‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 6 sur 26 · IV. Mais allons plus loin encore, et après avoir plaint · texte numérisé non relu

IV. Mais allons plus loin encore, et après avoir plaint

un monde de pécheurs engloutis sous les eaux d'un déluge universel, tournons notre compassion vers un monde de malheureux plongés dans un abime de feu. Ou plutôt qu'ils frémissent, qu'ils crient, qu'ils hurlent, les misérables ! qu'importe, ce sont des âmes maudites de Dieu, qui ne méritent aucune compassion. Ainsi Dieu l'a ordonné, parce qu'il y a été forcé par leur impénitence finale. Or, je vous le demande. Dieu qui veut l'enfer, au moins dans la supposition du péché mortel non réparé, pourrait-il vouloir une légère faute, un péché véniel, comme serait, par exemple, un petit mouvement de colère, un mensonge joyeux, une légère irrévérence à l'église, une parole oiseuse, un regard de curiosité d'un instant? Non, il ne le pourrait pas, et ce serait une erreur insigne de soutenir le contraire. Or, ici me repliant sur moi-même, tout étourdi d'une vérité si terrible, j'en médite les conséquences et je dis : C'est donc un enfer qu'un coup d'œil de curiosité, un regard libre est un plus grand mal que l'enfer ; c'est donc un enfer qu'une parole oiseuse, et un propos déréglé est un plus grand mal que l'enfer; c'est donc un enfer qu'une légère irrévérence à l'église, une conversation inutile dans le lieu saint est un plus grand mal que l'enfer; c'est un enfer qu'un simple mensonge, mentir sans faire tort au prochain est un plus grand mal que l'enfer ; c'est donc un enfer qu'un acte d'impatience, un mouvement d'humeur est un plus grand mal que l'enfer, c'est un mal beaucoup plus à craindre que l'enfer même, à ne considérer l'enfer que comme peine et peine du sens ; car il peut se faire que Dieu veuille l'enfer comme peine, mais il n'est pas possible de supposer qu'il veuille en aucun cas le péché véniel. Quel grand mal doit-ce donc être que le péché véniel? Quel mal! mal si terrible que par les conséquences qu'il entraîne il est plus pernicieux que le déluge qui a englouti l'univers, plus pernicieux

que le déluge de flammes qui exerce les vengeances do la justice divine au fond des abimes. Mais ce qui me lait encore plus frémir d'épouvante, c'est que pour expier un seul péché véniel, il n'a fallu rien moins que les flots de sang d'un Dieu sauveur. Vous qui traitez de bagatelle le péché véniel, supposez que vous n'ayez sur la conscience qu'une faute légère, puis invitez Notre- Seigneur à suspendre l'influence de ses mérites, et lorsqu'il vous aura soustrait la satisfaction infinie de sa vie et de sa mort, essayez de satisfaire tout seul à la justice divine; y parviendrez-vous? L'opinion la plus probable soutient que non, attendu que l'otténse croît à raison du rang plus ou moins élevé de la personne ofiensée. Ainsi qu'un homme de basse condition outrage son prince par une action qui, à l'égard d'un de ses semblables, n'aurait pas mérité d'être relevée, cet outrage devient grave à cause de la dignité du prince, et personne n'oserait soutenir que ce malheureux soit en état, par luimême, de réparer l'insulte qu'il a faite à son souverain ; de même le péché véniel, tout léger qu'il est de sa nature, est cependant une injure faite, en quelque manière, à la majesté infinie de Dieu par un de ses plus humbles serviteurs, je veux dire l'homme, et à cause de cela il est si grave qu'aucun homme ne peut se prétendre capable de l'expier ; il faut donc pour cela le sang précieux d'un Dieu fait homme. 0 péché véniel trop peu connu des hommes ! — Eh bien ! dites-moi maintenant comment vous avez le courage d'appeler le péché véniel un mal léger? Comment! un mal qui ôte à l'àme su parure, son éclat et sa beauté ; un mal plus considérable que la ruine d'un monde entier, un mal plus grand que l'enfer même, un mal qui inflige à l'àme une souillure telle que pour l'effacer il faut le sang d'un Dieu sauveur, un mal qui, après le péché mortel, est le plus grand que vous puissiez trouver sur la terre et jusqu'au

fond des abîmes, un mal plus monstrueux que tout ce que l'on peut concevoir, vous l'appellerez un mal léger? Un péché léger, soit; mais comme mal, c'est un mal très-grave, excessivement grave. C'est ce que Notre- Seigneur fit entendre à sainte Brigitte : « Gardez-vous, ma fille, lui dit-il, de regarder comme un mal léger le plus petit défaut ou le moindre manquement. » Cette pensée terrible porta saint Basile à s'écrier : Quis est qui leve audeat appellare? « Quel homme oserait dire que le péché véniel n'est qu'un mal léger?»

