pécheur? est-ce la femme vertueuse ou celle qui a à peine la crainte de Dieu? Jugeons-en par les effets. Quel est celui qui, sous le coup du malheur, s'irrite et s'emporte davantage, se désespère et blasphème comme un impie? Quel est celui qui, de chagrin, perd le sommeil de ses nuits et la paix de ses jours, qui devient insensible à toutes les jouissances de la table, de la campagne et de la société, qui porte au fond du cœur un ver qui le ronge sans cesse et sur les lèvres un poison qui le tue? Qui sont ceux qui se laissent aller à un désespoir insensé, au point, comme il est arrivé quelquefois, de se jeter dans un puits ou dans une rivière, ou de se détruire? Quels

' (1) Ps. 72. i.

sont-ils? je vous le demande. Ne sont-ce pas les pécheurs? Que fait, par exemple, tel pécheur quand quelque disgrâce le frappe ? Vous le voyez qui s'emporte et va jusqu'à s'en prendre à Dieu même : Hélas ! se dit-il, à quel état me vois-je réduit! j'étais riche et dans l'aisance, plein de santé et honoré ; et maintenant où en suis-je? On voit bien que Dieu m'a abandonné : où est sa miséricorde? où est sa providence? Et alors il éclate en horribles blasphèmes; ou s'il ne s'attaque pas à Dieu, il s'emporte contre ce juge qu'il taxe d'injustice, contre ce parent qu'il accuse d'ingratitude, contre ce serviteur qu'il traite de voleur, contre sa belle-mère, contre ce rival qu'il croit envieux de sa prospérité, et sans pouvoir trouver la paix, il se repait nuit et jour de poison. La chose ne se passe pas ainsi pour une personne pieuse. La même disgrâce qui fait une blessure si amère au cœur d'un pécheur, et le tourmente pendant des mois et des années, se fera bien sentir aussi à une âme vertueuse, je ne le nie pas ; mais dès le premier entrelien qu'elle aura avec son confesseur, dès la première communion qu'elle fera, fidèle à sa coutume de communier tous les huit jours, après une fervente prière adressée à la sainte Vierge son avocate, la plaie commence à se cicatriser, et au bout de quelques jours elle est fermée. N'en est-il pas ainsi? pouvez- vous le contester? N'est-ce pas là ce qui se voit tous les jours? Un religieux de ma connaissance, homme très-intérieur, étant allé consoler deux personnes, une mère et sa fille, à l'occasion d'une grave infortune, les trouva toutes deux ensemble dans une chambre, occupées à pleurer. La fille était jeune, mariée depuis peu, elle avait été élevée dans un monastère très-fervent, et s'y était formée à une vie pieuse et réglée. La mère était une femme mondaine, ne suivant guère les principes de la piété chrétienne, n'ayant jamais songé qu'à ses vanités et à

DE LA VIE DÉVOTE. 4'^l

ses amusements. Le religieux, doué du don de la persuasion, employa toutes les ressources qu'il put imaginer pour les relever de leur abattement, leur rappelant entre autres choses la passion cruelle de Notre- Seigneur Jésus-Christ et les douleurs de sa tròs-sainto Mère. A ces mots, la mère le regardant avec ironie : Eh ! père, lui dit-elle, la belle consolation ! cela est bon pour des moines et pour des nonnes. La fille, au contraire, vertueuse comme elle était, se calma, et grâce à l'exercice de la prière, en peu de jours elle recouvra la paix du cœur. La malheureuse mère, qui n'avait presque pas la crainte de Dieu< à force d'envenimer sa douleur par ses réflexions et ses longues veilles, en devint folle au bout de quelques mois, et mourut dans cet état, martyre du démon, et sans avoir recueilli aucun mérite de son affliction. Maintenant^ mes bien-aimés, je m'adresse à vous les mains jointes, et je vous prie,- je vous conjure, si vous n'avez pas foi en mes paroles^ de prêter l'oreille du moins à notre divin Sauveur, qui, dans le désir ardent qu'il a de vous gagner à lui, vous dit au cœur par la bouche du prophète Malachie : Convertimini, convertùnini, et videbitis quid sit inter justum et impium^ et inter servieiitem Deo et non servientem ei'. Convertissez-vous, mes chères créatures, convertîssez-voua à moi, et essayez s'il vaut mieux servir Dieu votre père, ou le monde votre ennemi ; convertissez-vous, mes chères créatures, convertissez-vous à moi, et prenant en horreur celui qui vous a séduites et trahies jusqu'ici, attachez-vous enfin à celui qui vous aime. Que cherchez-vous en ce monde? Vous voulez être heureuses, vivre dans la joie et le contentement : ah! vous ne trouverez jamais de joie véritable qu'en moi, qui suis la source de tout bien ; venez donc à moi,