DEUXIÈME POINT

V. Si vous m'accordez qu'il est très-grave en soi, à plus forte raison devez-vous m'accorder qu'il l'est également dans ses effets. Ah! si vous saviez combien sont pernicieuses ces fièvres spirituelles qui convertissent en humeurs viciées tout ce qui peut servir à rendre l'àme plus belle, mieux disposée et plus digne devant Dieu ! Si vous saviez quelle quantité de mérites nous dérobent continuellement sous les yeux ces petits larrons domestiques ! Que votre cœur et votre main s'ouvrent généreusement en faveur de l'indigent, et que vos aumônes surpassent celles d'un Charles Borromée ; soyez un homme d'oraison, et que vos contemplations l'emportent sur celles d'un saint Antoine; soyez un anachorète, et que vos austérités ne le cèdent en rien à celles d'un Pierre d'Alcantara; soj'ez un autre Job pour la patience; un apôtre pour la charité ; convertissez par vos miracles un monde entier ; si vous faites tout ce bien par un motif de vaine gloire, de respect humain, d'intérêt, ou pour toute autre fin semblable, qui regarde la terre et non le ciel, quoique dans ce motif il n'y ait pas de péché mortel, mais simplement une faute vénielle, c'est l'enseignement des théologiens et de l'Ange de l'école en

particulier, que le bien que vous faites ainsi n'est plus bien ; toutes vos aumônes s'en vont en fumée; vos contemplations, vos austérités, vos miracles se réduisent à rien, et en prêchant l'Evangile vous ne faites que frapper l'air comme un airain sonnant, et une cymbale retentissante : Velut œs sonans, aut cymhalum tinnieyis^ ; mais vous n'en retirez aucun fruit pour vous, parce que ce motif véniellement défectueux, qui infecte toutes ces bonnes oeuvres, vous en enlève le mérite. — Quoi! un péché véniel fait tant de mal? — Oui, certes, un péché véniel; écoutez saint Thomas d'Aquin, dont je vous ai allégué l'autorité : Nullus peccando meretur vitam œternam, uncle opus virtuosum amittit vim merendi si propter inanem gloriam fìat, etiamsi illa inanis gloria non sit peccatum mortale. « Nul n'acquiert, en péchant, un titre à la vie éternelle ; par conséquent une œuvre vertueuse cesse d'être méritoire si elle est faite par un motif de vaine gloire, quand même cette vaine gloire ne serait pas un péché mortel. » Pourrait-il parler plus clairement? Faites maintenant la revue de toutes vos bonnes œuvres, et voyez quels ravages y a causés le péché véniel : vous trouverez l'une rognée par l'orgueil, l'autre par la négligence, une troisième par la sensualité et l'amour-propre. Si vous priez , vous faites peu ou point d'attention ; si vous exercez la correction à l'égard du prochain, la colère ou la passion vous emporte trop loin. La délicatesse dans la recherche de vos aises vous rend efféminé, lent, paresseux pour les exercices de piété ; en sorte que le péché véniel corrompt, pour ainsi dire, tout le bien que vous faites, et que vous ne donnez rien à Dieu qui soit tout à fait net e,t n'offense en aucune façon les yeux infiniment purs de son infinie majesté. Mais surtout que de

(1) / Cor. 13, 1.

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communions rendues insipides et infructueuses par le péché véniel ! C'est, en effet, l'opinion de plusieurs docteurs que, si dans le moment même de la communion, votre cœur se laisse aller actuellement à quelque affection véniellement coupable pour n'importe quel objet, ou est agité par quelque passion dans laquelle il y ait faute légère, il n'en faut pas davantage pour en empêcher l'effet principal, qui est l'augmentation de la grâce, ou au moins pour vous priver de cette saveur et de ce goût spirituel, qui accompagne la manne céleste. Oh ! quelle ruine spirituelle apporte à une âme un seul oéché véniel ! Que l'Eglise ouvre ses trésors, et dispense à pleines mains les quarantaines de pardon, les indulgences plénières, les jubilés les plus riches en faveurs spirituelles, quelque faciles que soient les œuvres prescrites pour les gagner, si ces œuvres sont entachées de quelque faute, ne fût-ce que vénielle, le cardinal Bellarmin nous enseigne que, malgré cette abondance de trésors et d'indulgences, nous restons le plus souvent les mains vides, sans en profiter aucunement; car on n'apaise pas Dieu, dit-il, et on ne satisfait pas à sa justice, par un péché véniel : Non enim per peccatum veniale placatur Deus, neque satisfit Deo. Et en effet, dit saint Jean Chrysosînmfi- «n ne peut, par le même acte, mériter et démériter tout à la fois ; satisfaire pour les anciens péchés tout en augmentant la dette par des péchés nouveaux qui, bien que légers en tant que péchés, ne le sont pas en tant que mal, puisqu'ils sont une source de ruine. 0 péchés véniels trop peu connus des hommes! Comment n'êtes-vous pas ébranlés ce matin tous tant que vous êtes? Comment ne prenez- vous pas la résolution de vous purifier par la pénitence de taches si difformes en soi et si pernicieuses dans leurs effets? Ne réformerez-vous pas enfin vos idées touchant le péché véniel, en prenant toutes les précautions possi-

Mes pour ne plus y retomber, du moins volontairement à l'avenir?

VI. Mais, mon père, vous donnez dans des exagérations aujourd'hui, et vous voulez nous faire prendre pour un géant ce qui n'est qu'un pygmée. Après tout, que le péché véniel soit aussi grave qu'il vous plaira et en soi et dans ses effets, il est toujours vrai que ce n'est pas la peine de le tant redouter, puisqu'il est si facile d'en obtenir promptement le pardon : se frapper la poitrine, faire le signe de croix avec l'eau bénite, baiser la terre en poussant un soupir, en voilà assez pour effacer tous les péchés véniels : ainsi, à quoi bon s'élever tellement contre un mal de rien? — Ah! que cette objection me fait peine! Eh bien, donc, quoi qu'il en soit de ces légers péchés véniels qui tiennent à la fragilité de notre nature, dont je ne parle pas, il est certain que pour ceux qui se commettent volontairement et de propos délibéré, bien que Dieu en accorde facilement le pardon, et ne se fasse pas beaucoup prier pour les remettre ; il veut néanmoins qu'on le prie comme il faut, il veut que nous concevions de ces péchés une véritable douleur, il veut que nous ayons une ferme résolution de ne les plus commettre à l'avenir, il veut que nous les rétractions comme autant de petites injures faites à son infinie majesté; et il est certain que sans cette douleur et cette détestation intérieure, il n'y a ni eau bénite, ni prière, ni même sacrement qui puisse les effacer. Bien plus, combien de fois n'arrive-t-il pas qu'un pénitent, coupable seulement de péchés véniels et en faisant la matière du sacrement, sans y ajouter d'autres péchés, entre au tribunal de la pénitence avec de légères souillures, et en sort avec la tache d'un énorme sacrilège, ou au moins rend le sacrement invalide, parce qu'il n'a pas eu de contrition de ces péchés véniels, les seuls qu'il ait exposés au prêtre? Or, je vous le de-

mande, est-îl si facile d'en avoirune véritable douleur? Ah! et c'est là le sujet de mes larmes; quant à moi, je suis convaincu que pour un chrétien relâché, il est peutêtre plus difScile d'avoir la contrition des péchés véniels que des péchés mortels, parce que la malice de ceux-ci est telle qu'on la conçoit à la première vue, et qu'elle inspire à tout le monde une profonde horreur ; tandis que le péché véniel est regardé par la plupart des chrétiens comme une bagatelle, une légèreté, un rien. Comment pourra-t-il jamais s'en repentir sincèrement, celui qui a une si mince idée de son importance? Je comprends maintenant que ce n'est pas sans motif que saint Augustin s'écriait : Malheur à qui ne redoute que les fautes les plus graves ! Vœ nobis, qui sola inusitata eœhorrescimus . Vous vous trompez étrangement, chrétiens, mes frères; vous craignez, il est vrai, les fautes graves, et vous avez raison; mais ce n'est pas assez : il faut en outre, pour assurer votre salut, craindre aussi les moins graves, craindre les péchés véniels, parce que ceux-ci, ajoute le même Saint, si on ne les craint pas, se multiplient, en se multipliant empirent, et en empirant, disposent au péché mortel et tuent l'âme : Dum homines despiciunt peccata quœ parva sunt, crescentibus minutis, adduntur etiam crimina, et cumulum faciunt^ et mergunt.

VII. Afin donc de réveiller en vous cette sainte crainte, je vais jusqu'à dire que les péchés véniels peuvent, en un sens, s'appeler mortels. — Mais comment? — Le voici : c'est qu'ils conduisent, en quelque sorte, à la mort de l'âme, et disposent le pécheur à tomber dans l'abîme du péché mortel, précisément comme les fièvres conduisent à la mort du corps, et poussent le malade à l'agonie. Et cela doit s'entendre tant du côté de Dieu que du côté de l'homme; car les péchés véniels, d'une part, tarissent la source des grâces et des faveurs cèles-

tes, et de l'autre, énervent l'àrae et lui ôtent toutes ses forces. Voyez si dans la pratique ces fautes légères, surtout quand elles sont fréquentes et multipliées, n'obligent pas Dieu, en quelque sorte, à permettre les chutes les plus lamentables. Voilà une âme en état do grâce ; elle se lient ferme pour autant qu'elle s'appuie sur le bras de Dieu, qui lui tend la main, afin qu'elle marche en sûreté : Innixa super Dilectum suicmK Mais vient-elle à écarter cet appui, à négliger les péchéa véniels, alors Dieu lui retire son bras pour la punir du son peu de fidélité à correspondre à ses bontés; s'il no se met pas en colère, au moins il se fâche, et ne lui prête plus que l'assistance nécessaire pour la soutenir debout et l'empêcher de tomber; mais quant à ces grâces de choix, nécessaires à l'âme pour marcher avec agilité, et courir sans crainte dans le chemin de la vertu, 'il les lui refuse en punition de toutes ces petites fautes non expiées. Et ces secours venant à manquer, qu'arrive-t-il? Oh ! mon Dieu, qu'elle est en danger de se précipiter dans les plus grands excès, dans les abîmes les plus profonds! Je le dis sur la parole de saint Isidore : Judicio divino in reatum nequiorem lahuntur , qui corrigere facta minora contemnunt. Voilà pourquoi Dieu, qui est ires-jaloux des âmes qui lui sont plus chères et qu'il traite avec une certaine prédilection, montre un ressentiment très-vif lorsqu'il les voit négligentes à se purifier des péchés véniels, ou un peu trop affectionnées aux créatures. Nous en avons un exemple frappant dans sainte Rose de Lima. Cette sainte âme, que la grâce suscita comme une fleur éclatante pour embellir le Nouveau-Monde, était pleine d'amour et de tendresse pour Jésus, son divin époux. Mais, je ne sais trop comment, elle s'attacha avec trop de sollicitude à