(1) Mal. 3, JS.

p. .^r. IV. 3G

embrassez une vie pieuse et régléev et vous serez heureuses :" Converiimini, convertiniini, et videhitis quid sit inter justum et impium, inter servientem Dei et non servientem ei. En est-il un seul parmi vous qui puisse résister à une invitation si touchante et si salutaire ? Quel serait le cœur assez endurci, assez obstiné pour cela?

IX. Esprit-Saint, c'est à vous de tirer là conclusion de ce discours,- en faisant comprendre à tous mes auditeurs que comme les tribulations des justes se changent en sujet de joie, parce qu'ils les reçoivent de la main de Dieu et les Souffrent pour l'amour de Dieu, ainsi les jouissances des pécheurs se convertissent en fiel et deviennent pour eux comme la ma:nne pour les Israélites : lorsqu'ils voulaient la conserver dans des vases,contre le précepte de Dieu, elle tombait en putréfaction et se remplissait de vers ; Statere cœpit vermibûs, atqtte computruit ^ . Jouissez, mondains, jouissez; iûais sachez que vos plaisirs se changeront en toufinents, parce qu'ils sont accompagnés de ce ver qut ûOUs rOnge le cœur, de cette pensée qui est comme une épine, ou comme un clou qui le perce : de cette pensée, dis-je, que ces plaisirs finiront, et qu'ils feront place à des tourments éternels, provoqués par ces plaisirs-là même. Yous, au contraire, âmes vertueuses, qui vous êtes consacrées à Dieu, et, ea embrassant la piété, lui avez protesté que vous ne Vouliez jouir qu'en lui, de lui et avec lui, vous avez comp'ris vos véritables intérêts. Vous êtes continueilement assises à la table de Dieu, et' votre" vie est un festin ùon interrompu : In secreto éOnseîentiœ convivio. 0>h! quelle douce jouissance,, dit saint Bernard, que la jouissance d'un bien auqùeF on acquiert d'autant plus de droit qu'on en jouit davantage ; jouir

(i) Exod. 16, 20.

CD bonne conscience, jouir avec l'assurance de ne jamais perdre l'objet de sa félicité, voilà ce qui fait le charme de Ja jouissance : Revera illud solum est verum gaur^ dium, quod cum possederis, neirw tollet a te. Et vous tQus, mes frères, qu'attenâez-vous pour vous décider à rompre tout à fait ayec le monde, et à embrasser la piété? Comment ne vous écriez-vous pas tous, animés d'une sainte ferveur : Adieu, monde, adieu, plaisirs et divertissements frivoles; nous ne voulons plus d'autres joies que celles qu'il plaira à Dieu de nous donner : Deus cor dis mei, et pars mea. Deus, in œternum. '. Trop heureux, ai vous le dites du fond du cœur. Meltezr •ypus donc, dès aujourd'hui, en quête d'un bon confesseur, qui vous initie à la solide piété; choisissez-le entre mille, bienveillant, saint, ayant à cœur votre sanctification ; et lorsque vous l'aurez trouvé et que sous sa direction vous aurez fait le premier pas dans la voie de Dieu, dites hardiment que vous avez trouvé le moyen de faire que tous les jours de votre vie soient des jours de Pâques. Quelle b^^i^ne et sainte Pâque pour vous que celle de cette année, si vous deveniez tous des personnes adonnées à la piété ; ce sera une pâque qui durera autant que Dieu lui-même, une pâque qui ne finira jamais. Que Dieu vous en fasse la grâce! Amen, aojen, ^m.eiji. Reposons-nous.