(1) Cant. s, 5.

une plante, à un basilic. Dès que le soleil paraît à l'orient, Rose met dehors sa plante chérie afin qu'elle reçoive ses premiers rayons. A midi, elle s'empresse de la retirer, de peur qu'une chaleur excessive ne la flétrisse ; lorsque le soleil commence à baisser, elle l'expose de nouveau, pour la faire jouir des derniers feux du jour; enfin la nuit est-elle venue, elle la reprend aussitôt, do peur que le froid ne l'endommage. Entend-elle mugir le vent, elle court vite à sa plante pour la mettre à l'abri des mauvais temps, de la grêle et de l'orage. En un mot, toutes les pensées de Rose sont partagées entre Dieu et son basilic. Ce partage déplut à Notre-Seigneur, qui, agissant en amant jaloux, arracha par une belle nuit la plante chérie et la jeta sur le sol pour la faire faner. Le jour venu, Rose sort pour aller faire sa promenade ordinaire dans son petii jardin. A la vue de sa plante flétrie, elle ne peut retenir ses larmes : « Quelle main jalouse, s'écrie-t-elle, a osé ôter la vie à cette fleur innocente? Hélas! j'ai réussi à la préserver des outrages du temps, mais je n'ai pu la garder contre l'envie. » — »• De quelle envie parles-tu ? lui répondit Jésus qui lui apparut en ce moment : ce n'est pas l'envie qui a persécuté cette plante, c'est l'amour, et l'amour de mon cœur : oui, c'est moi qui l'ai arrachée, et je l'ai fait afin d'arracher de ton cœur l'amour que tu avais pour elle. Ah ! ma fille, tu ne sais pas jusqu'où pouvait t'entraîner une attache si passionnée pour une chose aussi vile ! Aime, Rose, celui qui t'aime, et désormais fais plus de cas des fautes légères, cultive avec plus de soin, garde avecplus de vigilance les affections de ton cœur. » — Or, je vous le demande, conçoit-on un attachement plus honnête que celui de Rose pour son basilic? Et cependant ce qu'il j avait d'excessif en ce sentiment fit peur au divin Maitre, et il voulut l'en punir de ses propres mains. Mais ce châtiment fut un trait de délicatesse do

l'amour d'un Dieu pour une âme chérie : il n'en agit pas toujours de la sorte, comme je l'ai déjà dit, et ce qui doit le plus nous elFrayer, c'est que la justice divine, pour punir de semblables manquements, non contente des châtiments ordinaires, en vient souvent au plus terrible de tous, qui est de retirer ses grâces et de laisser l'âme tomber d'abime en abime : Propter iniquitateni avaritiœ ejus iratus sum, et percussi eum ' ; l'avarice d'une âme qui compte avec Dieu, et ne fait aucun cas des fautes légères, indispose le Seigneur à son égard, lui resserre le cœur et l'empêche de répandre sur elle des grâces plus abondantes. La chute de Judas, croit-on, provient d'un léger manquement, lequel consistait à distribuer sans permission quelques aumônes à ses parents pauvres. Cette faute' était- peu de chose en soi, et elle fut cependant tres-funeste dans ses effets, puisqu'elle porta Judas à vendre son divin Maitre. Vous vojez ou mène souvent un défaut léger dans le principe : on en vient aux derniers excès, et même jusqu'à abandonner Dieu, tant est vrai cet oracle de l'Esprit-Saint : Qui spernit modica, paulatim decidet^ ; » Celui qui méprise les petites choses décherra peu à peu : » il décherra de la piété, de la probité, de l'étal de grâce, pour tomber dans l'état de perdition : ainsi l'expliquent les interprètes.

VIII. Dieu vous abandonne, et le démon vous attaque avec plus de violence; vous trouvant faibles à cause que vous êtes privés de ces secours particuliers qui rendent l'àme si vigoureuse, il est presque sûr de la victoire. La plus petite brèciie qu'il parvient à pratiquer dans votre cœur suffit pour qu'il se rende maitre, un peu plus tard, de la citadelle. Donnez-lui un seul de vos cheveux, il ne lui en faut pas davantage pour tresser bientôt une corde avec laquelle il vous entraînera au

(1) Isa. 57, 7. (2) Eccli. 19, I.

P. M. IV. y*

précipice : Nostris tantum initiis opus habet. Laissezlui allumer une étincelle, il aura bientôt excité un vaste incendie. Quel si grand mal y a-t-il, dites-vous, à jeter un regard curieux sur un objet qui flatte les sens? Quel grand mal dans une plaisanterie un peu équivoque et assez spirituelle? Quel grand mal dans une liaison d'inclination, dans un compliment gracieux, dans une galanterie (^ui est de mode? Et moi je vous dis que c'est un mal et un grand mal. Pourquoi? Parce que le démon, qui sait tout, sait parfaitement qu'on passe de peu à beaucoup, du petit au grand, du léger au grave : s'il réussit à vous arracher du cœur la crainte des petites fautes, il est assuré de vous faire tomber dans les plus grands désordres ; il fera si bien que vous ne vous bornerez pas aux regards, aux équivoques, aux conversations, aux compliments, aux galanteries, mais que vous finirez par tomber dans des abîmes épouvantables. C'est ce que confirme saint Jean Chrysostôme : Si semel parva prœsiiterit, totum expédition est. Comprenez-le donc : ces familiarités, ces rires, ces clins d'œil, ces jeux, ces attouchements sont, d'après l'expérience do saint Jérôme, les premiers signes d'une chasteté qui s'en va : Risîis, joci, tactus sunt moriturœ virginitatis principia. Jonathas, à la fleur de l'âge, après les fatigues d'une bataille sanglante, au milieu du triomphe d'une victoire éclatante, rafraîchit ses lèvres avec quelques gouttes de miel ; il semble qu'il n'y eût pas là grand mal, et cependant c'en fut assez pour mettre Jonathas à deux doigts de sa perte et tout le peuple d'Israël en état de révolte. Que d'àmes pourraient dire avec Jonathas : Gustavi paululum inellis, et ecce morior ' ; « J'ai goûté un peu de miel, et voilà que je meurs. » Ce fut une goutte de miel seulement, pourrait dire ce jeune homme,

(1) Reo. 14. 43.

que ce regard trop tendre qui m'a blessé dans telle soirée ; mais, hélas ! quelles passions elle a réveillées dans mon cœur ! voilà que j'en meurs : Et ecce morior. Ce fut une goutte de miel seulement, pourrait dire cette femme, que ce sourire, ce serrement de main qui m'a fascinée dans tel banquet; mais, hélas! dans combien de soucis, d'inquiétudes et de tourments elle m'a engagée ! Et ecce tnorior. Ce fut une goutte de miel seulement, pourrait dire tel marchand, que ce léger gaia dont l'appas m'a engagé dans cette affaire si embrouil Jée, et voilà que je meurs accablé sous le poids de tant de restitutions à faire : Et ecce morior. Vous le pourriez dire aussi, vous, pécheurs, qui m'écoute^ si vous ne cherchez pas à vous faire illusion sur votre malice. Jetez un peu les regards en arrière, et dites-moi quels ont été les commencements de cette vie déréglée que vous traînez dans la boue. Pensez-y un peu, pensez... Ah ! si vous voulez être sincères, vous m'avouerez que le commencement de toutes ces misères, c'a été une plaisanterie, un regard, une liaison, une inclination, une faute légère. Vous vous étonnez comment, pour avoir. dévié de quelques pas seulement, vous vous êtes embourbés de la sorte; mais saint Augustin ne s'en étonne pas, lui qui sait parfaitement que c'est l'ordinaire de tout pécheur de commencer par une petite liberté, de continuer avec licence, et de finir par une vie dissolue. Rien n'est plus vrai, mes frères : les commencements du libertinage ne sont que des fleurs : Venite... coronemus nos rosis ; mais après les couronnes de roses qu'arrive-t-il ? Nullum pratum sit quod non pertranseat luxuria nostra; « qu'il n'y ait point de pré où nous ne laissions des traces de notre luxure. » Hélas ! voilà déjà les fleurs arrachées du front et foulées aux pieds; et puis? Opprimamus pauperem ' ; « Opprimons

{!) Sop. 2, 6 10.

le pauvre. » Voilà les fleurs changées en épines pour tirer le sang des veines du pauvre. Il n'est donc que trop vrai que la vie la plus criminelle commence par des fleurs qui ne peuvent nuire; les épines naissent ensuite peu à peu : et alors quelles piqûres, quelles plaies et que de morts ! Ecce morior. Ne vous en étonnez pas, conclut saint Augustin, ce sont des buissons, mais de ces buissons poussent des épines : Noli mirari, tenes sunf, sed spinarum radices.