SECOND POINT

X. Qu'une vie pieuse et réglée soit la vie la plus heureuse du monde, c'est ce que prouvent à l'évidence et les raisons les plus oonvaincantes, et l'expérience journalière ; aussi, à part quelques impies qui n'en ont

(1) Ps. -s, se.

i24 SERMON XXXI.

jamais fait l'essai, trouverez-vous difficilement quel^ qu'un qui ose soutenir le contraire. Mais supposez qu'il n'en soit pas ainsi ; figurez-vous la vie dévote sous l'aspect le plus austère et le plus sombre qui puisse s'offrir à l'imagination, représentez-vous-la, le visage pâle et amaigri, l'air abattu, courbée sous lecilice, ensanglantée par la discipline, et environnée d'un épouvantable appareil de cendres, de cordes, d'épines, de chaînes, de larmes, de pauvreté, de mépris, de maladies et de calamités ; je vous ai déjà dit que la joie intérieure que goûtent les personnes pieuses, cette joie qui est fille de la pureté du cœur, est si mâle et si robuste, qu'elle est bien capable de surmonter toutes les peines, quelles qu'elles soient, et d'entretenir la paix du oœur au milieu des plus rudes épreuves ; mais supposé qu'il en soit autrement, et que leur vie soit, comme vous le dites, triste et mélancolique, si pourtant il n'y avait pas d'autre moyen de vous préparer une mort sainte et heureuse, ne devriez-vous pas vous empresser à l'envi de l'embrasser? Et qu'importe de souflrir quelque temps ici-bas, si ces souffrances d'un moment vous ouvrent les portes d'un éternel repos? Ne vous faites pas illusion, pécheurs : à cette vie bruyante et si joyeuse en apparence que vous menez, succédera une mort pleine d'amertume et de larmes, qui vous jettera dans le désespoir; tandis que toute âme fervente peut se promettre avec fondement et avec joie tout à la fois, que le jour de sa mort sera le jour solennel de sa véritable pâque ; oui, le jou? de sa véritable pâque, parce qu'elle ne peut attendre de la mort que la vie, et que sa foi lui apprend que son corps sera un jour semblable à celui de Jésus-Christ ressuscité, dont l'Apôtre dit que le Christ une fois ressuscité d'entre les morts ne meurt plus : Christus resurgens ex mortici s jam non moritura. Voilà l'avantage

(1) Jiom. e. 9.

qu'ont les âmes pieuses : elles ressusciteront avec leurs corps glorieux et éclatants de beauté, comme le Sauveur, pour ne jamais plus mourir. Oh! que cette espérance des justes répand de charmes sur leur mort! Ils mourront, sans doute, ils paieront leur tribut à la nature, comme tous les autres; mais ils mourront pour vivre toujours, et vivre toujours beaux sans qu'aucune difformité les dépare ; toujours en paix, sans qu'aucune affliction les trouble ; toujours agiles, sans que rien leur pèse ; toujours purs, sans qu'aucune tache les souille ; toujours sains de corps, sans qu'aucun malaise les dérange ; toujours dans la joie, sans qu'aucun ennui les attriste; et pour conclure avec saint Zenon, au sein d'un jour perpétuel, que jamais la nuit ne couvrira de ses ombres. Oh! quelle belle pâque que le jour de la mort pour les personnes pieuses ! pâque si délicieuse, qu'elle vaut plus que toutes les joies frivoles des pécheurs ; pâque si durable, qu'une fois commencée elle ne finira plus jamais.