IX. Vous ne croyez peut-être pas encore que les péchés véniels puissent conduire à l'abime et même a l'abîme éternel? S'il en est ainsi, que l'enfer entr'ouvre ses entrailles, et vous, ò mon Dieu, qui tenez en main les clefs de cet horrible cachot, permettez-moi de montrer à ce peuple les milliers d'âmes qui brûlent en enfer pour des crimes qui ont eu leur source dans des fautes très-légères. Approchons donc du bord de ce gouffre affreux : âmes réprouvées, levez la tête et rendez-nous compte de l'état misérable où vous êtes. Qui vous a entraînées dans ces abîmes? Réponds, Caïn, toi qui, le premier, persécutas l'innocence : Hélas ! le principe de mes malheurs, ce fut un léger sentiment d'envie contre mon frère, c'est ce péché véniel qui m'a conduit jusqu'au fratricide. Et toi, Saul, qui t'a précipité dans ces flammes? Hélas! le principe de mes infidélités, ce fut une légère désobéissance aux ordres de Samuel ; un péché véniel m'a poussé à tant de chutes horribles, Tertullien, ah ! que je plains ton sort ! un peu de dépit contre les prêtres de Rome, je le sais, rien qu'un péché véniel a été le principe de ton obstination. Origene, je déplore aussi tes infortunes, car c'est un peu de vaine gloire à cause de ta science, une faute très-légère, qui a été la source de ta révolte contre l'Eglise. Et toi, Henri VIII, parais à ton tour : ah ! malheureux, en quel abîme je te vois plongé ! et cependant le premier pas de

cotte vie si criminelle ne fut qu'un sentiment de sympathie pour Anne de Bolejn, lequel, dans les con^mencements, ne dépassait pas les limites du péché véniel. Beaux cèdres du Liban, comme vous êtes changés en charbons ardents! Brûlez, brûlez, car vous glorifie/ ainsi la justice divine. Brûlez, brûlez, à jamais, car vos tourments ne méritent aucune compassion. Mais c'est la volonté de Dieu que vous les montriez à tout ce peuple, afin qu'il apprenne à vos dépens à craindre les fautes légères plus que vous n'avez fait, s'il ne veut pas finir comme vous. Ah ! chrétiens, si la vue de ces flammes ne suffit pas pour vous ébranler, laissez-vous toucher par les larmes d'un misérable pécheur comme moi. Oui, mes frères et mes sœurs, je vous le dis, les larmes aux yeux, le péché véniel est un grand mal, un mal plus grand que tous les maux sensibles dont le bras du Tout-Puissant pourrait vous accabler, un mal qui prive les âmes de l'appui spécial de Dieu, un mal qui donne la force au démon de nous assaillir avec plus d'insolence et de nous précipiter dans les péchés les plus énormes, un mal, en un mot, très-grave de sa nature, très-grave dans ses effets. N'êtes- vous pas encore convaincus ? Eh bien ! vous allez voir qu'en outre il est très-grave dans ses châtiments. Arrêtons un instant.

TROISIÈME POINT

X. Pere, me dites-vous, voilà un sermon à jeter Iq trouble dans toutes les consciences. En effet, d'une part, il est certain qu'il est moralement impossible de se garder de tout péché véniel, et que vous n'en trouverez pas un, excepté la sainte Vierge, en vertu d'un privilège tout spécial de la part de Dieu, qui ait été exempt do

lOô SERMON xxr.

ces sortes de fautes ; d'autre part, vous nous les présentez sous un aspect si effrayant, qu'il ne nous reste que le désespoir ; car nous avons beau être en état de grâce, nous ne sommes que trop certains d'être coupables d'une multitude de ces péchés véniels, que vous dites si considérables. — C'est pour cela, mes frères, que dès le début de ce sermon, j'ai déclaré que je n'entendais point parler des péchés véniels qui tiennent à la fragilité de notre nature, mais seulement de ceux qui se commettent les yeux ouverts : autre chose est de commettre des péchés véniels par surprise, autre chose est de les commettre de propos délibéré, et quelquefois même de les mépriser, en disant, par exemple : Qu'estce qu'un mensonge, un regard curieux, un petit mouvement d'ambition ou de colère, une parole de travers? Si vous êtes de ceux qui parlent ainsi, je dis que vous ne craignez pas assez, et je répète que ces sortes dépêchés véniels ne sont pas seulement très-graves de leur nature et dans leurs effets, mais qu'ils le sont bien plus encore dans leurs châtiments. Le prophète Gad se présente à David, et lui déclare que la justice divine va lui infliger un châtiment, ce sera une famine de sept ans, ou une guerre de trois mois, ou une peste de trois jours : Choisis, dit le prophète, ce que tu veux, et le choix fait, le bras de Dieu frappera à l'instant. L'infortuné roi rentre en lui-même et se dit : Une famine de sept ans, une guerre de trois mois, c'est trop long, je choisis le châtiment le plus expéditif, la peste. Et voilà qu'en trois jours soixante mille de ses sujets succombent à la terrible épidémie. Mais, grand Dieu ! quel crime a donc commis David pour mériter un pareil châtiment? Un péché véniel, un léger mouvement de vaine complaisance, en faisant le recensement de ses nombreux sujets.

— Et pour une faute si légère, un si grand désastre?