XI. Comment les personnes pieuses ne mourraientelles pas avec le sourire sur les lèvres, puisque le plus souvent elles meurent dans l'exercice actuel des vertus qu'elles ont pratiquées avec tant de ferveur pendant toute leur vie? Elles ressemblent précisément à ces lampes qui, sur le point de s'éteindre, projettent, par un suprême effort, un plus vif éclat. Saint Paul, premier ermite, passait les jours et les nuits entières à genoux et en oraison ; et on le trouva à genoux après sa mort, les bras étendus, les jeux levés vers le ciel, et le visage encore enflammé d'une sainte ardeur. Saint Maur, ce célèbre disciple de saint Benoit, vit sous le cilice, et sous le cilice meurt en chantant des hymnes de joie. Saint Guillaume, en souvenir de la poussière d'où il a été tiré, veut vivre et mourir sous la cendre, et il expire, les cendres sur la tête, son Dieu dans le

426 SERMON xxxt.

cœur, au milieu d'une extase qui lui donne un avant» goût du paradis. Les deux grandes servantes de Dieu, Antoinette Ximenès et Antoinette de Saint-Hjacinthe, qui passèrent topte leui» vie à chanter les louanges du Seigneur, expirèrent en chantant d'une voix ravissante ce verset du Psalmiste : Lœtatus sum in his quœ dicta iuni ntihi, in domum Domini ihimu$ * : « Je me suis réjoui lorsqu'il m'a été dit : Nous irons dans la maison du Seigneur. ^ Louis de Gonzague qui, dès sa plus tendre jeunesse, comrnença à affliger son corps par les discir plines, voyant son supérieur entrer dan$ sa chambre pour le visiter lorsqu'il était sijr son lit de mort, lui demanda avec instance, savez-vous quoi? Sans doute quelque soulagement, quelque douceur? Précisément : il lui demanda la permission de se dopner la discipline, afin de. moUrîi* dans l'exerpioe de la péliitence. Le supérieur, touché jusqu'aux larnies d'une pareille de-? mande, lui répondit qu'il n'aurait plus même la force de se donner la discipline. — Au moins, reprit-il, qu'un autre me frappe de la tête aux pieds. — Et qui donc, dit le supérieur, serait assez dur pour frapper un corps déjà à moitié mort? '^ Enfin, répliqua Louis, faites? moi enlever de mon lit, afin que je meure par terre. — r Voilà le soulagement que demande un ange d'innocent ee : c'est d'expirer sous les coups de la discipline. Que vous en semble ? Vous croyez peut-être que ce désir ardent de la pénitence était excité chez lui par un accès de mélancolie qui* lui troublait le cerveau? Détrompezvous j voyez comme, se tournant vers un de ses condisciples, avant de rendre sa belle âme à Dieu, il lui dit tout radieux : Lœtanter imus, lœtanter imus : Nous partons avec joie, mon frère, nous partons avec joie. — Où donc ? lui demandi* un autre père qui sp trouvait pré?

(j) Ps. ISi. i,

«ent. — Au ciel, répond Louis avec assaratiee, an ciel, au saint paradis, et en disant ces mots, il expira. Qu'en dites-vous, mes bien-alraés? Etes- vous enfin disposés à reconnaître, comme une grande vérité, que le jour de la mort est un jour de pâques pour les personnes pieu* ses, un jour de pâques, un jour d'allégresse sans pareiîe, qui sôche toutes les larmes qu'elles ont versées pendant leur vie?

XII. Mais je veux achever de vous convaincre par une raison claire et évidente. S'il y avait un général qui,, outre qu'il offrit une large solde à ses soldats, eût UD secret particulier pour guérir toutes leurs blessures, remettre à leur place tous les membres coupés, et qui, la bataille terminée, pût, avec son bâton de commandement, ressusciter tous les morts sur-le-champ, et les rendre de plus invulnérables, impassibles et immortels; quel concours, je vous le demande, n'y aurait-il pas pour s'enrôler sous les drapeaux d'un tel capitaine? La femme la plus timide deviendrait une amazone, et chaque enfant serait un vaillant Achille, Avec quel courage, quel entrain, quelle bravoure tous ses soldats s'élanceraient au plus fort de la mêlée, et se précipiteraient sur les épées de l'ennemi, pour arracher des mains de la mort une vie si belle et si digne, n'est-il pas vrai? Eh bien ! ce qu'il serait insensé de se promettre de la part d'un homme, c'est une vérité de foi que Jésus-Christ le fera pour nous tous, si nous le suivons fidèlement, si nous embrassons une vie vraiment pieuse; parce qu'alors nous servirons un capitaine •• qui a le pouvoir de ressusciter les siens d'entre les morts : » Qui ex mortuis suscitare potens est '. Mes chers disciples, disait ce bon Sauveur, ils vous mettront à mort, ils feront voler vos chairs en lanabeaux ; ne craignez

{\)Hel)r. il, IQ.

rien toutefois, il ne périra pas même un cheveu de votre tête : Cum audieritis prœlia et seditiones, nolite terreri... Capillus de capite vestro nonperihit^. Ils vous tueront, ils vous égorgeront, et ils ne vous feront aucun mal ; vous perdrez la vie et vous ne perdrez rien, parce qu'il ne périra pas un seul cheveu de votre tête : Capillus de capite vestro non peribit. Réjouissez-vous donc pendant la vie, et réjouissez-vous aussi à la mort, car vous servez un chef qui peut vous ressusciter d'entre les morts : Qui ex ìnortuis suscitare potens est. Aussi les saints martyrs, encouragés par de si belles espérances, embrassaient-ils la mort aTec joie ; il était plus facile de séparer leur tête du tronc que d'étouffer le sourire sur leurs lèvres. Voyez ces généreux Machabées : on leur demande la langue et les mains pour les couper : les voilà, disent-ils, coupez, taillez, plus vous nous enlèverez et plus le Seigneur nous rendra : E Cœlo ista possideo ...,ab ipso {Deo) me ea recepturum spero'^ ; S'il en est ainsi, mes chers auditeurs, embrassez avec courage, je vous en prie, et avec un grand courage la pratique de la piété; elle vous comblera de jouissances pendant la vie, et à la mort, et durant toute l'éternité ; car il est certain que tous les justes mènent une vie patiente et tranquille : Patienter vivimi, comme dit saint Augustin, et ce qui est plus précieux encore, ils meurent avec le sourire sur les lèvres et Dieu dans le cœur : Delectahiliter moriuntiir. On en a un exemple remarquable dans ce grand serviteur de Dieu, qui, sur le point de mourir, sourit doucement par trois fois. Interrogé pourquoi il souriait ainsi, il répondit : j'ai ri la première fois, parce que je vois que vous avez horreur de la mort, qui est si douce; j'ai ri la seconde fois en pensant à votre folie : tandis que vous mourez

(l) Luc. 21. OIS. l2) // Machdb. 7, il.

"i chaque instant, vous vous faites tant prier pour mourir tout à l'ail; j'ai ri la troisième fois, parce que je suis sur le point de voir finir mes misères présentes, pour commencer une vie éternelle. Voilà corameni meurt celui qui a véca pieusement : il meurt le sourire sur les lèvres, parce qu'il meurt avec l'assurance d'aller au ciel. Dites donc tous tant que vous êtes, mais dites avec une sainte ferveur, un éternel adieu au monde : Adieu, monde. Dites-le d'un cœur bien résolu : adieu, monde, plaisirs, divertissements frivoles ; sojez le partage de ceux qui ne connaissent pas d'autre bien : quant à nous, il nous suffit de pouvoir servir Dieu, pour jouir avec lui pendant la vie, à la mort et durant l'éternité. Courage donc, mes frères, ne perdez pas de temps ; avant que les fêtes de Pâques ne soient passées, procurez-vous tous un bon confesseur, qui vous trace les règles d'un genre de vie pieux et réglé ; recevez-le^ comme de la main de Dieu, et pratiquez-les constam-' ment jusqu'à la mort. Soyez certains que si vous en agissez de la sorte, tous les jours de voire vie et surtout celui de votre mort, seront des jours de Pâques. C'est la sainte fête de Pâques que je vous souhaite, et que je désire que vous me souhaitiez aussi à moi-même, afin que vous et moi, nous menions tous une vie pieuse, spirituelle et sainte, et qu'arrivés à l'heure de la mon, nous puissions dire : Bénie soit la pâque de l'année... Oh! qu'elle a été bonne pour moi, car à partir de cette époque, j'ai toujours vécu heureux et voilà que je meurs content. Si cette pâque si belle, si bonne, si joyeuse, s\ sainte, vous plait, je prie Dieu de vous l'accorder.