— Sans doute. 0 justice de Dieu, que vous êtes rigou-

DU PÉCHÉ VÉNIEI-. 107

reuse contre les péchés véniels! Si j'avais le temps, je vous montrerais un saint Gérard, frappé de cécité pour avoir fixé une seule fois une jeune fille d'une figure agréable ; la femme de Loth changée en statue de sel pour un simple regard de curiosité; un vertueux prophète déchiré par un lion pour une légère désobéissance; un lévite, Oza, tombant mort au pied de l'arche pour une petite irrévérence ; Ananie et Saphire comme frappés par la foudre et étendus morts aux pieds de l'apôtre saint Pierre, pour un mensonge, et je vous dirais ensuite : Vous.vous plaignez, lorsque vous voyez le désordre dans vos familles, et les malheurs dans votre maison. Un seul péché véniel en est peut-être la cause. Oui, oui, un seul péché véniel peut vous attirer toutes ces disgrâces, et même causer votre mort, celle de vos enfants et l'extinction de votre postérité. Car ce qu'a dit Notre-Seigneur à sainte Catherine de Sienne est très-vrai, à savoir, que toutes les peines que peut souffrir une âme en ce monde ne sont pas capables d'expier le plus petit péché véniel.

XI. Vous êtes frappés de voir ces actes de sévérité de la justice divine à l'égard du péché véniel, et cependant ce n'est pas tout encore; Dieu ne le punit pas seulement ici-bas, il le punit encore davantage après cette vie. Je devrais vous ouvrir ici le purgatoire, qui est l'infirmerie de ces maux qui ne sont pas incurables; mais ce n'est pas le moment ; dans quelques jours je compte vous faire toucher au doigt ces terribles supplices. Sachez toutefois qu'il y aura là la peine du sens, je veux d^re le supplice du feu, qui vous fera endurer l«fc douleurs les plus atroces, et la peine du dam, laquelle, en vous tenant éloignés de Dieu, vous privera du plUs grand de tous les biens, et vous fera éprouver des peines, en quelque sorte, infernales, l'enfer en réalito" n'étant autre chose qu'un purgatoire qui dure tovg'ourS,

et le purgatoire un enfer qui doit finir un jour. Sainte Brigitte, qui vit en esprit ces peines, dit que ce sont des peines incompréhensibles; et cependant nous savons . qu'un grand nombre de saintes âmes y ont été condamnées pour plusieurs années, pour des fautes vénielles très-légères. C'est un saint Sévérin, thaumaturge, pour avoir récité hors du temps marqué les heures canoniales : c'est une sœur de saint Pierre Damien, pour avoir eu quelque vaine complaisance dans le chant : c'est un Paschase, homme d'une sainte vie, pour s'être opposé, moins par malice que par ignorance, comme dit saint Grégoire, à l'élection du pape Symmaque : c'est un Durand, évêque, pour une plaisanterie un peu burlesque : c'est l'époux de sainte Brigitte, pour avoir regardé avec plaisir les extravagances d'un fou : c'est un enfant de neuf ans, pour n'avoir pas restitué neuf sous qu'on lui avait prêtés : c'est un religieux de notre Ordre, pour n'avoir pas incliné la tête au Gloria Patri en psalmodiant. Si vous voulez prendre pour guide saint Antonin, il vous en fera voir une multitude d'autres encore brûlant en purgatoire pour les fautes les plus légères : l'un pour avoir trop aimé les chiens de chasse, l'autre pour s'être habillé avec trop de recherche ; celui-ci pour avoir excédé dans le boire et le manger, celui-là pour n'avoir pas désiré assez le paradis, d'autres enfin pour avoir proféré quelques paroles à voix basse dans r(;glise, ou pour avoir négligé de prier pour les défunts. 0 justice de Dieu ! que vous êtes sévère contre les péchés véniels ! Mais il y a plus fort encore. Ecoutez et tremblez. Je. ne partage pas, il est vrai, l'opinion de ceux qui disent que le péché véniel, considéré en soi, mériterait un châtiment éternel ; cette opinion est trop éloignée de l'idée que nous avons de la bonté de Dieu; mais je ne crains pas de soutenir que Dieu peut se trouver obligé de châtier un péché véniel pendant toute l'éternité en

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tsnfer. — Mon Dieu ! que dites-vous là? — C'est ainsi. J'appelle les théologiens à mon secours, afin de ne pas faire un pas sans m'appujer sur leur autorité. Le châtiment dont Dieu punit le péché véniel n'est pas éternel, mais temporel, sans nul doute ; cependant, faites bien attention : si celui qui est coupable de péchés véniels, l'est aussi de péchés mortels, et vient à mourir dans i'impéniience, il sera puni éternellement, non-seulement pour les péchés mortels, mais encore pour les péchés véniels qu'il a commis. Ceux-ci, en effet, ne pouvant être remis tant que la faute mortelle ne l'est pas, et devant d'ailleurs être punis aussi longtemps qu'ils ne sont pas remis, il s'ensuit qu'étant irrémissibles, ils devront être punis éternellement; car, comme l'a fait observer très-bien le docteur angélique, l'éternité de la peine correspond, non à la gravité, mais bien à l'irrémissibilité du péché. Ainsi, si vous portiez en enfer un mensonge léger, ce mensonge serait puni de Dieu pendant toute l'éternité. Venez encore nous dire maintenant : Quel mal y a-t-il à un petit mensonge? quel mal à un regard? quel mal à une impatience? Ah! les aveugles ! est-il possible qu'avec tant de taches sur la conscience, vous n'appreniez pas de l'apôtre saint Paul combien il est terrible de tomber entre les mains d'un juge si inexorable : incidere in mantes Dei vioentis, d'un Dieu qui cliàtie si sévèrement le péché véniel en cette vie et dans l'autre?