pOUR LE LUNDI DE PAQUES^

ifos autem fperabamu* quia ip^ shet redcmptu-

rut Itrael.

Nous espériont qae ce serait lui qui rachèterait

Israël. lAiC 24, 2L

I. Pauvre naturo humaine qui, abusant des remèdes? eux-mêmes, au moment où elle veut se releyer, tombe plus misérablement qu'auparavant, et à peine revenue de ses égarements s'y enfonce de nouveau ! Hélas l la liaison que nous avons contractée avec nos péchés est si étroite que, lorsque éclairés par la grâce nous voulons rompre nos chaînes, et que nous en concevons une sainte horreur, notre haine est de trop courte durée et s'évanouit pomme un éclair. Combien se plaignent aujourd'hui du feu de Jeurs passions, qui en rallumeront denaain avec une ardeur diabolique les flammes à peine éteintes ! Combien confessent ir^génument aujourr d'hui qu'ils se sont égarés, qu'ils ont mal fait, qui demain tomberont dans les mêmes erreurs, et recommenceront à faire pis encore! Vojez-en ur^ exemple dans ces deux pèlerins dont nous parle l'Evangile de ce jour. Hs s'étaient généreusement attachés au Sauveur, croyant à. ses paroles, et espérant fermement qu'il ressusciterait et sauverait Israël : Sperabamus quia ipse esset redempturus Israel. Mais comme le

t)E LA RECHUTE. 43^1

soir du troisième jour après sa mort commence à parai- 'ire et qu'ils ne le voient point encore, ils quittent la sainte cité de Jérusalem, et retournent à Emmaiis, le l'endez-vous des libertins et jadis le théâtre de leurs égarements ; déjà ils parlent du Sauveur en termes ambigus : Qui fuit vir propheta ' ; ils avouent que c'était un prophète, mais ils ne disent pas si c'était le Fils de Dieu ; ils marchent d'un air triste et consterné : Et estis tristes^, comme s'ils regrettaient d'avoir cru en lui et de s'être mis du nombre de ses disciples. Bien plus, désertant sa bannière, ils s'enrôlent sous d'autres drapeaux et appellent les ennemis du Sauveur leur» princes : Tradiderunt eum summi sacerdotes et principes nostri^. En un mot, les voilà retombés dans leur ancienne infidélité, au point que Notre-Seigneur Jésus- Christ est obligé de leur reprocher leur aveuglement et leur incrédulité : 0 stuUi et tardi corde ad crederi' dum*\ Pauvre nature humaine, qui^ en perdant la constance dans la vertu, perd si facilement la couronne qui lui est destinée ! Et qui m'assure, mes frères, qu'il ny en aura point parmi vous, qui, après avoir doané pendant cette sainte quarantaine tant de signes de repealir et de componction, déserteront leur drapeau avant demain soir, c'est-à-dire avant le soir du troisième jour? qu'il n'y en ait point qui pensent mênae déjà à remettre les pieds dans la vieille ornière < à reprendre leurs inimitiés, leurs liaisons coupables et toutes leurs" détestables habitudes ? S'il en est ainsi, je veux, pour vous afiermir daas le bien, montrer le funeste état d'un pécheur récidif, qui, en retournant à ses anciennesfautes,- rend les chutes faciles, sa conversion difficile es son salut moralemeut impossible. Oui, un pécheur réci-

<ï) t^ic. 24, li. (2) lUd. V. 20.