XII. Mais que faut-il donc faire? — Souffrez que je vous répète ici encore une fois : ou les saints se sont trompés, ou nous nous trompons. Je vois que les saints, donnant, pour ainsi dire, la main à la justice divine, chàlient sur eux-mêmes les fautes les plus légères. Je vois un saint moine, Eusèbe, portant au cou une chaîne de cent cinquante livres, si bien qu'il ne peut remuer la lôte : je lui demande pourquoi il se condAmne à un

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pareil traitement. Mes yeux m'ont trompé une fois, me répond-il ; je ne veux pas qu'ils recommencent. Je lisais le livre des Evangiles dans ma cellule, et les yeux me transportèrent dehors pour considérer quelques vignerons occupés dans la campagne : qu'ils soient donc maintenant captifs et penchés vers la terre, puisqu'ils ont oublié le ciel. Je vois un Evagrius, prêtre, s'exposant pendant quarante jours et quarante nuits à toutes les injures de l'air : pourquoi? pour une légère médisance contre le prochain. Je vois un solitaire, Paul, qui condamne sa langue à un rigoureux silence de trois ans : pourquoi ? Pour une interrogation peu discrète et inutile qui lui était échappée dans la conversation. Je vois une Catherine de Sienne, une Agnès Auguste, une Marie d'Oignies qui ne peuvent plus goûter de repos et paraissent fondre en larmes : je leur demande ce qui les fait tant pleurer. C'est, me 'répondent-elles, un rire immodéré, une parole oiseuse, une légère curiosité. Oh ! à quelle dure, à quelle grave nécessité nous condamne le péché véniel, ou de pleurer ici-bas, en satisfaisant à la justice divine par de salutaires pénitences et par des bonnes œuvres, ou de pleurer après cette vie au milieu de cruels tourments qui surpassent toutes les souffrances des malades, toutes les peines des affligés, tous les supplices des malfaiteurs, les austérités des pénitents, les croix des martyrs, en un mot, tout ce qu'on peut endurer en ce monde. Que ferons-nous donc, à quoi nous décidons-nous? Ah! mes bien-aimés, embrassons i.ous notre divin Sauveur, et disons-lui du fond du cœur : Doux Epoux de mon âme, je ne veux plus jamais traiter de bagatelles ce qui porte le cachet d'une offense contre vous. Je sais qu'en péchant véniellement, si je ne transgresse pas gravement votre loi, je n'agis pas non plus selon votre désir ; je sais que si je ne déserte pas tout à lait vos étendards, je ne suis pas non plus vos enseignes

avec la fidélité voulue ; je sais que si je ne foule pas aux pieds votre sang précieux, je ne baise pas non plus vos plaies sacrées. Il n'en sera plus ainsi à l'avenir. Je le reconnais, ó mon Dieu, je l'avoue : ma vie n'a été jusqu'ici qu'une longue chaîne, un coniinuel tissu de péchés et d'ingratitudes. Hélas ! je tombe sans cesse d'un péché dans l'autre, j'en commets en tout temps, en toute occasion, dans toutes mes actions, même les plus saintes ; je ne sais rien faire de bon sans vous causer quelque déplaisir. Me voici repentant à vos pieds, ô Jésus ! je voudrais laver dans mes larmes toutes les souillures de mon âme. Oui, ô mon Dieu! je déteste tous les péchés véniels que j'ai commis dans le cours de ma vie; je les déleste parce qu'ils vous ont offensé, et qu'ils sont opposés, en quelque sorte, à votre bonté infinie ; je prends la ferme résolution de n'en plus jamais commettre avec advertance et de propos délibéré. Si vous voulez me punir pour tant de fautes de ma vie passée, punissez-moi; vous avez en main mille fléaux dont vous pouvez me frapper : Multa flagella peccatoris^ : je ne vous demande qu'une grâce, c'est que vous ne m'infligiez pas le plus terrible de tous les châtiments, en me laissant tomber dans quelque péché mortel, à cause de tant de péchés véniels que j'ai commis sans aucun scrupule. Ah ! non, mon Dieu, ne m'infligez pas un pareil châtiment, je vous en conjura, par ces plaies adorables que vous avez souffertes pour moi : je suis profondément pénétré de la gravité du péché véniel. Or, voici la conclusion importante que je lire de tout ce qui a été dit : puisse-t-elle demeurer gravée dans le cœur de chacun de ceux qui m'écouteni : Si un péché véniel est un mal très-grave de sa nature, très-grave dans ses efl'ets, trèsgrave dans ses châtiments ; que sera-ce donc d'un péché mortel? Pensez-y bien.

rOL'R LE VENDREDI APRES LE TROISIÈME DIMANCHK DE CARÊMK.

Tctizt hora, et nunc est.

L'heure est venue, et c'est maintenant.

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