(3) Ibid. V. 25. (4) Ibid. 24, 25.

432 SERMON xxxtf.

tlif tombe facilement, premier point; — il se relève difficilement, second point ; — et il est presque imposisible qu'il se sauve, troisième point. — Attention, s'il vous plait, car le sermon de ce matin doit vous clouer aux pieds du crucifix pour vous empêcher de jamai.-* plus retomber. Commençons.

PREMIER POINT

II. Pécheurs récidifs, j'ai une fâcheuse nouvelle à vous annoncer ce malin. Il m'en coûte extrêmement de le dire,, l'état où vous vous trouvez est de» plus funestes ; tous les docteurs ^ue j'ai pu consulter s'accordent avec le prophète Jéréraie à le représenter comme à peu près désespéré : Insanabilis fractura tua, pessima plaga tua, cuvationum utiliias non est tibi^. Je m'adresse à vous , qui vivez , soit enfoncés dans la sensualité, soit endurcis dans les haines, soit absorbés par les intérêts, soit livrés à des habitudes de médisances et de blasphèmes, ou à d'autres iniquités plus gravesencore : éclairés par la grâce et touchés intérieurement, vous allez aux fêles les plus solennelles décharger votre conscience aux pieds d'un prêtre, et à peine avez-vous reçu l'absolution de vos péchés, que vous vous replongez de nouveau dans vos plaisirs dégradants, dans vos inimitiés et dans vos injustices^ et en retombant dans votre premier état,, vous vous repentez en quelque sorte de votre pénitence, vous abj,arez vos larmes et votre douleur. Que vous j,eiez votre âme, hélâs ! dans un état déplorable ! car celte inconstance perpétuelle rend vos |* chutes toujours plus faciles, votre conversion plus diffi- . »cile, et votre salut pour ainsi dire impossible.

Je dis d'abord que vous rendez vos chutes de plus en-

{V Jerem. SO. 12.-

plus faciles. En eifet, selon la doctrine du Docteur angélique et d'autres théologiens très-graves, une chute en attire une autre, et presque jamais un péché no reste longtemps seul sur la conscience; il en est de même qui soutiennent qu'un péché mortel peut être en quelque sorte la peine d'un autre péché, se fondant sur ce mot du Psalmiste : Appone iniquitateni, super iniquitatem^, ce que d'autres cependant nient d'une manière absolue. Mais saint Grégoire-le-Grand, parlant vraiment en pape, sans entrer dans aucune de ces deux opinions, décide que quand un pécheur retombe dans les mêmes péchés, Dieu, par un juste châtiment, resserre sa main, lui refuse ses secours les plus efficace^, permet que les lumières intérieures et les bons mouvements soient plus rares et moins vifs, qu'ainsi la volonté soit plus faible, l'esprit pluj obscurci, le cœur plus malade : il permet que les instigations du démon soient plus fréquentes, plus fortes et plus pressantes, de sorte que la pauvre âme tombe de chute en chute, toujours plus gravement, et toujours avec une plus grande facilité, comme l'explique le saint Pontife : Cor quippe prioribus peccatis gravatum juste Deus permutiti ut qui illuminati recte agere noluerunt, juste cœcati o.dhuc faciant^ unde amplius puniri mereantur . Ceci nous montre clairement qu'un' pécheur qui retombe toujours dans les mêmes fautes, augmente de plus en plus le poids de ses iniquités, et, par conséquent, la facilité de faire sans cesse de nouvelles chutes.

m. Ce principe posé conformément à la plirs saine théologie, écoutons l'apôtre saint Paul qui epabouche la trompette et nous crie : Nolite locum dare diabolo'^. Vous tous qui, pendant ces saints jours de Pâques, vous êtes réconciliés avec Dieu, prenez garde de donner

Çi) Ps. 68. ss. t2) Ephes. 4, S7.

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